Neela par

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Side Story / Aventure

5 Chapitre 5

Catégorie: G
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La salle était enfumée par les volutes grises qu'exhalaient les pipes au long cou alambiqué qui centraient chaque table. Des regards peu amènes les suivirent lorsqu'ils entrèrent puis ils se détournèrent et les conversations reprirent leur cours. Sal fit un signe au barman, un Sélonien de deux mètres dont la carrure impressionnante incitait à la politesse, puis se dirigea vers une banquette libre dans un coin de la pièce.


- Elle est avec toi? demanda-t-il en indiquant Neela du menton.


Obi-Wan acquiesça et Sal observa la jeune fille d'un air intrigué. Puis il haussa les épaules:


- Je suppose qu'il vaut mieux que je ne pose pas de questions. Mais tu n'es pas venu pour me parler de l'avenir de Sikes, reprit-il. Qu'est ce que tu attends de moi?


- Des explications. Je te connais assez pour savoir que tu laisse traîner tes yeux et tes oreilles là où ça en vaut la peine. Je veux savoir ce qui se trame sur Corellia.


- C'est pas très clair. Il y a eu des histoires de sabotages sur les chantiers navals là-haut. Des vaisseaux dont les réacteurs explosaient quelques parsecs après leur sortie. Autant te dire que ça bouge dans la Corporation. Ils se suspectent les uns les autres et les patrouilles deviennent dangereusement méfiantes pour un contrebandier comme moi. Depuis quelques temps, je songe sérieusement à déménager.


- C'est tout? Pas d'intrigues politiques?


- Le Diktat a toujours été discret... Mais j'ai quelques amis là-bas, et il s'est passé des évènements louches ces derniers mois: des disparitions mystérieuses de documents, des suspicions de pots-de-vin... Il y a même un député qui a été retrouvé mort dans un quartier de Coronet. Le Gouverneur a toujours de l'influence, mais il suffirait d'un gros scandale pour qu'il soit remercié.


- On dirait un travail de sape, réfléchit Obi-Wan.


Sal acquiesça.


- Ça vient de l'intérieur. Et ça marche : le gouvernement est déstabilisé, l'économie, même les forces de sécurité. Mais personne ne se rend compte de rien.


Neela se désintéressa un moment de la conversation pour observer les silhouettes diverses occupées à fumer, à discuter et à jouer aux cartes. Elle ne connaissait pas toutes les espèces présentes mais reconnut deux Gossams à la peau grise de saurien et au crâne étrangement prolongé par une queue cartilagineuse, et un Dug aux bras plus longs que ses jambes, ses moustaches s'agitant avec ses paroles. La plupart utilisaient comme langue le Basic mais d'autres conversaient dans des dialectes incompréhensibles aux accents gutturaux. Puis, le regard de la jeune fille suivit la haute silhouette du barman Sélonien qui s'éloigna de son comptoir et traversa un rideau aux franges de plastique à l’arrière de la salle. Inexplicablement attirée et par pure curiosité, la jeune fille se leva le plus doucement possible, et même Obi-Wan à côté duquel elle était assise ne remarqua pas son mouvement. Elle s’éclipsa en silence et traversa le rideau qui ondulait. La réserve dans laquelle elle venait d'entrer était sombre et encombrée par des caisses empilées du sol au plafond. Neela ne voyait plus le Sélonien mais elle entendit sa voix, de l'autre côté d'un congélateur qui faisait le double de sa taille.


- Le contrebandier est là, disait-il.


Un silence.


- Vous m'avez demandé de vous prévenir, c'est ce que j'ai fait. Maintenant, laissez-moi tranquille.


Le coeur de Neela accéléra dans sa poitrine : parlaient-il de Sal, assis en ce moment même dans le fond de la taverne à côté d'Obi-Wan?


- Débrouillez-vous avec lui, je ne veux pas de grabuge dans mon bar, reprit le Sélonien.


La communication fut coupée et Neela se plaqua contre des caisses d'alcool lorsque le barman passa à côté d'elle, sa fourrure la frôlant. Il sortit et la jeune fille resta quelques instants dans le noir, ne sachant pas quoi faire. Elle ne savait pas de qui les deux interlocuteurs parlaient, ne ce qu'ils voulaient à ce fameux contrebandier. Elle franchit à nouveau le rideau de plastique et rejoignit ses compagnons comme s'il ne s'était rien passé.


- Je te dis que c'est trop dangereux de s'approcher aussi près des chantiers! s'exaspérait Sal.


- Si tu as peur de te faire attraper, alors dis-moi simplement où je pourrai trouver un vaisseau  rapide  et qui passe inaperçu.


- C'est bon, tu as gagné, grogna Sal. Je ne te laisserai pas me faire un tel affront.


- Bien, sourit Obi-Wan. Tu es le meilleur pilote que je connaisse. Excepté les Jedis évidemment, ajouta-t-il.


Il se retourna vers Neela.


- C'est toujours la même question, lui dit-il. Est-ce que je t'emmène avec moi?


- Cela dépendra de ce que je vais vous dire.


- Comment ça?


La jeune fille leur relata ce qu'elle avait entendu dans la réserve et Obi-Wan fronça les sourcils.


- Trandil? demanda le Jedi. Y a-t-il quelque chose que tu aurais oublié de me dire?


- Un contrebandier a toujours des problèmes, répondit celui-ci en haussant les épaules. C'est la nature même de son boulot.


- Je suis venu ici pour observer sans me faire voir, répliqua Obi-Wan. Je ne peux pas me permettre de sortir mon sabre laser pour te protéger!


- Je sais, maugréa Sal. Vous autres Jedis oeuvrez pour le bien de la galaxie. Un misérable contrebandier comme moi n'a aucune part dans vos plans.


Obi-Wan soupira.


- Sais-tu qui t'en veux?


- Pas vraiment. En ce moment je suis plutôt calme à cause de la CorSec. C'est peut-être une fausse alerte.


- Il ne vaut mieux pas rester ici, décréta Obi-Wan. Il y a une porte de derrière?


- Oui. Je l'ai souvent empruntée d'ailleurs.


- Alors allons-y. Tu devrais éloigner Sikes de toi quelques temps.


Sal se leva, paya le Sélonien sans faire la moindre remarque et ils passèrent par une porte dérobée se détachant discrètement sur le mur du fond. Ils débouchèrent dans une ruelle sombre et sale qu'ils longèrent rapidement en courant presque. Trandil Sal se dirigeait sans hésitation dans le dédale du Secteur Bleu.


- Plus vite, le pressa Obi-Wan. Il y a quelqu'un qui nous suit, je le sens. Il faut que nous parvenions à le semer sans avoir à combattre.


- On est bientôt arrivés, répondit Sal. Une fois dans le marché, il sera incapable de nous retrouver.


En effet, ils parvinrent bientôt aux étals bruyants et se fondirent rapidement dans la foule. Obi-Wan resta un peu en arrière, pour vérifier qu'ils avaient bien semé leur poursuivant. Il ne remarqua rien d'anormal et ses muscles se détendirent. Mais lorsqu'il rejoignit les tréteaux chargés d'épices de son ami contrebandier, il le trouva en train d'observer les environs avec un air sombre.


- Sikes, expliqua celui-ci.


- Il n'aurait pas pu partir un moment? Ce n'est qu'un enfant, il est peut-être allé jouer.


Sal secoua la tête.


- Non. Il n'aurait jamais fait ça.


Ses poings se serrèrent jusqu'à faire blanchir les jointures de ses mains ocres.


- Si jamais il lui est arrivé quoi que ce soit...


- Il est malin, le rassura Obi-Wan. S'il a vu arriver des hommes louches, il a du fuir pour se cacher.


- Tu as raison, acquiesça Sal. Je pense savoir où il est allé, suivez-moi.


Il repartit en courant à bonne vitesse et Neela dut faire un violent effort pour ne pas le perdre de vue. Obi-Wan vérifiait régulièrement si elle arrivait à suivre leur rythme mais ne pouvait pas demander à son ami de ralentir. Ils sortirent du marché et empruntèrent le Boulevard du Ciel Bleu sur un court trajet, avant de s'engouffrer dans une rue parallèle. Puis Trandil s'arrêta et frappa à la porte d'une de ces étranges niches qui avaient surpris Neela à son arrivée. Une Sélonienne furieuse lui ouvrit. Ses grands yeux dorés bordés de longs cils le fusillèrent.


- Je ne devrais même pas te laisser entrer, fulmina-t-elle.


- Alors dis-moi juste s'il va bien, implora Sal.


Son visage exprimait une si désespérante angoisse que la colère de la Sélonienne sembla fondre d'un seul coup.


 - Oui il va bien, le rassura-t-elle. Il se rend pas compte de ce qu'il s'est passé ; pour lui c'était tout simplement excitant. A croire que c'est vraiment ton fils.


Sal sourit.


- Entre, toi et tes amis, invita la Sélonienne.


Obi-Wan s'inclina.


- Ne lui en veuillez pas trop, dit-il. Sal n'a pas la fibre très paternelle, mais je suis sûr qu'il sortira quelque chose de bon de la rencontre entre ces deux-là.


Le museau de la Sélonienne frémit. Neela supposa que c'était sa façon de rire.


- Ils sont faits l'un pour l'autre!


La porte ouvrait sur un large tunnel dont les escaliers descendaient doucement sous terre. Des cavernes artistement creusées et décorées se succédaient comme les pièces d'une maison à la surface. Il y avait une salle à manger, une cuisine et des chambres. Le tout était éclairé par des lampes dont la lumière bougeait curieusement. Neela s'en approcha et constata qu'il y avait enfermées à l'intérieur des créatures vivantes dont le corps luminescent rayonnait comme une flamme blanche. Les créatures nageaient dans le liquide translucide contenu par les bocaux de verre.


- Tran! s'écria une voix enfantine.


- Salut bonhomme, répondit le contrebandier un peu ému. Comment ça va?


- Tu m'as ramené un mechoa?


Sal ouvrit la bouche sans émettre un son, consterné par la question. Il n'y avait pas vraiment songé, plus occupé à se faire du souci pour le gamin qu'à lui acheter une friandise. Mais une main gantée de fourrure lui glissa discrètement un petit paquet dans la poche.


- Regarde ce que j'ai là, dit Sal en s'accroupissant et en lui tendant le gâteau enveloppé de papier.


- Un mechoa! s'écria le garçon, ses yeux vifs s'illuminant de joie.


Il s'assit sur une chaise et mordit avec enthousiasme dans la pâte sucrée.


- Merci, dit Sal en se tournant vers la Sélonienne.


Celle-ci fit semblant d'être exaspérée, puis leur offrit des chaises et leur rapporta ce que Sikes avait dit en arrivant.


- Il a remarqué un homme ou un humanoïde qui cachait son visage sous une capuche et qui le surveillait sans en avoir l'air. L'homme faisait semblant de s'intéresser aux marchandises mais ne le perdait pas de vue. Il ne s'est pas inquiété, pensant que l'autre ne tenterait rien. Puis sont arrivés deux membres de la CorSec qui ont demandé après Trandil Sal. Là il a eu peur, parce qu'ils avaient des blasters à la ceinture et l'air très menaçant.


- Qu'est-ce qu'ils voulaient?


- Ils ne l'ont pas dit. Mais ils ont cherché à l'attraper parce qu'il ne voulait pas leur dire où tu étais. Alors il s'est enfui et est venu directement chez moi.


- Brave gosse, dit Sal en le regardant se lécher les doigts. Dis-moi Sikes, tu n'as vraiment pas vu à quoi ressemblait celui qui te surveillait?


- Non. Sauf qu'il avait des gants bizarres sur les mains. Très grands, comme s'il avait des mains très épaisses. Je pense pas qu'il soit humain.


- Qu'est-ce que tu en penses? demanda Obi-Wan.


- J'en sais rien, grogna Sal. C'est ce qui m'énerve le plus ; d'habitude je sais quels sont mes ennemis.


- En attendant, je vais me débrouiller tout seul pour le vaisseau, décréta le Jedi. Je ne veux pas t'attirer encre plus d'ennuis.


- Bien sûr que non, répliqua Sal. Je ne vais pas me terrer toute ma vie. On partira ce soir.


- Où comptes-tu aller? demanda la Sélonienne, méfiante.


- Faire un petit tour avec l'Aile Cinglante, répondit Sal évasivement. Ne t’inquiètes pas, il ne m'arrivera rien.


- Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète. Je ne pourrai pas nourrir ce petit pendant des mois. S'il vous arrive quelque chose, je ne pourrai pas le garder.


- Je reviendrai, jura Sal. Je le promets.



Trandil resta avec Madame Brag tandis que Neela et Obi-Wan les quittèrent et ressortirent.


- Où va-t-on ce soir? demanda la jeune fille.


- Je voudrais jeter un coup d'oeil aux chantiers navals. Avec un peu de chance, on pourra découvrir pour qui travaillent les saboteurs. J'ai la nette impression que l'enlèvement de la Sénatrice est directement lié à ce qui se trame sur cette planète. Cela ressemble à la mise en place discrète de pions stratégiques sur un gigantesque damier. Ceux qui dirigent ces actions sont les mêmes qui ont ordonné l'enlèvement de la Sénatrice. C'est exactement ce que je craignais : cela va bien plus loin qu'une simple affaire de Sénateurs corrompus.


- Je peux le faire sans problème, décréta Neela.


- Faire quoi?


- Trouver les saboteurs. Je peux me déplacer sans que personne ne me voie.


Obi-Wan soupira.


- Je te l'ai déjà expliqué : je ne veux pas te mettre en danger. Je n'ai jamais approuvé le fait que tu viennes avec moi pour mettre tes capacités à mon service.


- Mais c'est ce que je choisis! s'écria Neela. Je dois vous aider.


- Tu ne dois rien à personne, ni à moi, ni à la Sénatrice, refusa Obi-Wan.


- Je vous en prie, supplia Neela. Vous pourrez venir m'aider s'il y a un problème.


Le Jedi plongea son regard dans les grands yeux noirs de la jeune fille et d'anciens souvenirs affleurèrent à sa conscience, qu'il s'efforça de chasser de son esprit. Il savait qu'elle avait raison, elle était la plus à même de réussir.


- D'accord, prononça-t-il à contrecoeur.


Ils passèrent la fin de l'après-midi à se promener à travers les étals du marché, cherchant des articles précis et de quoi manger. Obi-Wan acheta une petite radio portative qui pouvait s'accrocher à l'avant-bras et fit essayer à Neela des tuniques gris sombre, pour se confondre avec l'obscurité.


- Je n'ai pas pensé à ça quand je t'ai pris des affaires au Temple, regretta-t-il.


Mais la jeune fille prenait un si grand plaisir à se choisir une tenue que ses regrets disparurent pour laisser place à de l'amusement. Pourtant au fond de son esprit, il ne pouvait pas oublier que l'escapade de cette nuit serait dangereuse. La CorSec ne plaisantait pas avec les intrus.


- Quand je t'ai rencontrée, tu m'as dit que seuls les droïdes percevaient ta présence, fit-il remarquer.


- C'est vrai, admit la jeune fille. Si Maître Yoda a vu juste, c'est parce qu'ils sont incapables de percevoir la Force. Ils me voient comme tous les autres êtres vivants : quelque chose qui respire et qui bouge.


- Tu ne seras donc pas totalement invisible. Il y a un grand nombre de droïdes qui travaillent dans ces chantiers, spécialement la nuit.


Obi-Wan tendit le doigt vers une baguette de métal aux deux extrémités incurvées. Neela reconnut tout de suite l'objet.


- Non! se récria-t-elle. C'est avec une arme comme ça que C-4DA a été blessé!


- Blessé? releva le Jedi. C'est un droïde ; les intrus l'ont simplement neutralisé.


Le visage de Neela se ferma.


- Prends-le, ordonna Obi-Wan. Tu n'es pas obligée de t'en servir, mais je veux que tu l'aie avec toi.


Elle obéit et prit l'instrument dans sa main. Un pommeau de plastique muni d'un bouton protégeait sa paume. Elle appuya et un éclair violet jaillit de chaque extrémité de la tige en métal pour se rejoindre au centre dans un grésillement. Elle relâcha immédiatement sa pression et le grésillement s'éteignit.


- Ça va? demanda Obi-Wan avec sympathie.


Neela hocha la tête. Elle savait qu'il ne pouvait pas comprendre ce qu'elle ressentait pour les machines avec lesquelles elle avait grandi. Elles avaient été sa seule famille. Voir C-4DA inanimé comme un pantin de métal lui avait brisé le coeur. Elle les aimait comme on pouvait aimer un être humain.



Lorsqu'il rejoignirent la demeure souterraine de Madame Brag, Sikes s'était endormi et Sal était assis à son chevet, le regardant avec tendresse.


- Je n'aurai pas pu me le pardonner s'il lui était arrivé quelque chose, murmura-t-il en sentant leur présence dans son dos.


Ils s'assirent auprès de lui et observèrent l'enfant dormir paisiblement, sa respiration régulière soulevant les couvertures. Les souvenirs qu' Obi-Wan avait réussi à chasser quelques heures plus tôt revinrent le hanter avec encore plus de force et il ne put empêcher son coeur de se serrer en imaginant une autre tête enfantine sur cet oreiller, aux cheveux aussi blonds que les siens. Pouvait-il le dire à Neela? Cette vie qu'elle désirait, cette vie de Jedi ou de contrebandier, pleine d'aventures et de risques, cette vie les privait des choses les plus essentielles.


Puis Trandil Sal se leva et ils le suivirent dans la salle à manger. Les bruits étouffés des casseroles de Madame Brag leur parvenaient de la cuisine.


- J’ai demandé à Sikes quel genre d’armes intéressait le type qui le regardait, les informa-t-il. Apparemment ça l’a intrigué : il a passé la plupart de son temps à admirer des lanceurs, des lasers sous-marins et autres armes qu’on peut utiliser sous l’eau.


- Une espèce aquatique?


- Qui se déplace très bien sur terre et qui est capable de vivre hors de l’eau. Et avec de grandes mains, non des doigts palmés comme la plupart. Ça réduit notre champ de recherches.


Obi-Wan réfléchit un long moment. Il pensa contacter la Maître Jedi Jocasta Nu, qui supervisait les archives du Temple, mais se dit qu’on ne manquerait pas de lui poser des questions. Étrangement, il n’avait envie de discuter avec aucun des membres du Conseil. D’habitude, il appréciait que quelqu’un lui donne un autre point de vue sur ses convictions. Mais cette mission semblait l’emmener loin de l’Ordre, et personne n’était là pour lui rappeler le bon chemin à suivre. Il devrait prendre garde à ses propres faiblesses.


- Un Nikto clair, trouva-t-il soudainement. Un Gluss’sa Nikto.


- C’est possible, acquiesça Sal. J’en ai connu un il y a de nombreuses années, mais je n’ai jamais été en affaires avec lui. Ils travaillent seuls, et répondent à toutes les missions qu’on leur propose, si c’est bien payé.


- Voilà qui ne nous avance pas, soupira Obi-Wan.


Il changea de sujet :


- La nuit est tombée maintenant. Veux-tu toujours nous emmener?


Sal confirma sa décision.


- Et je suppose que tu veux toujours y aller? demanda-t-il à Neela sans grand espoir.


La jeune fille lui sourit, tentant de le rassurer. Trandil Sal prit quelques affaires dans un sac et informa Madame Brag qu’ils ne seraient sûrement pas revenus avant plusieurs heures. Puis il regarda ses futurs passagers et fit un geste de la main.


- Allons-y!



Ils sortirent en silence et Neela fut surprise par l’obscurité qui régnait. Elle avait toujours été habituée à ce que la nuit soit illuminée à cause des gigantesques immeubles de Coruscant, mais le Secteur Bleu n’avait pas d’éclairage. Cela gênait les trafics nocturnes et autres activités illicites qui animaient silencieusement les rues lorsque le disque fantomatique de la lune Gus Talon apparaissait dans le ciel. Une masse brillante d’étoiles était ramassée à l’horizon, si imposante qu’elle éclipsait toutes les autres lueurs du ciel.


- Qu’est-ce que c’est? demanda Neela en tendant son doigt vers  le disque scintillant.


- Le centre galactique, répondit Obi-Wan. On le voit bien de Corellia parce qu’on en est très près.


- Qu’y a-t-il à l’intérieur?


- Un immense trou noir. C’est son attraction qui fait tourner le disque qui constitue la galaxie. Autour, la densité d’étoiles est très forte, mais il y a peu de planètes habitables. Sarapin est la planète la plus proche du centre que nous connaissions. Après elle, la navigation devient très difficile, et l’hyper propulsion n’est plus efficace. C’est donc un monde encore inexploré.


- Même les Jedis ne le connaissent pas?


- Les Jedis ne savent pas tout! rit Obi-Wan. Nous sommes autant dépendants de la technologie que les autres. Et les missions d’exploration se font lorsqu’il n’y a pas d’autres missions plus urgentes. Or il y a des crises presque partout et presque tout le temps.


Neela hésita:


- Ça veut dire que vous ne vous reposez jamais?


Obi-Wan haussa les sourcils.


- Bien sûr que si, nous ne sommes pas des machines.


- Non, je veux dire, est-ce qu’il y a des périodes où vos redevenez quelqu’un de ... normal?


Trandil Sal ralentit pour écouter la réponse du Jedi. Obi-Wan s’en rendit compte et l’attention centrée sur lui le mit mal à l’aise.


- Je suis quelqu’un de normal, se défendit-il. Je n’ai pas besoin de périodes de repos. Être un Jedi est l’essence de ma vie.


- Il fut un temps où tu n’en étais pas aussi sûr, fit remarquer Sal.


- Ce temps est révolu, répliqua le Jedi, souhaitant clore la conversation.


Ils arrivèrent à un petit astroport fréquenté par des pilotes aux cargaisons douteuses. L’activité était intense et des cris retentissaient dans toutes les langues, le grondement des moteurs faisant vibrer le sol. Le sifflement des réacteurs empêchait les gens de s’entendre et la plupart communiquaient par des signes mystérieux. Sal les emmena dans un hangar où attendait sagement la carcasse d’un YT-1930, aux soutes greffées sur ses parois rondes comme des ailerons artificiels. Il ressemblait un peu à une soucoupe dont deux pointes se détachaient à l'avant, encadrant le cockpit. Ses quatre réacteurs se trouvaient à l’arrière, entre les ailerons formés par les soutes.


- Trente-cinq mètres de long et sept de haut, déclara Sal fièrement. Moteur retouché par mes soins pour une vitesse subliminique de 110 MGLT. Deux cent tonnes de capacité dans les soutes. J’ai rajouté deux canons laser sur les côtés, en plus de la tourelle du haut.


- Je suis impressionné, sourit Obi-Wan. Il te reste toujours un endroit pour dormir?


- Je peux prendre cinq passagers à bord!


Neela approcha sa main avec hésitation puis caressa le métal froid du vaisseau, fascinée par le fait qu’il ait traversé l’espace et frôlé les étoiles. Elle sentit du bout de ses doigts les petites cicatrices laissées par les poussières interstellaires qu’il avait croisées.


- Allez montez, ordonna Sal. Je dois avertir l’astroport que je pars.


Il ouvrit un boîtier sur le côté et y inséra une clef aux motifs compliqués. Une porte s’ouvrit dans le flanc du vaisseau et une passerelle se déplia jusqu’au sol. Neela grimpa la première. Les lumières s’allumèrent en clignotant lorsqu’elle pénétra dans le sas. Elle longea les coursives, faisant attention à ne pas heurter le rebord des portes et à ne pas se prendre les pieds dans les fils qui couraient de partout. Elle visita une bonne moitié de l'appareil avant de trouver le cockpit.


- Comment trouves-tu ton premier vrai vaisseau spatial? demanda Obi-Wan qui l'avait suivie en silence.


- Magnifique, s’enthousiasma-t-elle. Il donne l’impression de pouvoir aller jusqu’au bout de la galaxie et même de pouvoir s'enfoncer dans son centre.


Le Jedi ne chercha pas à tempérer son admiration et la laissa s’extasier devant les boutons, les écrans et les manettes qu'elle découvrait partout dans le cockpit. Puis Sal revint et leur demanda de s’attacher dans leurs sièges.


- C’est bon, on peut partir.


Il poussa une série de manette et les moteurs se mirent à gronder, faisant trembler toute la carcasse de l’appareil.


- Surtout n’ayez pas peur, c’est normal, précisa le pilote tandis que les tremblements s’accentuaient.


Le toit du hangar s’ouvrait lentement au dessus d’eux. Lorsqu’il fut totalement ouvert, Sal lança les propulseurs et le vaisseau décolla, tout d’abord lentement puis il prit de la vitesse et fusa dans l’atmosphère. Neela fut plaquée contre son siège et sentit tout ses organes refluer vers le bas comme si la planète elle-même cherchait à retenir son corps. Elle serra les dents, des larmes arrachées de ses yeux coulant à l’horizontale sur ses tempes. Puis soudainement, l’affreuse sensation s’arrêta : ils étaient sortis de l’atmosphère de Corellia. Devant eux s’étendait l’espace.


- Les chantier navals sont de l’autre côté de la planète, dit Sal à Obi-Wan. Qu’est-ce que tu veux que je fasse?


- Il faudrait que tu débarques notre passagère sans te faire remarquer et que tu te caches aux alentours. On ne doit pas trop s’éloigner, au cas où.


- Débarquer, rien que ça, grommela Sal. Et je suppose qu’il faudra revenir la chercher.


Obi-Wan s’approcha de Neela.


- Essaye ta radio, lui demanda-t-il. Il faut vérifier si cette fréquence marche.


La jeune fille pressa un bouton sur son poignet et parla. Sa voix crépita immédiatement dans les haut-parleurs du vaisseau.


- Je peux te faire entrer, lui dit Sal. J’ai un code d’accès que je me réservais pour une situation d’urgence, mais tant pis. Va dans le sas et sors dès que je te le dirai.


Neela hocha la tête et sentit une étrange sensation de faiblesse se répandre dans ses membres. Elle avait peur. C’était la première fois qu’elle avait vraiment le temps d’anticiper ce qu’elle allait faire, et la première fois qu'elle pouvait vraiment sentir la peur s'emparer de chacune de ses veines. C’était très désagréable.


- Que la Force soit avec toi, dit Obi-Wan et le calme de ses yeux bleus chassa la peur de son corps.


Elle se souvint de ce qu’elle avait pensé en croisant les apprenti Jedi au Temple et à cet instant comprit parfaitement ce qu’ils avaient pu ressentir en entendant cette phrase.


Elle se dirigea dans les coursives jusqu’au sas, où elle attendit le signal. Elle était fière de la confiance que le Maître Jedi mettait en elle et à présent sa seule appréhension était de le décevoir. Elle ne pensait à rien d’autre qu’à sa mission.


Sal s’approcha de la gigantesque construction spatiale formée de près de quatre mille docks où étaient assemblés de gigantesques vaisseaux civils et militaires. Il manoeuvra pour s’approcher le plus près possible sans alerter la base de sa position. Il repéra un sas d’entrée et s’y accola en fournissant à la base son numéro d’accès. Il y eut une secousse et le vaisseau fut accepté.


La radio de Neela crépita à son poignet et le sas s’ouvrit. La jeune fille sortit rapidement et referma derrière elle. Elle avança le plus rapidement possible, passant sans encombre les différentes portes de sécurité. Elle ne se retourna pas lorsqu’elle entendit le vaisseau se séparer du bâtiment et s’éloigner.



Dans le cockpit, Sal et Obi-Wan regardaient s’éloigner le chantier naval, avec ses trois immenses niveaux reliés par des ponts.


- Tu as bien dit que c’était ton dernier accès? demanda lentement Obi-Wan.


Sal se mordit les lèvres.


- Comment va-t-on récupérer Neela? reprit-il encore plus lentement.


- Aucune idée, avoua le pilote.


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