Neela par

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Side Story / Aventure

4 Chapitre 4

Catégorie: G
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Lorsqu'ils redescendirent les escaliers qu'ils avaient montés une heure auparavant, Neela se sentit affreusement mal à l'aise en face du visage fermé d'Obi-Wan, qui ne lâcha pas un mot. Il descendait très vite et la jeune fille trébuchait souvent en le suivant tant bien que mal. Il lui était impossible de lui parler. Pourtant elle aurait voulu lui expliquer. Elle aurait voulu lui dire qu'elle redoutait de le quitter, qu'elle ne supporterait pas de retourner à sa petite existence solitaire à la Résidence du Sénat, qu'elle sentait sa vie prendre enfin un sens, si étrange qu'il soit, et qu'elle ne pouvait se résoudre à abandonner cette sensation merveilleuse. Pour la première fois de sa vie, elle se sentait exister. Elle aurait tant voulu lui faire comprendre.



Obi-Wan laissait à ses jambes le soin d'extérioriser la colère qu'il ressentait. Être un Jedi n'était pas facile. Avoir un destin tout tracé n'était pas facile. Il ne regrettait pas la voie qu'il avait choisie, mais parfois, il songeait à ceux qu'il aimait et qui étaient si loin de lui, ceux qu'il aimait et qui étaient morts. Parfois, il haïssait les responsabilités qui pesaient sur ses épaules, ces responsabilités qu'il avait endossées en même temps que sa bure de Jedi et qui l'avaient obligé à faire des choix si déchirants. Pouvoir décider de soi-même, pouvoir choisir une vie sans morts, pouvoir aimer sans séparation, était une chance. Neela avait cette chance. Il ne condamnait pas son choix. Il avait peur des souffrances que celui-ci allait engendrer, pour elle comme pour lui.


Le Jedi s'arrêta enfin devant une porte dans un couloir au métal sculpté. Il posa des yeux neutres sur la jeune fille et tressaillit en voyant les siens si torturés. Mais il ne dit rien.


- Voilà ma chambre. Tu peux y dormir, et je te conseille vivement de le faire. Corellia n'est qu'à quarante parsecs de Coruscant, tu n'auras guère le temps de te reposer pendant le voyage.


- Et vous? demanda timidement Neela.


- J'ai quelque chose à vérifier.


Il repartit et elle suivit la bure marron des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse au tournant. Elle se retrouva à nouveau seule, mais cette fois-ci c'était de sa faute. Elle soupira et se retourna vers la porte de métal qu'elle observa avec curiosité, se demandant comment elle allait l'ouvrir. Obi-Wan ne lui avait donné aucune clef et d'ailleurs il n'y avait rien qui ressemble à une serrure. Elle posa sa main sur la matière froide et fit doucement coulisser le panneau. La porte était apparemment toujours ouverte, n'importe qui pouvant rentrer. Philosophie Jedi.


La pièce était assez spacieuse, mais cette impression était peut-être due au fait qu'il n'y avait pour seuls meubles qu'un lit et un table de travail. Au plafond une lampe en bois sculpté émettait une lumière diffuse et claire à travers de fines feuilles d'écorce. Il n'y avait pas de fenêtres, mais à la place une étrange peinture abstraite, comme celles qui se trouvaient le long des couloirs. Elle était faite de nuances de bleu et de marron, qui s'entrelaçaient en volutes harmonieuses. Son regard se perdant dans les profondeurs du tableau, Neela sentit son esprit s'apaiser. Elle comprit que le Jedi devait s'en servir pour l'aider à méditer. Cette chambre ressemblait plutôt à une escale pour gens de passage qu'à un véritable foyer. Elle était impersonnelle et même les vêtements que la jeune fille trouva pliés dans un tiroir sous le lit auraient pu appartenir à n'importe quel autre Jedi. Obi-Wan ne devait y passer que très peu de temps. Elle se demanda s'il avait quelque part dans le galaxie un chez-lui, où il aimait se retrouver quand ses missions étaient terminées, un endroit où ses soucis lui paraissaient moins pesants. Elle se rendit compte qu'elle ne savait pas d'où il venait, ni même s'il avait une famille.


Lorsqu'elle eut fini d'inspecter le peu qu'il y avait, elle s'allongea sur  les couvertures rêches et ferma les yeux. Contrairement à ce qu'elle avait pensé, le sommeil la gagna rapidement et bientôt sa respiration régulière donna un souffle de vie à l'alcôve inerte.



Neela fut réveillée par quelqu'un lui secouant l'épaule.


- C'est toi C-4DA? demanda-t-elle, la voix pâteuse, les yeux encore fermés.


- Non, ce n'est pas C-4DA, dit une voix qui se voulait sèche mais où transperçait de l'amusement.


La jeune fille se releva brusquement et se découvrit assise dans un lit qui n'était pas le sien, entourée par les murs nus d'une chambre austère.


- Tu sais où tu es? reprit la voix.


Obi-Wan était accroupi au dessus du tiroir de vêtements qu'il avait tiré de dessous le lit et fouillait parmi les tuniques.


- Oui, répondit Neela.


Elle chercha anxieusement l'expression du visage du Jedi pour voir s'il était encore en colère contre elle. Il brandit enfin vers elle une tunique blanche assez petite et la jeune fille fut soulagée de découvrir des rides rieuses au coin de ses yeux.


- C'est à peu près ta taille je pense.


- Je dois me changer? demanda-t-elle en sautant à bas du lit.


- Non. En tout cas pas encore, mais tu auras sûrement besoin d'une tenue de rechange plus tard.


- Allons-nous partir bientôt? risqua Neela timidement.


- Dans une heure. Je t'ai laissé dormir le plus longtemps possible.


La jeune fille se souvint de ce que lui avait dit le Jedi la veille.


- Avez-vous dormi?


- Non, sourit Obi-Wan. En tout cas, pas de la manière dont tu l'entends. Je me suis renseigné sur deux ou trois choses qui nous serons utiles à Corellia et je suis allé récupérer les microdiscs dont tu m'avais parlé.


- Vous avez trouvé la cachette?


- Oui.


Obi-Wan s'arrêta et la regarda d'un air songeur.


- Qu'est-ce qu'il y a? demanda Neela mal à l'aise.


- Ils n'y étaient pas.


- Ce n'est pas possible, s'écria-t-elle, je les ai vus dans le tiroir lorsque j'ai pris le blaster!


Obi-Wan hocha la tête.


- Il y a deux possibilités : soit tu mens, soit quelqu'un les a récupérés après mon premier passage.


La jeune fille fut horrifiée.


- Vous allez me renvoyer n'est-ce pas? Ou alors vous allez m'enfermer.


Le Jedi secoua la tête, puis la prit par les épaules et la regarda dans les yeux.


- Je suis certain que tu as dit la vérité. Il y a quelqu'un au Sénat qui joue double jeu. Personne ne t'accusera de quoi que ce soit.


Neela fut rassurée par la confiance qu'il lui témoignait. Obi-Wan songea qu'elle avait l'air d'une enfant. Il pouvait lire chacune de ses émotions dans ses grands yeux noirs.


- Un autre Jedi se chargera de retrouver les microdiscs, s'ils sont toujours sur Coruscant, reprit-il. Allons, viens il faut que tu manges puis nous nous rendrons à l'astroport.


Ils sortirent de la chambre et il lui tendit deux sandwiches sortis d'une sacoche en bandoulière. En chemin, il lui expliqua ce qui allait se passer.


- Nous prendrons la navette pour Corellia comme n'importe quel autre passager. Il ne faut surtout pas nous faire remarquer.


- Comptez sur moi, ironisa Neela en mordant dans son sandwich.


- Nous avons rendez-vous avec une connaissance là-bas, des informations supplémentaires ne seront pas inutiles. Mais j'ai depuis hier une petite idée de ce que nous cherchons.


La jeune fille leva vers lui un regard interrogateur.


- Corellia est la plus grande puissance économique de la galaxie, expliqua-t-il. Elle construit les cargos civils et les vaisseaux de combats. Elle contrôle également la voie commerciale Perlemienne et la voie Corellienne. Leur système a toujours été assez indépendant, même s'il est rallié à la République. Mais Corellia en tant qu'ennemie serait vraiment très dangereux.


- Ennemie? Je ne comprends pas.


- Il se passe des choses sombres depuis ces dernières années. Il n'y a pas de guerre déclarée mais il semble qu'une puissance malveillante cherche dans l'ombre à déstabiliser la République.


- Une guerre?! s'exclama Neela.


- A vrai dire, c'est une menace qu'il est difficile de concevoir clairement. Le Conseil Jedi est lui-même dans le doute.


Le Chevalier Jedi et la jeune fille débouchèrent dans le gigantesque hangar du Temple et le traversèrent pour gagner une plateforme où un speeder différent de la veille les attendait. Neela fut surprise par les rayons du soleil couchant qui rasaient les murs.


- Je n'aurais pas vu grand-chose de cette journée, songea-t-elle tout haut.


Ils décollèrent et longèrent le grav-train qui quadrillait chaque quartier de Coruscant. Neela se colla contre la vitre pour mieux voir : c'était la première fois qu'elle voyait Coruscant ainsi, révélée dans tous ses détails, la Coruscant habitée par des gens qui y vivaient, y aimaient et y mouraient. Elle n'avait jamais visité sa propre planète, ne connaissait pas le visage de ses habitants et le découvrait aujourd'hui, mélange hétéroclite de toutes les races, toutes les coutumes. Elle comprit que le coeur de la planète était gonflé de vie par tous ces gens, par leurs joies et leurs soucis, leurs passions et leurs crimes. Elle fut attristée de le découvrir si tard.


Ils atterrirent à la base terrestre de l'astroport, gigantesque étoile de métal et de verre posée sur le sol. Là, ils montrèrent leur cartes d'embarquement et grimpèrent dans de petites capsules qui les propulsèrent dans l'atmosphère. Neela vit s'éloigner à toute vitesse la surface de la planète et se rapprocher la partie spatiale de l'astroport, reflet exact de celui posé sur terre, flottant dans le vide. Les capsules s'encastrèrent dans la construction spatiale et ils en sortirent, accompagnés d'un flot d'autres passagers que la jeune fille observa avec avidité. La main d’Obi-Wan se posa sur son épaule et l'empêcha de se perdre dans la foule.


- C'est que je n'ai jamais vu autant de gens! s'excusa-t-elle.


- Reste auprès de moi. Je n'ai pas envie d'avoir à te surveiller tout le temps.


Ils durent montrer une seconde fois leurs cartes d'embarquement avant de pénétrer dans un tunnel les conduisant au flanc d'un immense cargo. Neela resta bouche bée.


- Tu vas me dire que tu n'as jamais vu quelque chose d'aussi grand, se moqua gentiment Obi-Wan.


- Non, jamais, répondit-elle émerveillée. Comment cette masse peut-elle avancer?


- Tu pourras demander aux Corelliens si tu le souhaites: ils prétendent avoir inventé l'hyper propulsion.


- Ce n'est pas vrai? interrogea Neela.


- Beaucoup de gens pensent que les technologies dont sont dotés les Corelliens et dont ils nous ont fait bénéficier proviennent d'un peuple beaucoup plus ancien et plus avancé que n'importe lequel de cette galaxie. Une civilisation si puissante qu'elle a été capable d'organiser cinq planètes habitables autour d'une même étoile: Corellia, Selonia, Dralls, Talus et Tralus.


- Pourquoi ont-ils fait ça?


- C'est une bonne question. D'autant qu'ils n'ont jamais colonisé ces planètes. Les Corelliens sont à l'origine des émigrants de Coruscant. Nous ne savons ni qui sont ces êtres, ni pourquoi ils ont abandonné leur construction. Mais sans eux, la galaxie n'aurait jamais atteint aussi vite le niveau technologique qu'elle connait actuellement. Peut-être un jour saura-t-on si ce fut une bonne ou une mauvaise chose...



Ils parcoururent les coursives du bâtiment, cherchant leurs cabines et mirent un long moment avant de les trouver. Ce vaisseau était plus grand qu'une ville.


- Tous ces gens vont-ils à Corellia? voulut savoir Neela.


- Non. Ce vaisseau est une navette: il dessert plusieurs arrêts. Je crois qu'il poursuit vers Duro, Teya et Bestine. Mais plus de la moitié des passagers descendront en même temps que nous. Le trafic est très dense dans le secteur Corellien. Ils prendront une autre navette pour le Bord Extérieur.


Neela hocha la tête puis alla se trouver une petite place près d'un hublot et plongea son regard dans l'immensité de l'espace. Elle ne trouva d'abord rien où le poser, pas d'horizon, pas de limites, puis vola d'étoile en étoile, dont l'éclat en absence d’atmosphère était plus intense que jamais.


- C'est magnifique, murmura-t-elle.


- J'ai vu ce spectacle d'innombrables fois et je ne m'en lasse pas, dit Obi-Wan en la rejoignant. Il n'y a que l'immensité de l'espace qui nous rappelle notre humilité face à l'univers.


Puis d'un seul coup, les étoiles s'effilèrent en traînées brillantes qui entourèrent le vaisseau d'un réseau lumineux. Neela ne reconnaissait plus rien.


- C'est l'hyperespace, la rassura le Jedi. Sans saut, ce voyage aurait duré plusieurs semaines. Grâce à cela, il ne prendra qu'une heure.


La jeune fille fut déçue : elle avait imaginé qu'ils navigueraient parmi les étoiles comme un bateau sur l'océan.


- A quoi ressemble Corellia? demanda-t-elle, songeant aux océans qu'elle n'avait jamais vus.


- C'est une planète industrialisée depuis très longtemps mais qui a su préserver sa verdure, décrivit Obi-Wan. Toutes les activités de production sont délocalisées en orbite. Il y a des villes, des plaines, des lacs et de magnifiques plages de sable blanc comme la neige. C'est une destination très prisée des touristes.


- Je vais voir des arbres? s'émerveilla Neela. Est-ce qu'il y a aussi des montagnes? des mers? des animaux?


Obi-Wan sourit devant l'impatiente curiosité de la jeune fille, avec une pointe de tristesse. C'était comme si elle avait été privée de toutes les richesses que pouvait offrir l'univers. Mais elle n'était pas la seule dans ce cas. Beaucoup de gens ne quittaient jamais leur planète, ni même la ville où ils étaient nés. Soit ils n'en avaient pas envie, soit ils n'en avaient pas la possibilité. Un instant, il songea à ce qu'aurait pu être sa vie si on ne l'avait pas enlevé à ses parents. Il songea à Anakin et à l'existence d'esclave qu'il mènerait peut-être encore si Qui-Gon ne l'avait pas trouvé. La vie de Jedi impliquait des sacrifices, mais elle était porteuse de liberté.


La pensée de son padawan le rendit brusquement amer : il n'aimait pas lorsqu'ils étaient séparés. Il avait toujours une certaine appréhension lorsqu' Anakin était livré à lui même, sans personne pour tempérer son comportement impulsif. Ce garçon avait une nette tendance à être trop sûr de lui et à mépriser le danger.


- Maître Kenobi?


Neela le rappela à l'ordre et il se rendit compte qu'il s'était perdu dans ses pensées sans répondre à ses questions. Il se sentit mal à l'aise d'avoir une nouvelle fois oublié la présence de la jeune fille.


- Excuse-moi. Oui, tu verras des arbres, des montagnes et des animaux. Je te le promets.


Rassérénée, Neela laissa errer son regard parmi les traînées étincelantes de l'hyperespace et une paix intérieure qu'elle n'avait encore jamais ressentie prit possession d'elle. Elle se sentait parfaitement bien.



Une heure plus tard, le vaisseau sortit de l'hyperespace et les étoiles réapparurent, dans une disposition tout à fait différente de celle qu'ils avaient quitté. Ils approchaient d'une planète bleue et verte, accompagnée de sa petite lune grise.


- Nous allons descendre à Coronet, la capitale, expliqua Obi-Wan. C'est là que je dois retrouver mon informateur.


Le vaisseau s'ancra à un astroport spatial, suspendu sans masse dans le vide et qui pourtant dégageait une imposante impression de pesanteur. Il était encore plus impressionnant que celui de Coruscant, et comme l'avait prédit le Jedi, la majorité des passagers quittèrent le vaisseau pour y débarquer. Mais la plupart restèrent dans l'astroport lui-même, attendant des correspondances. Les autres descendirent à travers l'atmosphère le long de filins qui tiraient des cabines comme des sortes d'ascenseurs spatiaux. Alors qu'ils se trouvaient dans une de ces cabines au milieu des autres passagers, Neela remarqua enfin que le Maître Jedi n'était pas habillé comme d'habitude. Elle se demanda pourquoi il lui avait fallu autant de temps pour s'en rendre compte. Il avait troqué son habituelle bure marron contre une veste marron qui descendait assez bas pour cacher sa ceinture et le sabre laser qui y était certainement accroché. Cette tenue le rendait plus jeune. En fait, simplement d'après leur âge, on aurait pu les prendre pour frère et soeur. C'était étrange que leur apparence les rapproche alors qu'ils étaient si différents.


- Ça vous va bien la veste, commenta-t-elle discrètement.


Obi-Wan sourit.


- J'ai presque l'impression d'être déguisé, répondit-il.


- Vous ressemblez à quelqu'un de normal, quelqu'un qui viendrait ici en vacances, pour s'amuser.


- Alors c'est parfait, répondit-il en haussant les épaules.


Neela n'osa pas lui demander s'il avait parfois des vacances à occuper comme bon lui semblait.


Lorsqu'ils sortirent de l'astroport, ils furent éblouis par la lumière du jour. L'étoile Corell était à la verticale dans le ciel et dardait ses rayons sur les pierres en les faisant resplendir mais sans les échauffer. L'atmosphère était fraîche. Neela sentit l'air glisser avec une facilité déconcertante à l'intérieur de sa gorge. Elle s'en étonna.


- L'air est beaucoup plus pur ici qu'à Coruscant, lui expliqua Obi-Wan. Il n'y a presque pas de pollution.


De grandes parties de la ville étaient encore bâties de pierre, surprenant la jeune fille qui n'avait jamais vu de tels bâtiments. Parfois de toutes petites portes s'ouvraient dans des sortes de niches et le Jedi lui expliqua que des milliers de tunnels couraient sous le sol, formant une ville souterraine pour les Séloniens, grands bipèdes à fourrure qu'ils croisèrent au détour des rues.


A un carrefour, Obi-Wan s'arrêta devant un panneau indiquant qu'ils se trouvaient à présent sur le Boulevard du Ciel Bleu. Il se tourna vers Neela avec une expression grave.


- Nous allons entrer dans le Secteur Bleu. Je veux que tu me suives comme mon ombre : ce quartier est mal famé même en plein jour.


La jeune fille acquiesça en songeant qu'il était bizarre de donner un tel nom à ce boulevard, s'il était si mal fréquenté. Mais au fur et à mesure qu'ils avançaient, elle sentit un changement presque tangible dans l'air : l'animation qui régnait dans la rue se fit moins joviale et certains regards mauvais glissaient sur Obi-Wan comme s'ils cherchaient un angle d'attaque. Instinctivement, sans que celui-ci eut besoin de lui rappeler sa mise en garde, elle se rapprocha du Jedi. Elle sourit ironiquement en voyant le ciel d'un bleu toujours aussi pur au dessus de sa tête.


- Pourquoi sommes-nous venus ici? chuchota-t-elle.


- Pour le Treasure Ship Row, le marché du Secteur Bleu.


Elle n'osa pas demander ce qu'ils allaient chercher dans ce marché, ni même ce qu'il s'y vendait. Le cocon protecteur qu'avait été la Résidence du Sénat l'avait coupée de toute expérience de la ville.


Elle l'entendit avant de le voir. Les marchands haranguaient la foule, composée de touristes avides de curiosités et d’acheteurs aux allures louches qui marchandaient parfois un blaster à la main. C'était la pagaille. Il y avait des étals dans tous les sens et les marchandises débordaient par terre. La rue était coupée et ne semblait pas avoir servi depuis longtemps. Il y avait toutes sortes d'armes, à la pointe de la technologie ou simples couteaux, des vêtements de tous les goûts et de toutes les couleurs et des pièces de viande dont il valait mieux ne pas connaître la provenance. Obi-Wan se dirigea à travers ce dédale comme s'il le connaissait déjà. Il était évident qu'il était déjà venu sur cette planète, et même plusieurs fois. Enfin, il ralentit et s'arrêta devant un stand d'épices, dont les riches couleurs et les fragrances étaient exhibées dans de grands récipients de bois. Neela se sentit enivrée de sensations inconnues provenant de son nez et même de son palais. Elle aurait voulu s'approcher au plus près des poudres et des écorces pour s'emplir de leur parfum.


- Sal? appela Obi-Wan. Toujours dans la mauvaise voie?


- Toujours! répondit une voix amusée provenant de sous le comptoir.


L'homme se releva, contourna son étal et vint donner une bourrade amicale au Jedi qui la lui rendit en riant.


- Tu sais qu'il faut des rebelles! ajouta l'homme.


Sa peau très mate et son visage très jeune contrastait avec ses cheveux blancs et l'anneau doré de mauvais goût accroché à son nez.


- Je sais, concéda Obi-Wan. J'aurais aimé que ce ne soit pas toi.


- Tu as trop peur d'avoir à m'affronter un jour avec l'Aile Cinglante n'est-ce pas?


- A qui penses-tu faire peur avec un nom pareil? se moqua le Jedi.


- C'est le plus rapide et le plus maniable des vaisseaux que je connaisse. Même ton delta-7 ne lui arrive pas à la cheville.


Neela se sentit perdue. Elle aurait été capable de suivre n'importe quelle conversation sur la mécanique ou la programmation d'un droïde mais ne connaissait rien aux vaisseaux spatiaux.


- Ce n'est certainement pas pour mes épices que tu es venu sur Corellia, reprit Sal avec plus de sérieux.


- Non, en effet. J'ai quelques services à te demander.


- C’est bien ce que je pensais. Allons dans un endroit moins bruyant. Sikes! Où est-ce que ce maudit gamin a encore été se fourrer? maugréa-t-il.


- Tu as un nouvel apprenti?


- Un apprenti? C'est des fadaises de Jedi ça! Non, c'est un mioche du quartier qui me garde la boutique de temps en temps. Il est honnête, ce qui est rare par ici, et plus considéré comme un défaut qu'une qualité.


Il appela de nouveau et un enfant maigre mais aux yeux vifs et intelligents accourut, une tranche de viande séchée dans la main.


- Tu as encore été chiper dans les tonneaux hein?


- Non, c'est Madame Brag qui me l'a donné! se défendit le gamin. Elle dit que je mange pas assez avec toi.


- Et tu lui as dit que c'était vrai?


- Non, sûrement pas! Je lui ai dit que je mangeais très bien. Mais je lui ai dit aussi que si ça la dérangeait pas j'avais un peu faim, alors je pourrais peut-être avoir un petit bout.


- Petit malin! rit Sal. Si tu me gardes la boutique et si tu fais des affaires, je te ramène un mechoa.


Le gamin sauta sur place de joie.


- Ay! un mechoa!


Ils se mirent en route et quittèrent le marché pour s'enfoncer dans les ruelles.


- Ne t'attache pas trop, conseilla Obi-Wan. S'il est honnête, trouve lui rapidement un métier qui lui convienne.


- Je sais tout ça, grogna Sal. Je sais qu'il a droit à un vie meilleure. Mais je l'aime bien ce mioche. Et c'est pas moi qui pourrait lui dégotter un boulot comme ça.


Il y eut un silence.


- Je sais pas si c'est ce fichu métier ou si c'est moi, reprit-il plus lentement. Des fois, j'ai la nostalgie d'une famille. Tu sais, une femme, une maison et puis des enfants. Un truc tout con. Ça m'arrive d'y penser.


- Je comprends, murmura Obi-Wan. J'ai peut-être tort. Peut-être devrais-tu prendre cet enfant avec toi, lui apprendre tout ce que tu sais et l'aimer comme ton propre fils.


Ils arrivèrent devant une taverne et Sal poussa la porte encrassée.


- Attends, demanda Obi-Wan.


Il se tourna vers Neela.


- Je peux entrer, dit celle-ci précipitamment avant que le Jedi n'ait le temps de placer le moindre mot. Personne ne me remarquera. Même ton ami ne s'est pas rendu compte que je te suivais.


Le Jedi la regarda en réfléchissant puis hocha la tête.


- C'est d'accord. Observe et préviens-moi si tu vois quelque chose d'anormal.


Il se reprit:


- Quelque chose de très anormal. Parce qu'ici tout est ... différent.


Il poussa la porte à son tour et Neela le suivit.



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