Les Boîtes de Pandore
Chapitre 7
Schrödinger
Semblables à quatre lames tranchant le voile sombre de l'espace, une formation de x-wing venait d'arriver dans le secteur Kaminoen.
-Red leader à escadrille, on replie les volets et on reste à distance en attendant le Faucon.
Luke, pilote aux allures juvéniles, mais aguerri, menait l'escadrille. Des mèches blondes dépassaient sur les rebords de son casque.
De son regard d'acier, il balayait l'espace environnant, préférant se fier à ses sens plutôt qu'au compte rendu de ses scanners.
La planète bleue était encore à bonne distance. Le jeune Skywalker aurait pu tendre la main et la saisir au creux de sa paume. Le croiseur Impérial était également présent, en orbite, avec à son bord quelques dizaine de chasseurs tie.
Le jeune commandant ne devait pas prendre le risque d'engager le conflit avant l'arrivée de son ami Han Solo. La puissance de tir du Faucon Millenium avait déjà démontré son intérêt stratégique dans ce genre d'escarmouche.
-Espérons que les antennes du destroyer ne soient pas dirigées dans notre direction.
La voix de Wedge, fidèle compagnon d'armes de Luke et pilier de l'escadrille, était nerveuse et entrecoupée de grésillement dans le casque du leader.
Le petit droide astro mécano, dont le dôme usé dépassé derrière le cockpit de Skywalker, émit une suite de sifflements électroniques et de roucoulements nerveux. Luke s'opposa calmement à la suggestion du robot.
-Non R2, nous n'allons pas lancer un assaut sur les antennes de l'Etendar. Notre boulot est d'escorter le Faucon jusqu'à la planète.
À peine eut-il fini de résumer la mission à la petite tête brûlée qui lui servait de copilote qu'une nouvelle voix fit son apparition sur les ondes :
-Luke! Vieux frère !
D'un bond, le vieux vaisseau corelien venait de faire son apparition. Le visage du jeune pilote de x-wing se fendit un large rictus ravi.
-Han, vieux brigand ! Ça fait plaisir de vous voir. Pile à l'heure pour une fois !
Les mugissements heureux de Chewbacca se firent entendre à leur tour.
-Oui, moi aussi Chewie ! Vous m'avez manqué les gars !
Galvanisé, il reprit son sérieux, enfonça quelques interrupteurs sur le tableau de commande, et annonça :
-Tout le monde en formation, nous allons entamer l'approche.
Les ailes des quatre chasseurs se séparèrent, donnant aux petits vaisseaux la forme de croix à laquelle ils devaient leurs noms.
À l'intérieur du cockpit du Faucon, Maz Tanaka enfila son casque, en déploya de ses doigts fins le micro avant de résumer :
-Connaissant les protocoles de l'Empire, l'objectif devrait simplement se trouver à la verticale en dessous de l'Étendard, ce qui signifie que le chemin le plus rapide est de passer sous le nez de l'ennemi. Il s'agit avant tout d'un transporteur de troupes, mais il doit y avoir à son bord quelques tie-fighter. Vous devrez les occuper pendant notre descente.
Elle posa sa main sur le micro. Sans se retourner, elle s'adressa au Seigneur du Temps, qui avait joué les oiseaux de mauvais augure à juste titre :
-J'espère que vous savez ce que vous faites, Docteur.
Mais personne ne répondit. Maz se retourna pour constater qu'elle parlait dans le vide. Le Docteur avait disparu.
...
Les chaînes d'assemblages sinuaient sur plusieurs niveaux, tels d'interminables rubans anthracites entrelacés sous les néons cliniques. Une longue rangée d'armures ouvertes, innombrables cloches de cuivres, attendaient l'arrivée de leurs occupants sur le point de naître. La rangée parallèle, sur laquelle était placées à espace régulier de petites couveuses toujours vides, était également à l'arrêt.
Le Seigneur Vador se tenait là, supervisant les derniers préparatifs, aux côtés de l'amiral Dukas.
En dépit des difficultés à maîtriser la technologie Kaminoenne, deux scientifiques s'affairaient avec nervosité sur une borne de contrôle, sous l'œil vigilant de deux Stormtroopers.
Un discret soupir mécanique annonça l'ouverture de la large porte d'acier qui laissa passer un invité, désormais indésirable.
Sa voix métallique et trainante ne dissimulait pas sa colère :
-Vadooor! Espèce de traaaaitre! Vous essayez de me doubleeeer!
Les soldats mirent en joue la créature instantanément. Cependant le Seigneur Sith ne prit pas la peine de se tourner vers le Dalek afin de lui annoncer calmement, avec un soupçon de defi :
-N'en déplaise à votre fragile ego, Dalek, nous avons effectivement décidé d'achever notre tâche dans le calme.
Ce manque de considération fut la goutte de trop :
-J'ai decouvert le protocole d'asservissement! Vous avez tenté de me duppeeeer, Vadoooor, mais j'ai sur vous un avantaaaage...
Gardant les bras croisés dans le dos, sous sa cape, le chevalier en armure concéda finalement à faire face à son associé, non sans se défaire de son sarcasme.
-Voyez-vous cela ? Et lequel?
-Je suis un Daleeek!
Décrivant un cercle parfait, le Dalek vaporisa les Troopers, deux tirs azur précis, avant de revenir à son point de départ.
-Inutile d'appeler du renfoooort, j'ai supprimé tous vos pelotons sur trois étaaages.
La poignée de chrome de son sabre se souleva depuis sa ceinture pour venir rapidement se placer dans la main tendue de Dark Vador, qui en déploya la lame écarlate incandescente, avant d'annoncer, entre deux profondes respirations, de sa voix lourde :
-Il s'agissait là de votre ultime caprice, Dalek.
Un grondement sourd s'éleva dans les hauteurs des chaînes de clonages, semblant annoncer un orage, accompagné de piaillements.
Dukas, imitant les deux scientifiques, se jeta derrière de grandes caisses métalliques rutilantes.
Vador et le Dalek oublièrent leur querelle l'espace d'une poignée de seconde, tandis qu'un nuage sombre sortait des ouvertures en hauteur, une nuée compacte d'oiseaux gris qui se déploya rapidement. De majestueux échassiers qui allèrent se poser sur les tapis anthracites aux couveuses vides.
Faisant tourner une plume grise entre le pouce et l'index, un homme au trench-coat chocolat émergea des ombres sous la machinerie.
-La plume est plus forte que l'épée laser, annonça-t-il, taquin.
Plaçant la plume en avant, afin de bien la montrer à ses interlocuteurs, le Docteur en pointa les brins du doigt :
-Il a suffi d'une infime partie pour reprogrammer votre machine à faire des bébés Daleks. Les "poils" qui partent de la hampe se nomment des barbes, vous le saviez ? Comme dans "la barbe, mon plan a échoué".
Le nouveau venu était goguenard.
Sa respiration sonore se fit plus insistante lorsque Vador resserra son emprise sur la poignée de son sabre vibrant.
-Qui êtes-vous?
Le visage radieux de l'homme à la plume était également inconnu pour le Dalek. Bien qu'il en refusait l'évidence, il savait cependant parfaitement à qui il avait affaire.
-C'est impossiiiible! C'est impossiiible!
-Vous savez parfaitement, Dalek, qu'avec moi rien n'est impossible.
Le Seigneur Noir semblait perplexe :
-Vous connaissez cet individu ?
-Il ne peut s'agir que du Docteeeeur!
-Le terrible guerrier dont vous parlez à longueur de journée ? Mais comment pouvez-vous douter de son identité ?
Avec un geste d'apaisement, le nouveau venu tempéra :
-Pour sa défense, j'ai tendance à changer d'apparence assez régulièrement. Bonjour, je suis le Docteur, ajouta-t-il rayonnant avant de s'emporter, visiblement excité. Et vous devez être le fameux Dark Vador ? Mon chou, j'adore votre style mi-gothique, mi-disco! Très efficace!
Levant sa lame écarlate lumineuse, le Sith s'emporta :
-Assez !
-Nooon, laissez le mooooi!
Le Chevalier Noir fit face à la créature, levant son sabre, excédé :
-Vous avez suffisamment imposé votre stupide volonté !
Une vibration se fit entendre. La lame du sabre laser venait de se disparaitre. Le Docteur pointait sa télécommande bleu métallique en direction du duo.
Vador martelât du pouce la gâchette de son arme, inutilement.
-Ne me forcer à m'énerver, somma calmement l'homme au trench-coat.
Vador se dressa de toute sa hauteur, leva sa main gauche ouverte d'un geste théâtrale, avant de serrer le poing.
L'armure du Dalek s'effondra sur elle-même dans un effroyable froissement de metal. La poignée du Sith tourna légèrement, comme s'il avait le Dalek dans le creux de sa main.
Une larme perla au coin de l'œil du Seigneur du Temps qui contempla ce qui restait du Dalek retomber, inerte et sphérique, sur le sol blanc de l'usine.
Vador, le poing toujours levé, n'accorda pas un regard à sa victime. Son attention était focalisée sur le Docteur :
-Qui croyez-vous être? Souffla-t-il au travers sa colère.
Gardant la télécommande sonique dans sa main pendante, celui-ci dégluti :
-Ce Dalek était l'un des derniers représentants de son espèce. Provisoirement, j'en conviens. En dépit de toutes les vies prises par son peuple, ou lui-même, il ne méritait pas ce traitement.
-Est-il possible d'être habité d'un optimisme aussi pathétique ?
La question, rhétorique, n'attendait aucune réponse.
La main du Seigneur Vador se dirigea vers son nouvel ennemi, qui sentit à peine l'emprise de la force sur sa gorge : sa télécommande vrombit à nouveau et Vador tomba au sol.
Sa lourde respiration s'était muée en un sifflement douloureux.
-J'avais vu juste, annonça le Docteur, passant sa main sur sa gorge douloureuse. Votre plastron est un appareil respiratoire.
Il fit un pas en direction d'un Vador à genoux, se débattant avec la machinerie qui ornait sa poitrine.
-Vous me tueriez pour venger un assassin ? Quel genre de fou êtes-vous ?
Sa voix n'était plus ni grave ni entrecoupée de son éternel souffle lourd, mais douloureuse.
Le Docteur se pencha, comme pour lui glisser une confidence :
-Je suis un fou bourré d'optimisme pathétique. Et, pour cette raison, je ne vous tuerai pas.
Vador, privé d'oxygène, flancha puis s'affala sur le côté.
Enjambant le chevalier vaincu, le Seigneur du Temps fit une dernière fois vibrer son appareil. Un court sifflement précéda le retour de la respiration caractéristique de Dark Vador, désormais inconscient.
S'agenouillant près de la boule d'acier froissée, il constata la présence d'un large filet visqueux scintillant sur le béton du sol. L'hypothèse n'eut pas le temps de se forger dans l'esprit du Docteur que la voix résonna sous le plafond de l'usine immaculée :
-Docteeeeur ! Docteeeeur !
Celui-ci venait de se redresser. Au milieu des bandes qui sinuaient en hauteur sur la droite, au centre de la rangée d'armures ouvertes s'en trouvait une close, dont l'œil unique clignotait au rythme des syllabes :
-Docteeeeur ! Nous n'en avons pas finiiiis!
Autour du Dalek qui venait de changer d'armure, les échassiers s'envolaient pour aller se poser un peu à l'écart. Leur envol fut accompagné des tirs de l'incontrôlable créature, qui n'en toucha aucun.
-Saletés de volatiiiiles ! Vous auriez dû être des Daaalek !
D'en bas, le Docteur, armé d'une jovialité renouvelée, aida son ennemi à se focaliser :
-Dalek ! Faites-moi une faveur !
Sous une fine pluie de plumes, l'œil unique du monstre perché se posa sur lui, délaissant les oiseaux.
-Une faveeeur?
Le Docteur dévoila sa dentition dans un rictus dément avant de déclamer, les bras grand ouvert:
-Si votre ramage se rapporte à votre plumage... Attrapez-moi!
Digne d'un ressort, il sautilla ensuite par-dessus Dark Vador, avant de disparaitre à nouveau dans les ombres sous les chaînes de clonages.
L'armure mécanique aux éclats bronze et or se souleva, puis traversa lentement le vide avant de se poser sur le béton ciré. Les Daleks n'étaient pas connus pour leur vitesse, cependant la haine était un carburant suffisant pour lui faire presser l'allure.
Il contourna Vador, s'engouffra à son tour sous les ombres de la machinerie pour débouler dans une pièce aussi clinique que le reste de l'usine.
Il avançait prudemment sur l'une des passerelles qui montaient en spirales parmi d'autres. Il fut alors stoppé net, sous un flux d'énergie bleue qui venait de l'entourer. Il n'avait désormais plus que la place pour tourner sur lui-même. Derrière lui, dans un grincement familier, deux portes de bois bleu venaient de se refermer.
Au centre des passerelles se trouvait le poste de pilotage hexagonal du vaisseau, surmontée de sa colonne de lumière. Le Docteur venait de lancer son trench-coat sur l'une des rambardes et bondissait de boutons en boutons, d'interrupteurs en interrupteurs.
-Veuillez relever vos tablettes, garder tentacules et votre mauvaise humeur à l'intérieur du champ de force, nous allons décoller !
À l'extérieur, la lanterne au sommet de la petite boîte bleue se mit à clignoter en suivant le rythme de la respiration pesante des moteurs du Tardis.
Témoin silencieux, l'amiral Dukas s'était extirpé de sa cachette et regardait la cabine s'estomper dans les ombres, une main dans ses cheveux ébouriffés.
Il sauta ensuite au-dessus de la cape noire de son supérieur hiérarchique pour quitter les lieux au pas de course, suivit des deux savants, avec la ferme intention de rejoindre l'Etendar.
Sur le sol, Dark Vador serra le poing puis se releva péniblement.