La cité des Nuages

Chapitre 1 : Un nouvel Ordre s'installe

2867 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 11/11/2025 15:06

Han Solo se retourna vers Maz Kanata et lui dit :

— Où as-tu trouvé ça ? demanda-t-il en lui tendant le sabre de Luke.

— Ça, c’est une histoire pour une autre fois, répondit Maz.


Des années auparavant, sur Bespin.


Dans les profondeurs de la Cité des Nuages, Yul Kesh se trouvait, ses outils à la main, dans le conduit numéro sept, pour réparer une fois de plus cette maudite porte d’évacuation : impossible de l’ouvrir via la console centrale de la station. Il fallait donc passer en mode manuel. Il se rappelait la première fois qu’il était venu la réparer ; cela remontait à deux ans. Depuis, deux fois par mois, quand tout allait bien, il devait descendre dans les bas-fonds de la station, là où l’on pouvait entendre le vrombissement des systèmes d’aération. Parfois un écho lointain lui faisait dire qu’il n’était pas seul dans cet endroit. Mais bien évidemment, on y croisait beaucoup moins de personnes qu’à la surface, perdue dans les nuages, les murs d’un blanc éclatant renvoyant la lumière du soleil.


« J’ai l’impression qu’elle devient de plus en plus difficile à bricoler », dit-il.

Combien de fois avait-il demandé son remplacement à Lando ? Celui-ci, qu’il avait croisé ce matin, était accompagné d’un groupe de personnes qu’il ne connaissait pas : parmi elles, une espèce qu’il avait rarement rencontrée, un Wookiee, énorme bête velue qui l’impressionnait ; deux droïdes, un homme et une femme superbe… Il avait eu une drôle de sensation à leur passage, comme s’il la connaissait. Il était certain de ne l’avoir jamais vue, il n’aurait pu l’oublier. Cette vision lui remplirait la tête pendant la journée de travail qui l’attendait.

Il aimait être seul, mais passer autant de temps dans ces conduits n’était pas toujours amusant : il y faisait froid, sale, humide et obscur.  De petites lampes dispersées à intervalles réguliers, servant à se déplacer sans se prendre les pieds dans les tuyaux qui jonchaient le sol, projetaient des ombres mouvantes. Les murs métalliques suintaient ; l’air avait une odeur chargée de graisse et de rouille. Heureusement, il y avait Kouba, son fidèle Anooba, une peluche à quatre pattes portant fièrement ses petites cornes. Il était sans doute la créature la plus fidèle et la plus intelligente de toute la galaxie. Il n’était pas comme les autres de son espèce. Il n’était pas né sur Shili ; il était le fruit d’une manipulation génétique d’une entreprise spécialisée dans ce domaine. Leur but était de créer des gardiens plus forts, plus dangereux, plus intelligents. Mais lui était le fruit d’une expérience ratée : petit, gentil, cornu… du moins au premier regard. Son intelligence exceptionnelle compensait tout ce que cette compagnie pouvait lui reprocher.

Yul l’avait trouvé sur un vaisseau en perdition dont lui et son équipe avaient été mandatés pour tracter. Il se trouvait dans une cache de contrebandiers, seul et apeuré. Sur sa cage, on pouvait voir sa provenance : Eriadu et l’indication « propriété de Czerka ». Il était là, sans eau, nourriture, ni lumière, âgé de quelques semaines, avec un code d’identification tatoué à l’intérieur de l’oreille : JP-15. Yul l’avait caché dans sa besace assez facilement ; l’animal était hagard et n’opposa pas de résistance. Il l’avait soigné, nourri, réchauffé… et depuis ce jour, ils ne s’étaient jamais quittés. Kouba pouvait regarder son compagnon pendant des heures, connaissant la moindre de ses émotions, de ses expressions, de ses envies. Kesh le regardait aussi, percevant dans ses yeux quelque chose d’autre derrière ce regard, plus qu’une part d’humanité.

La vie sur la station n’était pas facile ; pour pallier le manque de moyens, la plupart des techniciens et du personnel redoublaient d’efforts. Tout s’était développé vite au début, mais maintenant, il manquait de ressources, de main-d’œuvre. De nouveaux colons arrivaient régulièrement, mais pas assez vite. Elle n’était pas encore autosuffisante, les importations restaient nombreuses et certaines denrées manquaient. Le gaz tibanna se vendait plutôt bien, néanmoins il ne permettait pas de régler la majorité des problèmes.  Un jour, le soleil de cette planète brillerait peut-être encore plus fort ; pour l’instant, il fallait faire comme on pouvait.

Et puis il y avait l’Empire… Heureusement, la cité était de taille restreinte et pas encore repérée, ce qui permettait à tout le monde de vivre en relative liberté, dans un système politique qui rappelait l’Ancienne République. Certes, Lando en était l’administrateur, mais il n’était pas tout-puissant : un conseil de sages, composé de neuf membres de races différentes, élus démocratiquement tous les cinq ans (non reconductibles), pouvait le destituer si son travail ou son autorité devenait trop forte.

Yul l’avait rejoint quelques années auparavant, à l’époque où elle ne comptait qu’une centaine d’habitants. Il avait donc tissé quelques liens avec Lando ; sans être amis, ils se respectaient mutuellement. Technicien âgé maintenant de quarante-quatre ans, il avait pour don naturel la réparation : depuis tout petit, il pouvait tout bricoler, rafistoler, retaper…

Son père, à l’époque, le regardait amusé et lui donnait parfois des conseils. Grand ingénieur au service de la République, il chapeautait de nombreux projets : de l’armement aux nouvelles technologies de propulsion, en passant par le traitement des déchets. Sa mère, elle, s’occupait des malades, des mourants, des estropiés, de tous ceux qui avaient besoin d’implants. Elle était bio-ingénieure et cyber-physicienne ; elle aimait se dire qu’elle réparait ce qui avait été détruit et que la technologie existait pour aider la galaxie, non pour l’anéantir. L’Empereur s’était beaucoup intéressé à ses travaux, avant et après l’avènement de l’Empire. Il avait pillé son savoir ; Vador avait ainsi pu profiter des prothèses qu’elle avait conçues. Qu’en aurait-elle pensé ?

Avant la chute de la République, sentant que les choses allaient changer, les parents de Yul l’avaient fait évacuer avec d’autres enfants par un certain Yorel Podmi. Celui-ci était un peu devenu la famille de substitution du jeune garçon ; la plupart des autres enfants avaient retrouvé leurs parents, des oncles, des tantes, des frères ou des sœurs… mais pas lui. Ce n’est que plus tard qu’il avait compris, avec l’âge et les nombreuses discussions qu’il avait eues avec son « oncle adoptif », pourquoi ses parents avaient choisi de rester : rentrer dans la rébellion, se battre et s’opposer à l’Empire. Même s’il avait fini par l’accepter malgré la colère qu’il avait pu avoir contre eux, il s’était convaincu de ne pas reproduire cette erreur. Il ne se confronterait pas, la vie est trop précieuse.

Parfois, sans doute pour briser le silence lors de son labeur ou encore pour se confier, Yul se surprenait à parler à son compagnon de ses parents.

— Onze ans… j’avais onze ans quand j’ai dû quitter mes parents, murmura-t-il. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. J’aimerais les revoir, plus le temps passe, plus leurs visages disparaissent. Je préfère croire qu’ils sont morts, c’est plus facile. J’aimais les yeux de maman, toujours dans la douceur, et papa me faisait rire avec ses blagues. Ils sont sans doute morts maintenant, et ça, je ne peux pas le réparer.

Kouba le regardait d’un air triste.


— Tu me comprends, hein ? Toi aussi, tu ne dois plus te souvenir de tes parents, je ne sais même pas si tu en as…

Bon, retournons à cette maudite réparation. Je n’arrive pas à débloquer la charnière.

Il donna quelques coups, pensant que cela débloquerait la situation. Évidemment, ce fut sans succès…

— Donne-moi l’hydrospanner, s’il te plaît, qu’on en finisse.

L’Anooba prit l’appareil dans la boîte à outils avec sa gueule et le lui apporta.

— Merci. Allez, dernière petite touche et ce sera bon pour cette porte.

— Tu sais ce qui va me manquer le plus quand on sera partis d’ici ? demanda Yul.

Kouba le regarda songeur.

— Les rayons de lumière rougeâtres qui se diffusent dans les nuages quand la nuit approche. Je n’ai jamais rien vu de plus beau.


— J’aime l’aventure, découvrir, le changement, dit-il en regardant son Anooba. 

C’est vrai qu’il avait pas mal bourlingué, mais tout en faisant toujours attention de ne pas s’attirer des ennuis. Les voyages sont formateurs, mais on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

Tout ce travail avait un but : partir pour Lao-Mon, dans le secteur Shi’nar, hors cartes impériales. Une planète composée d’un océan de forêts et de prairies flottantes, des rivières cristallines coulent entre des collines rondes. La nuit, des lucioles bleues y dansent comme des étoiles tombées du ciel. Pas de désert, pas de glace, juste des arbres géants aux feuilles argentées qui bruissent comme un vieux holovid apaisant. Aucun stormtrooper n’a jamais posé le pied ici, ni kyber, ni minerai rare, l’Empire s’en fiche. Ils s’y installeraient tous les deux dans le hameau de Port-Lune et ouvriraient un petit commerce.


— Toi aussi, tu aimes l’aventure ?


L’animal se roula sur le sol ; il adorait se faire caresser le ventre. Son maître s’exécuta, lui déclenchant, comme à chaque fois, un soupir de contentement.

Soudain, un son sourd, suivi d’un petit bruit clinquant, se fit entendre. Kouba sursauta, se dressa sur ses pattes figé durant un instant, puis partit à toute vitesse vers la source du bruit. Yul l’appela pour le faire revenir, mais impossible de l’arrêter. Il le suivit et le retrouva quelques mètres plus loin. L’animal se retourna vers lui, mastiquant une chose indescriptible dans la gueule. Dans la pénombre Yul ne pouvait distinguer ce que c’était.


— Viens voir, montre-moi ce que tu as. L’Anooba a certes beaucoup de qualités, mais il est extrêmement têtu. Tu te souviens de la dernière fois que tu as mangé quelque chose qui traînait ? Je n’ai pas envie que tu sois malade… Allez, donne !

Kesh essaya d’attraper et de retirer l’objet de la gueule de Kouba, mais celui-ci refusa de lâcher sa proie.

— Espèce de sale petite bête, tu vas m’obéir ou je te jette dans le vide de Bespin !

Il eut beaucoup de difficultés à lui arracher l’objet, si bien qu’il en tomba par terre. Tout en se redressant, il put enfin regarder ce que c’était : une main. Il la sentait encore tiède, entre ses doigts. Il n’y avait pas de sang, la tranchée était nette.


Dégoûté, il la jeta ; elle roula jusqu’à l’évacuation de la porte qu’il venait de réparer.


— Oh non, qu’est-ce que j’ai fait ? Impossible de la récupérer maintenant. À qui appartient-elle ? Que faisait-elle là ? s'interrogea-t-il, sentant la panique l’envahir. 

Yul sortit son communicateur pour appeler de l’aide et signaler sa découverte, savoir si le ou la propriétaire de la main avait pu être secouru(e), ou dans le cas contraire, prévenir de lancer des recherches. Il n’eut pour toute réponse qu’un grésillement. Étant dans les profondeurs extrêmes de la station, il aurait dû pouvoir entendre et être entendu. Il retourna vers la porte d’entrée du conduit et essaya la communication depuis celle-ci, mais le résultat fut le même. Il resta un instant immobilisé par la peur, puis finit par se tourner vers Kouba qui le regardait, attristé : il aurait certainement aimé jouer avec cette découverte.


— Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ? Je te donnerai un bonbon quand on sera remontés.

Soudain, Yul sentit quelque chose… une sensation qui le traversa, comme un appel, une attraction. Il s’avança un peu plus loin dans le couloir et vit, sur le sol, un reflet de lumière caché dans l’ombre. Il s’accroupit et distingua un objet qu’il n’avait encore jamais vu : un cylindre métallique d’environ vingt-cinq centimètres, de couleur argentée, avec une partie noire ressemblant à une poignée. Une partie triangulaire semblait permettre de l’attacher à une ceinture. Un outil ? Non, il connaissait la totalité des appareils de la station. Kouba le rejoignit et posa ses pattes sur le genou de Yul.

— Tu sais ce que c’est, toi ?

L’animal parut acquiescer, il prit l’un de ses coussinets et appuya à un endroit précis de l’objet. En une fraction de seconde, une lame bleue électrique jaillit du cylindre.


— Par les vents de Tibanna… un sabre laser ! Mais qu’est-ce que ça fait ici ?

Il mania l’épée, qui éclaira son visage d’une lueur bleutée. Il aimait ce son si spécifique. Quel objet magnifique, vestige d’une époque révolue. Personne n’avait plus entendu parler des Jedi depuis bien longtemps. Comment cette arme était-elle arrivée ici ? Et ce bout de corps ? Il se rappelait la texture de la peau… Il préférait clairement le contact des machines. Kouba, imperturbable, se léchait l’entre-jambes pendant que son maître s’émerveillait.


— Il faut vite que je remonte et que j’en parle à mon supérieur.

Le technicien rangea ses outils et commença son retour vers la surface de la cité. La porte de l’ascenseur s’ouvrit sur un chaos inattendu : cris, sons de tirs de blaster et nuages de fumée noire qui se dissipaient dans les couloirs.


— Viens, Kouba, reste près de moi ! lui asséna Yul d’un ton autoritaire. 

Un Twi’lek courait comme poursuivi par la mort ; il se retourna et un tir de blaster mit fin à ses jours. Deux stormtroopers aaccoururent pour confirmer l’état du corps.


Yul, apeuré, se cacha derrière une colonne pour observer ce qui se passait. Des pas se rapprochaient de lui.

C’est à ce moment que les deux agents de l’Empire reçurent une communication :


“Le Seigneur Vador est retourné sur son croiseur. À tous les soldats : le Grand Moff Vladron Netayu va prendre le contrôle de la station. Instaurer le calme avant son arrivée. N’hésitez pas à éliminer toute opposition.”

Vador… Il doit s’être passé quelque chose d’important, sinon il ne se serait pas déplacé, pensa Yul. Sa découverte avait sans doute un rapport avec la présence du Seigneur Sith. Le cœur battant, sous l’adrénaline et sans réfléchir plus loin, il se retourna vers son compagnon :

— Kouba, prends le sabre et va te cacher dans les conduits d’aération.

L’Anooba le regarda, fermant les yeux, hochant la tête de gauche à droite plusieurs fois, comme pour dire non, non, non.


— Dépêche-toi, mon ami, s’il te plaît. Je ressens que tout ce qui vient de nous arriver pourrait être important. Ne t’inquiète pas pour moi, ça ira.

La petite boule de poils, à contrecœur, prit le sabre dans sa gueule. Il grimpa plus vite que le vent dans le conduit au-dessus d’eux, tout en jetant un regard triste mais approbateur à son maître.


Kesh l’observa et lui sourit. Maladroitement, il en oublia les soldats qui se dirigeaient dans sa direction.

L’un des stormtroopers pointa son arme vers lui et tira un tir de semonce.

— Hey toi, ne bouge pas !

Sans attendre, le technicien leva les bras au ciel pour prouver sa bonne foi et ne pas finir comme le Twi’lek.


Les deux soldats arrivés à sa hauteur, le mirent à terre et lui passèrent les menottes avec force.

Kesh sentait son cœur battre et la peur monter : il n’avait jamais été confronté à l’Empire de manière directe et s’était toujours arrangé pour être au plus loin d’eux. Le souvenir de ses parents hantait sa mémoire.

Il ne put s’empêcher de laisser échapper quelques mots :

— Que se passe-t-il ? Pourquoi êtes-vous ici ?


— Tais-toi, sale résidu ! rétorqua l’un des soldats en lui donnant un coup de crosse sur la tête.

Yul s’affala, inconscient, sur le sol.


Le bruit des bottes et des chasseurs de l’Empire résonnait. La plupart des gens furent emprisonnés, contrôlés, puis relâchés en leur faisant promettre d’obéir. Mais, dans le silence forcé, des voix allaient s’élever…


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