La cité des Nuages

Chapitre 2 : Le Discours

5271 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 20/11/2025 19:12



“C’est avec tristesse que j’annonce que la République, qui nous a tous servi si longtemps, sera aujourd’hui réorganisée pour devenir le premier Empire galactique, pour un monde plus sûr et plus stable.”


Nous marchions dans les jardins suspendus de Coruscant, là, tous les trois, à contempler les lumières de la ville. Les tours scintillaient jusque dans les nuages, et les voies aériennes ressemblaient à des rivières de feu glissant lentement dans la nuit. Puis, comme souvent, on se dirigeait vers les salles de pilotage pour enfants. J’adorais piloter, sentir les manettes vibrer sous mes doigts, imaginer que je pouvais voler entre les étoiles.

Après cela, nous allions nous balader dans le quartier où il y avait toujours un endroit de fête. On ne vivait pas dans les secteurs luxueux, mais dans les districts populaires, là où les rues débordaient de vie et de musique. Les devantures des cantinas s’illuminaient de néons multicolores, des sifflets et des éclats de voix résonnaient au-dessus des étals de marchands, la foule dense mêlait humains, Twi’leks et Rodians. Ici, les sonorités des festivals se combinaient au brouhaha des vendeurs de grillades exotiques et des droïdes jongleurs, tandis que des enfants couraient en riant jusqu’aux galeries de jeux. Vous aimiez l’ambiance de ces endroits, et vous y aviez beaucoup d’amis. La communauté organisait souvent des festivités colorées avec des animations, des concours de danse holographique et des spectacles de marionnettes droïdes. Les soirs de fête, vos sourires illuminaient plus que toutes les lumières de la cité.

Mais un jour, tout bascula. Alors que les dernières harmonies flottaient encore entre les tours, un homme fendit la foule d’un pas assuré. Drapé dans un manteau sobre, confectionné d’un tissu sombre et léger qui glissait sur ses épaules avec une élégance discrète, il dégageait une présence maîtrisée, presque intimidante. Son visage était fermé, les traits tendus par une gravité contenue. Mandaté par le sénateur Organa, cet émissaire était porteur d’un message dont il mesurait l’importance…



La République venait de s’effondrer. 



La nouvelle, lourde, brûlait à demi ses lèvres. Le temps pressait : on allait bientôt vous chercher pour vos connaissances, vous arracher à votre vie d’avant et vous contraindre à servir l’Empire et Palpatine. Mais dans vos regards, je lisais déjà la certitude,  jamais vous ne plieriez devant l’obscurité.


Deux jours plus tard, mon père m’a confié à Yorel.

— J’ai une grosse faveur à te demander, prends Yul et emmène-le loin d’ici.

— Il ne sera pas facile de quitter la planète, avec le blocus.

— J’ai fait quelques révisions à ton vaisseau. Ça ira. Tu iras plus vite que n’importe qui dans ce secteur. D’autres nous ont demandé de l’aide… il y a plusieurs enfants à sauver.

— Je ferai tout ce que je peux, mon ami. 

Les familles arrivèrent l’une après l’autre pour dire adieu à leurs enfants. Il y avait des pleurs étouffés, des visages fermés par la peur, des regards qui se perdaient dans le vide. Les mains se serraient, se lâchaient, se tendaient encore une fois, luttant pour prolonger un instant de contact avant la séparation.

Mes parents se tenaient l’un contre l’autre, sous la lumière cramoisie du ciel urbain. L’ami de mon père me tenait, pour me faire monter à bord, mais je réussis à m'en dégager et courus vers ma mère.


—  Maman, je ne veux pas partir !

—  Il le faut, mon grand. Ne t’en fais pas, nous nous reverrons.

—  Promis ?

Mon père posa une main sur mon épaule.

—  Oui, promis, mon fils. Tout ira bien. Tu verras. 

Je pris la main de Yorel et m’engageai dans le vaisseau sans un mot. Tandis que les moteurs s’allumaient, des larmes silencieuses roulaient sur mes joues, brillantes comme les lumières lointaines de Coruscant.



Le bruit sourd des réacteurs, lors du départ du vaisseau, se confondit bientôt avec le bourdonnement oppressant d’une machine médicale. L’obscurité du cockpit, peu à peu, céda la place à l’éclat cruel du néon au-dessus de lui. La chaleur d’une étreinte maternelle se dissipa, remplacée par la morsure sans vie du drap sur sa peau nue. Lentement, il comprit qu’il avait quitté le rêve : la souffrance, elle, était bien réelle.



Les yeux à demi ouverts, il percevait une vive lumière qui l’aveuglait presque, son intensité fragmentée par le passage régulier d’une ombre mouvante, tantôt proche, tantôt lointaine. Tout demeurait flou autour de lui : les contours dansaient, se mêlaient à l’éclat blanc qui envahissait son champ de vision. Peu à peu, il distinguait que cette silhouette était bien humaine, vêtue d’une longue blouse claire. Une certitude s’imposait : c’était une femme… mais pouvait-elle vraiment être là ?


— Maman... ? murmura-t-il dans un souffle hésitant.


Un léger rire, presque triste, lui répondit.


— Non, ce n’est pas ta mère... Je suis le docteur Ollan, Zar Ollan.


Le brouillard dans sa tête refusait de se dissiper. Il se redressa légèrement, les tempes battantes.


— Où suis-je ? J’ai un mal de crâne terrible...


— Vous êtes à l’infirmerie du bloc 5, dans la cité des nuages. Vous vous souvenez ?


Il plissa les paupières, tentant de discerner les formes autour de lui. Cette lumière lui brûlait les yeux.


— Vous pouvez... vous pouvez éteindre ? L’éclairage... c’est trop douloureux.


— Je ne peux pas, désolée. Vous n’êtes pas seul ici, et il me faut surveiller d’autres patients. Je peux tirer le rideau, si vous souhaitez un peu moins de lumière.


Sa vue s’éclaircissait lentement. En tournant la tête à droite puis à gauche, il aperçut plusieurs patients étendus sur des lits médicaux. Certains portaient de lourdes blessures, des brûlures, des plaies ouvertes. Le docteur Ollan n’était pas seule ; d’autres personnes en blouses blanches s’affairaient auprès des malades, ainsi que des droïdes médicaux. Un cri retentit soudain lorsque l’un des médecins remit durement une épaule en place.


— Voilà, ça ira mieux maintenant. Recouchez-vous et reposez-vous, ordonna-t-il au patient qui se laissa retomber sur son matelas comme une pierre.


Le cri fit sursauter Yul, qui tenta de se redresser pour voir ce qui se passait. Le docteur Ollan ayant vu la scène se retourna vers lui avec une attention bienveillante.


— Il faut parfois souffrir pour guérir… Vous rappelez-vous de votre nom ?


— Oui... Yul. En prononçant ces mots, il revit fugitivement l’arrestation par les stormtroopers, la peur ancrée dans son regard. L’Empire... ils sont ici... Vador...


Son attention se perdait dans le vide, la bouche entrouverte, incapable d’en dire plus.


— Votre travail dans la station ?


Surpris, il fixa le docteur. Pourquoi ces questions maintenant ?


— Je suis technicien de maintenance... dit-il à mi-voix, tendant ses mains vers le plafond. C’est là qu’il s’aperçut qu’il était entravé, ses poignets attachés au lit.


— Qu’est-ce que... ?


— Oui, ils sont bien là, les partisans du côté obscur. On m’a demandé de vous soigner, tout en vous maintenant attaché. Ils… ont pris le contrôle de la station, ajouta-t-elle en baissant les yeux, avant de se reprendre et d’humidifier un linge qu’elle posa sur son front, nettoyant la plaie laissée par la crosse de l’arme qui l’avait assommé.


— Ça fait combien de jours ?


— Quatre...


— Quatre jours… J’ai cru que tout ça n’était qu’un rêve.


— Vous voulez dire : un cauchemar ?


Yul l’observait sans dire un mot, la peur se lisant sur son visage. 


— Ils viendront vous interroger... ainsi que toutes les personnes présentes dans cette pièce.


— Nous interroger ? Sur quoi exactement ?


— Je n’en suis pas certaine, mais ils ont posé beaucoup de questions à divers habitants de la station. J’ai appris qu’ils recherchent quelque chose de précis. Le jour de votre arrivée à l’infirmerie, un Jedi était ici. Il y a eu un affrontement avec Vador... et le

Seigneur Sith a remporté le duel, le Jedi a perdu son sabre laser. Je pense que c’est l’objet de leur convoitise.


Sa tête résonnait, une douleur sourde et lancinante, au rythme de ses battements de cœur.


— J’ai si mal...


— Allongez-vous, je vais vous donner quelque chose contre la douleur.


Elle se dirigea vers une armoire remplie de pilules et de comprimés de toutes sortes. Sa main glissant sur les rayons, elle en sortit un tube de calmants.


— Comment savez-vous tout cela ? Comment êtes-vous au courant pour le Jedi ?


— Une personne qui a assisté au combat m’en a parlé... Ils l’ont emmenée pour l’interroger, je ne l’ai pas revue depuis. Je sais seulement que l’Empire a retenu que le sabre laser pourrait se cacher dans le bas de la cité entre le secteur six et le secteur sept... Vous et vos collègues qui se trouvent ici, travaillez dans ce périmètre, il me semble ?


Il y avait un air grave sur le visage du médecin, car elle savait ce qui allait se passer pour toutes les personnes qui se trouvaient dans son infirmerie : l’interrogatoire dans la douleur, peut-être jusqu'à la mort. 


— Il n’y a pas que des humains dans ces secteurs... il y a aussi des Ugnaughts, ils travaillent là-bas. 


— On m’a dit qu’ils ont été déplacés ailleurs… toutes les autres espèces non humaines ont été parquées dans des sections isolées de la ville, bien loin des quartiers réservés aux humains. Les nouveaux secteurs où ils vivent sont réputés pour être bien moins accueillants : infrastructures dégradées, rationnements, surveillances constantes. Certains ont même complètement disparu, sans qu’on leur ait reproché quoi que ce soit, on raconte que des familles entières ont été arrêtées du jour au lendemain, sans explication.


Tout avait basculé depuis l’arrivée de Vador. En une seule journée, la direction de la station avait changé de mains, l’ordre imposé par le pouvoir impérial projetait déjà son ombre sur chaque instant du quotidien, qu’allait-il advenir de la population ?



Après l’arrivée de l’Empire, les choses s’étaient mises en place avec une rapidité implacable : des vaisseaux chargés de stormtroopers avaient déferlé sur la station, suivis de près par des citoyens convaincus ou séduits par le message du nouvel ordre. Ces derniers s’étaient aussitôt investis dans la gestion et l’entretien des installations, veillant à ce que l’extraction du gaz Tibanna se poursuive sans accroc sous une surveillance étroite.



La grande place de la cité, d’un blanc immaculé, renvoyait les rayons du soleil couchant. Les nuages, baignés d’une lumière rougeâtre due à l’astre déclinant, se dispersaient lentement dans le ciel. La population de la station s’était rassemblée, attendant... attendant ce nouveau chef, celui qui allait enfin s’exprimer devant eux. Le remplaçant de Lando qui se tiendrait à leur tête… l’un des sbires de l’Empereur Palpatine. Pour certains, il incarnait le respect et l’ordre d’un nouveau monde fait de sécurité, de dévotion, mais aussi d’une perte de nos libertés pour garantir tout cela.

Au centre de l’agora s’étaient massés les habitants natifs de la station. On y distinguait, humains, humanoïdes, Chiss à la peau d’azur,  Mirialans parsemés de tatouages, la prestance farouche des Zabraks. Mais aussi les Ugnaughts affairés, les Twi’leks nerveux, des Rodians méfiants, ou encore la stature tranquille de Lutrillians et les tentacules souples des Nautolans. Tous partageaient désormais la même incertitude face à l’ordre renaissant. Tandis que sur les premiers gradins prenaient place les membres ayant prêté allégeance au côté obscur : ouvriers, médecins, enseignants, commerçants… dominant ainsi la foule de leur position surélevée. Plus haut encore, sur le deuxième niveau, des soldats lourdement armés circulaient, scrutant la moindre agitation parmi la population. Derrière leurs casques, leurs regards vides d’humanité et indifférents faisaient peser une atmosphère de contrôle sans partage ; chaque mouvement, chaque murmure des civils semblait être noté et évalué.

Ce dispositif d’installation, loin d’être anodin, avait été pensé pour diviser et asseoir l’autorité impériale. Les autochtones, tenus au centre, étaient comme exposés aux jugements de ceux qui avaient choisi leur camp ainsi qu’à la vigilance impitoyable des forces armées. Cette mise en scène marquait d’une manière visible et implacable la hiérarchie nouvellement imposée : la domination de l’Empire s’affichait dans toute sa froideur, rappelant à chacun sa place dans l’ordre nouveau.

Face à la foule, s’élevait une immense tribune surélevée, construite de métal poli et de pierre blanche, accessible seulement par un large escalier central. Cette plateforme, encadrée de colonnes austères et flanquée de drapeaux impériaux, dominait la place comme un symbole de la puissance nouvellement instaurée. Les micros, montés sur des pupitres d’acier sombre, attendaient la proclamation du pouvoir. L’ensemble évoquait un autel de commandement, où chaque détail, de la hauteur des marches à la dureté des matériaux, rappelait la distance entre les dirigeants et le peuple.

Au bout du couloir menant à l’estrade, la noirceur se fit plus épaisse. C’est là qu’une ombre apparut, se découpant lentement contre le halo orangé des derniers rayons du jour. L’homme avançait avec une assurance presque impénétrable, son costume gris parfaitement ajusté absorbant la lumière, tandis qu’un long manteau sombre et une cape noire glissaient sur ses épaules, portés avec une solennité implacable. Ses bottes martelaient le sol dans un rythme régulier, chaque pas résonnant tel un rappel de son autorité nouvellement acquise.


Son crâne rasé, miroitant sous les projecteurs qui encadraient l’estrade, accentuait la dureté de ses traits. D’un geste lent, il passa la main sur la peau lisse de sa tête, une habitude qui trahissait un contrôle glacé, presque mécanique, de ses émotions. À mesure qu’il s’avançait dans la lumière, la foule se tut peu à peu : les murmures s’effaçaient, ne subsistait plus que le souffle du vent, chargé d’attente et de crainte.

Parvenu au centre de l’estrade, le nouvel arrivant s’arrêta devant les micros dressés face aux habitants rassemblés. Il les scruta longuement, son regard dur et impénétrable se posant successivement sur chaque groupe. Le silence se fit total, pesant : nul n’osait bouger, le pouvoir impérial venait d’imposer sa présence par l’allure seule de cet homme. L’atmosphère semblait suspendue, comme si la place tout entière figeait sa respiration en attendant que la voix du nouveau chef brise l’attente et trace leur destin sous l’ombre glaciale du pouvoir.


— Cher citoyen…, l’Empire n’a qu’une exigence : la loyauté totale. L’empereur et le seigneur Vador veillent sur ce monde… il baissa les yeux et les releva rapidement renforçant la noirceur de son âme, et dit en haussant le ton : je…, veille sur ce monde, je suis le moff Vladron Netayou. Comprenez-le bien : j’ai été investi du pouvoir de rétablir la paix et la sécurité, sans faiblesse… sans compromis… sans pitié. La tolérance passée touche à sa fin. L’heure est à la vigilance, à la discipline, à la sécurité et à l’ordre.

Le discours du Grand Moff résonnait à travers toute la station, jusque dans les murs de l’infirmerie. Là, chacun retenait son souffle ; et Yul, plus que tous les autres, se sentait prisonnier de cette voix autoritaire. Pourquoi avait-il gardé ce sabre ? Pourquoi n’avait-il pas choisi de s’en débarrasser, comme cette main sectionnée ayant chuté dans le vide ? Pourquoi le destin avait-il placé cette arme sur son chemin ?

Tandis qu’il anticipait l’interrogatoire à venir, Yul sentait grandir une angoisse insurmontable : il savait qu’il ne pourrait pas dissimuler la vérité sous la pression. Une peur glaciale s’insinuait dans ses veines, et sa main gauche se mit à trembler, traduisant le chaos de ses pensées.

Le docteur Ollan l’observait attentivement, percevant le malaise, les doutes et le conflit intérieur qui le tourmentaient. Que pouvait-il bien dissimuler ? Était-ce possible que ce soit lui qui ait trouvé ce sabre tant convoité…?

Sur la place, le discours continuait : 

Ce n’est pas l’amitié, la bonté ou la confiance aveugle qui vous garantiront la paix !

Son attention glacée s’arrêta sur les gradins où étaient assis les aliens. Un silence malaisant s’étira, alourdissant encore l’atmosphère. Scrutez-vous, observez vos voisins. Êtes-vous bien sûrs de leur loyauté ? Savez-vous ce qu’ils font lorsque la nuit tombe et que l’ordre se dissipe dans les ruelles ? L’Empire exige désormais vigilance et discernement. La paix n’a jamais été obtenue par la naïveté ou la confiance aveugle, mais par la rigueur et la dénonciation de toute forme de trahison. Notre avenir ne se bâtira que si chacun renonce à l’individualisme, si chacun accepte d’exposer au grand jour tout comportement suspect, toute parole ambiguë, toute fréquentation douteuse.

Certains parmi vous ont su mériter la confiance impériale. À ces citoyens exemplaires, je dis : votre récompense sera à la hauteur de votre fidélité. Mais il en est d'autres : des indécis, des hésitants, qui flattent la diversité au détriment de l’ordre ! Et il y a ceux qui n’ont rien à voir avec notre tradition, issus d’autres mondes, porteurs d’autres sangs, incapables de comprendre notre grandeur… Depuis trop longtemps, les races aliens bénéficient de privilèges immérités, s’immiscent dans nos affaires, propagent leurs mœurs décadentes et leurs pensées dissolues.


Ce temps est révolu. Désormais, les aliens devront accepter leur rôle subalterne. Leur présence, tolérée par nécessité, ne saurait concurrencer la primauté de l’espèce humaine. Ils occuperont les places qui leur reviennent, loin des centres de décision, sous une surveillance renforcée. Leur influence décrue sera le garant du retour à la pureté et à la stabilité, mais cela exige de chacun d’entre vous une vigilance accrue.

Répétez-vous bien ceci : tout silence est complice. À chaque geste, chaque échange, chaque absence de réaction vous êtes responsables du sort collectif. La moindre rumeur, le plus petit geste inhabituel doit être rapporté aux autorités impériales. N’ayez crainte : la sécurité de vos proches et le prestige de notre cité dépendent de votre zèle. À ceux qui hésitent : sachez qu’en se taisant, on nourrit le désordre, on encourage le mal, on fait le lit des parasites et des traîtres.

Aujourd’hui, cet ordre nouveau redéfinit votre avenirn un monde où la force et l’obéissance dictent la réussite, où la méfiance protège plus que la compassion, où l’ordre ne s’accommodera jamais d’une diversité incontrôlée. Faites votre devoir, citoyens. Veillez, dénoncez, et l’avenir sera vôtre. Ceux qui doutent seront écartés, relégués avec les indésirables, ceux qui n’ont jamais su ni voulu s’intégrer.

Souvenez-vous : l’Empereur offre tout à qui sait servir, mais n’a rien à offrir aux faibles et aux étrangers.

Après avoir prononcé ces mots, le Moff se tut et contempla la foule sans ajouter quoi que ce soit. Un lourd silence s’abattit sur la place. Les regards se croisaient, méfiants, incertains. Les plus durs se dirigeaient vers les populations aliennes, désignées sans un mot comme les prochaines victimes de la colère impériale. 

L’Empire venait de révéler sa nouvelle arme, une création si redoutable qu’elle éclipsait la puissance dévastatrice de l’Étoile de la Mort : le Protocole de Purification. Ce n’était pas une arme physique, mais un instrument d’ingénierie sociale : manipulation, division, incitation à la haine et à la délation devenaient les outils de sa domination. En poussant les citoyens à s’espionner mutuellement, en imposant la suspicion généralisée et la dénonciation, le côté obscur instillait la peur jusque dans les foyers. Les aliens, eux, n’étaient plus considérés que comme des rebuts, relégués aux marges de la société. Leur simple différence justifiait leur exclusion, la méfiance collective et leur transformation en boucs émissaires tout désignés d’un nouvel ordre fondé sur la pureté et la soumission.


Peu à peu, un murmure parcourut la cité, suivi d’applaudissements timides. Les humains commencèrent à frapper dans leurs mains, certains avec ferveur, d’autres dans une sorte de malaise résigné. Les visages oscillaient entre triomphe, honte et peur. Pourtant, au milieu de ce tumulte hésitant, d’autres restaient silencieux. Aucun alien ne bougea. Tous savaient, au fond d’eux, que l’avenir venait de s’assombrir irrémédiablement. Une ère de terreur commençait, et cette fois, rien ne semblait pouvoir l’arrêter.


Le grand Moff conclut en proclamant d’une voix retentissante : « Gloire à l’Empire ! »  Tandis que, dans le silence solennel qui suivit, il murmura pour lui-même, un sourire glacé aux lèvres : « Gloire à moi».

Descendant de la tribune, il fut rapidement rejoint par son bras droit, Vik Elgon. Ce dernier, obséquieux au possible, s’approcha en courbant l’échine, les yeux baissés dans une révérence exagérée.


— Monseigneur, quelle leçon magistrale ! murmura-t-il d’une voix pleine d’admiration. Vous avez touché juste, comme à votre habitude. Jamais je n’ai vu la peur s’emparer ainsi d’une populace ; votre verbe écrase, votre autorité foudroie. Quelle inspiration ! Quelle audace !


Il leva un regard dévot vers le Moff, espérant capter un signe de faveur, puis ajouta dans un souffle mielleux :


— Certains pourraient vous accuser de sévérité, mais moi… je vois la marque des Grands, de ceux qui méritent de diriger. Votre génie est éclatant, Monseigneur. Toute la station ne saura vous remercier assez… même l’Empereur serait fier.


Un sourire énigmatique flotta sur les lèvres du Moff.


— Tout ceci, Vik, n’est qu’une épreuve, un test que l’Empereur lui-même a souhaité. Il observe et note : la manière dont une population fracturée réagit face au soupçon, à la méfiance, à la peur de l’autre. L’Empire bâtit sa force sur la division et l’ordre : bientôt, la haine et la docilité feront partie du quotidien ici, et ailleurs. Ne doute pas : les desseins de Palpatine dépassent cette seule cité, ils embrassent toute la galaxie, et rien ne lui échappe, jamais.


L’expression du Grand Moff se durcit alors qu’il s’éloignait de la foule massée sur l’agora. À voix basse, il ajouta :


— Concentrons-nous maintenant sur les désirs du seigneur Vador : le sabre laser et la main du Jedi. Ils doivent être retrouvés, ils ne peuvent rester entre des mains indignes… ni disparaître.


Vik acquiesça aussitôt, son expression grave.


— Les recherches et les interrogatoires sont déjà en cours, Monseigneur. Nous remonterons jusqu’à la vérité, quoi qu’il en coûte. Gloire à l’Empire.​


Sous l’ombre grandissante du pouvoir impérial, les gradins se vidaient lentement, chacun emportant avec lui un doute nouveau, une crainte viscérale et une méfiance croissante envers son voisin. Derrière les portes closes, le mécanisme implacable des interrogatoires broyait la résistance des plus faibles, tandis que le Moff observait de haut son nouveau domaine, certain d’aller au bout de ses ambitions et des volontés de l’Empereur.

Au même moment, à l’infirmerie, chacun se scrutait en silence, la peur flottant comme un voile épais dans l’air saturé d’angoisse. Yul tremblait de plus en plus fort, incapable de contenir sa panique : il avait l’intime conviction que la mort l’attendait au bout de cette journée.  Et Kouba, où pouvait-il être ? Que lui arriverait-il, livré à lui-même dans ce chaos ?

Soudain, le docteur Zar Ollan se retourna et planta son regard perçant dans celui de Yul, lisant en lui une détresse qu’elle connaissait bien. Elle s’approcha doucement, abaissant la voix pour que seul lui puisse l’entendre :


— Je sais que c’est vous qui avez trouvé ce sabre, n’est-ce pas ?


Un frisson glacé parcourut Yul, pris au dépourvu par cette révélation muette. Comment avait-elle deviné ? Qu’est-ce qui avait pu le trahir sans qu’il ne s’en rende compte ? Sa voix se fit faible, presque cassée :


— Co… comment le savez-vous ?


Elle, imperturbable, répondit calmement :


— Je n’en étais pas certaine, mais votre réaction vient de me donner la preuve dont j’avais besoin.


L’immobilité de Yul, le tremblement imperceptible de ses mains, ce questionnement silencieux dans ses yeux… tout cela venait de dévoiler son secret. Dans ce couloir baigné d’ombres et de lueurs blanches, il comprenait qu’il n’y avait plus d’échappatoire. Tout ce qu’il avait tenté de masquer se trouvait désormais mis à nu.


— Je dois faire une radio de votre crâne, dit-elle alors sans détours. Qu’on l’emmène en salle de radiographie.


Deux droïdes apparurent et commencèrent à pousser le lit de Yul vers la salle, qui semblait froide et clinique. La peur serrant sa poitrine, il se demanda ce que cette pièce allait lui réserver. « Je n’ai jamais voulu ça », pensa-t-il, « je voulais juste une vie tranquille. »

Un silence s’installa, profond, tandis qu’il fixait le vide devant lui, perdu dans ses pensées.

Le docteur Ollan franchit le seuil de la pièce derrière lui, puis, d’un geste discret, elle fit signe aux droïdes de les laisser seuls.


— Vous saviez bien qu’un jour la vérité de ce monde vous retrouverait, non ?


— … J’ai passé ma vie à la fuir, murmura Yul, le cœur noyé d’amertume.


— Pourquoi ? demanda-t-elle doucement.


Yul baissa la tête, rattrapé par le poids du passé. Il se souvenait des combats menés par ses parents, de leur engagement pour la rébellion, des sacrifices consentis sans jamais espérer la victoire. Cette lutte les avait sans doute conduits à leur perte, et Yul, marqué par la douleur, avait juré de ne pas suivre le même chemin. Il parla alors d’une voix trouble, pleine de regrets :


— Mes parents sont certainement morts pour avoir voulu lutter contre l’Empereur, pour s’être engagés dans la rébellion. Je ne ferai pas cette erreur.


Le médecin garda le silence un moment, puis secoua la tête avec gravité. Son expression trahissait une sorte de pitié lucide.


— Je crains que vous n’ayez plus le choix. Parfois, les événements nous retrouvent malgré nous, même si on essaie de leur échapper toute une vie. Maintenant que vous êtes confronté à cette réalité… Que voulez-vous faire ? Fuir encore ?


La voix du docteur résonnait sobrement, énumérant chaque difficulté avec précision.


— Ce serait impossible : il y a des gardes partout dans la station, les lignes de sécurité ont été renforcées. L’Empire veut récupérer le sabre, et rien ne les arrêtera.


Yul leva les yeux vers elle, l’espoir vacillant au fond de son âme.


— Je pourrais peut-être me cacher…, tenta-t-il.


— Impossible, répondit Zar Ollan, d’un ton ferme. Il n’y a que la lutte pour nous sauver.


Les mains de Yul se mirent à trembler légèrement. Il s’exprima dans un souffle, hésitant :


— Lutter… mais dans quel but ?


— Les détruire, dit-elle simplement.


Surpris par l’ampleur de cette phrase, Yul la fixa longuement.


— Vous réalisez ce que cela implique ? Les conséquences ? Nous pourrions mourir…


Elle resta impassible, puis prononça lentement :


— Parfois, il faut accepter de souffrir pour ses convictions, même si cela veut dire disparaître avec elles.


La pièce devint silencieuse, comme si chaque mur retenait son souffle. Yul se sentit démuni.


— Je ne pourrai jamais leur mentir… Je suis incapable de cacher la vérité. Je n’ai aucun courage si ce n’est celui de fuir devant le danger.


Zar posa une main rassurante sur son épaule, pleine d’une assurance tranquille.


— Je vais vous aider.


Le visage du docteur se fit déterminé. Malgré l’incertitude et la peur qui planaient sur eux, elle laissa paraître une lueur d’assurance, instillant chez Yul un fragile espoir.


— Je vais préparer un sédatif spécial, dit-elle à voix basse. Ce médicament ne vous endormira pas complètement, mais il brouillera légèrement vos souvenirs immédiats et atténuera vos réactions émotionnelles. Ainsi, quand ils viendront vous interroger, vous paraîtrez confus, incapable de répondre de manière cohérente sans pour autant éveiller leur suspicion. Vous serez là sans vraiment y être, invisible au travers de votre propre brouillard, mais vous serez suffisamment crédible pour qu’on vous considère comme un patient qui récupère d’un traumatisme.


Yul la regarda, sidéré, tandis qu’elle s’activait déjà à rassembler ampoules et instruments, ses gestes vifs trahissant l’urgence de la situation.


— Votre réveil a déjà été signalé, reprit-elle en jetant un coup d’oeil à l’horloge murale, ils ne vont pas tarder. Je veillerai à vous administrer la dose juste avant leur arrivée.


Il sentit une angoisse nouvelle naître en lui.


— Vous n’êtes pas inquiète ? Si l’un des gardes ou un autre infirmier remarque quelque chose… si quelqu’un nous dénonce ?


Zar Ollan referma la boîte métallique contenant les flacons, puis fit mine d’aller chercher un matériel médical.


— Je viens de prendre une radio, dit-elle plus fort, puis baissa à nouveau le ton : j’ai une preuve de ce que je fais.


— Et les systèmes de sécurité de cette infirmerie ne fonctionnent plus depuis des semaines. Cela devait être réparé depuis longtemps, mais ici, tout prend un temps fou… enfin, avant l’occupation.


Yul laissa échapper un petit rire amer, se détournant d’elle.


— Ne m’en parlez pas… La maintenance… On finit par s’y habituer.


Alors que les pas des gardes commençaient à résonner dans le couloir, le cœur de Yul battait à tout rompre. Il comprenait que ce plan risqué était peut-être sa seule chance de survie…



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