La colère de Kamino

Chapitre 1 : Pluie glaciale

2742 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 25/03/2026 22:03


Une tempête sans fin ébranlait Tipoca City, Capitale de Kamino.

De lourds et sombres nuages s'ouvraient et se refermaient comme de funestes mâchoires célestes, crachant des litres d'eau sur les toits de la vaste mégalopole. L'océan déchaîné par les vents incessants écrasait ses vagues sur les plates-formes d'atterrissage et les bâtiments, avide d'engloutir toute trace de vie terrestre sous ses flots grondants.

La vision aurait pu paraître apocalyptique pour n'importe quel autre habitant de la galaxie mais pour les Kaminoans, c'était la juste normalité du climat de leur planète, depuis longtemps bouleversé par la subite montée des eaux qui les avaient obligés à construire leurs cités sur pilotis à même la fureur des vagues.


La ville s'étendait donc, immense, à la surface mouvante et déchaînée de la mer, ses toits en coupoles gris dressés fièrement face à l'obscurité du ciel, indifférents à la furie des éléments qui les entourait.

Et au sein du dôme le plus imposant se trouvait le Centre de Clonage principal de la planète, où siégeait Sayn Ta.


La Kaminoan observait le ciel capricieux à travers les vastes baies du bâtiment à la recherche d'un quelconque vaisseau en approche. Elle se tenait immobile, sa peau nacrée reflétant la vive lumière de son laboratoire derrière elle, ses immenses yeux noirs scrutant désespérément les nuages dans l'attente de ses visiteurs. Sa silhouette longiligne était rehaussée par des tissus violines et irisés qui épousaient parfaitement son corps, et un fin bandeau de perles assorti ceignait son front. Sa tête se balançait lentement au bout de son interminable cou, trahissant son impatience.


Au bout d'un moment qui lui sembla être une éternité, l'extraterrestre soupira et quitta son observatoire, résignée. D'une démarche lente mais gracieuse propre à son espèce, Sayn s'en retourna vers ses appareils de contrôle pour vérifier les différentes données de la couveuse. Ses gestes étaient fluides et calculés : elle effleurait à peine les touches et les écrans pour valider les algorithmes de croissance, conférant à la scientifique une élégance presque irréelle, comme si elle flottait dans ce milieu blanc et aseptisé.


Tout ici était parfaitement maîtrisé : la progression dans la fabrication de la onzième génération suivait son cours et les diverses consoles affichaient des valeurs exemplaires.

Rassurée, la Kaminoan s'approcha ensuite de l'immense mur vitré qui courait au fond du laboratoire et qui donnait une vue vertigineuse sur la matrice de gestation.


Des tours métalliques, qui prenaient racine dans les fondements au sous-sol et qui voyaient leurs sommets courir jusqu'au point culminant du dôme, emplissaient tout l'espace dans un alignement parfait. Chaque colonne mécanisée soutenait des rangées entières de capsules liquidiennes opalescentes disposées en cercles concentriques, formant presque une architecture organique au sein de cet environnement froid et artificiel.


Et à perte de vue les milliers de produits de cette nouvelle génération, encore sous forme embryonnaire, reposaient chacun dans une sphère bleutée, leur cordon ombilical relié à un placenta-membrane bionique.


Tous parfaitement développés, tous parfaitement identiques. Une clono-thèque extraordinaire qui assurera la continuité des combats et les besoins perpétuels de la République, pensa Sayn en laissant son regard dériver sur l'œuvre de toute sa vie.


Car si les futurs soldats en face d'elle ne dépassaient pas la taille d'un avocat mûr pour le moment, les Clones de première et seconde générations créés dix ans plus tôt avaient quant à eux atteint leur âge adulte et s'apprêtaient à être livrés.


Les expérimentations de Sayn avaient effectivement permis de doubler la vitesse de développement des produits par rapport au vieillissement normal du sujet de base. Et sans ses formidables avancées de pointe, il aurait fallu plus de deux décennies pour remplir le contrat avec la République. Mais grâce à elle, la commande était prête dans les délais fixés: dix ans jour pour jour depuis le mystérieux appel de Maître Sifo-Diyas et sa demande de création d'une armée pour servir le Sénat Galactique.



Mais les Jedi ne sont toujours pas arrivés, soupira Sayn en observant les embryons qui flottaient en suspension dans leurs capsules opalescentes. Et tout mon travail, ces années entières d'existence passées ici, réduites à néant s'ils n'honorent finalement pas leurs engagements...



Un sentiment de déception teinté de colère envahit la scientifique, alors que la porte circulaire de son laboratoire s'ouvrait au même instant dans un chuintement discret.

Ven Si, sa Première Assistante, pénétra dans la pièce avec une élégante nonchalance et s'adressa à sa supérieure sur un ton déférent:



-Sayn Ta, Taun We m'envoie pour vous prévenir que les Jedi sont arrivés. Les conditions météorologiques les ont contraints à atterrir à l'extrémité nord de la ville, mais ils seront là sous peu.



-Merci, Ven Si, murmura la Maître Cloneur en poussant un soupir de soulagement. Nous allons donc enfin pouvoir commencer. Tu peux disposer.






***






La pluie battait la passerelle sans relâche et le vent était déchaîné, comme s'il tentait à tout prix de faire chuter les deux étrangers dans les profondeurs de l'océan en contrebas. Les Jedi avaient atterri sur la plate-forme nord de Tipoca City, les obligeant désormais à traverser les interminables appontements pour rejoindre le Centre de Clonage principal de la planète.


Descendus de leurs vaisseaux, Kit Fisto et Aayla Secura n'étaient plus que deux minuscules silhouettes à la merci du climat de Kamino, progressant avec lenteur, sans cesse repoussés par les violentes bourrasques et les murs d'eau que crachaient les nuages bas.


La cape sombre d'Aayla Secura était déjà gorgée d'eau après seulement quelques secondes à l'extérieur et le fin tissu s'était plaqué contre son corps bleu et athlétique, la faisant frissonner. Ses élégants lekkus fouettaient l'air sous les rafales tandis que les vagues en contrebas enflaient de plus en plus, menaçant d'atteindre la passerelle à chaque instant pour la submerger.


La Jedi tenta de se concentrer pour ne pas fixer l'océan sombre et bouillonnant en dessous d'elle mais une panique insidieuse et inhabituelle commença malgré tout à l'envahir.


La fureur des flots semblait vouloir l'emporter dans ses profondeurs abyssales, et la Twi'lek se demanda soudain avec horreur si elle serait en mesure de remonter à la surface si elle venait à chuter du ponton. Les lames semblaient vivantes, prêtes à la happer telles des gueules liquides, avides et affamées.


Aayla fut alors parcourue d'un frisson qui n'avait plus rien à voir avec la fraîcheur et l'humidité de l'air de Kamino.


La Jedi avait déjà connu cette terrible impression d'être entraînée dans une mer de Ténèbres, lorsqu'elle était tombée sous l'influence du terrible Sith Volfe Karkko, il y avait bien des années de cela.

La même sensation vertigineuse de puissance, de noirceur et de perte de contrôle l'avait alors envahie et avait prit possession d'elle sans qu'elle ne puisse lutter. Elle s'était alors sentie glisser dans des abysses Obscures et infinies, un piège infernal d'où elle n'avait jamais cru pouvoir s'échapper. Heureusement pour elle, son Maître Quinlan Vos était venu à son secours et elle avait pu retrouver le chemin vers la Lumière et la juste Voie des Jedi.


La Lumière.


La Twi'lek ferma les yeux et inspira profondément. Et elle la sentit.


La clarté pure, vibrante, presque vivante, qui irradiait du Tout et de L'Équilibre, reliant toute chose entre elle dans l'harmonie.


L'harmonie du calme et du chaos.

De la Vie et de la Mort.

De la Lumière et de l'Obscurité.

L'harmonie du parfait l'Équilibre dans la Force.


Et soudain, l'océan sombre et menaçant devint nécessaire, vital à la survie de la planète et de son écosystème marin. Ce n'était plus un monstre destructeur mais une entité bénéfique, un organe essentiel et indispensable à la planète et aux différentes espèces qui la peuplaient. Sa houle servait aussi bien les kamoradons et les aiwhas, géants des mers qui profitaient des courants pour chasser et se reproduire, que les Kaminoans eux-mêmes qui utilisaient sa puissance pour alimenter leurs cités en électricité.


La vision de la Jedi s'était ouverte en pleine conscience dans la Lumière, et elle ne ressentait désormais plus de peur. Une sérénité totale l'envahit, puissante et apaisante, tandis qu'une légère onde dans la Force l'atteignait avec douceur :



* Je trouve vraiment ce temps très plaisant, j'aurais dû apporter mon maillot de bain avec moi *



Ce contact, ténu et amical tel une main légère posée sur son épaule, fit à nouveau frissonner la jeune femme, et elle se tourna alors vers son compagnon de mission.


Kit Fisto progressait avec une facilité déconcertante à ses côtés, malgré la pluie battante et le déferlement de vent et de vagues sous eux. Le Nautolan, amphibien de nature, était à l'aise dans ce milieu aquatique et il ne semblait nullement perturbé par le déchaînement des éléments.

Il marchait, grand et droit, et ses tentacules céphaliques vertes étaient balayées par les bourrasques, lui donnant une aura de légèreté comme s'il marchait en apesanteur au milieu du chaos.


Le Maître Jedi avait ressenti son trouble et il avait prononcé ces quelques mots à travers la Force afin de l'aider à retrouver son calme intérieur, et Aayla lui en fut fort reconnaissante. Un léger sourire s'était dessiné sur les lèvres de la Twi'lek, touchée par l'attention et la prévenance de son frère du Temple.

Le Nautolan garda par la suite le silence, restant présent mais discret, la laissant désormais progresser dans son Équilibre retrouvé. Les deux Jedi poursuivirent ainsi leur chemin dans une calme complicité alors qu'ils progressaient le long de la passerelle qui les menait à leur destination.


L'immense dôme du Centre de Clonage principal se dessina enfin devant eux, et ils en atteignirent bientôt la porte circulaire, où une haute silhouette les attendait déjà.



-Bienvenue au Centre de Clonage principal, Maîtres Jedi. Je me nomme Taun We. Je vous en prie, suivez-moi.



Aayla et Kit franchirent le seuil et les battants mécanisés se refermèrent derrière eux dans un chuintement discret.

Le vacarme de l'océan et du vent disparut instantanément et la Twi'lek se demanda un instant si elle n'était pas devenue sourde.


Un silence total régnait à l'intérieur du bâtiment immaculé, presque dérangeant après avoir été confrontés à la fureur de la nature à l'extérieur.

Les deux Chevaliers marchaient toujours côte à côte, leurs vêtements dégoulinant désormais sur le sol blanc et lisse. Ils suivaient leur gigantesque guide dans les corridors, concervant un mutisme respectueux.


Le dédale aseptisé semblait sans fin, et ils continuèrent à s'enfoncer vers le centre du dôme. Ils croisèrent d'autres Kaminoans sur leur passage, tous vêtus d'étoffes crèmes, violines ou perlées qui épousaient leurs fines et gracieuses silhouettes.


C'est derniers ne prêtaient aucune attention aux deux étrangers qui suivaient Taun We, tous occupés par leurs tâches d'une importance capitale.


Enfin, le trio déboucha dans un couloir beaucoup plus large dont les murs étaient entièrement vitrées. Au-delà de la surface transparente, des enfants, alignés par centaines et tous parfaitement identiques, étaient soumis à des leçons via des écrans individuels. Chaque petit visage halé était pleinement concentré, s'adonnant à son apprentissage, un casque vissé sur les oreilles par dessus l'épaisse masse de cheveux bruns.



-Ils sont si jeunes... murmura Aayla.



-Ce sont les produits de la septième et huitième génération, expliqua Taun We. Créés il y a environ six ans, ils entrent dans leur phase de croissance exponentielle, soit l'équivalent d'une copie humaine âgée de douze ans. Ils seront prêts à être livrés d'ici quatre à cinq ans, conformément aux termes du contrat.



Un nouveau frisson parcourut le corps bleu de la Twi'lek. Les mots prononcés, "produits", "livrés", lui firent l'effet d'un coup de poing à l'estomac. Comment était-il seulement possible d'employer ces termes pour parler d'un groupe d'enfants ?

La jeune femme s'apprêtait à ouvrir la bouche pour protester lorsqu'elle croisa l'immense regard noir et sans pupille de son compagnon Nautolan.


Il n'y eut nulle parole prononcée, et ils n'en eurent pas besoin. Les deux Jedis étaient connectés à travers la Force, le Tout et l'Équilibre, et la Twi'lek ressentit exactement ce que Kit Fisto voulait lui transmettre à cet instant.



* Calme.

Patience.

Attendre d'en savoir plus.

C'est notre mission *



Aayla inclina légèrement la tête en signe d'assentiment, et elle ravala les protestations qui avaient faillies franchir ses lèvres.


Le trio traversa ensuite d'autres corridors, passa devant d'autres baies vitrées qui donnaient vue sur de nouvelles salles d'entraînement. Des adolescents par milliers, le crâne rasé et le regard dur, combattaient sans merci les uns contre les autres. Leurs instructeurs, des copies conformes en plus âgés vêtus d'armures rutilantes, les regardaient et les corrigeaient en aboyant des ordres rudes.


Aayla se passa de tout commentaire cette fois, et elle sentit dans la Force que Kit approuvait. La guerre contre les Séparatistes menaçait d'éclater à tout instant, et la République avait besoin d'une armée pour faire régner l'ordre dans la Galaxie. Les Jedi ne pouvaient supporter à eux seuls le poids écrasant des conflits, et ils auraient besoin de soutien sur les futurs champs de bataille.


Enfin, Taun We ralentit l'allure et la Kaminoan s'effaça devant une porte circulaire pour laisser passer les deux Chevaliers de la Force. Kit et Aayla pénétrèrent alors dans un hangar immaculé aux proportions tellement gigantesques qu'ils en eurent le souffle coupé.


L'immense dôme devant eux contenait l'équivalent de deux armées de clones complètes.

Au total, dix-huit mille soldats en armures blanches se tenaient devant les Jedi dans une immobilité réglementaire, attendant la prise de commandement. Les différents bataillons étaient distinctement séparés par un espace parfaitement régulier, et chaque groupement de soldats était devancé par son officier supérieur, différenciable du simple clone par une épaulette colorée.


Un silence de mort régnait sous la coupole démesurée, comme si le temps s'était suspendu sur cette vision irréelle.


Mais au-delà des deux armées et du nombre inimaginable d'hommes parfaitement identiques et alignés, ce fut le mur du fond qui accrocha l'œil de la Twi'lek et du Nautolan. Sa surface vitrée laissait entrevoir d'immenses colonnes de métal soutenant des capsules opalescentes par centaines de milliers. Et dans la Force, le Tout et l'Équilibre, les deux Chevaliers sentirent instantanément les battements synchronisés de centaines de milliers de cœurs : pendant qu'une armée patientait en attendant les ordres, une nouvelle armée était en train de naître dans l'ombre glaciale des laboratoires de Tipoca City.



-Bonjour, Maîtres Jedi, murmura soudain une haute silhouette, arrachant les Jedi à leurs pensées. Je suis Sayn Ta, Maître Cloneur de Kamino. Vos armadas sont prêtes, vous allez pouvoir commencer votre entraînement en tant que Généraux.



Aayla Secura et Kit Fisto s'inclinèrent devant la scientifique, conscients que leur rôle de Jedi prenait un nouveau sens en cet instant même. Ils étaient les gardiens d'une paix qui n'existait plus au sein de la Galaxie, et ils se voyaient contraints de mener des combats différents au nom de la République et du Sénat.


Et tandis que les rangs immaculés des clones attendaient leur premier entraînement avec leur commandant respectif, nul ne pouvait encore deviner que, dans le silence parfait et aseptisé de Kamino, la guerre était déjà arrivée jusqu'à eux.



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