La colère de Kamino
Chapitre 2 : Quand l'océan disparaît soudain
3432 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 30/03/2026 15:53
Les deux Jedi avaient été conduits par Taun We dans l'aile ouest du Centre de Clonage, réservée habituellement aux invités et aux riches clients.
L'appartement dont ils disposaient était vaste mais impersonnel, de la même couleur aseptisée que tout le reste de Tipoca City.
Peu importait où Kit Fisto posait les yeux, ils ne rencontraient que des murs lisses et blancs ou des portes en métal chromé.
Le Nautolan avait visité de nombreux mondes, connu de multiples civilisations au cours de ses missions pour le Temple, mais il devait admettre que Kamino était une énigme pour lui. Le monde à l'extérieur était en effet sauvage, puissant et hostile, alors qu'à l'intérieur même des murs de la cité, tout n'était que silence, contrôle total et monotonie suprême. Il en venait presque à regretter leur arrivée sous les bourrasques et la pluie qui ruisselait alors sur son visage, et il se prit un instant à espérer que les simulations de combat puissent se dérouler au dehors, loin de ce blanc épuisant.
Mais Fisto devait néanmoins admettre que les Kaminoans les avaient fort bien accueillis. Ils disposaient d'un quartier entier pour eux seuls et ils avaient eu le loisir de se rafraîchir et d'enfiler des vêtements secs, ce qui avait été un luxe bienvenu. Une collation leur avait même été proposée et plusieurs serviteurs allaient et venaient régulièrement pour s'enquérir du moindre de leurs besoins.
Le Maitre Jedi attendait désormais avec sa sœur d'arme le retour de Taun We qui devait les envoyer quérir lorsque la coupole d'entraînement serait opérationnelle.
Kit tourna finalement son regard vers l'unique baie vitrée de la pièce, soulageant ainsi un instant ses yeux de la luminosité intérieure trop froide et éclatante.
La tempête faisait toujours rage au dehors, martelant sans relâche les dômes de Tipoca City.
Et devant la vitre immense striée de pluie, la fine silhouette d'Aayla Secura se découpait face à l'obscurité extérieure. La tunique nacrée offerte par les Kaminoans accentuait le bleu de sa peau et mettait en valeur ses muscles ciselés. La Twi'lek se tenait parfaitement immobile face au déchaînement des éléments au dehors, ses bras croisés devant elle dans une posture de méditation profonde. Tout autre que Kit Fisto aurait pu croire que la Jedi était en simple introspection en vue de sa rencontre avec ses futurs soldats, cherchant naturellement l'Équilibre dans la Force comme avant tout combat important.
Mais le Nautolan savait qu'il n'en était rien : ce dernier pouvait en effet ressentir la tourmente et les dilemmes qui se jouaient dans l'esprit de la jeune femme aussi bien qu'il pouvait percevoir le déchaînement de la tempête à l'extérieur.
-Tu es troublée, finit par murmurer le Jedi dans un souffle.
-Comment ne pas l’être ? Ces… clones… ce sont des enfants. Des êtres vivants. Et pourtant…
Kit Fisto remarqua que la Twi'lek avait légèrement serrer les poings dans une vaine tentative pour cacher son sentiment de révolte. Il n'intervint cependant pas. Il laissa le silence s'installer entre eux, encourageant ainsi sa coéquipiere à poursuivre le cheminement de ses pensées tout en restant attentif à ses émotions.
-Ils sont fabriqués, poursuivit soudain Aayla en se retournant vivement vers lui, ses lekkus tournoyant furieusement autour de ses épaules. Ils sont vendus via les termes d'un contrat. Puis ils sont envoyés à la guerre pour mourir. J’ai connu ça, Kit. N'être qu'une marchandise. Si je n'avais pas eu le don de la Force, si Maître Tholmes et Maître Vos ne m'avaient pas trouvé et emmené loin de Ryloth lorsque je n'étais qu'une enfant, j'aurais été vendue comme... un objet dont on use à sa guise... comme une esclave !
La voix de la Twi'lek s'était brisée sur ce dernier mot et le Nautolan ne pouvait que comprendre ce qu'elle ressentait. Il avait lui-même libérer des peuples, des nations du jouc de maîtres terrifiants, et il ne se souvenait que trop bien des horreurs commises par les puissants sur les êtres qu'ils jugeaient "inférieurs".
Fisto pouvait lire la détresse de Secura comme dans un livre ouvert, et il avait en réalité déchiffré depuis un long moment déjà l'origine de ses craintes depuis leur atterrissage sur Kamino. Et plus que tout désormais, il souhaitait lui apporter un soulagement immédiat, un réconfort durable, une réponse simple à son questionnement. Le Jedi s'approcha alors lentement de son amie, de cette sœur du Temple pour laquelle il ressentait tant d'affection, et il planta son regard entièrement noir dans le sien.
-Ce que tu ressens est juste, Aayla, acquiesça finalement Kit.
-Alors dis-moi, pourquoi sommes-nous ici ? Ne serons-nous pas coupable du même crime que les esclavagistes en acceptant de diriger ces armées de Clones?
La Twi'lek avait les yeux écarquillés désormais, presque suppliants, comme ceux d'une enfant cherchant à être rassurée. Le Nautolan pouvait ressentir toute la souffrance et les craintes qui faisait rage en elle tandis qu'à l'extérieur, comme en écho, le ciel s'obscurcit d'avantage et les vagues redoublèrent de férocité, faisant littéralement trembler la baie vitrée de leur appartement.
Après quelques secondes de silence, Kit lui répondit :
-Parce que la galaxie est au bord de la guerre. Et que sans cette armée… des milliards d'innocents mourront ou seront eux aussi réduits à l'esclavage.
Le Nautolan marqua une pause, soudain pensif, puis il poursuivit :
-Mais cela ne signifie pas que nous devons traiter ces soldats comme des objets ou comme des produits remplaçables à l'infini. Nous sommes des Jedi, et nous pouvons choisir la manière dont nous les formerons à nos côtés.
Le regard torturé d'Aayla se fit soudain moins tendu, et l'agitation qui voilait ses prunelles brunes se dissipa légèrement.
-Nous ne serons pas des maîtres sans scrupule, continua Kit Fisto. Nous devons être leurs guides, leurs instructeurs. Nous pourrons leur donner un nom, une dignité. Nous ne pouvons pas changer ce qu'ils sont nés pour être, mais nous pouvons changer la manière dont ils vivront.
Les yeux de la Twi'lek s’adoucirent soudain, puis elle baissa la tête tandis qu'une larme roulait doucement sur sa joue bleue. Kit Fisto ne chercha pas à contenir la peine de sa sœur du Temple, bien au contraire. Le Nautolan savait que ses mots avaient visé juste mais que le doute sur le bien-fondé de cette armée demeurait là, profondément ancré.
-Alors il ne tient qu’à nous de ne pas reproduire ce que nous condamnons, finit par lâcher la jeune femme en un souffle.
-Exactement.
Aayla leva à nouveau les yeux vers lui et Kit croisa le regard redevenu serein de son amie, même si son magnifique visage restait troublé.
Un fin rayon de lumière perça soudain la vitre toute proche et vint les éclairer dans un halo pâle mais naturel. Surpris, les deux Jedi se tournèrent vers l'extérieur et contemplèrent dans un silence intime la rare et brève apparition du soleil de Kamino.
La porte circulaire de leur quartier s'ouvrit alors discrètement, laissant Taun We s'avancer de sa lente démarche dans la pièce :
-Maîtres Jedi, la coupole d'entraînement est prête à vous accueillir, annonça la Kaminoan. Suivez-moi.
***
La porte de la coupole s’ouvrit dans le même souffle mécanique discret et la haute silhouette de Taun We s'effaça une fois de plus pour laisser passer les Chevaliers de la Force devant elle.
Aayla Secura fit un pas à l'intérieur et le monde changea brusquement : le blanc aseptisé des dédales de Tipoca City disparut complètement pour laisser place à une vaste plaine aride et désertique.
Sous les pieds de la Jedi, la surface parfaitement lisse des couloirs fut remplacée par un sol irrégulier, ocre et poussiéreux. L’air lui-même semblait différent, plus chaud et plus sec que dans le corridor qu'ils venaient tout juste de quitter.
Devant elle s’étendait maintenant un désert ravagé, ponctué de carcasses métalliques et de structures en ruine. Des rochers et une végétation à l'agonie ponctuaient également le paysage sous un ciel artificiel cuisant.
Quatre bataillons de clones, soit environ trois mille têtes casquées, attendaient la Twi'lek en une formation parfaite et immobile, leurs armures immaculées tranchant net avec le sable orangé. Devant eux, la Maître Cloneur Sayn Ta et sa première assistante attendaient, fébriles, le début de l'entraînement.
Et à une cinquantaine de mètres plus avant se tenait une toute autre armée : des rangées entières de droïdes B1, fusils levés, accompagnés d'humanoïdes lourdement équipés : des mercenaires aux visages dissimulés, également prêts à ouvrir le feu.
Aayla remarqua qu'un léger halo bleuté parcourait leurs contours, rendant leurs silhouettes grésillantes et instables : il s'agissait en réalité d'une armada d'ennemis holographiques, artificiels mais terriblement réalistes.
-Impressionnant, murmura la Twi'lek.
-Bienvenue dans la matrice d'entraînement, annonça Sayn Ta aux Jedi en guise d'accueil. Il s'agit d'une simulation de combat à échelle réelle. Les projecteurs holographiques sont couplés à des systèmes de tirs inoffensifs, conçus pour reproduire les conditions d’un champ de bataille. Vous ressentirez un léger choc si vous êtes touchés, mais rien de plus. Ces sessions devraient vous donner une idée du potentiel extraordinaire des armées que nous avons créés pour vous. Je vous en prie, commençons.
La Maître Cloneur et plusieurs autres Kaminoans s'engagèrent alors sur une passerelle métallique afin de contempler la scène depuis une plate-forme en hauteur. Kit Fisto leur emboîta le pas mais Aayla sentit néanmoins sa présence rester auprès d'elle dans la Force, comme une main rassurante sur son épaule. La Twi'lek, désormais seule devant ses troupes, inspira profondément, trouvant le calme et la sérénité dans l'Équilibre et la Lumière du Tout.
-Commandant, appela-t-elle alors d'une voix forte qui ne trembla pas.
Un homme s’avança, droit et réglementaire, son armure blanche scintillant sous le soleil artificiel. Seule une épaulette rouge le différenciait du reste de ses soldats. La Jedi ne pouvait pas voir son visage casqué de blanc, mais elle pouvait sentir sa concentration inébranlable et son allégeance sans faille, tout comme celles des autres milliers soldats devant elle.
-ABY-234, à vos ordres, Générale, prononça le Commandant Clone d'une voix militaire.
Aayla fut un instant déstabilisée. Tous pareils, tous identiques, tous prêts à mourir aveuglément pour la République. Mais la voix de Kit Fisto résonna alors en elle, tel un point d'ancrage rassurant :
Nous devons être leurs guides, leurs instructeurs. Nous pourrons leur donner un nom, une dignité. Nous ne pouvons pas changer ce qu'ils sont nés pour être, mais nous pouvons changer la manière dont ils vivront.
-Vous serez le Commandant Aby, désormais, corrigea la Twi'lek.
-À vos ordres, Générale, répondit immédiatement le Clone d'une voix égale.
Aucune réaction.
Aucun affect.
Aayla retint un soupir : il faudra s'y faire. Peut être qu'à force d'entraînements et de combats, ces hommes pourraient être amenés à ressentir et à partager des émotions et des liens fraternels.
Une sonnerie stridente retentit soudain tout autour d'eux, venant de partout et nul part à la fois, interrompant les réflexions de la Jedi. Les ennemis holographiques se mirent alors en mouvement, et les premiers tirs de blasters fusèrent : l'entraînement commençait enfin.
Aayla activa son sabre laser et la lame bleue illumina son visage, émettant son vombrissement caractéristique. Et plus rien d'autre ne compta alors. Ses réflexes de combattante Jedi prirent le dessus sur tout le reste, et la marche à suivre lui vint naturellement, comme si elle avait commandé une armée tout sa vie :
-Formation en éventail ! lança-t-elle à Aby après avoir rapidement balayé leurs ennemis du regard. Priorisez la désorganisation des droïdes en ciblant les unités de commandement ! Épargnez les mercenaires si possible, ils pourraient détenir des informations utiles pour la République!
Le Commandant hocha immédiatement la tête :
-Vous avez entendu la Générale ! Exécution immédiate ! Que les bataillons un et deux prennent en tenaille les chasseurs de prime pour neutralisation et capture ! Les autres, avec moi, droit sur les droïdes pour destruction totale !
Les lignes de Clones se mirent en mouvement, rapides, précis, sous les ordres de leur Commandant.
Les premiers tirs des soldats blancs fusèrent, efficaces, et Aayla regarda un instant ces hommes en armures avancer sans peur au centre du chaos artificiel.
Des centaines de B1 tombaient déjà mais les lignes de droïdes suivantes ripostèrent immédiatement, leurs rafales rouges zébrant l’air. Les impacts lumineux de leurs blasters ricochaient sur le sol et le décor, éclatant en étincelles inoffensives mais réalistes. Les Clones touchés voyaient leurs armures s'illuminer brièvement de rouge et leurs blasters se désactivaient automatiquement, les excluant du combat, simulant ainsi leur mort.
Aayla s’élança à son tour dans la mêlée. L'athlétique jeune femme bondit de rochers en rochers, se rapprochant des troupes adverses à une vitesse folle.
Elle plongea au cœur du champ de bataille et commença à dévier les tirs ennemis avec une fluidité parfaite.
Puis sa lame se mit à tracer des arcs lumineux autour d'elle, et elle sectionna les premiers hologrammes qui disparurent dans des gerbes d’énergie vacillante. Chacun de ses mouvements était guidé par la Force, représentant le style Ataru dans une démonstration proche de la perfection. La Twi'lek tourbillonnait, exécutait des vrilles et des saltos pendant que son sabre tranchait le métal imaginaire de manière implacable.
Mais elle n'était pas seule dans ce combat. Tout autour d'elle, Aayla Secura sentait ses milliers de soldats à ses côtés, comme autant d'âmes identiques qui se répercutaient en écho dans la Force. Chacun s'employait à sa tâche, concentré, faisant parti d'un tout : ils étaient finalement à l'image de l'océan de Kamino, formant à eux tous leur océan propre, un océan blanc composé de gouttes d'eau distinctes mais parfaitement semblables et qui se mouvaient en une totale coordination.
Et c'était en effet une redoutable vague d'armures imaculées qui fondait maintenant sur l'ennemi holographique, respectant à la lettre les odres de la Jedi, nettoyant le dôme d'entraînement sans aucun scrupule ni ménagement.
Quelle efficacité, pensa la jeune femme tandis que sa lame tranchait l'air pour dévier les tirs de blaster de ses ennemis. Il se pourrait bien que cette armée soit la clé pour débarrasser la galaxie de la menace séparatiste. Kit a peut être raison, finalement...
La Twi'lek pouvait également ressentir la concentration de ses hommes dans la Force, leur obéissance, leur respect total des ordres.
Mais quelque chose manquait : il n'y avait pas de peur, pas de rage, pas de doutes en eux. Ils avançaient simplement afin d'accomplir ce qui devait être fait.
Les quelques clones qui avaient été touchés et mis hors combat étaient assis à même le sol, patientant dans une immobilité totale que la simulation prenne fin. Et là encore, il n'y avait pas de bouleversement. Là où un être quelconque ressentirait de la honte, de la déception ou de la frustration d'avoir été éliminé, eux n'y semblaient pas sensibles. Ils n'encourageaient d'ailleurs pas non plus leurs frères soldats qui participaient toujours à l'affrontement. Ils étaient juste là, dans un silence obéissant, car tels étaient les ordres. Et qu'ils étaient tout simplement en attente des ordres suivants, car telle était leur unique raison de vivre.
Pour la Jedi, c'était à la fois fascinant et terrifiant, et...
-Générale !
Le cri d'Aby retentit tout près d'Aayla, la tirant brusquement de ses pensées, et elle pivota rapidement sur elle-même.
Trop tard.
Un mercenaire fonçait droit sur elle, blaster levé, prêt à ouvrir le feu. Mais le Commandant Clone avait été plus rapide : son tir fusait déjà dans les airs et il atteignit le bandit en pleine poitrine. L'hologramme s'écroula en clignotant puis il disparut au bout de quelques secondes dans un grésillement agonisant.
-Merci... murmura la Twi'lek, surprise par cette inattention qui aurait pu lui coûter la vie sur un vrai champ de bataille.
-À vos ordres, Générale, s'exclama Aby de sa voix monocorde et, là encore, sans aucune exaltation d'avoir sauvé son officier supérieur. Nos deux premières escouades ont neutralisé les mercenaires, mes hommes les retiennent captifs pour le moment. Celui-là (il désigna de la tête l'endroit où l'ennemi artificiel venait de disparaître) était le dernier en liberté. Il reste encore une barge de droïdes à détruire sur le flanc ouest, puis la zone sera totalement sécurisée.
-Merci, Commandant, répéta la Jedi soulagée que son manque de concentration évident soit passé inaperçu. Allons découpez du droïde à l'ouest, dans ce cas !
Mêlant le geste à la parole la Jedi s’élança, bondissant pour rejoindre le dernier débarquement de B1 et ainsi mettre fin à la simulation. Secura sentait Aby qui courait juste derrière elle, blaster levé, paré à faire feu et prêt à tout pour défendre la vie de sa Générale.
Ils atteignirent alors rapidement l'escouade mécanisée qui était déjà prise en tenaille par un bataillon de Clones.
Aayla sauta dans la mêlée sans aucune hésitation, son sabre tranchant les ennemis virtuels avec férocité. Elle exécuta une double vrille et découpa une demi-douzaine de droïdes d'un seul et même geste. Elle s’élança ensuite plus avant, impatiente de mettre un terme au combat. Elle avait hâte de connaître l'avis de Kit sur le déroulée de cette simulation, et...
-Générale...
La voix d'Aby résonna à nouveau près d'elle. Mais quelque chose n'allait pas. Glacée et déjà consciente de ce qu'il se passait autour d'elle, Aayla se retourna lentement. Plusieurs droïdes virtuels en profitèrent pour la viser, déclenchant de petites secousses électriques dans le corps de la Twi'lek, mais celle-ci n'y prêta aucune attention.
Le Commandant Clone était debout devant elle, au centre de la mêlée, son corps en armure comme pétrifié. Il tomba ensuite brusquement à genoux puis sa face vint percuter lourdement le sol, faisant craquer la visière de son casque. La jeune femme se précipita, horrifiée, abandonnant immédiatement le combat.
Qu'a-t-il bien pu se passer ? Les Kaminoans avaient dit que les tirs ennemis étaient sans danger... et l'armure d'Aby n'a pas virée au rouge, il n'a donc pas été touché...
Aayla retourna précipitamment le corps de son Commandant sur le dos et, instinctivement, elle lui retira son casque.
Le visage du soldat lui apparut alors, complètement figé, sa bouche entre-ouverte sur le dernier cri qu'il avait prononcé. Ses yeux bruns fixaient le ciel sans le voir, reflétant presque ironiquement le soleil artificiel de la coupole d'entraînement, le seul soleil qu'il ne verrait jamais.
Et tout autour de la Jedi agenouillée, les échos des clones commencèrent à s'éteindre dans la Force, comme s'ils étaient parcourus par une onde imperceptible mais destructrice. Leurs genoux puis leurs crânes rencontrèrent durement le sol, et ils tombèrent tous sans exception. Trois mille soldats disparurent ainsi en quelques secondes, et c'était comme si un océan entier se volatilisait soudain. La vague blanche des combattants de Kamino n'était plus, terrassée par un ennemi invisible et bien plus dangereux que n'importe quelle armée.