Les Portes du Destin
Le complexe du SGC, d’ordinaire régi par une rigueur monacale, vibrait désormais d’une effervescence fiévreuse. Depuis le retour d'Abydos, les couloirs du niveau 28 étaient devenus le cœur battant d'une armée en éveil. Des techniciens couraient entre les laboratoires, des caisses de munitions étaient empilées devant l'armurerie, et le ronronnement des ventilateurs peinait à dissiper une odeur de café brûlé. Dans le gymnase de la base, un espace vaste et sonore aux murs de béton brut, le Lieutenant Cassidy Reed évacuait la tension accumulée. Le bruit de ses gants contre le cuir du sac de frappe résonnait comme des coups de feu. Vlan, vlan-vlan. Ses mouvements étaient secs, précis, portés par une respiration cadencée qui brûlait ses poumons. Sous la lumière crue des projecteurs, chaque goutte de sueur sur ses épaules témoignait de sa rage. Elle ne voyait plus le sac. Elle revoyait le visage d’Apophis sur Abydos, cette arrogance divine dissimulant un parasite, et cette lumière dorée qui avait emporté Skaara et Sha’re. Elle s'arrêta net, les muscles tremblants, une mèche de cheveux bruns collée sur son front humide. À travers la porte vitrée du couloir adjacent, elle vit passer Jack et Daniel. Le Colonel marchait d'un pas lourd, les mains enfoncées dans ses poches, tandis que Daniel, les épaules voûtées sous le poids de son chagrin, semblait flotter dans ses pensées. Ils se dirigeaient vers la salle de briefing. Elle ramassa ses affaires, l'esprit déjà tourné vers la suite. Elle savait que son destin venait de basculer avec le leur. Elle s'élança dans leur sillage, restant juste assez loin pour ne pas interférer, mais assez près pour ne rien manquer.
Une atmosphère de défaite flottait dans la salle, lourde et mélancolique. Sous les néons blafards, Daniel restait prostré, massant ses tempes d'un geste las, tandis que Jack, la silhouette raide, défiait du regard une carte du ciel dont les constellations ne dessinaient plus des rêves, mais un territoire ennemi.
« Ce n'était pas Râ, Daniel, » affirma Jack d'une voix sourde qui résonna contre les vitres surplombant la Porte. « Je l'ai vu mourir dans cette explosion nucléaire. Il n'en est rien resté qu'une traînée de poussière cosmique. »
L'archéologue releva la tête, ses lunettes glissant sur l'arête de son nez. Ses yeux étaient rouges de fatigue.
« Je sais, Jack. Mais celui-là... il possédait la même technologie, la même aura de puissance absolue. Si Râ n'était qu'un tyran parmi d'autres, alors nous venons de découvrir que la galaxie est un nid de frelons. Et nous venons de donner un grand coup de pied dedans. »
Cassidy, restée sur le seuil, intervint d'une voix calme qui fit sursauter Daniel :
« S'ils ne sont pas des dieux, alors ce sont des imposteurs avec des armes plus puissantes que les nôtres. Et n'importe quel imposteur peut être abattu. »
Jack se tourna vers elle, un demi-sourire aux lèvres, ce pli ironique qu'il réservait à ceux qui parlaient son langage, celui des soldats qui ne s'en laissent pas conter.
« Lieutenant. Je vous croyais occupée à martyriser le matériel de sport du Général. »
« Le matériel est solide, Monsieur, » répondit-elle en s'avançant dans la lumière. « Mais j'aimerais mieux m'entraîner sur ces serpents. Ils ont pris des innocents. »
Daniel baissa les yeux à la mention de sa femme, et le silence qui suivit fut déchirant. Cass s'en voulut instantanément de sa rudesse de soldat. Elle s'approcha lentement de la table et posa une main, presque hésitante, sur le dossier de la chaise vide à côté de Daniel.
« On va les ramener, Docteur Jackson. C’est pour ça qu’on s’équipe. »
Pendant ce temps, à des années-lumière des couloirs stériles de la Terre, la planète Chulak respirait une atmosphère de fin du monde. Le cauchemar n'y était plus une abstraction, mais une réalité tangible, étouffante, qui pesait sur les poitrines comme une dalle de granit. Les prisonniers étaient parqués comme du bétail au creux d'une fosse de pierre humide, perdue dans le ventre du palais. L'air, raréfié par la profondeur, exhalait une odeur écœurante. Un mélange d'encens rance, de sueur acide et du relent métallique de la terre froide. Parmi les silhouettes brisées qui grelottaient dans l'ombre, on distinguait les visages émaciés des survivants d'Abydos, leurs regards vides tournés vers le plafond, et la militaire terrienne capturée lors de l'attaque initiale du SGC. Cette dernière, bien que meurtrie, conservait une posture raide, dernier vestige de sa dignité de femme libre. Soudain, un grincement sourd se fit entendre. La lourde grille métallique pivota, libérant un flot de lumière dorée, crue et artificielle, qui fit grincer les dents des prisonniers habitués à l'obscurité. Un détachement de Jaffas entra, leurs armures de mailles cliquetant avec une régularité de métronome. À leur tête, Teal’c, le Prima d'Apophis, dominait la pièce. Son regard d'acier, dépourvu de la moindre émotion, balaya la fosse. Le tatouage d'or pur sur son front brillait sous la lueur des torches, marquant sa loyauté absolue envers son faux dieu. Son attention s'arrêta sur une femme recroquevillée dans un coin, les mains liées. C'était l'officier de garde du SGC. Ses vêtements de service étaient déchirés, son visage maculé de poussière et de larmes séchées, mais ses yeux brillaient encore d'une lueur de défi farouche.
« Celle-ci, » ordonna Teal’c d’une voix sourde, comme venue d'outre-tombe.
Deux Jaffas la saisirent sans ménagement. Elle se débattit avec l'énergie du désespoir, ses bottes griffant le sol rocheux, ses cris déchirant le silence lourd de la fosse.
« Lâchez-moi ! Espèces de monstres ! »
Elle fut traînée hors de la cellule. Elle fut conduite dans la salle d'apparat, un lieu où l'opulence indécente de l'or et du lapis-lazuli contrastait violemment avec la cruauté brute des lieux. Au centre, sur une estrade surélevée, Apophis siégeait, drapé dans sa robe d'apparat. À ses côtés, sa reine attendait avec une impatience prédatrice.
« Elle est forte, » murmura le dieu imposteur d'une voix dont l'écho métallique trahissait sa véritable nature. « Mais est-elle digne de porter l'un des nôtres ? »
La femme fut forcée de s'agenouiller sur le marbre froid. Devant elle, un prêtre apporta un bocal de cristal. À l'intérieur, une créature reptilienne, un parasite Goa'uld aux yeux jaunâtres, s'agitait frénétiquement dans un liquide visqueux, ses mandibules claquant contre le verre dans un bruit de succion. La reine d'Apophis libéra le serpent. Dans un silence de mort, le parasite se redressa, ses anneaux jouant avec une souplesse obscène, avant de se détendre comme un ressort vers la gorge de la captive. Un hurlement d’agonie pure, le genre de cri qui s'imprime à jamais dans la mémoire, déchira l'air lourd de la salle. On perçut alors un craquement répugnant, le son sec de la chair et des os cédant sous la force de l'intrus. Mais l'horreur tourna au cauchemar. Le corps de l'officier fut pris de convulsions électriques. Comme expulsée par un système immunitaire en plein brasier, la créature fut rejetée avec violence et s'échoua sur le marbre, n'étant plus qu'une masse flasque. L'officier s'effondra, les yeux révulsés. Son cœur, incapable de supporter la violence de l'intrusion, s'était arrêté net. Pour Apophis, ce n'était qu'un rebut, une défaillance technique.
« Elle n'était pas digne, » décréta-t-il avec une indifférence glaciale, sans même accorder un regard au cadavre encore chaud. « Teal’c, amenez la suivante. »
Teal’c fit demi-tour, ses pas martelant le sol de pierre avec la régularité d'un glas. Il laissait derrière lui la splendeur dorée d'Apophis pour s'enfoncer dans les entrailles du complexe, là où la pénombre devenait un linceul humide pour les captifs Lorsqu'il atteignit enfin la fosse, il s'arrêta un instant devant la lourde grille de bronze. Les torches fixées aux murs projetaient des ombres dansantes sur son visage de pierre, accentuant la cicatrice parfaite du tatouage d'or qui barrait son front. À travers les barreaux, il observait le chaos de misère qu’il était chargé de surveiller. L’air qui montait de la cellule était saturé d’une odeur de peur fétide et de désespoir.
« Les femmes ! Debout ! » ordonna-t-il, sa voix résonnant avec une autorité de fer.
Sha're serra la main de Skaara, son visage pâle mais ses yeux brillant d'une fierté héritée des gens du désert. Lorsque les soldats s'approchèrent, Skaara s'interposa, son corps frêle tremblant mais refusant de céder.
« Non ! Laissez-la ! » hurla le garçon.
Un garde le repoussa violemment d'un revers de main, le projetant contre la paroi rocheuse. Sha're fut saisie par le bras. Elle jeta un dernier regard déchirant à Skaara, un adieu silencieux, avant d'être traînée. Là, au centre d'une estrade d'or, une femme magnifique mais dont le regard ne reflétait aucune humanité l'attendait. Prisonnier d'un réceptacle de cristal, un symbiote aux reflets d'argent délavé s'agitait dans un limon visqueux, ses yeux d'ambre brillant d'une faim maléfique. Sha're fut contrainte de s'effondrer sur le marbre glacial, sa robe de lin immaculé se déployant sur le sol comme les ailes brisées d'un oiseau de proie abattu en plein vol. Devant elle, le bocal de cristal fut ouvert avec une lenteur cérémonielle. S'extirpant de sa prison de verre avec un bruit humide et écœurant, le parasite grisâtre ondula avec souplesse. La créature se dressa, telle une naja, ouvrant ses mâchoires en quatre volets pour exposer son intérieur barbelé. Le temps s'arrêta lorsque le monstre posa son regard dans celui de la jeune femme, ses prunelles pâles scintillant d'une conscience maléfique, prête à dévorer son âme. Puis, dans un mouvement d'une rapidité fulgurante, il plongea. Sha're n'eut même pas le temps de hurler. Le symbiote se projeta avec une puissance foudroyante, s’enroulant autour de sa nuque comme un lacet de cuir vif. Ses mandibules s'ancrèrent brutalement dans les chairs tendres à la base du crâne, déclenchant un craquement sec et écœurant. Celui des vertèbres cervicales forcées de s'écarter pour livrer passage à l'abomination. Le corps de Sha're fut traversé par des décharges de douleur pure, ses doigts labourant inutilement le marbre froid, tandis que l'intrus s'insinuait le long de la moelle épinière pour enlacer son tronc cérébral. Le hurlement qui naissait dans ses poumons mourut dans un gargouillement de sang et de terreur avant de s'éteindre totalement. Une rigidité de statue s'empara d'elle, une paix factice imposée par le monstre qui venait de verrouiller les commandes de sa conscience. Daniel, perdu dans l'insouciance de la Terre, était loin de se douter que l'âme de son épouse venait d'être murée vivante. Après un silence sépulcral, Sha're releva lentement le visage. Lorsque ses paupières se soulevèrent, ses yeux furent submergés par un éclat blanc, une incandescence électrique et glaciale, signe que le dieu imposteur trônait désormais sur son nouveau trône de chair. Lorsqu'elle prit sa première inspiration, son buste se bomba avec une arrogance nouvelle. Elle posa ses yeux sur Apophis. L'épouse de Daniel, la jeune femme douce d'Abydos, venait d'être effacée, reléguée au rang de simple spectatrice dans sa propre chair. Elle n'était plus qu'une enveloppe de soie pour un monstre assoiffé de pouvoir.
Au SGC, le Général Hammond entra dans la salle de briefing, un dossier épais frappé du sceau "Top Secret" sous le bras.
« Messieurs, Lieutenant... Le Pentagone a tranché. Nous ne pouvons plus nous contenter de regarder l'anneau. J'ai reçu l'ordre d'activer officiellement le programme Porte des Étoiles. Neuf équipes d'exploration vont être créées. »
Il fixa Jack avec une intensité particulière, une confiance que seuls des vétérans partagent.
« SG-1 sera dirigée par vous, Colonel O'Neill. Vous aurez avec vous le Capitaine Carter et le Docteur Jackson. Et…, »
Il tourna son regard vers Cass,
« Le Lieutenant Reed sera votre spécialiste de reconnaissance et de protection rapprochée. Vous partez pour Chulak dans deux heures. Votre mission : localiser les captifs et évaluer la menace. »
Cassidy sentit une décharge d'adrénaline pure lui parcourir l'échine. Elle regarda Jack. Le Colonel se leva, ajustant sa veste avec une lenteur calculée.
« Vous avez entendu le Général. Reed, assurez-vous que tout le monde est paré. Daniel, prenez vos dictionnaires... on va voir si ces "dieux" ont un sens de l'hospitalité. »
Jack s'éloigna, mais il s'arrêta un instant devant la vitre, observant l'anneau de pierre qui attendait dans l'obscurité en bas. Cass s'approcha de lui, ses pas légers ne faisant aucun bruit sur le sol métallique.
« Quelque chose vous tracasse, Monsieur ? »
Jack ne détourna pas les yeux du vortex éteint.
« Tout me tracasse, Lieutenant. Le fait qu'on ne sache pas où on va, le fait que je doive surveiller un archéologue maladroit... et le fait que vous soyez beaucoup trop impatiente d'aller vous faire tirer dessus. »
« C’est mon métier, Mon Colonel. »
Jack tourna enfin la tête vers elle, son regard redevenu sérieux.
« Non, Reed. Votre métier, c'est de revenir. Le reste, c'est de la littérature. »
L’effervescence dans la salle d’embarquement du Niveau 28 atteignait un paroxysme électrique. Le vrombissement sourd des serveurs et le cliquetis saccadé des claviers de la salle de contrôle surplombante se perdaient dans le vacarme métallique des préparatifs. Partout, des hommes en treillis s'activaient, le visage fermé par une concentration de plomb. Jack O’Neill, sanglé dans sa veste tactique dont les poches étaient pleines de chargeurs, observait le Major Kawalsky. Son vieux frère d’armes, le regard durci par les souvenirs d'Abydos, briefait les hommes de SG-2. Entre les deux officiers, les mots étaient inutiles. Un simple hochement de tête suffisait à confirmer que, cette fois, ils ne partaient pas pour une exploration, mais pour une incursion dans le nid du frelon. À quelques mètres, Cassidy ajustait son gilet tactique. Elle vérifia une dernière fois son MP5, la culasse claquant avec un son sec qui résonna contre les parois de béton, puis engagea son couteau de combat dans son fourreau de jambe. Elle sentait le poids du regard de Jack sur ses épaules. Le Colonel s’approcha, une main calleuse posée sur sa ceinture de munitions.
« Lieutenant, un mot ? » demanda-t-il en l’écartant du tumulte.
Cass se redressa, verrouillant son regard dans le sien.
« Oui, Mon Colonel ? »
« On ne sait pas ce qui nous attend de l’autre côté de ce rideau bleu. Kawalsky et ses gars vont transformer la Porte de Chulak en forteresse, mais c’est notre seul ticket de retour. Si l'enfer se déchaîne, je ne veux pas d’héroïsme de pacotille. Votre priorité, c’est de servir de bouclier à Carter et Jackson. S’ils tombent, la mission crève. Si je donne l’ordre de repli, vous courez. Compris ? »
Cassidy soutint le regard gris de l'officier, une lueur de défi indomptable brillant sous ses paupières. « C’est limpide, Monsieur. Mais avec tout le respect que je vous dois, si je vois une ouverture pour ramener les nôtres, je la prendrai. Je ne suis pas venue ici pour faire de la figuration tactique. »
« Vous êtes têtue, Reed. C’est une qualité au gymnase, mais sur le terrain, c'est souvent ce qui fait graver les noms sur des plaques de marbre. »
Il lui adressa un demi-sourire, un éclair d'ironie amère qui rendait l'homme indéchiffrable, avant de pivoter vers la rampe de lancement.
« Activation de la Porte ! » hurla la voix du technicien dans les haut-parleurs.
Le premier chevron pivota et s’enclencha dans un fracas hydraulique qui fit vibrer les fondations de la montagne. Un... deux... trois... Au septième claquement, le vortex jaillit brusquement, une gerbe d'énergie azurée qui se stabilisa en une nappe ondulante, inondant la salle d'une lumière glaciale et d'un souffle d'air saturé d'ozone.
« SG-1, SG-2, en avant ! » tonna la voix du Général Hammond depuis la galerie de verre.
Jack s’élança le premier, avalé par le miroir liquide, talonné par Kawalsky. Cassidy emboîta le pas à Daniel, sentant l'archéologue vaciller une fraction de seconde. Elle posa une main ferme dans son dos pour le propulser à travers la Porte. Traverser le vortex fut une sensation de déchirement atomique, une chute libre dans un tunnel de lumière où le corps semblait s'étirer à l'infini.
L’atterrissage sur Chulak fut un choc thermique. Cassidy fut projetée sur un sol couvert d’une mousse épaisse et visqueuse qui exhalait une odeur de terre fermentée. Elle se rétablit d’un bond, le canon de son arme balayant l’obscurité violacée. Le paysage était d’une beauté vénéneuse. Une forêt de conifères aux aiguilles sombres et aux reflets pourpres s’étirait sous un ciel d’un rose saumon, où deux lunes pâles commençaient déjà à percer la voûte céleste.
« Sécurisez le périmètre ! » cria Kawalsky.
Les soldats de SG-2 se déployèrent en éventail avec une discipline de fer, installant des nids de mitrailleuses lourdes face aux sous-bois. Jack fit signe à son équipe de se regrouper.
« Jackson, vous voyez un panneau "Bienvenue" ? »
« Cette architecture... » murmura Daniel en désignant un sentier de pierres blanches. « C’est un mélange de dorique grec et de style égyptien ancien. Le temple central doit être au bout de cette voie. »
Ils s’enfoncèrent dans les bois, Cassidy marchant en pointe aux côtés de Jack. Chaque craquement de branche, chaque cri d'oiseau extraterrestre invisible faisait monter son rythme cardiaque.
« Vous sentez ça, Monsieur ? » chuchota-t-elle, les narines frémissantes.
« L'odeur de l'encens et du bois de santal ? Oui. Ils se sentent tellement au-dessus du lot qu'ils affichent leur présence comme on plante un drapeau sur une pelouse. »
Ils débouchèrent sur un surplomb rocheux offrant une vue saisissante sur une mer de marbre et d'or. Sous leurs yeux, Chulak ne ressemblait en rien à une cité ordinaire. C'était un monument colossal érigé pour flatter l'orgueil démesuré d'un dieu imposteur. Des colonnades de marbre blanc s'élevaient vers le ciel rose, entourant des places pavées où des centaines de fidèles semblaient errer dans une soumission absolue. Au centre, le palais-forteresse trônait comme une montagne de pierre et d'or. Soudain, Cassidy saisit le bras de Jack et le tira violemment vers le bas, derrière un affleurement rocheux couvert de lichens.
« Patrouille ! à six heures ! » souffla-t-elle.
Une escouade de Jaffas, reconnaissables à leurs armures de mailles lourdes et leurs casques de serpent massifs, passa à quelques mètres d'eux. Le silence était tel qu'on entendait le frottement du métal sur leurs uniformes et leur respiration sourde. Jack retint son souffle, sa main frôlant celle de Cass sur la roche froide. Dans cette proximité forcée, une électricité étrange passa entre eux, une conscience aiguë du danger qui soudait leurs destins. Une fois la patrouille éloignée, il se tourna vers elle, son regard croisant le sien avec une intensité nouvelle.
« Beau réflexe, Lieutenant. On aurait été vaporisés avant d'avoir pu dire "Oups". »
Cass ne répondit pas, mais son regard en disait long. Elle voyait enfin l'homme derrière le grade, son calme imperturbable qui commençait à fissurer sa propre méfiance.
« Daniel, une idée pour entrer sans passer par la grande porte ? »
« On ne peut pas charger de front, » intervint Sam. « Mais si on infiltre les quartiers serviles... »
« On va opter pour la méthode Reed, » trancha Jack. « Une incursion éclair, silencieuse et létale. Lieutenant, vous venez avec moi en pointe. Carter, Jackson, vous restez en couverture visuelle. On bouge. »
Cassidy sentit une décharge d'adrénaline pure. C’était le moment de vérité. Elle jeta un dernier regard vers la cité dorée, serrant la crosse de son fusil.
L’infiltration, jusqu’ici fluide et silencieuse, tourna court avec une brutalité que même l'instinct de prédatrice de Cassidy n'avait pu anticiper. Ils venaient de franchir la limite invisible entre le palais d’apparat et les quartiers des esclaves. Ici, l’arrogance du marbre poli s'effaçait derrière une pierre brute, taillée à la hâte, dont les parois suintaient une humidité fétide. Le silence y était si dense qu’on aurait pu entendre une plume tomber. Et c’est précisément ce silence qui fut déchiré. Ce ne fut pas un cri, ni un commandement, mais une série de sifflements pneumatiques, secs et synchronisés. Le son caractéristique d'une dizaine de lances de combat s'ouvrant simultanément, libérant leurs têtes de mort. D'entre les ombres portées par les colonnes colossales, dont les bases disparaissaient dans une brume basse, une escouade de Jaffas surgit comme des spectres d'acier. Leurs armures de mailles cliquetaient avec une régularité de machine, un son froid qui semblait scander leur condamnation. Leurs masques de serpent, massifs et impénétrables, reflétaient la lumière fuyante des torches, ne laissant filtrer aucune humanité, aucune hésitation. Avant même que Jack n'ait pu aligner sa ligne de mire, l'air autour d'eux se mit à crépiter. Une énergie orangée, instable et vibrante, commença à saturer l'espace d'une odeur d'ozone brûlé, le parfum électrique de la mort imminente. Cassidy réagit par pur réflexe, ce genre de mouvement où le corps décide avant l'esprit. Elle pivota sur ses appuis, son MP5 jaillissant contre son épaule comme s'il faisait partie de son propre squelette. Son arme cracha une rafale courte, un aboiement métallique qui déchira la pénombre. Les balles vinrent percuter les plastrons de deux gardes avec un bruit d'impact mat. Ils s'effondrèrent dans un fracas de mailles et de chair, mais la brèche qu'elle avait espéré créer fut immédiatement comblée. Le nombre et la puissance de feu eurent raison de leur audace. Une décharge de plasma, plus rapide que l'œil, fendit l'obscurité. Le trait de feu frôla l'épaule de Jack avec un rugissement de fournaise. Le choc fut tel que le Colonel fut soulevé du sol et projeté avec violence contre la paroi rocheuse. Dans une gerbe d'étincelles pourpres et aveuglantes, le tissu de son treillis se consuma, laissant l'air imprégné de l'odeur âcre du Kevlar brûlé.
« Ne tirez pas ! » hurla O'Neill.
Sa voix, habituellement si assurée, était enrouée par l'impact, le souffle court, alors qu'il tentait de se redresser dans la poussière soulevée par l'explosion. Il ne regardait pas sa blessure. Ses yeux étaient fixés sur les canons incandescents qui, à moins d'un mètre, visaient précisément les visages livides de Daniel et de Sam. Les deux membres de son équipe étaient figés, la lueur orange des lances dansant sur leurs pupilles dilatées. Jack savait qu'il n'y avait plus de jeu, plus de tactique possible. Un seul mouvement de doigt de la part d'un Jaffa, une seule étincelle de plus, et ses amis ne seraient plus que des cendres éparpillées sur le sol froid de Chulak. Le silence revint, plus lourd encore, rythmé seulement par le vrombissement des armes ennemies et la respiration erratique de l'équipe SG-1 prise au piège.
Une fois les mains levées, le temps sembla se figer dans une lenteur écœurante. Des mains gantées de fer s'abattirent sur eux avec la brutalité d'un engrenage mécanique. Cassidy fut saisie par les épaules et projetée vers l'avant. Elle n'était plus un soldat d'élite, mais une masse inerte que l'on déplaçait à l'envie. Le trajet à travers les couloirs interminables fut un calvaire sensoriel. Ce dédale était une insulte à la vie. Sous leurs pieds, le marbre poli reflétait la lumière blafarde des torches, tandis que les murs exhalaient une mort froide, celle des esclaves qui avaient péri pour les ériger. Cassidy sentait la rage bouillir sous sa peau, un poison brûlant qui lui tordait les entrailles, nourri par une impuissance amère qu'elle n'avait jamais connue. À chaque intersection, le calvaire s'intensifiait. Un Jaffa lui arracha son MP5 d'un geste sec, la sangle brûlant sa nuque au passage. Quelques mètres plus loin, ce fut son gilet tactique qu'on déchira, libérant ses munitions qui tombèrent au sol dans un cliquetis dérisoire. Puis, on lui ôta son couteau de jambe, son dernier lien avec sa formation de combat. Elle se sentait dépouillée couche après couche, non seulement de ses armes, mais de son identité même. Sous les ricanements sourds qui filtraient des masques de métal, le Lieutenant Reed disparaissait, laissant place à une proie nue et vulnérable. Ils finirent par s'arrêter devant une grille de bronze. Le métal grinça sur ses gonds avec un cri de supplicié. Une poussée violente dans le dos la projeta dans la pièce. Ils étaient dans une prison immense et circulaire. Le silence qui régnait ici n'était pas un apaisement, mais une menace. Il n'était troublé que par les râles de ceux dont l'agonie touchait à sa fin et par les murmures de terreur qui couraient le long des parois humides. L'air, lourd, vicié, presque solide, constituait une véritable agression. Il était saturé d'une odeur de sueur rance, de terre imprégnée d'excréments et de ce parfum douceâtre, métallique, que dégage le désespoir absolu quand il est partagé par trop d'âmes. Cass balaya la pénombre du regard. C’est alors qu’elle les vit. Des dizaines, peut-être des centaines de paires d'yeux qui brillaient comme des lucioles malades dans l'obscurité. Des hommes aux traits tirés, des femmes prostrées, des enfants dont le regard était déjà celui de vieillards. Tous étaient entassés là, tels des bêtes de somme parquées dans l'attente du bon vouloir de leur boucher. La réalité de leur situation la frappa comme une seconde chute. Elle serra les poings si fort que ses jointures blanchirent, ses ongles s'enfonçant dans la paume de ses mains jusqu'au sang. Derrière eux, la grille de bronze se referma dans un fracas de tonnerre. Le claquement définitif du verrou résonna, scellant leur destin. Ils n'étaient plus SG-1. Ils n'étaient plus que des matricules dans la réserve personnelle d'un dieu.
Cass ignora la douleur lancinante qui irradiait de ses poignets, marqués au fer rouge par le frottement des liens, et balaya l'obscurité du regard. C’est alors qu’elle vit Daniel. L’archéologue semblait attiré par une silhouette recroquevillée dans un renfoncement poisseux de la roche.
« Skaara ? » murmura-t-il d'abord, comme s'il craignait de briser un cristal fragile.
Puis, dans un cri déchirant qui ricocha contre les parois :
« Skaara ! »
Le jeune garçon était là. Mais ce n'était plus le gamin impétueux d'Abydos qui saluait les soldats avec un salut militaire maladroit. Blotti contre la pierre froide, les genoux remontés au menton, il semblait avoir vieilli de dix ans. Ses yeux, autrefois pétillants de curiosité, étaient devenus deux puits vide, éteints par une terreur qui dépassait l'entendement humain. Daniel chercha frénétiquement autour de lui. Ses mains tâtonnèrent le vide, cherchant une chevelure, un parfum, une présence. Mais à côté du garçon, l'absence de Sha're était presque tangible, elle hurlait comme un silence de mort dans cette fosse surpeuplée. Daniel s'effondra, le front contre la roche, les épaules secouées par des sanglots sourds et convulsifs. Il comprenait, dans chaque fibre de son être, que le temps s'était écoulé trop vite. Jack s'approcha lentement et posa une main pesante sur l'épaule de son ami. À cet instant, il ne regardait pas l'archéologue, mais Cassidy. Dans la pénombre, le Lieutenant vit pour la première fois une faille béante dans l'armure du Colonel. Ce n'était plus le commandant cynique, mais un homme dévasté par une ombre de culpabilité qui le rongeait de l'intérieur. La promesse solennelle faite sur les sables d'Abydos venait de voler en éclats sous ses yeux. Soudain, le grondement massif de la grille de bronze fit taire instantanément les gémissements. Le silence qui s'ensuivit fut plus effrayant que les cris. Une lumière dorée, presque divine, inonda le gouffre alors qu'Apophis entrait, entouré d'une garde d'élite dont les armures de mailles brillaient d'un éclat cruel sous les torches. À sa droite se tenait le Prima. Une masse de muscles et d'acier, immobile comme une statue de granit, dont le front portait le tatouage d'or pur, signe de sa dévotion, ou de sa servitude. Le dieu autoproclamé commença sa macabre sélection. Il déambulait avec une lenteur calculée, ses yeux parcourant les captifs comme un acheteur sur un marché aux bestiaux. Lorsqu'il pointa son doigt, orné d'un anneau où crépitait un ruban d'énergie bleue, vers Skaara, le monde sembla s'arrêter pour SG-1. Jack n'hésita pas une seconde. Il se jeta en avant, s'interposant entre le garçon et le tyran.
« Laissez-le ! » rugit-il.
La réponse fut immédiate. Un garde Jaffa fit pivoter sa lance et, d'un coup de crosse brutal porté en plein plexus, renvoya le Colonel dans la poussière. Le bruit sourd de l'impact coupa le souffle de toute l'assistance.
« Non ! » cria Cass.
Elle fit un pas impulsif, les muscles des jambes bandés, prête à une attaque suicide. Mais en un éclair, trois lances se croisèrent devant elle, les pointes chargées d'énergie vibrant à quelques millimètres de sa gorge. Elle se figea, haletante, son regard planté dans celui du Jaffa au tatouage d'or qui se tenait à quelques pas. Contrairement aux autres gardes, dont les yeux brillaient d'une cruauté aveugle ou d'un fanatisme zélé, cet homme semblait habité par une tout autre âme. Teal'c l'observait. Sous le masque de fer du soldat parfait, Cass crut déceler une lassitude millénaire, une pitié enfouie sous des siècles de discipline militaire. Pour une fraction de seconde, leurs regards restèrent liés, et elle sut qu'elle ne regardait pas seulement un ennemi, mais un homme dont l'esprit était aussi prisonnier que le sien.
Une fois qu'Apophis fut reparti avec sa moisson d'âmes, emmenant Skaara dont les cris s'étouffèrent peu à peu dans les méandres du palais, un silence sépulcral retomba sur la fosse. Ce n'était pas un silence de paix, mais une chape de plomb, seulement troublée par le souffle de Daniel, prostré dans la poussière, et le gémissement lointain d'une vieille femme à l'autre bout de la cellule. Le temps devint une notion floue, s'étirant au rythme des gouttes d'eau qui suintaient des parois rocheuses. Quelques heures s'écoulèrent ainsi, dans une attente morne, avant que le bruit d'un pas lourd et solitaire ne résonne sur les dalles de pierre, là-haut. La silhouette imposante du grand Jaffa se découpa contre la lueur vacillante d'une torche. Il resta là, immobile. Il finit par se poster juste devant les barreaux de la grille. La lumière du feu léchait son tatouage d'or, lui donnant l'apparence d'une idole antique.
« Je suis Teal'c, » dit-il enfin.
Jack se releva péniblement, ses articulations craquant sous l'effort. D'un geste lent, presque dédaigneux, il essuya d'un revers de manche le sang noirci qui avait séché sur sa lèvre fendue. Il s'avança vers les barreaux, sa silhouette frêle en apparence face au colosse, mais son regard restait celui d'un prédateur. Cassidy se glissa juste derrière lui, les muscles des jambes bandés, les sens en alerte, prête à bondir si ce géant décidait d'ouvrir la porte pour une nouvelle exécution.
« Colonel Jack O'Neill, » répondit Jack, sa voix rauque mais ferme. « On vient de la Terre. Et vous feriez bien de noter, Teal'c, qu'on n'a pas fait tout ce chemin pour finir comme engrais dans votre trou à rats. »
Teal'c inclina légèrement la tête, un mouvement lent et calculé. Ses yeux sombres, d'une acuité troublante, sondèrent l'âme du soldat comme s'il cherchait à y lire une vérité interdite.
« Beaucoup ont dit cela avant vous, étranger. J'ai entendu ces mêmes paroles dans mille langues différentes, sur cent mondes oubliés. Aucun n'a survécu. Aucun n'a revu son ciel. »
Il marqua une pause, ses yeux glissant de Jack vers Cassidy, dont l'intensité ne faiblissait pas.
« Votre monde est-il si puissant pour que vous portiez une telle insolence comme une armure ? »
C'est alors que Cassidy prit la parole. Elle fit un pas de plus, collant presque son visage aux barreaux glacés. Sa voix ne trembla pas. Elle vibrait d'une conviction si pure qu'elle fit lever les yeux des autres captifs, des ombres brisées qui semblèrent soudain se souvenir qu'elles avaient été des hommes.
« Chez nous, Teal'c, on ne se prosterne devant personne. Ni devant des rois, ni devant des imposteurs qui portent des masques de serpent pour cacher leur propre vide. »
Elle planta son regard gris dans celui du Prima, y cherchant l'étincelle qu'elle avait crue voir plus tôt.
« On n'abandonne jamais les nôtres. Jamais. Vous appelez ça de l'insolence ? Nous appelons ça de l'honneur. Si vous avez encore un peu de ce sang-là dans les veines, aidez-nous. Et vous découvrirez qu'il existe une force bien plus grande que la terreur que vos faux dieux distillent pour vous tenir en laisse. La liberté. »
Le mot resta suspendu dans l'air vicié de la prison, comme un défi lancé à la montagne elle-même. Teal'c ne répondit pas immédiatement. Ses traits restèrent de marbre, mais dans la profondeur de ses pupilles, Cassidy vit passer une onde, un doute, la première fissure dans un mur de certitudes érigé depuis des siècles.
Le moment de vérité arriva avec le fracas du métal sur la pierre. Les gardes Jaffas revinrent en nombre, non plus pour sélectionner, mais pour exterminer. Apophis avait donné l'ordre final, celui qui ne souffrait aucune discussion :
« Tuez-les tous. »
Les lances de combat s'ouvrirent dans un chœur de sifflements hydrauliques, leurs pointes s'illuminant d'une lueur orangée, vibrante, qui projeta des ombres grotesques sur les murs de la geôle. Le bourdonnement de l'énergie prête à être libérée remplit l'espace confiné, un son sourd qui faisait vibrer les dents. Face au peloton d'exécution, Jack ne baissa pas les yeux. Il planta son regard dans celui de Teal’c, y jetant ses dernières forces.
« Je peux vous aider ! » hurla Jack par-dessus le vrombissement des armes. « Sortez-nous de là, Teal’c, et nous vous montrerons le chemin ! Nous vous montrerons ce qu'est un homme libre ! »
Teal’c resta pétrifié. On pouvait voir, sous la peau tendue de ses mâchoires, le combat titanesque qui ravageait son âme. Le poids de siècles d'oppression, de traditions et de peurs ancestrales pesait contre cette étincelle de rébellion que Cassidy avait ravivée. Les Jaffas à ses côtés n'attendaient qu'un signe. Le Prima leva sa lance, le doigt sur la commande de tir. Le temps s'étira, une seconde qui sembla durer une éternité de silence électrique. Puis, dans un geste qui allait changer la face de la galaxie et renverser des empires millénaires, Teal’c pivota sur ses talons. Ce ne fut pas vers les prisonniers qu'il fit feu, mais vers ses propres frères d'armes. Le premier tir de plasma faucha deux gardes dans un fracas de métal déchiré et d'éclats de mailles.
« Allez ! » rugit Teal’c, sa voix dominant le chaos alors qu'il activait les commandes de la grille.
La geôle explosa dans une course effrénée. Les prisonniers s'engouffrèrent dans la brèche, portés par l'instinct de survie. Dans le tumulte, Cass ne perdit pas une seconde. Elle plongea au sol pour ramasser la lance d'un Jaffa tombé. L'arme était lourde, équilibrée de façon inhabituelle, mais elle s'adapta à son ergonomie étrangère avec une aisance de prédatrice. Elle se posta en arrière-garde, sa silhouette fine se découpant contre les explosions de plasma orange qui saturaient les couloirs. Elle faisait feu avec une précision redoutable, couvrant la fuite de Daniel et Carter tandis que Jack et Teal’c ouvraient la voie à travers la forêt pourpre. Le chemin du retour fut un calvaire de deux kilomètres sous un feu nourri. Lorsque la lisière de la forêt pourpre s'ouvrit enfin sur la clairière de la Porte, ce n'était pas un havre de paix, mais un enfer de plasma et de cris. Le Major Kawalsky et les hommes de SG-2 étaient retranchés derrière des affleurements rocheux et des sacs de sable installés à la hâte. Leurs mitrailleuses lourdes crachaient des balles qui déchiraient le crépuscule rose de Chulak. En face, une vague de Jaffas progressait, leurs lances illuminant la forêt d'éclairs orangés.
« Jack ! » hurla Kawalsky par-dessus le fracas des explosions. « On ne pourra pas tenir la Porte éternellement ! Le vortex est stable, mais ils nous pilonnent ! »
Le vortex de la Porte des Étoiles s'agitait derrière eux, un disque d'azur bouillonnant qui semblait être la seule chose solide dans ce chaos de fumée et de mort.
« SG-2, couvrez les civils ! » ordonna Jack en s'accroupissant près d'un nid de mitrailleuse.
Cassidy se jeta au sol aux côtés d'un soldat de SG-2 qui rechargeait frénétiquement son arme. Elle utilisa la lance jaffa qu'elle avait récupérée pour neutraliser un tireur embusqué dans les arbres d'un tir de plasma précis. L'énergie de l'arme lui brûlait presque les doigts, mais elle ne lâcha rien. Autour d'eux, c'était le chaos. Les prisonniers de la fosse, terrifiés, couraient vers la Porte, certains s'effondrant sous les tirs de barrage avant d'atteindre le salut.
« Allez, allez ! Poussez-les à l'intérieur ! » criait Sam, aidant une femme blessée à franchir le miroir liquide.
Daniel, le visage noirci par la suie, restait près de la rampe, scrutant une dernière fois la forêt dans l'espoir fou de voir apparaître Skaara ou Sha're, jusqu'à ce que Teal'c le saisisse par le bras pour le forcer à avancer. Les Planeurs de la Mort commençaient à plonger depuis la haute atmosphère, leur sifflement strident annonçant des frappes imminentes. La terre trembla sous l'impact d'une bombe qui pulvérisa un rocher à quelques mètres de Cassidy.
« On décroche ! Tout le monde dans le trou ! » rugit Jack.
SG-2 commença son repli tactique, reculant pas à pas sans cesser de tirer, une chorégraphie mortelle parfaitement orchestrée. Cassidy et Teal'c formèrent le dernier rempart, deux silhouettes sombres face à la fureur orangée des Jaffas. Ils étaient deux guerriers nés de mondes radicalement différents, mais à cet instant, leurs souffles se calaient sur le même rythme, protégeant ensemble la retraite d'une équipe qui n'existait pas encore officiellement. Le Jaffa faisait pleuvoir la mort avec une régularité de métronome, tandis que Cass vidait le reste d'un chargeur de pistolet qu'elle avait récupéré sur un blessé, couvrant chaque angle mort. Le Major Kawalsky, au centre du dispositif, aidait les derniers civils à gravir la rampe de la Porte.
« On y est presque ! Tout le monde à l'intérieur ! » hurla-t-il en se retournant pour vider son dernier chargeur vers la lisière du bois.
C'est à cet instant précis, alors qu'une explosion de plasma soulevait un nuage de poussière aveuglant, qu'une forme grisâtre et visqueuse jaillit d'un bocal de cristal brisé au sol, abandonné dans la panique par un prêtre Goa'uld. La créature, rapide comme l'éclair et animée par un instinct de survie désespéré, se projeta vers l'officier. Kawalsky poussa un cri étouffé, un râle de surprise plus que de douleur, alors que le parasite s'accrochait à sa nuque. Pendant une fraction de seconde, ses yeux roulèrent dans leurs orbites et son corps fut secoué d'un spasme violent, invisible dans le tumulte des détonations. Sa main se porta à son cou, mais le symbiote s'était déjà insinué sous la peau, disparaissant dans les tissus mous avec une efficacité terrifiante.
« Major, ça va ? » cria Jack en le saisissant par le bras pour le pousser vers le vortex.
Kawalsky cligna des yeux, le visage blême, une lueur étrange traversant son regard avant de s'effacer.
« Oui... Juste un éclat... On bouge ! » répondit-il d'une voix qui semblait venir de loin.
« Maintenant, Reed ! Sautez ! »
Elle ne se le fit pas dire deux fois. Elle plongea dans le bleu infini juste après Teal'c, sentant le souffle brûlant d'une explosion de plasma lécher ses talons au moment où elle franchissait le vortex. Le passage fut un choc de glace et de lumière, un déchirement sensoriel qui se termina brutalement sur le métal froid de la rampe du SGC. Le silence de la salle d'embarquement fut assourdissant. On n'entendait plus que le halètement des survivants et le cliquetis des armes que l'on déposait. L'air y était frais, si différent de Chulak. Le Général Hammond descendit les marches, le visage marqué par l'inquiétude, observant cette colonne de réfugiés hagards et ses soldats en lambeaux. Il s'arrêta devant le colosse au front d'or qui se tenait immobile, sa lance baissée en signe de non-agression.
« Colonel ? » demanda le Général, la voix blanche.
« Monsieur, je vous présente Teal'c, » répondit Jack en s'essuyant le visage. « Sans lui et sans le sang-froid de SG-2, on serait tous restés là-bas. Il a choisi son camp. Et je crois qu'on va avoir besoin de lui. »
Jack se tourna vers Cassidy, qui aidait un infirmier à brancarder un blessé. Elle avait une traînée de sang sur la tempe et ses vêtements étaient en loques, mais ses yeux gris brillaient d'une flamme nouvelle. Il posa une main sur son épaule, un geste de respect pur.
« Bon boulot, Lieutenant. Vous avez gagné votre place. »
Elle soutint son regard, acceptant enfin cette reconnaissance.
« On n'a pas fini, Monsieur. Chulak n'était que le début. On sait où ils emmènent les nôtres maintenant. »
Jack hocha la tête, fixant la Porte qui se désactivait. Ils étaient rentrés, mais l'ennemi, sans qu'ils le sachent encore, venait de franchir le seuil avec eux.