'Normalité' : essayer c'est l'adopter

Chapitre 3 : Hawkins : Max la Menace

2529 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/12/2025 15:35


Après Vecna, El avait évité son petit ami, et l’inverse.

Après une déclaration d’amour dont il ne pensait pas un mot, Mike s’était résolu à, enfin, arrêter de fuir. Le copain d’El était le plus grand menteur du monde, le garçon le plus en déni de la planète et Mike n’avait aucune envie de reprendre ce rôle. Il voulait redorer le blason de l’ancien lui, se remettre dans les chaussures qu’il avait délaissé un temps…il fallait juste les réajuster un peu.


Pour préserver une quelconque relation entre El et lui, entre lui et sa conscience (tant qu’à faire) il devait agir. Assez vite, car il ne voulait pas entacher plus leur amitié. Il n’y avait pas de moment calme pendant l’apocalypse, aucune certitude de mieux-être à l’horizon donc le plus tôt serait le mieux.


« Je suis né le jour où je t’ai rencontré dans les bois »

Mike ne se souvenait pas exactement de ce qu’il avait dit, il savait juste à quel point c’était faux, un blasphème vomit devant tout le monde, devant Will. Quand Mike s’était tourné vers lui, son ami avait esquissé un faible sourire, un sourire défaillant, et avait détourné le regard faisant de son mieux pour paraitre bien. Je suis désolé, voulait dire Mike, est ce que tu comprends pourquoi j’ai dû faire ça ?


En plus de lui-même, il en avait voulu à El, à un certain point de leur relation.

Quand il ne savait pas comment expliquer ses sentiments, les lettres venues de Lenora, mensonges et réponses aux siens, lui avaient fait oublier qui cette fille était réellement pour lui. El était importante, au-delà des monstres, de ce qu’était supposé être un couple, elle avait toujours était importante pour lui.

 

Avec ce qui s’était passé en lui ces derniers temps, il avait été si focalisé sur son nombril. Son amie était devenue dans sa tête celle de la phrase « Je t’aime aussi » offerte avant le départ des Byers. Aussi.

Cette phrase lui avait rappelé le drôle de sentiment enfoncé dans sa gorge et son cerveau. Alors que Will avait promis juste avant de ne pas jouer à DnD avec d’autres tout en s’agitant d’un rire, El s’était déclarée dans la pièce où son ami rêvait la nuit depuis plus de 10 ans. Parfois pelotonné contre Mike car ils dormaient mieux comme ça.

Agité d’un malaise croissant, l’adolescent avait eu conscience du ‘petit’ problème de casting. Une pensée plus violente l’étreignait, une envie soudaine de se cacher dans le placard comme quand Lonnie criait. Au fond de lui se réveillait un doute familier avec les mauvaises lèvres sur les siennes et El le laissa seule dans la chambre vide. Il avait eu de la peine à sortir de cette chambre, elle n’en était plus une, la lumière éteinte ce n’était même plus une maison. Un dernier regard et il avait été horrible de s’éloigner de l’endroit où il avait passé tant de soirée, où lui aussi avait grandi. Sans les Byers, rien n’avait d’âme.

Encore une fois, le Mike du passé aurait dû s’y attendre, il voyait venir ces mots depuis longtemps, il avait même espéré les penser un jour et les dire à El. Une fois de plus, Mike avait regretté ce qu’il était. Dire « Je t’aime » à l’héroïne, c’était une de ses règles à suivre, d’après n’importe quel film, n’importe quel livre. Et pourtant, il se revoyait tout seul sur sa chaise en face de chaise vide, laissé pour compte au milieu d’un décor féerique et factice. Le « je ne t’aime pas comme ça » jamais prononcé et le « je t’aime aussi » jouaient d’une cruelle nuance.




La Californie n’avait pas été le voyage le plus relaxant du monde, mais Mike avait pu y voir plus clair, se réconcilier à peu près avec Will, et avec lui-même.

A Hawkins, tout était plus réel malgré le décor infernal autour, des crevasses profondes en plein cœur de cette ville auparavant sans histoire. Malgré tout, il avait de la chance, Mike était entouré des bonnes personnes, celles qui comptaient.


Et les Byers étaient revenus. Hopper aurait dû être mort et il était pourtant là. Et El, Lucas, Dustin, Nancy et Jonathan…Steve ? Si même ce crétin avait réussi à se sortir de tout ça, c’était qu’il y avait de l’espoir.

Et quelque part, pas loin, il y avait Max.


Mike dormait moins une fois dans sa chambre, chez ses parents.

Il pensait à Will d’accord, il pensait à El aussi , mais surtout il pensait à Max.

Il pensait au choc que ça avait été de la voir inconsciente, la première fois à l’hôpital, Lucas, le regard vide, à son chevet.

Kate Bush passait en boucle et son ami, tel un robot, rembobinait, remettait la cassette à la seconde même où les dernières notes de Running up that hill s’arrêtaient. Mike savait pourquoi personne ne commentait, ni ne lui disait d’arrêter : il avait l’air si désespéré, le laisser faire ça était ce qui leur restaient, car ils étaient tous en attente et bien impuissants.

Max n’avait jamais été aussi sage. Ses paupières blafardes étaient fermées sur des yeux blancs, comme ses nuits à lui en ce moment. Une bonne partie de sa tristesse s’était déversée au creux des bras de sa mère juste après avoir été témoin du corps rigide et froid collé au lit et immobile. En plus de la foi de Lucas, seuls les cheveux flamboyants de son amie donnaient à Mike de l’espoir. C’était un signe de rébellion se disait-il, et ça avait toujours été un des points forts de Max. Elle était comme une herbe folle, revenant en nombre quand on osait l’arracher ; c’était son terrain le champs de bataille, il voulait croire en elle et être aussi fort.


Bien sûr, il y avait la mort d’Eddy, dans un coin de son esprit, mais avec tout ce qui se passait, il n’en accaparait pas une si grande partie. Dustin portait le deuil pour tous, il n’y avait pas de corps, il avait surtout été comme un guide pour eux…Mike se sentait cruel et froid car il n’avait pas le temps de s’effondrer pour ça, il avait déjà milles autres raisons.

Ca lui faisait du bien de souffrir en un sens, car il pouvait enfin se rendre compte qu’il était toujours celui d’avant, quelqu’un qui pensait aux autres et pas qu’à sa grande gueule. Souffrir était ce qu’il recherchait. Et c’est pour cela qu’il n’avait pas attendu pour lire la lettre posthume de l’insupportable rousse. Là, le besoin d’entendre Max était impérieux. A travers ses mots, peut-être qu’il entendrait la menace et la fougue de sa voix. L’entendre remettre ses pendules à l’heure serait plaisant et il avait besoin d’une chose chaleureuse, ses larmes ne s’étaient pas tout à fait taries.


Les papiers étaient légers entre ses doigts. On voyait l’ombre de ses longues mains à travers la feuille, ça paraissait si fragile.

Exilé dans sa chambre en total chaos, Mike entendait ses parents parler en bruits indistincts. La conversation des derniers jours concernait les Byers et Mike avait depuis longtemps choisi son camp. Car aux oreilles des autres, ce n’était qu’une discussion pour savoir s’ils les accueillaient ou non, mais les enfants Wheeler connaissaient ce ton entre eux, ce genre de disputes façon guerre froide n’avaient pas besoin de cris ni de mots. Cela durait depuis 3 jours, quelques minutes justes à intervalle régulier, sa mère était toujours la première à attaquer et toujours sans rien n’y paraitre. Les enfants n’étaient pas dupes, leur père finissait toujours par souffler, lâcher un commentaire assez inaudible pour ne pas être catégorisé misogyne, avant de ne plus rien dire du tout.

Ignorant ce bruit de fond, Mike avait navigué entre les obstacles jusqu’à la porte et fermer le loquet. Il l’avait tourné assez lentement, pour ne pas faire entendre de clic et ne pas attirer l’attention. Le fait d’être enfermé lui donnait l’impression que sa chambre était dans une autre dimension que celle des autres, une dimension plus sécure où il serait mieux préparé pour ce qui allait suivre. Une fois rassuré, il s’était de nouveau allongé sur le lit où les lettres de Max l’attendaient.

Son esprit était clair de tout. Ses larmes, toujours incrustées sur le pull de sa mère, étaient aussi dessinées sur ses joues. Il essaya cependant d’aborder la lecture avec un semblant de nonchalance. Même s’il n’avait personne à berner ici.



Wheeler.

Arrête ça ou je viens te chercher d'où je suis et je t'enterre.


Tu sais que Jane m'a recopiée des passages de tes lettres ? (Non j'ai rien montré à Lucas)

J'avais décidé de base de trouver ça nul car ça venait de toi mais là, Wheleer, pitié mets ce papier sur le mur de ta chambre pour te souvenir de la suite, juste à côté du dessin de toi en bouffon ce serait bien. Vire celui de chevalier. (Will est sympa de t’avoir dessiné comme ça, mais il est trop 'aveuglé par son amitié' pour voir que ce n'est pas ce que tu es...donc je lui ai commissionné un dessin à titre posthume. Un dessin de toi, en bouffon, oui. Paris avec lui 5 dollars qu'il ne le fera pas (c'est ce que je lui ai donné) et la somme sera à toi, Wheeler. Tu pourras te racheter en offrant des fleurs à El et en la supppliaaanttt de t'excuser et de rompre avec toi.


Car voilà, Michael : redescends sur terre.

Je sais pas comment t'expliquer à quel point tu es NAZE (ce mot mérite d'être 10 fois plus gros mais je veux pas gaspiller plus ma feuille pour toi...imagine la voix d'Erica aussi tu seras gentil.)


Je n'ai rien dit à El car comme tu sais ce n'est pas la joie à Lenora.

Recopier des passages de poème comme si c'était toi l'auteur, je m’en fous que ce soit que deux trois phrases toutes les 10 lettres ou que ce soit qu'une seule fois, même venant de toi je comprends pas.

Surtout venant de toi, ce n’est pas si tu machais tes mots.


Je sais que je n'étais plus trop là mais bon, là maintenant que je ne suis plus là du tout je peux te le dire ici :

Tu es le pire des petits amis.

Tu ne mérites pas El, en tout cas pas en tant que copain.


Tu m'as manquée ces derniers temps. J'étais pas bien et je crois que ça m'aurait un peu remontée le moral d'avoir ta voix insupportable pas loin. Ça m'aurait rassurée sur le fait que même aussi mal et insupportable, je n'aurai pas été pire que toi.


Pardon ; bien sûr j'écris ça pour que tu te souviennes que j’étais ta meilleure ennemie. En fait, on s'entendait bien toi et moi. Ça faisait du bien de parler trop fort, De s'engueuler. On savait à chaque fois que malgré tout, on pouvait dire ce qu’on voulait à travers nos disputes. On se révélait des trucs et même si ça sortait mal, ça faisait du bien. Oui, Ça m'a manquée, un peu, quand tu t'es éloigné. Aller parler à un mec qui porte un Tshirt Hellfired ça craint, ils sont trèèèsss laids (les T shirts), tu comprendras que c’était difficile à assumer, je pouvais pas.


En un sens, tu es la personne avec qui je m'entends le mieux.

Lukas est spécial, El je l'adore mais les personnes qu'on aime le plus sont pas les meilleures pour parler de tout. Enfin moi je peux pas. Je ne veux pas les faire souffrir plus et malgré tout, même si c’est trop tard, je ne veux pas les décevoir.


Je crois que j'aurai pu parler un peu avec toi, avant que tu partes voir El en Californie. Ca n'aurait rien changé mais tu m'aurais engueulée un bon coup, tu m’aurais secouée. Je ne sais pas : malgré toutes les horreurs que j’aurai pu dire je sais que tu m’aurais toujours vu comme Max la Menace et pas la personne impuissante que j'ai l'impression d'être là en ce moment.


Oui, les nazes se reconnaissent entre eux...je viens de l’apprendre.


Dis à Lucas que je l'aime (ça t'apprendra à utiliser ce mot dans une phrase).

Je suis sérieuse, dis-lui.

(Rien que de t'imaginer lui passer le mot, je ris toute seule…tu seras ridicule)

Je sais qu’il ne réussira pas à ouvrir sa lettre, ni El, en tout cas pas si tôt.


Toi je sais que tu ne pourras pas t'empêcher de déchirer l’enveloppe, bouffon.


Tu es le pire des petits amis mais tu es pas si mal en ami. Sans doute très bon en meilleur ami vu ce que t'as péché avec Byers.


Donc fais-toi jeter par Jane, okay ? Et ensuite, tu pourras être avec qui tu veux.

Quelqu’un avec une personnalité comme celle de Will par exemple ?

Je déconne, pas 'quelqu'un comme Will' : tu pourras être avec Will, Mike !


Il te dessinera toujours en chevalier lui, malgré tes airs de bouffon. Tu ne le mérites pas mais bon, je suppose que comme il ne sera jamais lucide te concernant et comme toi tu le vois comme le prince qu'il est, tu finiras par le mériter un jour.


Mais parle en à El avant : explique-lui pourquoi elle doit rompre avec toi et à quel point tu es naze (pour une autre personne.)


Quand je l’ai compris, je me suis dit que c'était peut-être pour ça que tu étais détestable parfois. On est détestable quand on se déteste. Je ne sais pas si Billy ressentait ce type de souffrance aussi. J'aimerai le croire pour plus vite lui pardonner.


Surtout, ne déconne pas Wheeler.

Je t’apprécie quand t’es pas trop con.


Max la Menace


Mike eut le temps de relire la lettre une deuxième, et une troisième fois, sans rien ressentir. Et il aurait voulu la relire encore. Mais certains mots s'étaient brouillés, l'encre s'étalant en tâche et traversant les autres feuilles.

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