Un monde pour nous
Mai 1978
Ellen était assise sur le lit de la minuscule chambre de Henry, un livre à la main.
- N'etais-tu pas censée rentrer chez toi après ton entraînement ? Demanda ce dernier, assis à côté d'elle.
- Papa ne se rendra même pas compte que je suis encore ici.
Henry arqua un sourcil interrogateur. Toujours sans quitter son livre des yeux, Ellen poursuivit.
- Il ne fait jamais attention à moi de toutes façons. Seul compte ce fichu programme et ces enfants.
Elle avait craché ces derniers mots. Henry posa une main sur son bras, la forçant à lâcher son livre.
- Pourquoi penses-tu ça ?
- Il n'est jamais à la maison. Je passe mes journées toute seule depuis que maman est partie. Il ne sait même pas que je ne vais plus en cours.
Le jeune homme fut surpris mais ne laissa rien paraître. Chaque émotion était contrôlée avec lui.
- Je déteste le collège. Les autres... ils se moquent de moi... ils m'appellent « la bizarre »
Ses yeux verts se remplirent de larmes qu'elle tenta de chasser. Henry serra le poing. Il détestait la voir ainsi. Ellen était d'une nature joyeuse. Un vrai rayon de soleil dans cet endroit froid et sans couleur. Sa simple présence apaisait.
- Pourquoi t'appellent-ils comme ça ?
- Parce que j'ai miraculeusement survécu alors que tout les médecins me disaient condamnée. Parce que chaque semaine je rate les cours pour aller soi-disant passer des examens à l'hôpital. Parce que je saigne régulièrement du nez...
- Ellen ! Son ton était réprimandeur.
- Je sais ! Je ne dois pas utiliser mes dons en dehors du labo. Je le sais très bien ! Mais c'est plus fort que moi Henry. Leurs pensées m'envahissent, me submergent et j'ai l'impression d'étouffer. Alors je te cherche toi. Et ce calme qui se dégage de toi m'apaise.
Elle marqua une pause, le regard baissé sur ses mains qu'elle triturait nerveusement.
-J'aimerais qu'ils disparaissent tous.
Elle avait relevé la tête et plongeait son regard émeraude dans celui azur de Henry. Jamais il n'avait vu autant de rage dans son regard, et il adora ça. Baissant de nouveau la tête elle lui demanda :
- Tu n'as jamais rêvé de t'enfuir loin d'ici Henry ?
Il la regarda sans rien dire et elle se sentit honteuse.
- Je suis désolée, c'était déplacée comme question.
Henry attrapa sa main et la serra tendrement.
-Et toi Ellie ? Si tu pouvais partir, où aimerais-tu aller ?
Elle ne mit pas longtemps à réfléchir.
- La mer, j'aimerais voir la mer. Entendre le son des vagues, sentir le sable fin sous mes pieds. Juste moi et l'ocean.
- C'est un beau rêve. Lui sourit Henry.
-Tu t'enfuirais avec moi? Je te sortirais d'ici et on partirait loin, très loin de cet endroit, de ces gens. On vivrait une vie normale, sans test, sans pouvoir.
- Ça serait merveilleux en effet.
Henry aurait aimé croire en ce doux rêve. Mais cela ne serait jamais possible, il le savait. Et elle aussi le savait, au fond.
-Tu sais Henry, le monde entier pourrait disparaître que ça me serait bien égal. Tant que tu es à mes côtés, ça me convient.
Henry attrapa son menton pour relever sa tête et planta son regard dans le sien. De son autre main il dégagea une mèche de cheveux qui lui retombait sur le visage, s'attardant plus que nécessaire sur sa joue. Ellen retint son souffle. Jamais Henry n'avait eu ce genre de contact avec elle. Malgré elle, ses joues s'embrasèrent, ce qui fit sourire le jeune homme.
- Ellie, que dirais tu de créer un nouveau monde avec moi ?