Chante pour moi

Chapitre 7 : Un problème de taille

4685 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 26/04/2023 18:40

Chapitre 7 – Un problème de taille

Le tout-puissant Bowser était assis sur son trône de pierre de lave, un Bob-omb serré dans sa main droite. La tortue cracheuse de feu méditait sur les récents événements, son regard fielleux glissant lentement sur les marches flottantes menant à son siège. Généralement, lorsque Bowser se mettait à réfléchir ainsi, ce n’était jamais bon signe. Cela signifiait que quelque chose le préoccupait profondément et qu’il avait besoin d’y trouver une solution au plus vite, avant que ses nerfs ne cèdent. Après avoir récupéré une partie de son territoire et réaffirmé son autorité sur ses troupes, il s’était fixé un nouvel objectif : réduire en cendres le Royaume de Végésia, situé à la frontière du Royaume Champignon. C’était une manœuvre purement stratégique. En s’emparant de cette région, il pourrait lancer une offensive directe sur le royaume de la princesse Peach et ainsi l’obliger à coopérer… Sans opposition. Son emprise se resserrerait alors inexorablement, comme un étau prêt à broyer tout ce qui oserait lui résister.

Son plan était parfait ! Magistral ! Bientôt, il assaillirait le Royaume Champignon puis ferait de Peach sa nouvelle reine, lui permettant par ce moyen d’accéder au pouvoir suprême pour gouverner le monde comme il l’entendait. Le Pays-Noir s’étendrait alors sur des milliers de kilomètres, répandant avec lui désolation et ténèbres. Tout ce qu’il adorait. Un unique royaume de feu et de flammes… Aux côtés de sa tendre princesse pour ne pas se sentir trop seul, voyons. Car après tout, où serait le plaisir dans tout ça ? Le bonheur ne pouvait être pleinement atteint sans une reine à ses côtés pour régner avec lui. C’était en tout cas ce que Kamek lui avait toujours répété lorsqu’il n’était encore qu’un petit avorton, haut comme trois pommes. Un roi ne pouvait rester seul, sous peine de ne jamais inspirer la confiance… Ni le respect. Alors la princesse Peach s’était imposée comme un choix évident, elle était à la tête du royaume le plus vaste du monde. Et bientôt, elle serait sienne.

Cependant il y avait un tout petit, minuscule problème de rien du tout… Microscopique. À peine digne d’intérêt, à tel point qu’il en devenait presque invisible à ses yeux. Ce satané Mario gâchait tous ses plans diaboliques depuis son arrivée dans leur monde ! Toujours là au mauvais moment, toujours prêt à contrecarrer ses ambitions avec ce sourire agaçant et cette détermination insupportable. Il l’empêchait d’approcher la princesse, le repoussait chaque fois qu’il tentait une offensive sur le royaume, mettait ses soldats à rude épreuve… Tout comme ses nerfs. Depuis leur affrontement à Brooklyn, et surtout depuis cet épisode humiliant où il s’était retrouvé enfermé dans un bocal ridiculement petit, Bowser en était presque venu à considérer Mario comme un rival. À supposer qu’il y ait réellement rivalité. Car personne en ce monde n’arrivait à la cheville du puissant roi des Koopas ! Personne n’avait son charisme, sa force, ni même son charme irrésistible. Plus il y pensait, et plus Bowser se convainquait qu’en réalité, Mario n’était pas un rival… Juste une nuisance. Un vulgaire cheveu sur la soupe. Un obstacle insignifiant qu’il finirait tôt ou tard par écraser sans le moindre effort.

En revanche, une question ne cessait de le tarauder, au point de l’empêcher de dormir par moments. Une pensée persistante, obsédante, qui revenait sans cesse hanter son esprit dès qu’il relâchait sa vigilance. Comment ce minuscule humain sans importance avait-il réussi à capter toute l’attention de Peach ? Comment parvenait-il à éveiller autant d’intérêt chez sa charmante princesse ? Allant même jusqu’à lui arracher des sourires, ici et là, avec une facilité déconcertante… Et en si peu de temps, en plus ! L’injustice de la situation lui serrait les tripes, brûlante et difficile à contenir. Était-ce de la sorcellerie ? De la magie noire venue tout droit du monde des humains ? Un sort d’enchantement qu’il lui aurait lancé pour obtenir toutes ses faveurs sans aucun effort ? Un grondement sourd monta dans la gorge de Bowser à l’image de ce moustachu en salopette aux côtés de sa bien-aimée. Une image qui refusait de disparaître, s’imposant à lui avec une clarté agaçante, presque provocante. Il fit tourner lentement la petite bombe entre ses griffes tandis que ses pieds chaussés, suspendus dans le vide, se balançaient nerveusement.

À chaque fois qu’il pensait à Mario le mariole, une colère intense se formait dans son ventre, l’obligeant à l’évacuer d’une manière ou d’une autre. Entre autres en hurlant sur ses soldats… Ou sur Kamek. C’était soit ça, soit il envoyait un autre Bill Ball directement sur le Royaume Champignon. Un comportement qui ressemblait fortement à de la jalousie. Pourtant, le roi maléfique préférait parler de frustration. Celle de ne pas recevoir l’attention de Peach, ce qui l’éloignait toujours davantage de son objectif principal qui était de régner sur le monde. Mais il n’abandonnerait pas. Jamais ! Il continuerait de faire la guerre aux royaumes voisins jusqu’à obtenir l’objet de ses sombres désirs, même si cela signifiait raser des contrées entières dans sa quête de pouvoir. Rien ni personne ne se dresserait entre lui et son destin.

Le poing soutenant sa joue, Bowser resserra pensivement sa prise autour du Bob-omb en imaginant ce Mario aux côtés de sa princesse, à l’abri derrière les frontières du Royaume Champignon. Main dans la main, unissant leurs forces pour mieux le repousser. Rien que cette simple image lui donnait la nausée et l’envie irrésistible de tout brûler ! D’après les informations récoltées par Kamek auprès des Koopas espions, Peach et Cranky Kong avaient formé une alliance redoutable avec le chef des pingouins afin de faire barrage à toutes ses attaques et protéger la population de la colère dévastatrice de Bowser. Une coalition, organisée et structurée. Ils s’entraînaient sans relâche, jour après jour, se préparant à affronter sa revanche qui ne saurait tarder. L’heure n’était plus à la rigolade. Si le roi Koopa voulait récupérer la couronne, il allait devoir redoubler d’efforts pour percer cette nouvelle défense… Avec une armée encore plus puissante. Des soldats prêts à se sacrifier pour leur cause avec de nouvelles stratégies, bien moins prévisibles.

Tandis qu’il élaborait plusieurs scénarios dans son esprit, dans lesquels il gagnait systématiquement, Bowser se rappela tout à coup de Junior et de sa nouvelle servante. Voilà plusieurs jours qu’il n’avait eu aucun retour, pas même un écho de la situation avec l’humaine. Il n’en revenait toujours pas qu’elle lui ait tenu tête devant tout le monde… Refusant de chanter pour lui à plusieurs reprises. Un affront. Il regrettait presque de l’avoir épargnée, mais il ne pouvait se résoudre à décevoir son fils Junior. Et puis, constamment occupé par ses plans d’invasion, il n’avait de toute façon pas le temps de s’occuper de son fils. Alors quoi de mieux que de lui offrir un nouveau jouet ? Un jouet vivant. Il se demandait vaguement si l’humaine survivrait assez longtemps pour amuser le jeune prince exigeant, ou si elle céderait avant. Après tout, les jouets les plus intéressants étaient ceux qui résistaient un peu… La sentence était, selon Bowser, encore pire que la mort. À cette pensée, il ne put s’empêcher de sourire avec malveillance, imaginant le petit oiseau se faire malmener par son fils parfois aussi fourbe que lui.

Néanmoins, un terrible doute le rongeait désormais. C’était beaucoup trop étrange que Junior ne soit pas encore venu se plaindre de l’humaine désobéissante, pas même pour lui dire qu’il s’ennuyait avec elle. Aucun retour. Aucun signe. Voilà qui était particulièrement curieux en connaissant son fils, qui se plaignait pourtant constamment de ses serviteurs… Cherchant la moindre occasion d’attirer son attention. Junior… Qui ne se plaignait de rien ? C’était stupéfiant et surtout très inhabituel. Et cela inquiétait le roi dont toutes les pensées se focalisaient à présent sur son fils unique, autrement surnommé la petite terreur. D’après les bruits de couloir qu’il avait pu entendre, et forcément fiables puisqu’il s’agissait de son fils, Junior semblait prendre exemple sur lui niveau caractère. De quoi le rendre étrangement fier de sa précieuse progéniture mais aussi pour la première fois légèrement méfiant. N’ayant pas la conscience tranquille, Bowser se redressa sur son trône. Ce silence ne lui ressemblait pas. Junior était bruyant, excessif et imprévisible mais jamais silencieux trop longtemps sans raison.

Et Bowser détestait les raisons qu’il ne contrôlait pas.

«Kamek !» Hurla soudainement le grand Koopa cornu après avoir lancé la bombe plusieurs centaines de mètres plus loin. Le Magikoopa en question apparut presque instantanément devant les marches flottantes pour regarder craintivement son monarque, s’attendant au pire quand il l’appelait ainsi.

«Oui, votre Méchanceté ?» Demanda-t-il avec précaution.

«Je te donne pour mission d’aller voir comment se porte mon fils. Il n’est pas venu se plaindre depuis deux jours d’affilée, ce qui est déjà suspect en soi. Ça ne ressemble pas à Junior, quelque chose cloche... Dès que tu auras terminé, tu me rapportes tout. Absolument tout ce que tu auras vu et entendu.» Puis sa voix monta d’un cran pour être plus tranchante alors qu’il frappait l’accoudoir avec son poing ; «Et je veux aussi des informations sur l’humaine. Comment elle se comporte avec lui, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit, tout ! Je veux chaque détail Kamek, chaque détail !»

«En effet, c’est un comportement inhabituel venant du jeune prince. J’y vais de ce pas ! Vous n’avez aucun souci à vous faire, j’ai la situation sous contrôle.» Le Magikoopa ponctua sa phrase d’une petite révérence à son chef qui venait de se lever de son trône pour commencer à faire les cent pas. Il était vraisemblablement préoccupé par sa progéniture.

«Alors, qu’est-ce que tu attends ? Hâte-toi !» S’impatienta Bowser quand il remarqua que le magicien n’était toujours pas parti. Il voulait sa photo ou quoi ? Il venait de lui dire qu’il était inquiet pour son fils et c’était comme ça qu’il réagissait ? Sur le point de lui crier dessus une nouvelle fois à son manque de réactivité, il referma la bouche au moment où Kamek disparut dans les airs dans ce fameux petit pop sonore.

Le Magikoopa réapparut aussitôt dans le grand corridor menant à l’étage supérieur en laissant échapper un petit grognement d’exaspération. Quand il y avait un pépin avec Junior, ou lorsqu’un élément déplaisait au roi, c’était toujours lui qui héritait des investigations ! Il n’avait jamais une minute de répit pour ses vieux os. D’un geste de sa baguette magique, Kamek fit apparaître son balai en bambou dans les airs puis monta dessus pour se déplacer plus rapidement jusqu’à la chambre du jeune prince, grimaçant chaque fois qu’il peinait à garder l’équilibre. Sa main droite lui faisait terriblement mal après que ses pauvres doigts avaient une fois encore subi la colère de Bowser… Lui et son précieux piano. Qui avait bien pu inventer le clapet sur cet instrument de torture ?! Chancelant presque au sommet des marches, Kamek finit par se stabiliser et se dirigea vers la porte fermée, derrière laquelle il pouvait déjà entendre des éclats de rire étouffés. Où étaient passés les deux gardes qui étaient censés garder les lieux ?

«Curieux…» Marmonna le Magikoopa après avoir levé son poing gauche pour faire trois petits coups distincts sur le bois sombre. À l’intérieur, il entendit plusieurs voix qui disaient de se taire avant d’entendre celle familière de Bowser Jr.

«C’est qui ?» Réclama ce dernier.

Cependant Kamek n’avait pas le temps pour ces bêtises ! Pas le temps de niaiser ! Il devait rapidement faire un rapport détaillé au Boss s’il ne voulait pas devenir son souffre-douleur. Les sourcils froncés d’irritation, le Koopa en robe se téléporta directement à l’intérieur de la chambre sans attendre l’accord. À peine réapparut-il qu’il constata qu’une petite table avait été dressée au centre de la pièce en désordre. Dessus, recouverte d’une nappe bleue, se trouvait un service à thé complet en porcelaine avec une théière fleurie, des tasses avec leurs soucoupes et un élégant sucrier. Où avaient-ils bien pu dénicher ça ?! Et depuis quand prenait-on le thé dans un château maléfique ? C’était quoi encore cette nouveauté ? Le Koopa cuisinier devait très certainement être à l’origine de cette idée farfelue… Prenant en compte les détails de cette scène étrange, Kamek posa finalement son regard sur le jeune prince qu’il était justement venu chercher pour s’assurer qu’il allait bien. Celui-ci était assis par terre devant la table, légèrement décalé sur la droite. Les deux gardes se tenaient face à lui tandis que la servante rousse occupait le côté gauche.

«Nous étions en train de prendre le thé. J’espère que tu as une bonne raison de venir me déranger en pénétrant sur mon territoire sans invitation.» S’agaça Junior tout en pinçant les lèvres lorsqu’il apporta sa tasse à son museau, le petit doigt relevé. Il ne laissa toutefois pas le temps au Magikoopa de s’exprimer car il reprit aussitôt la parole.

«Je suis Alfred 1er, le puissant et très respecté dirigeant des huit mondes et de ces lieux. Et voici Marwin,» Tout en parlant avec ce ton supérieur d’aristocrate, il pointa du doigt le Koopa à côté de lui avant de passer au prochain pour les présentations ; «son frère Charlie puis la charmante Brunhilde qui n’est autre que ma domestique personnelle.»

Solfège salua timidement le magicien à lunettes loupes au moment où Bowser Junior l’appela par son prénom inventé spécialement pour l’occasion. Assise à table avec les trois autres Koopas, elle croisa nerveusement ses mains sur sa robe rouge et noire, ses doigts se serrant les uns contre les autres alors qu’elle tentait de contenir son malaise. Lorsque le regard insistant de Kamek se posa sur elle, un frisson lui parcourut l’échine. Elle avait l’impression qu’il essayait de lire à travers elle… De percer tous ses secrets. Et cela la mettait profondément mal à l’aise, surtout depuis qu’elle savait de quoi il était capable en matière de magie, en plus d’être le Koopa le plus fidèle au roi. Il avait l’air de bouillir intérieurement… Les deux gardes s’étant prêtés au jeu firent une vague polie de la main avec un sourire penaud, visiblement mal à l’aise eux aussi, inquiets que cette mise en scène ne puisse nuire à leur réputation au sein des rangs. Sidéré, Kamek ouvrit la bouche pour faire part de sa mission mais le jeune prince en décida autrement. Junior leva d’un mouvement brusque une main autoritaire pour l’interrompre, comme s’il dirigeait une véritable cour royale.

«Silence, Alfred 1er n’a pas terminé son audience. Et vous, vous serez Susanne à partir de maintenant ! Venez prendre le thé avec nous.» Dicta-t-il alors qu’il plaçait une nouvelle tasse à la dernière place de libre. Kamek resta figé une seconde, déstabilisé par le sérieux absurde de la scène. Il avait déjà vu beaucoup de choses, mais rarement quelque chose d’aussi étrange venant du jeune prince ! C’était déroutant.

«Votre Altesse, je ne suis pas ici pour-» Paniqua le Magikoopa, cependant Bowser Junior lui coupa rapidement la parole d’un doigt levé.

«Tut tut ! Asseyez-vous Susanne, je vous prie. Vous n’allez quand même pas me contrarier ? J’ai décrété que c’était l’heure du thé, donc c’est l’heure du thé ! Allez, assis.» Réprimanda Junior d’une secousse de son index, ses petits yeux noirs malicieux se rétrécissant quand il remarqua l’hésitation de Kamek. Il aimait avoir le pouvoir, c’était tellement amusant de plier tout le monde à ses quatre volontés !

«Très bien… Vos désirs sont des ordres.» Soupira le Magikoopa, vaincu, en prenant finalement place à la table. Le ton de Bowser Junior ne laissait aucune place à la discussion, même pour lui. De toute façon il ne préférait pas contester les ordres de la version miniature de Bowser, car les conséquences seraient pratiquement identiques, voire pires.

Et pour la première fois, Kamek se demanda si Bowser devait réellement être mis au courant de tout ça…

«Du sucre ?» Proposa gentiment Solfège, ou plutôt Brunhilde, en tendant le pot de sucre au Koopa à lunettes pendant que Junior reprenait son long monologue. Elle nourrissait une certaine crainte à l’égard du sorcier, parce qu’il était tout aussi redoutable que Bowser et n’hésitait pas à se servir de sa magie pour faire du mal. Mais le voir ainsi, avachi à cette table et obéissant aux ordres d’un enfant, était plutôt étonnant… Pour ne pas dire carrément drôle.

«Volontiers.» Accepta-t-il d’une petite voix intimidée tandis que Bowser Jr à sa droite prenait la théière pour verser le liquide chaud dans la tasse de Kamek, alias Susanne. Sa robe bleue dissimulait ses extrémités, mais lorsqu’il voulut porter la tasse à sa bouche, la manche glissa légèrement en arrière pour dévoiler ses doigts rouges et boursouflés.

«Votre main !» S’étonna Solfège.

Les deux gardes à sa gauche avalèrent bruyamment leur gorgée quand ils aperçurent les traces de maltraitance. Instinctivement, la jeune femme se leva pour aller chercher les restes de sa robe blanche, qui traînait dans un coin de la chambre après avoir été utilisée pour confectionner le nouveau bandana de Junior. Ses longs cheveux ondulés retombèrent devant ses yeux verts lorsqu’elle tira vigoureusement sur le tissu afin de le déchirer en deux, puis en trois pour en faire une lanière. Satisfaite, elle revint rapidement à la table. Mais elle ne reprit pas sa place attitrée. Elle se dirigea plutôt vers Kamek qui gardait soigneusement ses mains posées sur la table. Le Koopa, embarrassé, se laissa faire au moment où elle attrapa sa main blessée pour lui faire un bandage de fortune autour de ses doigts douloureux avec le reste du tissu. Derrière ses lunettes opaques, Kamek observait attentivement chacun des mouvements de l’humaine alors qu’elle faisait de son mieux pour soulager sa blessure, fasciné par ce geste totalement naturel. Il n’avait pas l’habitude qu’on s’occupe de lui de cette manière… Il n’avait pas l’habitude qu’on s’occupe de lui tout court !

«Ça devrait vous soulager un peu. Mais si la douleur s’aggrave, il faudra trouver un moyen de la calmer… Il ne faut surtout pas laisser vos doigts comme ça.» Lui dit-elle une fois certaine que le bandage tenait correctement sur ses doigts.

«Merci…» Étourdi, Kamek retira sa main de celle de Solfège, sans pour autant parvenir à détacher son regard de cette étonnante humaine. Venait-elle réellement de faire un geste de gentillesse à son égard ? Il oscillait entre admiration et méfiance tandis qu’il reprenait son thé avec le jeune prince et ses invités.

Presque une heure plus tard, le Magikoopa réapparut enfin dans la salle du trône pour faire son rapport à Bowser, qui n’avait toujours pas quitté son siège. Prenant soin de dissimuler sa main bandée dans son dos pour éviter toute explication inutile, il s’avança jusqu’aux pieds des marches.

«Alors ? Que me rapportes-tu d’intéressant ? Comment se porte mon fils ?» Pressa Bowser d’un geste théâtral de ses grands bras, posant finalement ses yeux sur le magicien plus petit. Son expression se fit plus inquiète alors que Kamek prenait enfin la parole.

«Eh bien, votre fils se montre très sage...» Débuta-t-il avec précaution et une certaine nervosité contenue dans sa voix. Le roi se figea instantanément au mot sage, un terme qu’il n’utilisait jamais pour décrire Junior. Ô grand jamais ! Toussotant dans son poing, le Magikoopa reprit ; «Il s’entends plutôt bien avec l’humaine prénommée Solfège. Elle l’occupe avec diverses activités et se montre très attentionnée…»

«Attentionnée ?!» Répéta Bowser avec perplexité. Son sourcil se fronça immédiatement, comme si le mot lui-même était suspect.

«Oui Sire. Il semblerait que votre fils l’apprécie beaucoup. Même si je n’arrive pas encore à cerner ses véritables intentions, je peux dire qu’elle s’occupe correctement de lui. Personne ne s’est plaint, ou presque, de Bowser Junior depuis qu’elle est ici au château, avec nous. C’est une première.» Nerveux, Kamek afficha un sourire crispé tandis que la grande tortue menaçante descendait les escaliers, ses pas lourds faisant vibrer le sol.

«Comment est-ce possible ?» Se stupéfia-t-il d’un regard médusé quand il repensa à tous ces serviteurs qui n’avaient jamais dépassé une semaine de service.

«Je l’ignore. Mais c’est plutôt une bonne nouvelle, non ?» Répliqua le magicien d’un haussement d’épaules, se recroquevillant dès que l’ombre de Bowser le recouvrit. Intrigué et pensif, le roi tourna lentement autour de lui puis reprit la parole.

«Oui, on peut dire ça. Moi qui pensais qu’il se lasserait vite de cette humaine insignifiante… Je connais mon fils. Il ne s’attache jamais longtemps à ses “jouets”. Nous verrons combien de temps elle parvient encore à capter son attention… Avant qu’il ne passe à autre chose. Sa petite existence en dépend. Et ça… Ça promet un spectacle divertissant. En attendant, garde un œil sur eux. Je veux des rapports précis. Quant à moi, je vais lancer une offensive sur le Royaume de Végésia dès le coucher du soleil ! Cette fois, ils ne pourront pas m’arrêter !» Bowser éclata d’un rire puissant et diabolique, grave et résonnant, qui se propagea dans toute la salle du trône, ricochant contre les hautes colonnes de pierre et les voûtes imposantes. Persuadé que la victoire était déjà sienne.

«Bien sûr votre Altesse. Ce sera fait.» Acquiesça Kamek, les bras toujours derrière le dos au moment où son roi quittait la salle du trône pour se préparer à la grande attaque. Il lui emboîta le pas, tel son ombre fidèle.

«Prépare les soldats ! Nous sommes sur le point de marquer l’histoire. Une fois ce royaume en ma possession, il ne me restera plus qu’à écraser ce moustachu et son trouillard de frère. Et après ça, nous anéantirons l’armée Kong !» Le Koopa géant asséna ces mots d’un ton frôlant l’impatience en traversant la passerelle menant aux sous-sols. Autour d’eux, la lave en fusion dévalait en cascades sur les parois, illuminant le château d’une lueur infernale.

«Et s’ils s’y attendent ? Je veux dire… Ils pourraient anticiper cette attaque après notre récente défaite. La princesse Peach reste sur ses gardes, et elle est très proche de la reine de Végésia. Ils pourraient déjà avoir un plan pour nous mettre des bâtons dans les roues… Même si je suis certain que vous serez bien plus malin qu’eux !» Répondit Kamek à côté de lui, déglutissant sous le regard noir que lui lança son maître à ce rappel.

«Alors c’est à nous de les prendre par surprise.» Bowser laissa apparaître un sourire satisfait, presque carnassier, à l’idée qui venait de germer dans son esprit. Comme une véritable illumination stratégique. D’un claquement de doigts, la grille devant eux s’ouvrit dans un grondement métallique. Les soldats Koopas, alignés en rangs parfaits, levèrent aussitôt la main à leur front en signe de salut.

«On descend !» Ordonna le roi, à la surprise générale.

Il ne fallut que quelques secondes pour que la puissance des turbines s’inverse, permettant au château flottant de perdre rapidement de l’altitude. Cette décision précipitée ne laissa à personne le temps de se préparer à cette fulgurante descente à travers les nuages. Certains Koopas eurent la sensation que leur poids se divisait presque par deux sous l’effet de l’apesanteur, tandis que le thé contenu dans les tasses de Bowser Jr flotta soudainement devant leurs yeux ébahis. Solfège, prise de panique par cette sensation de flottement, s’agrippa à la table dans l’espoir de ne pas complètement décoller du sol. D’habitude, ce genre de manœuvre se faisait avec bien plus de délicatesse… Pourquoi était-ce aussi rapide ? Effrayée, elle laissa échapper un petit cri lorsque le château cessa brusquement sa chute, avant que les murs ne soient violemment secoués par l’amarrage brutal. Les tasses s’entrechoquèrent dans un tintement puis retombèrent lourdement sur la table, déversant leur contenu sur la nappe.

«C’était quoi ça ?» Gémit le Bowser miniature alors qu’il regardait le plafond d’un air anxieux, les deux gardes se redressant péniblement après s’être effondrés en tas sur le sol.

«Je l’ignore…» Murmura Solfège avec incertitude, le cœur battant à tout rompre à toute cette intensité. Immobile, elle tendit l’oreille, tentant de percevoir les bruits à l’extérieur de la chambre. Mais tout était bien trop silencieux pour ne pas être alarmant.

«Bowser a sans doute changé ses plans. Il avait prévu d’attaquer le Royaume de Végésia au coucher du soleil.» Expliqua brièvement le Koopa le plus âgé après s’être frotté la tête avec une grimace.

«Papa va encore avoir des ennuis...» Soupira Junior avec lassitude, reprenant sa tasse vide pour la remplir à nouveau de délicieux breuvage.

Solfège tourna la tête vers la porte fermée, l’inquiétude rampant dans son estomac.

À suivre…

Hehe j’adore cette histoire, et le duo Bowser Jr/Solfège me plaît tellement x) J’ai beaucoup trop d’idées pour la suite et pour tout ce qu’ils pourraient faire ensemble…

Mais dans le prochain chapitre, nous entrerons dans le vif du sujet.

VP

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