Chante pour moi

Chapitre 13 : Changement

4977 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/05/2023 12:27

Et voici la suite !

Chapitre 13 - Changement

Désormais, Solfège partageait son temps entre Bowser Junior et Bowser.

Chaque jour, elle devait répondre aux attentes des deux tortues, en redoublant d’imagination pour proposer de nouvelles idées et affiner ses conseils. N’étant plus servante à plein temps depuis que le roi l’avait recrutée comme conseillère en matière de séduction, elle était contrainte de délaisser Junior pour honorer sa mission. Au début, le petit Koopa vivait très mal ces absences répétées. Il lui arrivait souvent de faire des crises lorsqu’elle devait descendre au sous-sol, incapable de cacher sa frustration. Pour autant, Solfège parvenait la plupart du temps à apaiser ses colères en lui donnant quelque chose à attendre, un moment rien qu’à eux qu’ils partageraient plus tard. Car au fond, il n’était pas un enfant difficile. Il avait simplement besoin d’attention. De présence. De quelqu’un qui comprenne ce vide qu’il tentait de combler à sa manière. Peinture, construction, jeux ou simples discussions, peu importait l’activité tant qu’elle était avec lui. Il appréciait presque toutes ses propositions et ne se plaignait que très rarement… Du moins, pas en sa présence.

Avec le temps, il avait fini par se résigner. Solfège ne lui appartenait plus entièrement… Elle devait dorénavant jongler entre deux rôles bien distincts, et il devait apprendre à composer avec son absence. Elle n’était plus aussi présente qu’avant… Et cela lui pesait. Il ne lui en voulait plus, enfin pas vraiment. Il comprenait, à sa manière. Mais pour ce qui était de son père, c’était différent. Junior n’hésitait pas à le confronter, encore et encore, refusant d’accepter ce partage imposé. Néanmoins, Bowser restait inflexible. Son autorité ne se discutait pas. Ce nouvel équilibre avait quelque chose d’injuste aux yeux du jeune Koopa. Il avait perdu ce qu’il considérait comme acquis même si, au fond, Solfège revenait toujours vers lui. Pour elle, en revanche, ce changement n’avait rien d’anodin. Son quotidien s’était alourdi, rythmé par des attentes opposées, parfois contradictoires. Elle avançait sans relâche, tenant bon malgré la fatigue, refusant de céder sous le poids des responsabilités qui s’accumulaient jour après jour.

Passant la majeure partie de son temps dans les profondeurs du château, Solfège s’efforçait d’apporter une approche différente, plus nuancée, guidée par son instinct et une sensibilité qu’elle refusait d’abandonner. Elle privilégiait la douceur là où Bowser imposait la peur, cherchant à remplacer les menaces par de la compréhension, la contrainte par le dialogue. Mais cette manière de faire se heurtait sans cesse à celle du roi. Bowser, fidèle à lui-même, continuait de croire que l’intimidation était la clé de toute chose. Pour lui, la peur restait un outil efficace, rapide, presque infaillible, une méthode éprouvée qui lui avait permis de bâtir son autorité et de maintenir l’ordre parmi les siens. Bowser n’était pas simple, loin de là. Mais il n’était pas non plus inaccessible. Derrière cette rigidité se dessinait une logique, un fonctionnement ancré profondément en lui. Changer une telle vision ne se ferait pas en un jour, il fallait reprendre de nouvelles bases saines. Pourtant, Solfège ne baissait pas les bras. Elle voulait lui montrer qu’il existait une autre voie… Une voie où l’on n’avait pas besoin de contraindre pour être entendu.

Au fil du temps, elle apprenait à décrypter le Koopa colérique, à comprendre ses réactions, ses silences, et la manière dont il fonctionnait. Son caractère, particulièrement complexe, rendait ses réactions parfois imprévisibles, oscillant entre emportement brutal et calme. Cependant, il ne se laissait jamais abattre par un échec. Cette combativité l’impressionnait. Malgré les refus répétés de la princesse, il continuait d’espérer qu’elle finirait par changer d’avis un jour. Là où d’autres auraient abandonné, lui persistait, animé par une détermination tenace. Elle l’admirait vraiment pour cela. Peu à peu, un autre aspect de sa personnalité se révélait. Une sincérité maladroite, enfouie sous des couches de fierté et de colère, difficile à percevoir au premier regard. Certes, il pouvait se montrer impitoyable et sournois, mais il était aussi capable d’aimer profondément, avec une intensité presque désarmante. Chaque jour, il s’entraînait, déterminé à devenir meilleur aux yeux de Peach. Et cela, Solfège ne pouvait que le reconnaître. Elle saluait ses efforts, sincèrement, mais elle n’était pas naïve. Elle savait qu’au-delà de ces nuances, il resterait toujours fidèle à lui-même : un roi redoutable, ambitieux, prêt à tout pour obtenir ce qu’il désirait.

Et c’était précisément cette dualité qui le rendait à la fois difficile à cerner… Et incroyablement fascinant. Avec le temps, la proximité avec Bowser ne la mettait plus mal à l’aise. Bien au contraire, elle en venait à apprécier sa présence du moment qu’il ne cédait pas à ses accès de colère ou à ses menaces impulsives. Derrière son entêtement, elle avait découvert quelqu’un capable d’écouter, même s’il lui fallait du temps pour l’admettre. Peu à peu, la peur qu’il lui inspirait s’effaçait, remplacée par une curiosité grandissante face à cette autre facette de lui-même qu’il laissait entrevoir. Car au-delà de ses ambitions de conquête, Bowser se révélait bien plus nuancé qu’il n’y paraissait. Lorsqu’il s’agissait de sentiments, il devenait presque maladroit, comme un cœur trop grand enfermé dans une armure de feu. Un colosse au fond étonnamment tendre, animé par le rêve simple presque naïf d’un amour partagé et durable. Bien loin de l’image impitoyable qu’il avait façonnée au fil des années.

«Lorsque nous unirons nos royaumes par le mariage, je réduirai ces contrées en cendres pour bâtir un monde digne de nous ! Ceux qui oseront s’y opposer seront écrasés, les rebelles jetés aux oubliettes, et nos ennemis anéantis par la puissance de mon armée ! Pour vous, princesse… Je renverserai des empires. Je brûlerai des mondes. Je serai capable de tout… Même de devenir meilleur.» Proclama Bowser d’une main posée sur son plastron, l’autre tenant délicatement les doigts fragiles de la princesse en robe rose. Affichant un sourire enjôleur, il se pencha un peu plus près d’elle, persuadé de l’avoir laissée sans voix. Sûrement conquise par sa beauté naturelle et son charme irrésistible.

Il lui faisait de l’effet. C’était évident.

«En échange, je vous promets de ne pas toucher à vos précieux Toads… Et d’épargner Mario. Et son frère aussi… Celui en vert. J’ai oublié son nom… L’autre moustachu qui lui colle toujours aux basques. Enfin bref, on s’en fiche ! C’est sans importance. Vous, en revanche, êtes la plus importante de toutes les créatures de ce monde. Laissez-moi accéder au pouvoir, et je vous prouverai à quel point je suis sincère et bourré de bonnes intentions.» Déclama le roi en hochant vigoureusement la tête, son sourire se faisant plus maladroit. Voyant qu’aucune réaction négative ne venait, il reprit courage. Toussotant brièvement, il redressa sa posture et tendit la main vers elle avec une solennité inattendue ; «Princesse Peach… Me feriez-vous l’honneur de devenir ma reine ?»

«Bowser, vous avez tellement changé depuis la dernière fois ! Vous vous êtes comme transformé en prince charmant. Bien sûr que je dis oui ! Oui !» Répéta la princesse avec insistance, hochant la tête avec conviction tout en lui adressant un sourire radieux. Heureuse, la jeune femme aux cheveux d’or se pencha doucement vers le grand Koopa, touchée par cette déclaration digne d’un conte de fées. Non, elle ne rêvait pas… Il était différent. Offrant ses lèvres rosées à Bowser, elle ferma les yeux tandis que celui-ci s’empressait de faire de même, le cœur battant à tout rompre.

«Attendez ! Stop !» Hurla Solfège qui leva immédiatement les bras en l’air, les yeux écarquillés d’horreur.

«Mais pourquoi ?!» Se plaignit Kamek de sa voix aiguë en se détournant de Bowser pour lancer un regard noir à l’humaine. Le Magikoopa, toujours déguisé en princesse, posa les poings sur les hanches pendant que le roi se grattait le sommet du crâne, incrédule face à cette interruption. C’était quoi encore le problème ?

«Une petite minute… Je ne pense vraiment pas que la princesse réagirait de cette façon… Surtout si vous parlez de détruire tous ceux qui s’opposeraient à cette union. Ne pensez-vous pas que ses amis pourraient en faire partie ? Je veux dire… Ils pourraient avoir peur pour elle. Et pour leur royaume.» Solfège chercha rapidement une excuse pour mettre un terme à ce malaise. Jouant nerveusement avec ses doigts, elle haussa les épaules lorsque Bowser lança un regard interrogateur à Kamek.

«Dans ce cas-là, je les pulvériserai aussi ! Personne n’a le droit de s’opposer à mon mariage !» S’emporta le Koopa têtu en retour tout en croisant les bras d’un froncement de sourcils agacé.  

Solfège ferma un instant les yeux puis poussa un soupir découragé. Elle avait beau lui expliquer que cette méthode était vouée à l’échec, il revenait toujours à la charge avec ce discours typique de tyran ! Quoi qu’elle dise, il reproduisait systématiquement ce même schéma. Toujours la menace. Toujours la domination. Même si elle devait reconnaître qu’il avait fait l’effort d’épargner les Toads et Mario dans son discours, cela ne changeait rien au problème. Bowser ne comptait que sur son pouvoir de persuasion pour faire changer d’avis Peach… Un pouvoir qui se résumait à des menaces constantes et à du chantage. Pourtant, elle restait convaincue qu’il était capable de faire bien mieux. Qu’il pouvait voir au-delà de son désir de conquête. Si vraiment il l’aimait comme il le prétendait, alors il devait être capable de changer sa manière de voir le monde… Et d’accepter de faire de véritables concessions. Qu’il pouvait aimer autrement que par la possession et le contrôle.

Même les êtres malintentionnés pouvaient le faire… Pas vrai ?

Incertaine, Solfège tapota distraitement son index contre ses lèvres tandis qu’elle réfléchissait à une autre méthode, plus en accord avec ses attentes tout en restant respectueuse. Pour l’instant, aucune de ses tentatives ne portait réellement ses fruits. Tout finissait inlassablement par tourner en rond… Promesses, menaces, puis déclaration dénuée de véritable conviction. Une boucle sans fin dont ils ne parvenaient pas à sortir. Les yeux de l’humaine s’élargirent soudainement lorsqu’elle comprit enfin l’origine du problème. C’était évident ! Pourquoi n’y avait-elle pas pensé plus tôt ? Claquant des doigts avec excitation, comme frappée par une révélation, elle s’avança d’un pas décidé vers Kamek et Bowser pour venir se placer directement face au Koopa épineux. Celui-ci, dubitatif, lui lança un regard en coin, intrigué par ce brusque changement d’attitude. Il se raidit quand elle attrapa délicatement ses grandes mains pour le tourner pleinement vers elle. Puis, les relâchant aussitôt, elle lui adressa un sourire rassurant. D’un geste fluide, elle repoussa ses cheveux flamboyants en arrière avant de lever les yeux vers lui, son regard désormais empli d’une détermination nouvelle.

«Détendez-vous. Ayez confiance en vous et en vos capacités. Vous êtes doué, mais vous manquez cruellement de confiance lorsqu’il s’agit de partager vos sentiments.» À cette remarque, l’expression de Bowser se durcit.

«Je ne manque jamais de confiance !» Affirma ce dernier piqué dans l’orgueil, prêt à rugir au visage de l’humaine qui avait osé lui pointer un défaut.

«Alors montrez-moi.» Solfège croisa les bras, attendant calmement sa réaction. Peu à peu, le visage du roi perdit de sa dureté, son air redoutable s’effaçant légèrement alors qu’il ajustait son haut-de-forme blanc avec une certaine raideur sur ses cheveux rouge feu. Cependant contre toute attente, Bowser changea de tactique.

«Quand je vous vois, j’ai envie de vous croquer ! De prendre de force ce splendide diadème et de le mettre sur ma tête, là où est sa véritable place !» Hurla-t-il en enfonçant lourdement le pied dans le sol, cherchant à paraître plus intimidant devant la jeune femme qui commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Celle-ci plissa les yeux, mais ne broncha pas.

«Vous me faites peur.» Dit-elle simplement.

«J’espère bien !» Rétorqua abruptement Bowser, les griffes déployées et son regard enragé fixé sur Solfège.

«Oui, mais ce n’était pas le but de l’exercice.» Rappela-t-elle d’un autre petit sourire au coin des lèvres quand le visage du roi se décomposa.

«Ohhhh…» Kamek haussa les sourcils de stupéfaction derrière ses grosses lunettes. Elle savait comment s’y prendre avec le Boss ! D’un doigt recourbé sous son bec, le magicien se mit à réfléchir pendant que Solfège reprenait la parole.

«Recommencez. Et cette fois-ci, laissez parler votre cœur. N’ayez pas peur de vos émotions. Tout le monde a des insécurités, ce n’est pas une faiblesse. Il faut simplement apprendre à les apprivoiser.» Elle ponctua ses mots d’un clin d’œil. Face à elle, Bowser ouvrit grands les yeux, déstabilisé, comme s’il faisait face à quelque chose de totalement nouveau.

«Allez-y, votre Altesse ! N’oubliez pas ce que je vous ai dit la dernière fois !» Lança Kamek avec entrain, les deux pouces levés dans un geste d’encouragement un peu trop enthousiaste. Qu’avait-il dit, déjà… ? Bowser n’en était plus très sûr. Comme paralysé par le doute, il tourna son regard désemparé vers le Magikoopa, qui comprit rapidement qu’il était complètement perdu. Portant ses mains autour de son bec pour mieux projeter sa voix, il ajouta lentement ; «Vous êtes au top !»

Bowser baissa nerveusement les yeux vers le sol, au niveau des pieds de Solfège, avant de relever le regard vers les siens d’un vert empreint d’une douceur bienveillante. La jeune femme continuait de lui sourire, sans la moindre trace de jugement. Ses cheveux rouges éclatant encadraient délicatement son visage pâle, mettant encore davantage en valeur la teinte apaisante de ses yeux. Une couleur qu’il se surprenait à apprécier de plus en plus. Lorsqu’il la regardait ainsi, face à lui, quelque chose changeait. Il se sentait curieusement à l’aise… En sécurité. Comme à l’abri de la haine et de la rancœur qui l’habitaient d’ordinaire. Cette sensation nouvelle lui insuffla un peu de courage. Assez pour tenter à nouveau. Il se remémora alors la déclaration qu’il avait répétée avec Kamek lors de leurs entraînements. Presque la même que celle qu’il avait adressée à Peach quelques semaines plus tôt. Dans un geste ample et théâtral, il déploya ses grands bras, cherchant à retrouver cette assurance qui lui faisait défaut. Puis il parla d’une voix étonnamment plus douce qu’à l’accoutumée.

«Princesse, votre regard a le pouvoir d’adoucir les plus grandes brutes… Quand je vous vois, mon cœur se remplit de joie. Comme quoi, l’amour peut percer les carapaces les plus dures !» Déclara-t-il avec véhémence. Mais au regard surpris de l’humaine, ses bras retombèrent.

«Qu’est-ce qui ne va pas, cette fois ?!» Rouspéta-t-il, agacé.

«C’était… Très beau.» Souffla Solfège, encore stupéfaite par ces paroles touchantes, en hochant lentement la tête avec satisfaction. C’était à la fois mignon et sincère, une déclaration qui lui serrait doucement le cœur tandis qu’elle observait le Koopa, à présent bien moins menaçant à ses yeux. Perdue dans ses pensées, elle faillit ne pas entendre Kamek.

«Je vous l’avais dit ! Cette phrase est parfaite !» S’exclama-t-il en gonflant fièrement le torse pendant que Bowser, un peu déstabilisé par ce compliment, reprenait contenance.

Elle… Aimait ? La princesse Peach l’avait pourtant détesté… Surpris de l’effet que ses mots avaient eu sur Solfège, Bowser sentit un sourire naître sur ses lèvres, un peu trop fier pour être totalement discret. Il redressa les épaules et adopta la posture de Kamek, savourant intérieurement ce rare moment de réussite. Enfin, il avait touché juste. Cette petite victoire le poussa à aller encore plus loin dans sa tentative de séduction, déterminé à se surpasser pour impressionner Peach. Alors que Kamek reprenait son rôle de princesse pour relancer l’entraînement, Bowser laissa son regard dériver vers Solfège. Elle s’était rassise sans bruit, en retrait, observant la scène avec attention. Son menton reposait dans sa main, ses traits tirés laissant apparaître la fatigue accumulée.

Une fois dehors, il devrait avoir une petite discussion avec Kamek.

Lorsque le soleil disparut derrière les nuages noirs et que la luminosité naturelle déclina dans le château, Solfège regagna tranquillement la chambre de Junior. Elle s’était arrêtée en cuisine pour avaler quelque chose après avoir passé la journée entière aux côtés de Bowser, dans cette fournaise étouffante. Un fruit et un verre d’eau lui avaient suffi, tant elle était impatiente de se reposer. Elle n’avait même pas envie de traîner dans les couloirs cette fois-ci. Toutefois, une inquiétude persistante l’accompagnait. Le jeune prince n’avait donné aucun signe de vie depuis le matin. Elle espérait qu’il allait bien… Et qu’il ne lui en voulait pas trop d’avoir été absente aussi longtemps. Même si, au fond, elle aurait préféré passer davantage de temps avec lui. Éreintée, la jeune femme avançait tranquillement dans le couloir désert, bordé de statuettes à l’effigie du roi Koopa. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes, menaçant de se fermer à chaque pas. Masquant un bâillement derrière sa main lorsqu’elle arriva enfin devant la porte gribouillée, elle entra dans la chambre… Pour se rendre compte que le panier avait disparu du pied du lit.

En un instant à peine, toute la fatigue de Solfège se dissipa, balayée par une inquiétude brutale alors qu’elle tentait de comprendre pourquoi ses affaires n’étaient plus à leur place dans la chambre du prince. Une angoisse sourde s’empara d’elle, remplaçant la quiétude fragile qu’elle avait conservée jusque-là, tandis qu’elle cherchait désespérément du regard la moindre trace de ses effets personnels. Désormais introuvables. Son cœur s’emballa à l’idée de devoir retourner en prison… Paniquée, elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Jusqu’à ce que des bruits de pas précipités résonnent dans le couloir, se rapprochant rapidement. Solfège releva la tête juste à temps pour voir Bowser Jr débouler dans la pièce avec un grand sourire surexcité. Mais celui-ci s’effaça d’un soul coup lorsqu’il aperçut son expression dévastée et ses yeux larmoyant. Penchant la tête sur le côté, le jeune Koopa fronça légèrement un sourcil, perplexe devant cette réaction qu’il ne comprenait pas. N’était-elle pas contente de le voir ?

«Bah alors, qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi tu es triste ?» Questionna-t-il.

«Mes affaires… Elles ont toutes disparu.» Fut la seule chose que Solfège parvint à articuler, levant sa main droite vers l’endroit où se trouvait autrefois son lit. Junior suivit son geste du regard, puis s’exclama dans un petit rire de chafouin.

«Hi hi hi, mais je sais où elles sont ! Viens avec moi, je vais te montrer !» Sans attendre, Bowser Jr attrapa la main de la jeune femme pour l’entraîner à sa suite hors de la chambre, laissée sans surveillance pour une fois.

Les deux s’engagèrent dans le couloir avant de s’arrêter deux portes plus loin. Lâchant la main de Solfège, le petit Koopa ouvrit la porte avec entrain, puis s’inclina dans une révérence élégante en l’invitant à entrer. Sa houppette rouge effleura son bras dans le mouvement. Les yeux de la jeune femme parcoururent aussitôt la pièce, prenant conscience des lieux qui s’offraient à elle. Elle en resta bouche bée. Il s’agissait d’une vaste chambre mêlant l’élégance au luxe. Les murs, mêlant pierre et bois sculpté, encadraient un somptueux lit à baldaquin placé au centre, véritable pièce maîtresse de la chambre. Entièrement décorée dans des tons de rouge, de noir, de gris et d’or, à l’image du château, l’harmonie des couleurs rendait l’endroit étonnamment accueillant. Chaleureux, même. Bien que la pièce fut immense, le mobilier, lui, semblait adapté à une personne de plus petite taille. À sa droite se trouvait une coiffeuse surmontée d’un miroir ovale, accompagnée d’une commode élégante, de deux guéridons, d’un tapis moelleux et de grands chandeliers disposés aux quatre coins de la pièce…

«Alors, elle te plaît, ta nouvelle chambre ?» Demanda Bowser Junior derrière elle, se balançant d’un pied à l’autre.

«Ma… Nouvelle chambre ?» S’étonna Solfège en se retournant vers lui, les yeux écarquillés. Cette pièce était… Pour elle ? Non, cela devait être une erreur.

«Yep ! C’est l’idée de papa. Il a dit que c’était pour que t’arrêtes d’être crevée pendant vos entraînements. Et il a dit aussi que c’était un peu ma faute, parce que je parle trop et que je t’empêche de dormir… Mais c’est même pas vrai, d’abord ! Je parle pas tant que ça !» Râla ce dernier en croisant les bras, affichant une petite moue boudeuse sans se douter un seul instant qu’il avait servi de prétexte.

«C’est incroyable… Je n’arrive pas à y croire ! Cet endroit est magique !» S’émerveilla Solfège en se mettant à parcourir la chambre. Son regard fut rapidement attiré par une nouvelle robe, déposée avec soin sur la couverture rouge et soyeuse du lit. Gravissant les deux petites marches qui y menaient, elle s’en approcha pour mieux l’observer. Il s’agissait d’une longue robe aux manches pendantes, d’une teinte similaire à celle de sa tenue de servante. Sur le bustier élégant était incrustée une pierre d’un vert profond, semblable à une émeraude, qui captait délicatement la lumière. La bouche entrouverte sous l’effet de la surprise, elle effleura le tissu du bout des doigts, découvrant une douceur incomparable. À côté, posée sur le coussin, reposait sa précieuse montre à gousset.

«Alors, tu l’aimes ?» Insista Junior en triturant ses griffes avec nervosité. Il jetait de petits coups d’œil hésitants vers elle, redoutant sa réponse. Il avait mis du cœur à l’ouvrage, aidant Kamek à tout préparer pendant qu’elle était occupée ailleurs. Cette surprise comptait beaucoup pour lui.

«Si je l’aime ? C’est la plus parfaite de toutes les chambres ! Elle est superbe !» S’exclama Solfège en riant, avant de se laisser tomber sur le lit dans un léger rebond. Les yeux levés vers le plafond de pierre, elle croisa les mains sur son ventre tandis que le petit Koopa s’approchait prudemment pour venir s’asseoir à ses côtés. Immense ? Pour lui, ce n’était qu’une pièce tout à fait normale. Et puis, le mobilier était bien trop petit.

«Mais je n’ai pas besoin de tout ça… J’ai déjà tout ce qu’il me faut.» Poursuivit-elle dans un soupir, son sourire s’estompant peu à peu. C’était déjà bien trop pour elle… Elle ne méritait pas un tel traitement de faveur. Pas plus que les autres serviteurs du château.

«Ouais mais maintenant, t’es une conseillère ! C’est pas pareil. Tu aurais dû voir la tête de Kamek quand papa lui a dit ! C’était trop drôle !» Gloussa le Koopa à ses côtés en se penchant en arrière sur ses mains, amusé par ce souvenir. Le Magikoopa n’avait clairement pas apprécié de devoir partager son rôle avec une humaine… Et c’était justement ce qui rendait la scène si hilarante aux yeux du jeune prince.

Concernant Solfège, elle avait l’impression d’être au paradis. Même si la pièce ne comportait aucune fenêtre, sans doute pour éviter toute tentative de fuite maintenant qu’elle n’était plus surveillée, elle la trouvait tout simplement merveilleuse. L’air y était déjà plus doux et respirable, contrastant avec la rudesse habituelle du château. De toute sa vie, elle n’avait jamais eu droit à une chambre aussi belle et spacieuse, rien que pour elle. Chaque détail semblait avoir été pensé avec soin, comme si l’on avait cherché à rendre cet endroit… Accueillant. Une gratitude immense gonflait sa poitrine, son cœur semblant sur le point d’éclater de joie. C’était d’une générosité inattendue de la part de Bowser… Au point qu’elle en venait presque à se demander si elle ne rêvait pas. Mais non. Lorsque Bowser Junior enfonça sa petite griffe dans ses côtes, elle ressentit aussitôt la piqûre bien réelle. Tout cela existait bel et bien. Alors pourquoi lui offrir un tel cadeau ? Le simple panier qu’elle possédait jusque-là lui suffisait largement. Elle n’avait jamais demandé davantage.

«Je crois que papa commence à t’apprécier.» Lâcha Bowser Jr d’un ton inhabituellement plat, les yeux baissés sur ses mains jointes, le museau légèrement tombant. Une tristesse inhabituelle assombrissait son expression.

«Qu’est-ce qui ne va pas ?» S’inquiéta Solfège tout en se redressant pour mieux observer son jeune ami. Elle n’aimait ni cette expression sombre, ni la note fragile qui s’était glissée dans sa voix. Toutefois le petit Koopa hésita. Ses épaules se contractèrent, comme s’il luttait contre ce qu’il s’apprêtait à dire. Puis lentement, il releva les yeux vers elle, brillants d’une émotion qu’il ne maîtrisait pas.

«Bientôt, tu vas préférer papa à moi… Et après, tu m’oublieras. Alors je serais à nouveau tout seul.» Murmura le jeune Koopa de sa voix vacillante, un petit reniflement lui échappant malgré lui. Avant qu’il ne puisse détourner le regard, Solfège posa doucement un doigt sous son menton et le força à la regarder. Cette fois, elle était très sérieuse.

«Je peux te promettre que ça n’arrivera jamais. Tu es mon seul et véritable ami. Tu comptes plus à mes yeux que n’importe qui d’autre. Avant toi, je ne savais même pas ce qu’était l’amitié… J’ignorais jusqu’au sens de ce mot. Et puis, tu es venu me chercher au fond de cette prison. Tu m’as montré que même dans les endroits les plus sombres… Il pouvait y avoir de la lumière.» Solfège accompagna ses mots d’un geste tendre, passant affectueusement son pouce sur la joue rebondie de Bowser Jr, un sourire authentique étirant ses lèvres lorsqu’il la regarda avec espoir.

«Promis ?» Demanda ce dernier en levant sa plus petite griffe.

«Promis.» Leurs petits doigts se lièrent, scellant cette promesse simple mais infiniment précieuse.

Aujourd’hui était décidément une journée pleine de surprises. Bowser s’était montré d’une générosité qu’elle n’aurait jamais imaginée, et elle n’était plus juste une servante mais la conseillère du roi des Koopas. Allongée sur le lit, écoutant d’une oreille distraite les babillages enthousiastes de Bowser Jr sur la décoration de la chambre, Solfège laissait ses pensées dériver.

Que lui réservait demain ?

À suivre…

Encore un chapitre très mignon, j’adore écrire ces passages. La relation entre Solfège et Bowser évolue lentement, et c’est évidemment voulu. Je tente de respecter au maximum les personnages de Nintendo, donc pour moi, il est normal que cela prenne du temps (Peach ne peut pas être oubliée aussi facilement).

Mais ne vous inquiétez pas, tout vient à point à qui sait attendre !

Merci beaucoup pour votre lecture, et à la prochaine !

VP

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