Chante pour moi
Je vous souhaite à tous une agréable lecture !
Chapitre 15 – Petite démonstration
L’entraînement se poursuivait, et Solfège remarquait une nette amélioration chez le roi des Koopas. Ses crises de colère, autrefois explosives et imprévisibles, se faisaient désormais plus rares. Elles existaient encore, bien sûr… Mais elles perdaient peu à peu de leur intensité, comme si quelque chose en lui apprenait enfin à se contenir. Bowser faisait des efforts. De véritables efforts. Il cherchait à se maîtriser, à canaliser ses émotions, à renvoyer une image plus posée de lui. Il était déterminé à progresser dans sa quête de séduction, pour ainsi dire. Les conseils de l’humaine portaient leurs fruits, Bowser devait bien l’admettre. Elle avait cette capacité à analyser chaque situation avec justesse, à trouver des solutions là où lui ne voyait que des obstacles. Chaque fois qu’il était assailli par des craintes ou des doutes, elle était là pour l’aider à les surmonter et lui permettre de retrouver rapidement confiance en lui. À l’inverse de Kamek qui, lui, se contentait de le féliciter pour tout et n’importe quoi, sans réellement se demander si c’était la bonne manière de procéder.
Mais Bowser percevait aussi cette progression d’une tout autre manière. Les sourires de Solfège étaient devenus plus fréquents. Plus naturels. Ils apparaissaient plus facilement, notamment lorsqu’il accomplissait quelque chose de bien ou qu’il la surprenait par des réactions positives auxquelles elle ne s’attendait pas. Et il s’y habituait. La jeune femme n’avait jamais manqué un seul de leur rendez-vous quotidien dans la salle d’entraînement. Elle répondait toujours présente lorsqu’il lui demandait son aide et pas une seule fois, au cours de leurs nombreuses séances, elle ne s’était moquée de lui ni de sa manière d’agir. Pas une seule. À la place, elle faisait preuve d’une patience remarquable. D’une bienveillance constante. Elle lui apprenait, pas à pas, à approcher les autres sans éveiller la peur dès le premier instant. À se contenir. À réfléchir avant d’agir. Entre autres ne pas crier, ne pas menacer, ne pas déployer ses soldats à la moindre provocation, ne rien casser, ne pas séquestrer, ne pas faire de chantage, éviter de tout brûler après une réponse négative…
Il n’avait pas le droit de faire grand-chose remarqua-t-il avec une pointe d’irritation, alors que Solfège continuait sa liste d’interdits de plus en plus longue.
La pression augmentait à mesure que la date du mariage approchait. Elle n’était pas encore fixée, heureusement, mais le roi avait pour objectif de se rendre au château de Peach dès qu’une bonne occasion se présenterait. De préférence en l’absence de Mario pour qu’il ne lui mette pas des bâtons dans les roues. Kamek lui avait conseillé d’attendre que les deux frères retournent dans leur monde pour tenter une approche pacifique, sans château volant ni armée, afin de mettre toutes les chances de son côté. Une stratégie que Solfège avait grandement approuvée, heureuse que le Magikoopa ait mis sa jalousie de côté pour soutenir ses conseils. Car à l’origine, c’était son idée qu’il s’y rende seul. Moins il jouerait sur l’intimidation, plus il aurait de chances d’atteindre Peach par les sentiments, ce qui était précisément le but recherché.
Alors que le temps passait dans ces sous-sols, Bowser se surprenait à ressentir des choses qu’il ne parvenait pas à comprendre. Elles se mêlaient à sa colère, s’entremêlaient à sa frustration, jusqu’à former un véritable chaos émotionnel dont il n’arrivait pas à démêler les fils. Cependant, cette pression dans sa poitrine se manifestait chaque fois qu’il posait les yeux sur l’humaine aux cheveux rougeoyants. À chaque regard échangé, à chaque sourire qu’elle lui adressait… Quelque chose se produisait, quelque chose d’inconnu. Il ignorait d’où cela venait, mais contre toute attente, il ne voulait pas que cela cesse. Alors, il faisait en sorte que Solfège continue de lui offrir ces fameux sourires chaleureux. Cette sensation ressemblait à des papillons dans l’estomac. Pourtant, il n’avait jamais mangé de papillons de sa vie… Bon, peut-être lorsqu’il était enfant et qu’il avalait tout et n’importe quoi, mais une fois adulte, il n’avait aucun souvenir d’avoir consommé le moindre insecte. Malgré tout, ces drôles d’émotions avaient aussi la fâcheuse tendance à l’agacer, car elles le déconcentraient la plupart du temps. L’empêchaient de réfléchir clairement…
«Votre apparence peut certes faire peur, mais on ne juge jamais un livre à sa couverture.» Expliqua Solfège en levant les yeux vers la tortue géante, avant de remarquer qu’il la fixait intensément. Interpellée par ce regard insistant, elle cligna des yeux, visiblement perplexe.
«Quelque chose ne va pas ?» Lui demanda-t-elle soudainement d’une pointe d’inquiétude dans la voix. À cette question, Bowser secoua la tête puis se racla la gorge avec un sourire un peu penaud.
«Ahem. Peach m’a déjà jugé sur ma couverture… Elle me voit seulement comme un monstre impitoyable et sans cœur !» Se plaignit-il avant de laisser échapper un soupir frustré. Malheureusement, il était tellement perdu dans ses pensées qu’il n’avait retenu que la dernière partie de l’explication de Solfège. Cette histoire de livre n’avait, de toute façon, aucun sens pour lui. Mais par chance, il était parvenu à masquer sa confusion avant qu’elle ne s’en aperçoive.
«Eh bien, elle a jugé ce que vous avez décidé de lui montrer. Un tyran assoiffé de pouvoir qui ne fonctionne que par le chantage… Un être diabolique, détruisant tout sur son passage, qui prend ce qui lui plaît sans jamais considérer l’avis des autres.» Résuma brièvement Solfège avec un haussement d’épaules tandis que Bowser la fusillait du regard, les poings posés sur les hanches.
«Je ne suis pas que ce type-là ! J’ai aussi des sentiments. Il y a un cœur très tendre derrière cette carapace de dur à cuire ! Ce ne sont que des mensonges !» Grogna-t-il, les arcades froncées, une douleur sourde serrant sa poitrine après avoir entendu ces reproches dans la bouche de la jeune femme. Il ne savait même pas pourquoi il avait ressenti le besoin de se justifier auprès d’elle, alors que son image de brute lui avait toujours convenu.
«En êtes-vous sûr ?» Solfège arqua un sourcil en retour. Mais face aux doutes qui s’affichaient dans le regard de Bowser, elle se tourna vers les deux silhouettes assises sur des chaises à gauche de la grande salle. Faisant signe à la plus petite de s’approcher, elle adressa un petit sourire au roi incrédule, puis claqua des doigts ; «Démonstration !»
Enfin, il avait tant attendu qu’elle prononce cette phrase ! Bowser Jr s’empressa de rejoindre le centre de la pièce en sautillant joyeusement, incapable de contenir son excitation à l’idée d’incarner le rôle que Solfège lui avait attribué plus tôt dans la matinée. Il était tellement surexcité qu’il aurait presque pu sauter jusqu’au plafond ! Mais il se retint. Il n’avait pas le droit de courir partout. La salle d’entraînement restait relativement dangereuse, même si les armes avaient été retirées, et Solfège avait dû insister longuement pour convaincre son père de le laisser participer. Alors, pour ne pas les décevoir, Junior avait patienté sagement sur sa chaise jusqu’à ce moment précis. Son moment de gloire. Il ne voulait surtout pas tout gâcher. Arrivé au centre de la pièce où se dressait une toute nouvelle réplique du château de Peach, il s’arrêta, les mains légèrement crispées en attendant nerveusement que Kamek prenne place dans la tour pour jouer la princesse. Ilse retint de grogner d’impatience.
«C’est bon ? Je peux y aller ?» Trépigna le jeune Koopa, son pied tapotant rythmiquement le sol dans l’attente du feu vert. Jetant un coup d’œil à son père qui le regardait avec confusion, il reporta son attention sur Solfège lorsque celle-ci leva le pouce en signe d’approbation. Immédiatement, il se lança dans son rôle de Bowser adulte.
«GRAWWW ! Je suis le roi du monde ! Je vais tout casser ! Personne ne m’arrêtera ! Pew pew pew ! ROARRRR ! Pew pew ! BOUM !» Cria Bowser Junior en levant ses index pour imiter des pistolets, tirant des rayons lasers invisibles sur des représentations de Toads.
Enfonçant ses pieds dans le sol à chaque pas qu’il faisait vers le château, il imitait grossièrement son père, prenant un malin plaisir à reproduire ses gestes. Il se sentait fort. Imbattable face à ces petits bonhommes champignons, impuissants et terriblement agaçants. De la manière la plus ridicule qui soit, il marcha sur les Toads qui se trouvaient sur son passage, prenant bien soin de les piétiner avant d’abattre ses bras sur les maisons et les champignons alentours. C’était terriblement amusant ! Il pourrait faire ça toute la journée. Laissant échapper de petits ricanements d’excitation par-ci par-là, Bowser Jr s’approcha du château blanc et rose pour en arracher la porte principale, avant d’imiter l’un des rugissements les plus effrayants de Bowser. Tout en haut de la tour, Kamek porta une main à son front en se lamentant d’une voix exagérément aiguë, se disant terrifié à l’idée de se faire enlever. Encore une fois. Le Magikoopa, complètement investi dans son rôle, hurla si fort que Bowser et Solfège durent se couvrir les oreilles en grimaçant à cette fréquence stridente.
«Oh non ! Je vais encore me faire enlever par le puissant Bowser !» Pleurnicha Kamek lorsque le prince l’atteignit pour lui saisir brusquement le bras et l’entraîner de force avec lui.
«Moi j’aime les jolies princesses ! Je veux faire la collection !» Gronda Bowser Jr d’une voix qu’il espérait menaçante, tandis qu’il embarquait le magicien vêtu de rose. Manquant de perdre sa perruque blonde dans le processus, Kamek trébucha sur sa robe et s’effondra sur le plus jeune Koopa. Dans un cri de surprise, les deux roulèrent au sol. Mais avant que Junior ne se mette à hurler de colère, Solfège se hâta d’applaudir pour les féliciter de leur prestation.
«Bravo ! C’était très réussi, très convaincant !» Rit-elle de bon cœur, au grand désarroi de Bowser qui était resté littéralement sans voix.
C’était… Du grand n’importe quoi ! Un désastre ! À quel moment défonçait-il les portes alors qu’il pouvait simplement passer par les airs ? C’était bien plus pratique pour atteindre la princesse, surtout si elle se trouvait dans l’une de ses tours. Ils manquaient cruellement de tact. Et puis, il ne se fatiguerait pas à détruire toutes les maisons du royaume si personne ne se mettait en travers de sa route. Croisant les bras sur son torse face à cette imitation grotesque, le visage du grand Koopa se déforma en un rictus d’irritation lorsque l’humaine, à sa gauche, poursuivit ses applaudissements. Était-il vraiment perçu ainsi ? Comme… Une bête stupide qui détruisait tout sur son passage ? Cette idée lui serra douloureusement la poitrine, fissurant même son cœur de pierre malgré ce plaisir qu’il prenait à inspirer la peur. Le regard baissé vers le sol, la grande tortue épineuse souffla bruyamment par les narines. Pendant que son fils et Kamek s’inclinaient devant un public inexistant, vraiment fiers de leur performance. Contrarié, il protesta.
«Je ne suis pas aussi ridicule ! C’était une très mauvaise imitation !» Bowser leva les yeux au plafond au moment où Junior échangeait une tape complice avec Kamek. D’ordinaire, il ne se serait pas senti vexé, mais plutôt amusé par tout cela… Fier même d’être dépeint de cette manière.
La présence de la jeune femme le déstabilisait.
«C’est pourtant l’image que vous renvoyez. Au monde, et à votre fils. Mais il n’est pas trop tard pour la changer, pour devenir une meilleure version de vous-même. Vous en êtes tout à fait capable !» Rassura Solfège avec un sourire conciliant, penchant légèrement la tête pour tenter de capter son regard fuyant. Il tentait vainement de dissimuler son embarras derrière cette expression indignée, mal à l’aise après avoir assisté à cette piètre représentation. Il se montrait étonnamment vulnérable émotionnellement… Toutefois, elle voulait qu’il se voie à travers son fils, espérant provoquer un déclic. Quelque chose qui le pousserait à adopter un autre comportement.
«J’ai le droit de connaître le bonheur !» S’agaça soudain le Koopa géant pour défendre ses actes.
«S’en emparer par la force n’est pas non plus la solution…» Raisonna Solfège avec un petit haussement d’épaules, tout en observant attentivement son visage expressif.
Bowser baissa enfin les yeux vers l’humaine devant lui. Elle le regardait avec espoir, ses grands yeux cherchant les siens avec ce même doux sourire qui lui faisait tant d’effet depuis quelque temps. Le faisait-elle exprès ? Son regard s’attarda ensuite sur le joyau émeraude taillé en marquise au centre de sa poitrine, remarquant à quel point celui-ci faisait ressortir la couleur éclatante de ses yeux. Cette robe lui allait à merveille. Son fils avait raison, elle la mettait en valeur. Ses cheveux ondulés rebondissaient sur ses bras à chacun de ses mouvements, éveillant en lui l’envie fugace d’en effleurer la texture soyeuse. Elle était élégante dans ce tissu rouge foncé, rehaussé d’une ceinture noire à la taille, ornée d’une boucle à son effigie. Une discrète fierté naquit en lui en réalisant qu’elle la portait pour la première fois. C’était comme si elle lui appartenait, en quelque sorte… Au-delà du fait qu’elle était sa prisonnière et sa conseillère par obligation.
À cette pensée, un lent sourire étira ses lèvres tandis que Solfège reprenait la parole, pas le moins du monde troublée par son examen minutieux.
«Les méchants écoutent du métal, cassent des trucs, mangent des enfants pour le goûter, brisent des familles ! Vous n’êtes pas cette caricature. Alors montrez à cette princesse que vous êtes différent. Que vous avez cette volonté de changer, rien que pour lui plaire. Que vous êtes prêt à tout pour obtenir son amour et son acceptation, même à faire des concessions qui ne sont pas forcément à votre goût. Mais par amour, vous le ferez. C’est ça, le plus important.» Révéla-t-elle pensivement, son regard s’égarant un instant sur la pierre sombre avant de revenir vers le roi. Ce dernier se gratta la tête puis leva un doigt à cette description du méchant qu’il jugeait, de son point de vue, complètement erronée.
«Euh, il peut y avoir quelques exceptions ?» Interrogea-t-il avec un sourire forcé. Il écoutait du métal, lui ! Et en plus, il adorait ça ! Depuis quand c’était un truc de méchant ? Mais face à l’expression mécontente de la petite humaine, il leva rapidement les mains en signe de reddition.
«D’accord, d’accord ! Faire des concessions par amour… Et arrêter de manger des enfants pour le goûter. J’ai compris l’idée.» Bowser tenta de calmer le jeu avec une petite plaisanterie qui, à sa grande surprise, fit mouche. L’instant d’après, Solfège retrouva un sourire amusé. Ce simple détail fit naître en lui une sensation familière, tirant instinctivement les coins de son museau vers le haut avant qu’elle ne reprenne la parole avec plus de légèreté.
«Je pense que c’est préférable.» Accorda la jeune femme avec un petit rire.
«Mais papa, tu racontes n’importe quoi ! T’as jamais mangé d’enfants ! Tu dis ça juste pour faire peur, mais ça marche même pas ! Et puis elle est pas complètement débile non plus.» Bowser Jr haussa un sourcil en direction de son père, puis posa ses mains sur ses hanches pour le toiser avec sévérité.
Solfège masqua son sourire grandissant derrière sa main devant l’innocence du jeune prince. Il n’avait pas compris qu’il s’agissait d’humour, sans doute parce qu’il n’était pas habitué à ce que son père en fasse… Ou tout simplement parce qu’il était trop crédule. Voyant le visage de Bowser se décomposer à cette réplique, elle voulut le réconforter. Le pauvre avait juste voulu alléger l’atmosphère. Cependant, un garde entra dans la salle d’entraînement au même moment pour faire une annonce qui semblait importante. Accompagné de deux autres Koopas à la carapace verte, la tortue ailée se dirigea rapidement vers le centre où se trouvaient le roi, son fils, le Magikoopa et l’humaine captive. Ce dernier dévisagea un instant Kamek déguisé en princesse, avant de se redresser face à Bowser qui attendait une explication à cette interruption. La main droite fermée en poing contre son torse, en signe de respect envers son monarque, le Koopa casqué se racla la gorge.
«Votre Altesse, j’ai des nouvelles concernant la princesse Peach. Il semblerait qu’elle ait repris l’entraînement avec l’humain du nom de Mario, ainsi que son frère, celui qui porte du vert. Ils s’entraînent avec l’aide du grand macaque aux gros biceps, le fils de Cranky Kong.» Déclara-t-il d’un ton formel.
«Donkey Kong ?» S’étonna Kamek à sa droite, toutefois Bowser le coupa aussitôt.
«Est-ce qu’il y a une raison particulière pour laquelle ils ont repris l’entraînement ?» Questionna-t-il avec empressement à son garde, qui rapportait des nouvelles après plusieurs jours de silence de l’autre côté de la frontière.
«Je ne pense pas. Ils se préparent sans doute à votre prochaine attaque sur le Royaume Champignon. Mais ce n’est pas tout. Le moustachu à la casquette rouge a également ramené quelque chose à la princesse lors de son dernier voyage dans ce pays nommé Brooklyn. Une petite créature qui curieusement, nous ressemble… mais avec un QI largement inférieur au nôtre…» Ajouta le soldat. L’expression étonnée de son supérieur se transforma alors peu à peu en quelque chose de plus sombre. Presque colérique.
«Quoi, un Hériss ? Un Maskass ? Soit plus précis !» Poursuivit Kamek d’une touche d’impatience, sauf que le Koopa secoua vivement la tête.
«Non. Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça auparavant. Ça ne vient pas de nôtre monde. C’est petit, silencieux… Et très lent.» Il insista bien sur le mot «lent» pendant que le Magikoopa à la chevelure blonde fouillait dans son nuage rose de magie, tentant de visualiser cette étrange créature. Cette description piquait sa curiosité !
«Et est-ce que la princesse était heureuse de recevoir ce présent ?» S’inquiéta soudain Bowser en jouant nerveusement avec ses mains, redoutant la réponse. Peinée par le ton qu’il avait employé, Solfège leva les yeux vers lui… Mais l’attention du roi restait entièrement tournée vers son soldat.
«Hélas, oui, elle l’était. Les deux passent du temps ensemble, tous les jours. La princesse est rarement seule, et son armée ne cesse de grandir depuis son alliance avec Cranky Kong.» Admit-il avec regret, la tête basse.
Sur le point d’exploser à cette nouvelle déplaisante, les joues de Bowser se gonflèrent sous la colère qui montait rapidement en lui. Son visage devint entièrement rouge. Apprendre que son rival se rapprochait de Peach attisait une jalousie née de cet amour possessif. Ou était-ce simplement la peur de perdre la couronne face à un humain minuscule ? Il n’en était pas certain. Quoi qu’il en soit, cette nouvelle le bouleversait profondément. Mario lui avait fait un cadeau… Et elle l’avait aimé. Pourquoi ? Pourquoi, lorsque lui lui offrait quelque chose, elle le rejetait systématiquement ?! Que faisait-il donc de travers ! Serrant violemment les poings à ses côtés dans un grognement sourd, il sentit tout à coup quelque chose effleurer son bras droit. Lorsqu’il baissa les yeux, il aperçut la main de Solfège posée sur ses écailles chaudes dans une tentative douce et silencieuse de l’apaiser. Étonnamment, cela fonctionna. Ses joues se dégonflèrent lentement, et la tension quitta son corps dans un soupir. Un peu plus et il explosait.
«Papa est jaloux…» Provoqua Junior d’un petit reniflement espiègle quand son père se tourna vers lui pour riposter. Il fallait qu’il en rajoute une couche, regretta Solfège désormais inutile.
«Je ne suis pas jaloux ! Je refuse juste qu’une excuse pathétique d’humain flirte avec ma fiancée !» S’indigna Bowser. À ce cri, Bowser Junior se recroquevilla aussitôt dans sa carapace en laissant échapper un petit glapissement de peur.
«Est-ce que je peux y aller ?» Demanda le garde d’un ton las en pointant son pouce vers la porte ouverte. Derrière lui, les deux autres gardes baissèrent rapidement la tête lorsque le roi se mit à fulminer, ignorant complètement la requête du soldat pour se mettre à donner des ordres.
«Il faut faire de nouveaux prisonniers ! Je veux pouvoir faire un sacrifice en l’honneur de ma future femme ! Mon cadeau de mariage sera bien plus impressionnant qu’un vulgaire animal de compagnie. Déployez l’armée et capturez tout ce que vous pouvez trouver ! Je veux savoir ce qu’ils manigancent !» Somma-t-il d’un large geste du bras, piqué dans son orgueil. Cependant, sa conseillère décida d’intervenir à cet instant précis pour éviter une catastrophe.
«Je ne crois pas que ce soit une bonne idée… Loin de moi l’envie de vous contredire, mais ne pensez-vous pas qu’un sacrifice pourrait compromettre vos chances d’obtenir ses faveurs ?» Lui dit-elle avec une légère grimace, les yeux plissés face à l’intense fureur qui émanait de son corps massif. Elle n’avait pas peur de lui, mais elle craignait qu’il ne prenne la pire décision après tout ce qu’ils avaient accompli pour en arriver jusque-là… Il fallait qu’il réfléchisse avant d’agir. C’était primordial. Car elle n’avait pas envie de le voir souffrir une nouvelle fois d’un rejet.
En tout cas en agissant ainsi, c’était certain.
«Réfléchissez, s’il vous plaît.» Plaida encore Solfège. Les mains jointes, elle pensait à toutes ces vies qu’elle pourrait sauver s’il changeait d’avis. S’il changeait de perspective, tout simplement. Ses yeux verts rencontrant les siens rougeoyants, elle sentit une pression dans sa poitrine tandis qu’il la fixait d’un regard indéchiffrable, avant que Kamek ne finisse par s’exprimer.
«La dernière fois, la princesse avait fait une sacrée tête… Souvenez-vous, au mariage. Juste avant qu’elle n’utilise le pouvoir de la fleur de glace pour tous nous congeler ! Même vous, Sire. C’était la panique à bord. Et en plus, elle m’avait asséné un sacré coup de poing ce jour-là.» Irrité, le Magikoopa fronça les sourcils au souvenir encore douloureux que ce coup à la mâchoire lui avait laissé. Depuis lors, il gardait une petite dent contre la princesse au tempérament fougueux.
«Ne répétez pas les mêmes erreurs. Il faut innover dans vos techniques ! Trouvez les centres d’intérêt de la princesse, apprenez à la connaître pour savoir ce qu’elle aime et n’aime pas. Prendre le temps de découvrir des points communs développe l’affection.» Poursuivit Solfège d’une voix attentionnée, alors qu’elle s’agenouillait à côté de Bowser Junior qui n’était toujours pas ressorti de sa carapace. Posant une main sur sa coquille verte, elle voulait s’assurer qu’il allait bien après s’être fait réprimander, inquiète du silence de son jeune ami.
«Je me fiche de savoir qu’elle m’aime ou non ! Ça n’a pas d’importance du moment que j’obtiens ce que je veux.» Bowser croisa les bras dans un souffle agacé. Toutefois, il fut surpris par le regard accusateur que lui lança l’humaine, toujours à genoux. Et plus encore par sa réponse.
«Alors dites-moi pourquoi vous perdez votre temps à écouter mes conseils ! Pourquoi voulez-vous vous donner la peine de la séduire si tout ce qui vous importe, c’est la couronne et le pouvoir qui va avec ? Dans ce cas-là, tout ceci ne rime à rien…» Découragée, Solfège baissa la tête quand une douleur sourde comprima sa poitrine. Sa main resta posée sur la carapace du petit Koopa caché, même lorsque celui-ci repointa timidement le bout de son museau pour la regarder avec curiosité. Des larmes commencèrent à emplir ses beaux yeux verts, alors que ses cheveux rouges encadraient son visage pâle marqué par la tristesse.
À ces mots, Kamek leva la tête vers Bowser et constata que le roi avait perdu toute trace de malice pendant qu’il observait la jeune femme agenouillée aux côtés de son fils. Les bras ballants le long du corps, ses paroles tournaient en boucle dans son esprit. Oui… Pourquoi s’embêtait-il s’il pouvait simplement prendre ce qu’il voulait, comme il l’avait toujours fait ? S’emparer de tous les trésors de ce monde, imposer sa volonté, prendre Peach de force pour épouse… Et ne plus en parler. Alors pourquoi hésitait-il ? Pourquoi cette sensation désagréable lui nouait-elle l’estomac à cette simple idée ? Son regard s’attarda sur Solfège, sur ses épaules légèrement affaissées, sur cette tristesse qu’elle ne cherchait même plus à cacher. Alors, qu’est-ce qui avait changé ? Fixant la femme au sol, la grande tortue chercha un moyen de se défaire de cette situation gênante. N’ayant aucune explication à fournir, il n’avait pas particulièrement envie de se justifier sur ses intentions, surtout depuis qu’il ressentait des émotions nouvelles. Inexplicables. Et parfois frustrantes. Ce fut Junior qui brisa le silence en se redressant pour regarder Solfège, qui évitait toujours son regard.
«Même si je trouve les sacrifices vraiment trop cool, j’offrirais plutôt un bouquet de fleurs à Peach ! Je sais qu’elle aime les fleurs, les blanches et roses surtout ! Mais elle aime aussi les tournesols.» Bowser Jr fit mine de réfléchir en plaçant son doigt sous son museau, ses petits yeux noirs plissés par la concentration. Il voulait aider son papa.
«J’ai déjà essayé les fleurs ! Elle a détesté mon bouquet. Et pourtant il était parfait ! Mais quand ça vient de cet idiot d’humain, là, tout devient merveilleux…» Rappela Bowser d’un grognement exacerbé. Solfège renifla légèrement, puis releva les yeux vers lui avec étonnement, ne s’étant pas attendue à cette réplique dénuée de colère. Esquissant un sourire ravi, elle croisa les jambes en tailleur à côté de Junior.
«Vous avez autant de chances de l’impressionner que ce Mario. Ne vous comparez pas à lui et faites confiance à votre instinct.» Acquiesça-t-elle pour l’encourager à réfléchir à d’autres moyens de l’atteindre. Plus… Pacifiques, comme ils l’avaient travaillé ensemble.
«Qu’est-ce que je pourrais lui offrir ?» Hébété, Bowser leva les sourcils. Il n’avait aucune idée de ce que Peach aimait ! Il ne s’était jamais vraiment posé la question, étant donné qu’il s’était toujours focalisé sur son propre bonheur.
«De nouvelles terres de culture ?» Proposa l’un des gardes après avoir levé la main.
«Un bonnet de bain ?» Suggéra un autre.
«Pourquoi pas une nouvelle robe ? Ou alors des bijoux ? Les femmes aiment les bijoux, surtout ceux qui brillent !» Ajouta Kamek en portant une main à ses jolies boucles d’oreilles rondes bleues, semblables à celles que portait la princesse. Il ne l’aurait jamais admis, mais il les aimait beaucoup. Elles mettaient parfaitement son teint en valeur.
«Vous n’avez pas d’autres idées que ça !» Râla Bowser en secouant la tête à toutes ces propositions plus ridicules les unes que les autres. Jetant un regard plein d’espoir en direction de Solfège, dans l’attente qu’elle lui vienne en aide, il sentit son cœur se serrer lorsque la jeune femme se mit à réfléchir. Elle tapota deux doigts contre ses lèvres dans la réflexion.
«Mhm… Si j’étais une princesse… Je pense que j’adorerais recevoir une boîte de chocolats ! C’est une attention si douce. Surtout ceux en forme d’étoiles qui rappellent la galaxie… Une boîte de chocolats, c’est comme la vie. On ne sait jamais sur quoi on va tomber ! C’est rempli de mystères, de secrets aussi. Ça peut même se partager à deux, c’est si romantique…» Se laissa aller Solfège en attrapant ses tibias pour se balancer d’avant en arrière, portée par le délicieux souvenir du chocolat. Un met extrêmement rare qu’elle n’avait goûté qu’une seule fois dans sa vie.
«Du chocolat…» Junior se mit à rêvasser comme elle, se léchant les babines.
Une boîte de chocolats ? Rien que ça ? C’était pourtant banal comme cadeau, mais le roi Koopa garda cette idée dans un coin de son esprit. Partant sur de nouveaux sujets de discussion autour des potentiels cadeaux qu’il pourrait offrir à Peach pour rivaliser avec Mario, les quatre quittèrent la salle d’entraînement pour rejoindre la salle à manger et passer à table. Ils n’avaient pas vu le temps passer, et leur estomac commençait à crier famine… Tout au long du chemin, Bowser ne cessa de jeter des regards vers l’humaine qui discutait avec enthousiasme avec son fils du seul souvenir qu’elle avait de son expérience avec le chocolat. Le partageant avec une pointe de nostalgie dans sa voix au timbre agréable.
«Est-ce qu’on peut y aller maintenant ?» Soupira le garde Koopa, toujours planté au milieu de la salle d’entraînement avec les deux autres.
Ils avaient été oubliés.
À suivre…
Ça y est, on progresse. Les sentiments commencent à fleurir chez les deux personnages, encore confus pour le moment… Mais sauront-ils comment les interpréter ? Ou Bowser restera-t-il aveuglé par son amour ambigu pour Peach ?
Vous obtiendrez des réponses dans les prochains chapitres.
VP