Chante pour moi

Chapitre 24 : L'affrontement Partie 1

7777 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 05/06/2023 23:19

Chapitre en deux parties, sinon il serait beaucoup trop long.

Mon seul conseil : imaginez-vous dans un jeu Mario, et l’effet suivra.

Musique du chapitre : Journey, Steve Perry - Separate Ways (Worlds Apart) (Steve Perry & Bryce Miller Extended Remix)

Chapitre 24 – L’affrontement Partie 1

Tic-tac, tic-tac, tic-tac

Le son produit par le mécanisme de l’horloge était la seule chose qui brisait le silence dans lequel elle était plongée. Sans arrêt, encore et encore, il se répétait inlassablement, dans une boucle infinie de tics et de tacs à en faire perdre la tête. Chaque battement résonnait comme un rappel cruel, un écho du temps qui s’écoulait sans jamais ralentir. Le temps filait tel une étoile traversant la galaxie, rapide, insaisissable, impossible à retenir. Elle était incapable de l’arrêter, incapable de lutter contre lui… Ni même d’espérer pouvoir lui échapper. Car peu importe où elle irait, peu importe ses efforts il finirait toujours par la rattraper. Refermant sur elle son emprise invisible pour l’enfermer dans sa boucle éternelle. Loin de la réalité, loin de tout ce qu’elle avait appris à connaître et à aimer. C’était un combat sans fin, une lutte perdue d’avance… Car personne ne pouvait échapper au temps, ni à son emprise implacable.

Recroquevillée dans un coin de sa cellule exiguë, Solfège déprimait.

Le regard vide, le corps replié sur lui-même pour tenter d’échapper à une réalité devenue insupportable. Prisonnière au sommet de cette tour surplombant le château de son pire ennemi, le Temps, elle était en proie à ses pensées et à sa pesante solitude. Si lourde qu’elle semblait parfois déformer son esprit et lui jouer de vilains tours. Son cœur était en miettes depuis qu’elle était à nouveau enfermée ici… Isolée, là où personne ne pourrait jamais la trouver. C’était du moins ce qu’aimait répéter son bourreau, Tic-Tac, afin de briser tous ses espoirs de retrouver un jour un semblant de liberté. Il lui avait fait espérer… Pire encore, il lui avait fait croire qu’elle pourrait être libre, qu’elle pourrait enfin reprendre le contrôle de sa propre existence. Mais tout cela n’avait été qu’une illusion savamment orchestrée, une manipulation de plus dans l’arsenal cruel d’un roi qui se délectait de la torture mentale. Elle se sentait si stupide d’avoir nourri ce maigre espoir qu’il puisse être sincère, d’avoir cru percevoir une lueur de bienveillance en lui, ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Mais son don de clairvoyance lui avait cruellement fait défaut.

«Tu es trop bête…» Gémit-elle entre deux sanglots, après avoir laissé sa tête retomber contre le mur.

Tic-Tac excellait dans l’art de la manipulation. Il était l’incarnation du mal. Elle l’avait appris à ses dépens, après toutes ces longues années de servitude. Prise au piège entre ces murs, elle avait vu bon nombre de ses sujets se faire châtier de la plus horrible des manières. Sans aucune raison. Simplement pour satisfaire les caprices d’un roi impitoyable. Certains perdaient toute confiance en leur monarque, leurs regards autrefois pleins de loyauté se vidant de toute lumière, tandis que d’autres sombraient complètement dans la folie. Pourtant, il ne lui avait jamais fait de mal physiquement jusqu’ici. Une exception troublante qui avait fait naître en elle un espoir fragile que, peut-être, il n’était pas aussi mauvais… Elle cherchait toujours le bon en chaque individu qu’elle avait la chance de croiser, s’accrochant à cette conviction avec une naïveté douloureuse. Mais elle s’était trompée. Terriblement trompée. Car contrairement à ce qu’elle voulait croire, tout le monde ne méritait pas une rédemption… Et certains n’étaient que des monstres dissimulés sous un masque de pouvoir.

Un jugement qui, désormais, lui portait amèrement préjudice alors qu’elle croupissait une fois de plus au sommet de cette tour isolée. Condamnée à demeurer prisonnière à jamais de ce tic-tac incessant et des caprices imprévisibles d’un roi aussi fourbe que malveillant.

Passant lentement ses doigts sur les nombreux traits qu’elle avait soigneusement tracés sur le mur blanc pour tenter de se repérer dans le temps, Solfège se remémora le jour où il lui avait accordé un souhait. Un seul. Unique. Les larmes envahissaient ses yeux verts tandis qu’elle revivait ce moment suspendu, encore imprégné de l’intense bonheur qui l’avait enveloppée lorsqu’il lui avait proposé de goûter à la liberté. Une notion abstraite, presque irréelle… Quelque chose qu’elle n’avait encore jamais expérimenté. Elle ignorait jusqu’à sa véritable signification, après avoir vécu enfermée dans ce royaume aussi loin que ses souvenirs pouvaient remonter. Sans prénom, sans identité propre, la jeune femme aux cheveux rouges ne connaissait strictement rien du monde extérieur. Si ce n’était de bribes de récits qu’elle avait réussi à obtenir en échange de quelques chants offerts à Tic-Tac. Des récits qui lui avaient permis de rêver au cœur de sa solitude, de donner forme à un ailleurs qu’elle n’avait jamais vu, d’imaginer des horizons sans murs ni chaînes… Jusqu’à cette fameuse proposition.

Une liberté qu’il avait bien sûr proposée sous condition, sinon quel intérêt aurait-il eu à lui offrir une telle opportunité ? Il fallait toujours qu’il y gagne quelque chose dans chacun de ses marchés. Le roi ne donnait jamais rien. Il prenait, il échangeait, il possédait… Le marché était donc simple : il lui accorderait un nombre limité d’heures pour découvrir les autres territoires, un monde qui lui était jusqu’alors totalement inconnu. Lui permettant d’explorer d’autres paysages, d’écouter des sons nouveaux et de croiser des visages étrangers à sa réalité enfermée. En échange, elle devrait lui jurer une fidélité éternelle et devenir sa chanteuse personnelle. Vouée à demeurer à jamais prisonnière de ces lieux maudits. Son étoile… Son trésor… Des mots doux dissimulant une cage dorée. Un dilemme des plus difficiles, mais sa soif de liberté avait fini par l’emporter sur sa prudence. Alors, elle avait signé. Avec l’espoir fragile et sans doute illusoire qu’il ferait preuve d’un peu de clémence, qu’il lui accorderait ne serait-ce que quelques instants de plus pour goûter à ce monde qu’elle rêvait de découvrir. Et voilà le résultat.

Maintenant elle se retrouvait coincée ici, à jamais, enchaînée au service de ce monstre… Sans avoir obtenu ne serait-ce qu’une infime seconde supplémentaire pour dire adieu à ceux qu’elle aimait.

«Je suis désolée…» Murmura Solfège d’une voix brisée, reniflant faiblement avant de presser ses poings contre son front, tentant vainement de contenir la douleur lancinante qui lui broyait la poitrine.

C’était insupportable, une véritable torture émotionnelle… Tant le souvenir du visage blessé de Bowser s’imposait à elle avec une netteté cruelle. L’instant précis où elle avait disparu, arrachée à lui sans avertissement, pour être ramenée de force dans cet endroit lugubre et sans vie. Il n’y avait rien de plus douloureux que d’assister à cela… À ce regard rempli d’incompréhension, à cette tristesse contenue dans ses yeux lorsqu’elle avait placé sa montre au centre de sa paume pour lui transmettre un dernier message. Pas même une seconde pour lui dire au revoir. Tic-Tac n’avait aucune pitié. Elle leva ses yeux larmoyants vers le mur, intégralement recouvert de traits témoignant de sa solitude dans cette pièce vide. Elle regrettait son petit panier douillet, tout ce confort qui lui avait été offert. Elle n’avait jamais été aussi heureuse de toute sa vie que dans le château de Bowser… Un endroit que beaucoup considéraient comme hostile, mais qui était pour elle un véritable refuge. Une maison. Un lieu où elle se sentait plus en sécurité que n’importe où ailleurs dans l’univers, loin de cette prison. Ses amis lui manquaient énormément. Elle avait fait tant de rencontres depuis que Bowser l’avait capturée, et c’était quelque part grâce à lui qu’elle était désormais capable de donner un sens au mot amitié.

Tout comme à celui de l’amour, un sentiment des plus surprenants… D’une puissance extraordinaire.

À force d’être isolée du reste du monde, elle avait appris des chansons qu’elle chantait lorsque Tic-Tac lui en réclamait pour le divertir, lui ou ses pantins inexpressifs. Il appréciait son pouvoir d’apaisement, s’en servant pour calmer ses accès de colère. Parfois, il l’emmenait dans un ancien amphithéâtre où elle devait se produire devant ses invités, exposée comme un objet rare afin de leur montrer l’étendue de sa précieuse collection qu’il conservait jalousement au cœur de son royaume. Elle en faisait évidemment partie, présentée avec fierté comme la pièce maîtresse. Un trésor d’une valeur inestimable qu’il refusait de céder à quiconque. Certains avaient pourtant tenté de marchander pour l’obtenir, notamment le roi Boo, attirés par sa rareté et son pouvoir. Mais ils finissaient inévitablement piégés par la ruse de ce roi avare, obsédé par sa collection au point de détruire sans hésiter tous ceux qui osaient s’en approcher de trop près. Elle ne comptait plus le nombre de malheureux qui avaient été transformés en pierre pour trôner dans le grand hall… Un avertissement adressé à tous ceux qui chercheraient à le défier.

Voilà ce qu’elle était. Un objet de valeur, ne servant qu’à divertir quand l’envie lui en prenait. Vêtue de sa robe blanche habituelle, Solfège attrapa sa pierre pointue pour tracer un nouveau marquage sur le mur face à elle. Après quelques traits, son cœur se serra violemment dans sa poitrine, ce qui la fit lâcher la pierre qui rebondit sur le sol à ses pieds. La douleur était lancinante, alors qu’elle se raccrochait aux souvenirs qu’elle avait de Bowser Jr comme à une bouée de sauvetage. La seule chose qui l’empêchait de sombrer complètement dans le désespoir. Cet enfant l’avait sauvée de son cauchemar, en quelque sorte. Même si ce n’était que pour un temps limité, elle avait savouré chaque instant passé à ses côtés. Durant ces précieuses heures de liberté, il lui avait montré qu’il existait autre chose que la méchanceté et la malveillance. Qu’il y avait aussi de la gentillesse, là où on s’y attendait le moins. Une lueur parmi les ténèbres… Voilà ce qu’il était.

«Tu m’as montré ce qu’était l’amitié. Je t’en serai à jamais reconnaissante, Junior. Tu seras pour toujours dans mon cœur. Je ne t’oublierai jamais…» Chuchota doucement Solfège avec émotion, après avoir esquissé la silhouette de Bowser Junior sur le mur puis passé ses doigts dessus avec un sourire ému, se souvenant de la douceur de ses joues rondes et de son regard taquin des plus adorables.

Son premier et véritable ami, sans doute le dernier.

Le jour précédent, elle était certaine d’avoir entendu sa petite voix alors qu’elle chantait pour apaiser sa peine… Une illusion si réelle qu’elle en avait eu le souffle coupé. Cependant, elle était seule dans sa cellule. Il n’y avait personne avec elle. Persuadée d’avoir halluciné, la jeune femme avait continué son chant mélancolique. Attendant la visite du roi Tic-Tac, ne serait-ce que pour avoir un peu de compagnie. Bientôt submergée par les larmes, elle se recroquevilla à nouveau contre le mur, enfouissant sa tête entre ses genoux repliés. Jusqu’au moment où elle entendit des tambours résonner au loin. Ces tambours avaient la particularité d’annoncer une visite importante ou un affrontement, parfois même des châtiments. Il était rare de les entendre, mais ils ne présageaient généralement rien de bon, ce qui intrigua Solfège. Elle se leva pour s’approcher de l’immense cadran afin de voir ce qui se tramait à l’extérieur, à l’origine de ces tambours.

S’approchant timidement, elle se pencha pour observer les terres infertiles qui s’étendaient en contrebas, ainsi que le château blanc dressé au milieu de ce paysage désolé. Son souffle chaud vint troubler la surface froide du verre, une fine buée se formant sur la vitre face à elle. Devant elle s’étendait un horizon vaste, entièrement noirci par la cendre. Le cadran était fait de verre trempé, apportant une source de lumière dans sa cellule tout en lui permettant d’observer les terres dévastées du monarque déchu. Rien ne poussait, tout était mort, détruit par la cupidité de Tic-Tac. Le château de Bowser n’était pas si différent que cela, si ce n’est qu’il y avait de la lave à perte de vue et des êtres vivants pour l’habiter… Cent fois mieux que cet endroit désert où régnaient le mal et le chaos. La grande aiguille noire passait lentement devant son visage pendant qu’elle cherchait du regard la raison de cette soudaine agitation.

Puis, son cœur se serra brutalement dans sa poitrine dès l’instant où ses yeux verts se posèrent sur une silhouette familière marchant aux côtés du roi du Temps, escorté par son armée de pantins. Avançant sur la longue allée centrale menant à sa prison, perchée sur la colline, la tortue cracheuse de feu qui faisait chavirer son cœur progressait au milieu de cette désolation. Sa bouche s’ouvrit de saisissement. Était-il réellement ici ? Ou était-elle encore en train d’halluciner ? Solfège avait peur d’y croire, mais lorsqu’elle posa ses mains contre la vitre froide, elle sentit la piqûre familière des larmes accompagnée d’une chaleur qui l’envahit instantanément. Esquissant un sourire fébrile, elle suivit du regard l’escorte en contrebas, submergée par un profond soulagement. Rapidement, ce dernier fut remplacé par une vague d’inquiétude. Il ne savait pas dans quoi il mettait les pieds ! C’était dangereux. Cependant sa joie reprit bientôt le dessus, balayant ses peurs tandis que son sourire s’agrandissait peu à peu, illuminant son visage redevenu radieux tant le bonheur de le revoir dépassait tout le reste.

Était-il là pour elle ? Pour la sortir d’ici ? Était-ce seulement possible ? Elle avait tellement peur d’y croire…

«Bowser…» Murmura Solfège avec espoir, le cœur battant à tout rompre, ses mains posées contre la vitre glacée pour ne rien perdre de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Excitée, mais également terrifiée à l’idée qu’il puisse être blessé par Tic-Tac d’une manière ou d’une autre. L’angoisse se propagea finalement dans tout son être lorsqu’elle aperçut avec horreur les chaînes dorées enserrant ses poignets, comprenant aussitôt que le grand Bowser, roi des Koopas… Avait été piégé.

«Non…» Murmura-t-elle d’effroi, les yeux écarquillés.

«Tic-Tac !» Solfège frappa ses poings contre la vitre du cadran, mais personne ne pouvait l’entendre à cette distance.

Bowser n’avait d’autre choix que de suivre l’escorte, puisqu’il était incapable de parler ou même de se battre. Contraint d’obéir sans discuter, la situation était particulièrement frustrante… Une nouvelle humiliation qui se rajoutait à la collection. Lui, le roi des Koopas, forcé d’avancer en silence, privé de toute autorité. Jetant quelques coups d’œil méfiants aux deux rangées de gardes pantins qui s’étendaient de part et d’autre pour les conduire au bout d’une allée interminable, il reporta finalement son attention sur Tic-Tac qui ne cessait de gesticuler. Il était vraiment ridicule ! Une furieuse envie de cracher son feu sur lui le brûlait. Sur lui… Et sur toutes ces odieuses créatures. Comment osaient-ils lui manquer de respect de la sorte ?! Frustré, la grande tortue devait prendre son mal en patience et attendre le moment opportun pour tous les réduire en cendres. Derrière lui, il sentit à plusieurs reprises les coups agaçants d’un garde frappant sa carapace épineuse pour le forcer à avancer. Une provocation inutile… Il avançait déjà à leur rythme. Un grondement sourd monta dans sa gorge. Cet imbécile avait-il perdu tout instinct de survie ?

«Humpf, mhm, pff !» Tenta-t-il de communiquer en jouant avec ses chaines, avant de violemment serrer les poings au rire moqueur du roi qu’il surnommait désormais débilos.

«Il faut articuler, je ne comprends pas un mot de ce que tu dis !» Chantonna-t-il en effectuant une pirouette, la main gauche posée contre son oreille inexistante. Il ricana en voyant l’expression enragée de la tortue, rendue inoffensive, avant de poursuivre sur le même ton railleur ; «Oh mais oui, j’ai oublié. Tu ne peux plus parler ! Ça fait du bien aux oreilles, car tu as tendance à trop parler pour ne rien dire.»

Bowser laissa échapper un grondement sourd, irrité par ce personnage grossier qui lui tapait sérieusement sur le système. Mais une question persistait dans son esprit. Comment un individu pareil avait-il pu rester en vie aussi longtemps ?! Relevant la tête, il observa les arbres sinueux qui bordaient l’allée principale, leurs silhouettes tordues se découpant dans ce paysage désolé. Tous étaient carbonisés, noircis par le temps ou par quelque force destructrice, leurs branches difformes s’étirant dans des directions chaotiques. Telles des mains figées dans une supplique silencieuse. La particularité de ces arbres était qu’ils possédaient chacun une montre au centre de leur tronc, dotée d’une étrange brillance jaunâtre et indiquant à chaque fois une heure différente. Perplexe face à l’aspect inquiétant de ces arbres, le Koopa fut surpris d’apercevoir des pantins figés dans l’écorce, comme emprisonnés dans le temps. Ils semblaient tous effrayés… Pris sur le fait. Rien de bien surprenant avec un roi aussi dérangé que Tic-Tac. Il lui manquait vraiment quelques écrous, à celui-là !

«Hop hop, le temps presse ! Le tic-tac tourne et je veux pouvoir faire ma partie de lance-pantin avant le dîner de ce soir ! C’est tellement excitant !» S’enchanta Tic-Tac en trépignant d’impatience.

Comme dans l’espace à son arrivée, d’innombrables horloges flottaient en suspension dans les airs, entourées d’une multitude de mécanismes complexes. Flottant tranquillement autour d’eux dans cette atmosphère rose et verte, rendue angoissante par le silence, les montres indiquaient toujours une heure différente… Comme si chacune d’elles provenait d’un univers ou d’une époque distincte. À jamais coincées entre l’espace et le temps de ces lieux mystiques. Le seul son qui résonnait était celui des tic-tacs incessants de toutes ces horloges réunies, mêlé aux battements sourds des tambours et au bruit régulier des pas des centaines de pantins, avançant tous dans une synchronisation parfaite. C’en était presque effrayant. Toutefois, Bowser n’avait peur de rien. Personne ne l’intimidait. Et certainement pas une armée de bouts de bois dirigée par cet autre dingo au chapeau haut-de-forme et au rire dément… D’ailleurs, ce dernier s’arrêta subitement pour se tourner vers le Koopa irrité, avant de brandir sa canne et de briser son sort de silence d’un simple geste.

«Petit insolent ! Comment oses-tu faire ta pathétique magie sur le roi Koopa ! Tu viens de commettre une terrible erreur, je vais te-» Cependant, Bowser n’eut pas la possibilité de poursuivre ses menaces, car Tic-Tac secoua rapidement son index devant son visage hébété.

«Blablabla… Encore et toujours des menaces. Des mots, encore des mots, qui sortent de cette vilaine bouche… Mais je n’en comprends pas un traître ! Tu ne voudrais quand même pas te battre sans pouvoir utiliser tes petites flamounettes ? Tu partirais avec un sérieux désavantage, ce serait regrettable, tu ne crois pas ? Enfin… Pas pour moi. Je devrais peut-être revenir sur ma décision de te laisser la parole, finalement…» Indiqua le roi après avoir pris son menton entre ses doigts dans une fausse réflexion, son sourire malicieux s’agrandissant face à l’expression trop confiante de Bowser.

«Je n’ai pas besoin de mes flammes pour te réduire en charpie ! Je cogne, et après on causera ! Détache-moi tout de suite !» Exigea ce dernier en montrant les dents. Il fut presque surpris quand le roi s’exécuta et qu’il retrouva enfin sa liberté de mouvement. Ses poignets le faisaient souffrir tant les chaînes avaient été serrées. Il ferma les poings pour les dégourdir, mais lorsqu’il sentit à nouveau la lance du pantin effronté heurter sa carapace, il se retourna brusquement, attrapa l’arme et la brisa en deux dans un rugissement.

«Mais c’est qu’il est nerveux, celui-là ! Tu as pourtant l’air si serein à l’idée de gagner… Alors pourquoi t’acharner sur mon pauvre soldat ? Il ne faisait que s’amuser. Ce n’est pas très gentil de lui avoir cassé son jouet. Maintenant il est inutile ! Il faut que je m’en débarrasse.» Soupira Tic-Tac. D’un geste nonchalant, il leva les yeux au ciel avant de projeter sa canne en direction du pantin. En un instant, la transformation s’opéra. Le bois se tordit, se déforma, fusionnant avec la matière environnante jusqu’à prendre l’apparence de ces arbres sinueux. Figé à jamais dans le temps, il rejoignit les autres, prisonnier silencieux d’un sort dont il n’existait aucune échappatoire.

«Hah ! Sérieusement ?! Fallait juste lui filer une autre lance, une vraie arme, et c’était réglé ! Pas étonnant que ton royaume tombe en ruine si tu détruis tes propres soldats comme ça !» Songea Bowser en croisant les bras sur son plastron d’une arcade levée, quelque peu affecté par cette punition. Bon, il n’avait pas vraiment de leçons à donner… Lui-même brûlait vif ses Koopas. Mais au moins, ils avaient une seconde vie en Skelerex ! Ils restaient utiles, même après le châtiment.

«Pourquoi faire ? C’est bien plus drôle comme ça.» Tic-Tac haussa les épaules en gloussant à cette proposition qu’il trouvait ridicule. Et puis quoi encore ? La prochaine fois, il allait lui dire de ne pas s’acharner sur ses pantins ? Quelle blague.

Exténué par ce face-à-face stérile, le roi des Koopas passa une main lasse sur son visage avant de se frotter les yeux, laissant échapper un long soupir. Il était insupportable… Pire qu’un enfant capricieux. Non, pire que lui, carrément ! Kamek avait raison sur toute la ligne. Il existait bel et bien pire que lui dans cet univers. Et pourtant, c’était une vérité particulièrement difficile à avaler pour quelqu’un qui se considérait comme le plus grand méchant de l’histoire. Il ouvrit la bouche pour répliquer, prêt à remettre ce fou à sa place, mais il n’en eut pas le temps. Le réveil sur pattes lui ordonna d’avancer, le traitant au passage de gros lourdaud avec une insolence déconcertante. Sa gorge commençait sérieusement à le démanger, tandis que la chaleur familière de son feu montait depuis son estomac, prête à jaillir dans son dos sous la forme d’un jet de flammes. Même Mario ne jouait pas autant avec ses nerfs… Il avait réussi à trouver pire que lui. Pour dire ! Serrant les griffes pour résister à l’envie de l’abattre sur-le-champ, Bowser leva les yeux vers une immense horloge comtoise en bois qui se dressait sur la colline face à lui.

Cette horloge était si grande qu’elle projetait son ombre sur le château derrière elle. Le pendule doré se balançait bien plus lentement que celui de n’importe quel autre modèle, soulevant de fins sillons de poussière à chacun de ses passages. Tout en haut, son imposant cadran indiquait l’heure exacte en chiffres romains, où deux aiguilles noires se croisaient. Elle était joliment sculptée, un serpent sinuant autour de sa base pour remonter jusqu’à son sommet, situé plusieurs centaines de mètres plus haut. Curieusement, il manquait le socle de cette horloge. Et en y regardant de plus près, il semblait y avoir un passage secret derrière le balancier, reflétant la lumière inhabituelle de cet endroit. Une épaisse chaîne lumineuse dorée, verrouillée par un cadenas, en bloquait l’accès.

«Il y a quoi là-dedans ?» Interrogea Bowser en donnant un petit coup de menton en direction de l’horloge.

«Ce ne sont pas tes affaires ! Occupe-toi plutôt de ton futur face-à-face avec ma création, un véritable chef-d’œuvre. Tu ferais mieux de t’échauffer si tu ne veux pas être balayé en quelques secondes…» Répondit Tic-Tac avec légèreté, avant de réaliser qu’il venait de laisser échapper une information importante. Zut ! Il avait manqué de vigilance sur ce coup-là.

«Ta création ?! Je croyais que ce combat était entre toi et moi !» S’énerva aussitôt le Koopa derrière lui. Ses épais sourcils se froncèrent progressivement lorsque le roi se mit à rire avec une pointe de nervosité, ce qui commençait sérieusement à l’inquiéter quant à la nature de ce combat.

C’était quoi l’entourloupe ?

«Contre moi ?! Pfff, tu n’as vraiment rien écouté, à ce que je vois. Fais un petit effort de concentration ! Je n’ai jamais dit que c’était contre moi. Tu imagines un peu ? Le combat le plus simple de l’univers… Je n’aurais aucune chance face à la grande brute de Bowser que tout le monde redoute ! Il te faut quelqu’un de ta taille, sinon ce combat ne vaudrait rien du tout… Réfléchis.» Il accompagna ses paroles d’un haussement d’épaules détaché, affichant un large sourire à pleines dents, parfaitement conscient de l’effet qu’il produisait. Et du fait qu’il ne faisait qu’attiser encore plus la colère de la tortue géante.

«Tu m’as dupé !» S’écria Bowser, surpris, en enfonçant violemment son pied dans le sol. L’homme horloge s’exclama sans attendre.

«Laisse-moi te rafraîchir la mémoire. Nous avons passé un accord et tu l’as signé de vive voix ! Si tu n’honores pas ce contrat, alors tu seras automatiquement déclaré perdant, et ton château sera à moi ! Avec tout ce qu’il contient, bien sûr.» Tic-Tac fit apparaître un contrat dans les airs, puis le présenta sous le visage furieux de Bowser, où figurait effectivement sa signature en bas à droite de la feuille jaunie. L’écriture était si minuscule qu’il n’arrivait même pas à déchiffrer les lignes.

«Donne-le-moi, j’arrive pas à lire sans mes lunettes.» Grogna Bowser en tendant brusquement ses griffes vers le contrat, prêt à s’en emparer et y mettre le feu. Toutefois, le roi fut plus rapide. D’un geste vif, presque joueur, il fit disparaître le document dans les airs avant même que Bowser ne puisse l’atteindre.

«Tu me prends pour un imbécile ?! Alors, tu déclares forfait ?» Demanda ce dernier tout en se frottant les mains avec excitation, attendant les mots qui scelleraient définitivement son destin.

«Jamais ! Je vais le réduire en pièces, ton combattant. Il ne fera jamais le poids face à moi ! Qu’il se montre et qu’il m’affronte ! Où est-il ? Assez de suspense, qu’on en finisse !» S’emporta le Koopa géant en levant les bras, tournant sur lui-même à la recherche de cet adversaire prétendument digne de lui. Depuis qu’il avait mis les pieds dans cet endroit maudit, personne ne lui était apparu comme une menace crédible… Rien qui puisse réellement rivaliser avec sa puissance. De quoi nourrir encore davantage sa confiance déjà débordante, frôlant l’arrogance.

«Il est juste là.» Annonça sombrement Tic-Tac alors qu’il indiquait le bout de l’allée avec un long doigt crochu.

Au bout de l’allée, une silhouette se dessinait, rigide. De taille humaine, légèrement plus petite que le roi Tic-Tac, elle se tenait là, comme surgie de nulle part. Bowser plissa les yeux, intrigué par cette apparition soudaine. À mesure qu’ils s’en approchaient, les contours se précisaient… Une femme, vêtue de noir. Non. Pas une femme ordinaire. L’humaine était entièrement faite d’obsidienne, une matière sombre et lisse qui captait la lumière d’une manière étrange. Elle restait parfaitement immobile, figée à l’extrémité de cette longue allée menant à l’imposante horloge comtoise qui dominait la colline. Tel un barrage. Malgré cette nature singulière, son apparence conservait des traits humains distincts. Elle portait un long manteau sombre qui descendait jusqu’à ses genoux, épousant sa silhouette droite. Ses cheveux ondulés, mi-longs, s’arrêtaient juste sous ses épaules. Mais ce qui frappait le plus, c’étaient ses yeux… Grands, vides, inexpressifs, rivés sur eux sans jamais bouger. Un silence lourd s’installa, aussitôt brisé par le ricanement mauvais de Tic-Tac qui s’exprimait à nouveau.

«À l’issue de ce combat, je déterminerai si tu es à la hauteur de cette récompense ou non.» Dit-il avant de lever le bras en direction du mystérieux personnage d’obsidienne, lui cédant la place.

«Tu te fiches de moi ? Je me suis battu contre bien plus coriace que ça. Ça va vite être réglé cette histoire, c’est moi qui te le dis !» S’esclaffa Bowser qui laissa échapper un rire moqueur, certain de sa supériorité. Mais il referma rapidement la bouche au moment où la femme esquissa son tout premier mouvement.

L’humaine claqua des doigts, et les tambours cessèrent instantanément leur rythme répétitif. Un long silence s’ensuivit. Fixant Bowser sans la moindre expression faciale, elle leva ensuite le bras en arrière, libérant une étrange fumée noire qui glissa sur le sol de la colline calcinée, jonchée de pièces détachées. Cette fumée se dispersa puis serpenta entre les débris abandonnés et les morceaux de métal disséminés autour de l’horloge comtoise, au centre de la zone. À côté de lui, le roi Tic-Tac se mit à rire diaboliquement avant de disparaître dans un pop sonore, le laissant complètement seul dans l’allée. Face à son destin. Ses chaînes aux poignées se volatilisèrent en un éclat. Le sol se mit alors à trembler de plus en plus violemment, tandis que de grandes plateformes s’élevaient de la terre, permettant aux pantins spectateurs d’observer le combat depuis les airs. Tic-Tac les rejoignit très vite sur l’une d’elles, dotée d’un mécanisme mobile et d’un moteur.

«Mes chers amis…» Commença-t-il d’une voix forte, amplifiée par le micro qu’il tenait avec fierté dans sa main droite. Toute l’attention était rivée sur lui, en haut de sa plateforme surplombant la scène ; «Nous sommes aujourd’hui réunis pour assister à la destruction de Bowser, roi du Pays Noir… Qui deviendra le nôtre une fois sa défaite consommée ! Grâce à ma magnifique création, nous deviendrons bientôt les maîtres absolus ! Plus personne ne pourra nous arrêter !»

«Que la baston commence !» Cria-t-il en se cambrant vers l’avant de manière théâtrale, très vite suivi par un tonnerre d’applaudissements après sa déclaration, qui fit l’unanimité. Les pantins répondaient à l’unisson, leurs voix retentissant dans l’arène improvisée, renforçant l’atmosphère électrique et chaotique de ce spectacle annoncé.

Sur le point de menacer Tic-Tac, Bowser leva une griffe dans sa direction, prêt à lui faire ravaler son sourire arrogant. Mais les mots restèrent coincés dans sa gorge au moment où le sol s’anima. Les pièces éparpillées commencèrent à vibrer, puis à glisser, s’assemblant avec une rapidité surnaturelle. La fumée noire se condensa, aspirant sur son passage engrenages, mécanismes, écrous et plaques de métal, les attirant dans un grand tourbillon. Peu à peu, une forme se dessina… Massive, menaçante. Une créature tout droit sortie des contes les plus sombres, où les monstres prennent vie dans les cauchemars. Dans un claquement métallique, sa mâchoire se referma lorsque la dernière pièce trouva sa place, scellant son assemblage. Puis lentement, la créature titanesque se redressa sur ses immenses pattes arrière, dominant la scène de toute sa hauteur. Ses yeux, d’un vert électrisant, s’illuminèrent avant de se fixer sur Bowser, désormais dérisoirement petit face à elle. Un grincement mécanique résonna tandis qu’elle s’abaissait au niveau de celui l’ayant provoqué, chaque mouvement lourd et calculé.

Et dans un souffle sifflant, elle expulsa une épaisse fumée blanche par les deux ouvertures formant son museau, enveloppant Bowser dans un nuage oppressant.

Ses griffes tranchantes vinrent se planter de chaque côté du Koopa intimidé, l’encadrant dans une étreinte dominante. Cette chose ressemblait à un dragon… Mais un dragon dénaturé, privé d’ailes, façonné de métal et d’engrenages. Son corps long et sinueux rappelait celui du serpent gravé sur l’horloge comtoise en haut de la colline, comme si cette sculpture avait pris vie sous ses yeux. Une évidence s’imposa à lui. C’était le gardien des lieux. Le protecteur. Celui qui repoussait les intrus sans la moindre hésitation, celui qui veillait sur ce trésor interdit, prêt à anéantir quiconque oserait s’en approcher. Son museau se retrouva à quelques centimètres à peine de lui. Malgré la tension écrasante, Bowser soutenait son regard fielleux, refusant de céder à la peur. Puis, sans avertissement, le dragon-serpent ouvrit brusquement la gueule et le rugissement explosa. Une onde violente balaya tout sur son passage, soulevant poussière et débris dans un souffle écrasant. Mais ce cri n’avait rien de naturel. Il était mécanique, déformé… Une fusion glaçante entre l’alarme stridente de cloches ferroviaires et le son implacable d’une horloge annonçant les douze coups.

Bien énervé, le dragon se redressa sur ses pattes arrière avant d’abattre sa longue queue métallique contre le sol. Ce mouvement, plus lent, permit à Bowser de distinguer qu’au centre de sa poitrine se trouvait une étoile, enfermée derrière une vitre. Ce n’était pas une étoile d’invincibilité, mais une étoile d’énergie… Celles utilisées pour alimenter à l’infini des mécanismes aussi imposants que celui-ci. On en trouvait un peu partout dans la galaxie, bien qu’elles soient rares et généralement protégées par des gardiens semblables à ce dragon-horloge. Bon… Il n’avait plus d’autre choix que de s’en emparer. Sans étoile, cette chose deviendrait inoffensive. Reculant légèrement un pied, il leva les poings devant lui, prêt à attaquer et à se défendre. Bowser suivit du regard la créature gigantesque qui venait de s’enrouler autour de l’horloge comtoise, enfonçant ses griffes acérées dans le bois pour soutenir son poids.

«Bouuuseurr ! C’est perdu d’avance ! Oh, et ai-je oublié de mentionner qu’il n’y aura aucune boîte mystère pour ce combat ? Hahaha !» Ricana machiavéliquement Tic-Tac au-dessus de lui, installé sur sa petite plateforme motorisée, rappelant une soucoupe équipée d’un grand tableau de bord.

Et effectivement, d’un rapide coup d’œil panoramique, il remarqua avec agacement l’absence totale de boîtes mystères dans l’arène à ciel ouvert. Pas une seule, ce qui allait sérieusement compliquer la tâche, même pour Bowser. Il s’était déjà battu contre des adversaires plus grands et plus puissants que lui, mais jamais contre quelque chose de ce genre. Sa taille dépassait l’entendement… Face à lui, le monstre frappait le sol de sa queue avec une impatience lourde de menace, chaque impact retentissant comme un avertissement. Ses yeux d’un vert éclatant restaient fixés sur lui, analysant chacun de ses mouvements, cherchant la plus petite faille à exploiter. Son corps doré était entièrement recouvert d’une armure improvisée, composée des fragments métalliques récupérés lors de son assemblage, formant une carapace aussi résistante qu’imposante. Sur son dos, des rouages d’horloge tournaient sans relâche. Une épaisse fumée blanche s’échappait continuellement de sa gueule, enveloppant sa silhouette dans une brume dense qui rendait sa présence encore plus écrasante.

«Allez ! Affronte-moi !» Provoqua encore le Koopa resté au sol, pour inciter le dragon à descendre de son perchoir.

Ce qu’il fit sans attendre.

D’un effroyable rugissement, la créature bondit violemment au sol. Des ondes de choc se propagèrent dans toutes les directions, balayant arbres et rochers sur leur passage, arrachant tout ce qui se trouvait à portée. Bowser n’était peut-être pas le plus agile, mais il connaissait ce type d’attaque, puisqu’il en était lui-même adepte. Il esquiva donc les premières ondes, puis souffla son feu sur l’épaule du dragon dans l’intention de faire fondre le métal. Son jet de flammes paraissait minuscule en comparaison de la taille de l’engin… Mais sa puissance n’en était pas moins redoutable. Il balaya le corps mécanique de son souffle brûlant, faisant glisser les flammes le long de sa structure, espérant provoquer des dégâts critiques. Son objectif était clair : atteindre l’étoile au centre de sa poitrine. Furieux, le roi des Koopas déversa son feu incandescent sur la créature qui, en réponse, abattit sa patte sur lui. N’étant pas assez rapide pour esquiver, il se retrouva prisonnier de ses griffes d’acier avant d’être projeté plusieurs dizaines de mètres plus loin.

Il souleva un nuage de poussière à l’impact. Il eut à peine le temps de se redresser que le dragon l’attrapa à nouveau pour le projeter de l’autre côté de l’allée, étendant ses longues griffes tandis que le Koopa à épines poussait un rugissement de défi. Il obtint une réponse… Bien plus forte. Bien plus assourdissante. Le son était si puissant qu’il faisait vibrer les plateformes suspendues dans les airs, poussant les pantins à acclamer la créature, encouragés par leur roi. Le dragon-serpent était inarrêtable. Sa queue sifflait dans les airs, ses griffes frappaient avec précision, chaque attaque repoussant Bowser un peu plus loin, brisant son équilibre, l’envoyant s’écraser encore et encore dans la poussière. Bowser ne faisait pas le poids face à une machine de cette envergure. Sans power-up, il n’avait aucune chance de contrer ses attaques, ni même de le repousser. Il était à la merci de la créature, malmené dès les premières minutes du combat… Au point de commencer à douter de ses propres capacités.

«Il est fichu ! À moi le château !» S’exclama Tic-Tac avec une joie débordante, les yeux brillants d’excitation. Depuis sa plateforme, il assistait au spectacle avec délectation, observant le Koopa en mauvaise posture se faire projeter dans les airs avant d’être violemment frappé par la patte du dragon. L’expédiant à l’autre bout de l’arène dans un choc brutal.

Bowser voyait double. Gémissant au sol, il se redressa lentement sur ses bras tremblants, plissant les yeux à la créature qui le recouvrit soudainement de son ombre. L’une des épines de sa carapace était brisée, et une griffure rosée marquait sa joue droite jusqu’à son menton massif. Une cicatrice de plus à ajouter à celles qui racontaient déjà ses innombrables combats. Il croisa le regard électrique enragé de la bête, impassible, refusant de laisser paraître peur ou faiblesse. Il tiendrait bon jusqu’au bout. Jamais il ne déclarerait forfait ! Sa dignité était en jeu… Tout comme son château, et la vie de Solfège. Cette dernière pensée le poussa à se relever dans un grognement plein de volonté. Il se tint face au dragon, le fixant droit dans les yeux, le défiant ouvertement. Les poings serrés le long de son corps, il soutint cet échange silencieux, animé par la rage et la détermination. La brume l’enveloppa de la tête aux pieds tandis que les griffes de la créature s’enfonçaient de part et d’autre de lui. Profitant de cet instant de vulnérabilité, il lui souffla son feu en pleine figure. Et la réaction fut immédiate.

Rugissant de surprise, le dragon projeta violemment sa queue contre Bowser, l’envoyant s’écraser directement contre le mur blanc du château. Sa carapace creusa un immense cratère lorsqu’il retomba à genoux dans un soupir de douleur. Affaibli, il grogna sous son souffle, puis releva la tête au moment où les griffes de la créature s’abattirent sur lui, sans qu’il n’ait le temps de se jeter sur le côté pour les éviter. Ses forces déclinaient inexorablement… À tel point qu’il peinait à rester debout. Roué de coups, incapable de reprendre son souffle, le redoutable Koopa sentait que la défaite approchait. C’était fini. Il n’y avait plus aucun espoir… Il allait tout perdre dans ce dernier combat.

À présent, il savait ce que ressentait Mario quand il lui faisait face.

Le dragon rejeta lentement la tête en arrière, comme s’il prenait une profonde inspiration… Avant de libérer un souffle électrique dévastateur. Une décharge aveuglante se propagea dans toutes les directions, engloutissant tout sur son passage. Ses yeux verts brillaient d’une intensité aveuglante pendant qu’il balayait méthodiquement la zone, son jet mortel réduisant en miettes les derniers arbres encore debout et pulvérisant les horloges suspendues dans les airs. Bientôt, la zone ne fut plus qu’un espace dévasté, vide et fumant, creusé de cratères profonds à l’endroit même où la tortue avait été violemment enfoncée dans le sol. Bowser gisait là, projeté après avoir encaissé cette violente rafale de plein fouet. Cette électrocution était le coup de grâce. Tic-Tac avait réussi. Il avait gagné. Il remportait la victoire dans un combat totalement déséquilibré. Non seulement c’était un tricheur hors pair, mais il avait aussi réussi à le tromper. Bowser s’était fait avoir à son propre jeu… Il avait trouvé plus fort que lui. Et en un instant, il avait tout perdu. À cause de son assurance. Parce qu’il s’était toujours cru imbattable.

Les yeux clos, Bowser resta immobile, entouré par la fumée qui s’élevait tout autour de lui. De la cendre se posa sur sa carapace verte puis dans ses cheveux rouges en bataille, alors qu’il attendait de sentir la présence du dragon-horloge au-dessus de lui, prêt à mettre un terme à tout ça. La sentence était proche. À quoi bon se battre… À quoi bon lutter ? Il n’avait aucune chance, de toute façon. Immobile et gémissant, le grand roi Bowser baissa la tête, accablé par les remords. Tout espoir semblait perdu lorsque, soudain, il entendit des bruits de pas précipités se rapprocher. Légers, irréguliers… Quelqu’un courait droit vers lui. La fumée opaque l’empêchait de distinguer quoi que ce soit aux alentours, mais il sentit brusquement une présence sur sa droite. Perplexe, il tourna la tête dans cette direction puis ouvrit la bouche de surprise dès l’instant où son regard se posa sur la silhouette d’une jeune femme à la chevelure blonde.

Here we stand…

Worlds apart, hearts broken in two, two, two

Sleepless nights

Losing ground, I'm reaching for you, you, you

Peach se tenait à ses côtés, un power-up de super marteau fermement serré dans sa main droite, le regard fixé sur la bête menaçante au-dessus d’eux. À mesure que la fumée se dissipait, d’autres silhouettes apparurent de chaque côté du Koopa à terre.

Feelin’ that it’s gone

Can change your mind

If we can’t go on

To survive the tide love divides

Les deux frères moustachus, chacun armé du même power-up que la princesse, défiaient du regard le dragon mécanique. Ce dernier gronda, sa queue fendant la brume alors qu’il se redressait de toute sa hauteur pour les engloutir dans son ombre.

Someday love will find you

Break those chains that binds you

Bowser se releva enfin, retrouvant appui sur ses pieds pour se tenir droit entre les humains qui avaient finalement accepté de se joindre à lui pour cette cause commune. Jetant un regard noir en direction de la créature intimidante, il sentit une montée d’adrénaline le parcourir.

True love won’t desert you

You know I still love you

Though we touched

And went our separate ways !

Les quatre personnages, dorénavant alliés, échangèrent des regards complices, prêts à en finir et à récupérer leur amie prisonnière au sommet de cette horloge.

Maintenant, le combat pouvait enfin commencer.

À suivre…

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