Les fragments d'une voix

Chapitre 6 : Nostalgie

6147 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 05/06/2026 18:00

Et voici un nouveau chapitre !

Comme toujours, je remercie du fond du cœur toutes les personnes qui me soutiennent dans mon travail.

Chapitre 6 – Nostalgie

Le lendemain matin, le petit déjeuner se déroula dans le plus grand des calmes, pour une fois.

Seuls quelques bruits de couverts et le froissement des pages du journal venaient troubler le silence qui régnait dans la grande salle à manger du château. La douce lumière du matin filtrait à travers les immenses fenêtres, éclairant les longues tables garnies de victuailles encore fumantes. L'odeur du café, des pancakes et des viennoiseries tout juste sorties des cuisines flottait dans l'air. Bowser Junior s'amusait à empiler sa nourriture dans son assiette, totalement concentré sur cette mission qu'il jugeait de la plus haute importance. À côté de lui, Kamek engloutissait bruyamment plusieurs bouchées de son repas sans la moindre discrétion, tandis que Bowser restait absorbé par la lecture de son journal des vilains.

Et Solfège, elle, essayait désespérément de ne pas s'endormir à table. Après la soirée particulièrement mouvementée de la veille, la jeune femme peinait à garder les yeux ouverts. Ses paupières devenaient de plus en plus lourdes à chaque minute qui passait, conséquence directe de sa courte nuit. Pourtant, Bowser avait lui aussi veillé tard afin de s'assurer qu'elle rentrait saine et sauve au château. Mais contrairement à Solfège, le roi des Koopas ne semblait absolument pas affecté par le manque de sommeil. Rien. Pas un seul bâillement ne franchissait ses crocs. Aucune trace de fatigue ne marquait ses traits écailleux. Pas même l'ombre d'un cerne sous les yeux malgré l'absence évidente de ses fameuses huit heures de sommeil.

C’était quoi son secret ?

Étouffant un long bâillement derrière sa main, Solfège s'enfonça un peu plus profondément dans sa chaise molletonnée, deux œufs brouillés reposant dans son assiette. Elle n'y avait toujours pas touché, bien trop absorbée par ses réflexions. Son esprit revenait sans cesse aux événements particulièrement troublants de la veille, survenus au château de Peach pendant la fête d'anniversaire… Cette mystérieuse sphère tombée du ciel. Ces petites Lumas blessées apparues au beau milieu de la nuit. Et surtout, cette mystérieuse ombre dont avait parlé la petite étoile jaune. Elle n'en avait pas dit un seul mot à Bowser, par peur qu'il s'inquiète ou, plus grave encore, qu'il pique une crise de colère contre ses amis pour avoir été aussi imprudents.

En réalité, ce n'était pas leur faute, mais la sienne. Elle n'aurait jamais dû s'aventurer dans cette forêt en pleine nuit pour suivre les traces de la météorite, encore moins entraîner ses amis dans une situation aussi dangereuse. Ils auraient pu être blessés… Ou pire. Ses doigts se resserrèrent inconsciemment autour de sa fourchette sans qu'elle s'en rende compte. Rien que cette idée suffisait à lui nouer douloureusement l'estomac et à alourdir un peu plus son cœur envahi par la culpabilité. Déjà qu’elle n’avait pas vraiment d’appétit, elle n’avait désormais plus envie de manger du tout.

«Mama, tu manges pas ?» Questionna tout à coup Junior en face d’elle après avoir remarqué qu’elle n’avait toujours pas touché à son assiette. À cette remarque, Bowser releva les yeux de son journal pour observer son épouse par-dessus ses lunettes carrées.

Le roi des Koopas ne les portait que lorsqu'il devait lire, depuis qu'il avait commencé à éprouver quelques difficultés à distinguer correctement les choses de près… un détail qu'il refusait bien évidemment d'admettre ouvertement. Après tout, un roi terrifiant ne pouvait tout de même pas annoncer qu'il avait besoin de lunettes pour lire son journal du matin. Kamek cessa de mâcher et tourna à son tour la tête vers la reine silencieuse. Il remarqua aussitôt les cernes qui marquaient son visage ainsi que la fatigue visible dans ses yeux verts. Intrigué, il arqua légèrement un sourcil quand la jeune femme s'excusa avant de commencer enfin à manger ses œufs avec un sourire embarrassé.

Il avait aussi remarqué que quelque chose clochait avec elle ce matin… Mais il n'arrivait pas encore à mettre le doigt dessus. Depuis son retour de l'anniversaire de Peach, Solfège paraissait distraite, enfermée dans ses pensées. Et cela l'inquiétait. Car même si la reine du Pays-Noir était naturellement quelqu'un de calme et de posé, elle affichait habituellement une humeur douce et chaleureuse dès le matin. Elle prenait toujours le temps de discuter avec les autres ou d'écouter ce qu'ils avaient à raconter pendant le petit déjeuner. Alors la voir aussi silencieuse et préoccupée avait immédiatement éveillé les soupçons du Magikoopa.

«Vous êtes bien silencieuse ce matin, Majesté…» Souligna Kamek après avoir réajusté ses lunettes-loupes sur son bec, son regard attentif restant fixé sur Solfège de l’autre côté de la table. La jeune femme sursauta légèrement en réalisant qu’elle était observée depuis plusieurs minutes déjà.

«Mille excuses… Je suis un peu ailleurs ce matin. La nuit a été courte, et je crois que la soirée d’hier m’a plus épuisée que prévu…» Admit-elle en agitant doucement sa main devant elle pour minimiser la situation, son petit sourire gêné réapparaissant à ses lèvres. Sans décrocher les yeux de sa tour de nourriture, Junior s’exprima.

«C’était bien l’anniversaire ? Vous avez fait quoi ?» Demanda ce dernier, la langue au coin du museau pendant qu’il maintenait ses mains autour de sa pile de nourriture par précaution, craignant qu’elle ne s’effondre à tout moment.

«C’était génial ! Nous avons fait tout un tas d’activités amusantes. Le château était magnifique avec toutes les décorations. Les Toads se sont donné énormément de mal pour que tout soit parfait. Et il y avait même un immense feu d’artifice ! J’aurais aimé que vous puissiez voir ça…» Raconta-t-elle avec une pointe de nostalgie dans la voix. Pendant quelques instants, les souvenirs de la veille illuminèrent légèrement son visage fatigué, mais cette lueur joyeuse ne tarda pas à s’affaiblir lorsqu’un discret voile de tristesse traversa ses yeux verts. Au fond d’elle, Solfège regrettait que Bowser, Junior et Kamek n’aient pas pu partager cette soirée avec elle. Malgré les efforts de paix entrepris entre les deux royaumes ces derniers temps, Peach était restée extrêmement stricte concernant cette règle ; aucun Koopa n’était autorisé à entrer dans le Royaume Champignon. C’était le pacte établi entre les deux camps afin d’éviter le moindre incident diplomatique… même si, parfois, cette frontière entre leurs mondes lui semblait injuste.

«Beurk, des Toads…» Était la seule chose que Bowser Junior avait retenu.

«Et Peach a aimé ton cadeau au moins ?» Interrogea ensuite Bowser, son ton se faisant un peu plus dédaigneux lorsqu’il évoqua la princesse en question. Il se souvenait encore de la galère que cela avait été de trouver quelque chose susceptible de lui plaire… un souvenir qui lui laissait un goût amer.

«O-oui, elle a adoré ma boîte à musique !» Balbutia rapidement Solfège avec un sourire crispé tandis que ses épaules se raidissaient sous la nervosité. En réalité, avec tous les événements de la veille… elle avait totalement oublié son cadeau ainsi que le reste de la fête !

«Après tout le temps que tu as passé à chercher un cadeau pour satisfaire les goûts impossibles de Madame, elle avait intérêt à l’aimer.» Grommela Bowser avant de tourner sa page avec un peu trop de force.

«Précisément !» Approuva aussitôt Kamek en hochant vivement la tête.

«Sinon, crois-moi que je l’aurais brûlée vive pour son arrogance !» S’exclama fièrement Bowser en bombant le torse tout en gonflant exagérément ses énormes biceps dans une posture intimidante. À côté de lui, Bowser Junior éclata d’un petit rire diabolique avant de tenter d’imiter son père depuis sa chaise avec un enthousiasme débordant. Le jeune Koopa contracta alors ses minuscules petits bras avec le plus grand sérieux du monde, persuadé d’avoir l’air aussi terrifiant que le roi des Koopas lui-même… Enfin, encore aurait-il fallu qu’il possède des biceps à montrer.

«Ce ne sera pas nécessaire.» Répliqua Solfège qui tapota gentiment sa main sur le bras gonflé de Bowser pour tenter de calmer ses ardeurs.

Elle savait que sa relation avec Peach restait particulièrement compliquée malgré tous les changements survenus dans leurs vies ces derniers mois. Leur passé commun était bien trop chaotique, douloureux et marqué par les conflits pour s'effacer entièrement du jour au lendemain. Pourtant, Solfège refusait catégoriquement que Bowser fasse du mal à la princesse, que ce soit par vengeance, jalousie ou simple esprit de compétition. Car malgré le temps qui passait, le grand Koopa avait fini par développer une véritable rancœur envers Peach.

Toutes ces demandes en mariage rejetées. Toutes ces avances ignorées. Toutes ces humiliations accumulées au fil des années... Tout cela avait lentement laissé des traces indélébiles dans son esprit. Même Bowser n'était pas totalement insensible aux blessures de l'orgueil. Et même s'il semblait parfois être passé à autre chose depuis l'arrivée de Solfège dans sa vie… Une partie de cette amertume continuait malgré tout de brûler silencieusement au fond de lui. Une blessure ancienne qu'elle ne pouvait malheureusement pas effacer. Alors, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était essayer de lui offrir suffisamment de nouveaux souvenirs heureux pour l'aider à oublier peu à peu les anciens.

La salle à manger retomba dans le silence, un silence seulement troublé par les bruits de mastication peu élégants de Kamek, qui continuait de manger avec autant de discrétion qu'un Chomp enragé. Bowser Jr., lui, décida qu'il était enfin temps d'engloutir sa gigantesque tour de nourriture… Mais en une seule bouchée, évidemment. Sinon, où serait le défi ? Se léchant déjà les babines avec impatience, le petit Koopa attrapa fièrement les bords de son improbable construction composée d'œufs au plat, de gruyère fondu, de saucisses fumées, de pains toastés, de gaufres empilées, de confiture de myrtille, de bacon grillé et d'une quantité beaucoup trop généreuse de sirop d'érable dégoulinant sur les côtés.

Il avait tout simplement vidé tous les plats présents sur la table afin d'ériger cette montagne de nourriture à l'équilibre plus que douteux. Honnêtement, Solfège ne distinguait même plus le jeune prince derrière cette catastrophe culinaire ambulante. Koopa Cuistot aurait probablement fait une crise cardiaque s'il avait assisté à un tel massacre. Grimaçant en voyant la tour vaciller dangereusement, Solfège retint sa respiration. Son expression vira à l'horreur lorsque Junior se redressa pour atteindre le sommet de sa création et tenta de faire rentrer toute cette montagne de nourriture dans sa minuscule bouche.

Elle eut soudainement envie de vomir.

«Vous m’épaterez toujours, votre Altesse ! Vous êtes incroyablement créatif, comme toujours !» Félicita le Magikoopa assis à droite de Bowser Jr., vraisemblablement impressionné par ses prouesses.

«Ne t’étouffe pas… Tu risques d’avoir mal au ventre si tu continues.» Prévint Solfège après avoir repoussé sa nourriture avec sa fourchette, ayant complètement perdu l’appétit.

Cependant, contre toute attente… Bowser Junior réussit malgré tout à l'impressionner. Encore une fois. À sa plus grande stupéfaction, le jeune Koopa parvint réellement à engloutir l'intégralité de son immense assiette sans laisser la moindre miette derrière lui. Toute cette montagne absurde de nourriture avait littéralement disparu dans son petit ventre, désormais parfaitement rond tant il était repu. Junior se frotta fièrement le ventre avant de laisser échapper un petit rot de satisfaction, un immense sourire victorieux étirant son museau. À l'entendre, il venait d'accomplir un véritable exploit. Solfège peinait encore à comprendre comment une si petite tortue pouvait manger autant…

Elle qui accordait énormément d'importance au fait de ne jamais gaspiller la nourriture devait toutefois reconnaître une chose : Junior possédait un appétit absolument terrifiant. Maintenant, il ne restait plus qu'à espérer qu'il ne regretterait pas ses pitreries dans les prochaines heures. Mais cela ne semblait pas inquiéter Bowser le moins du monde. Le roi des Koopas gardait obstinément le museau plongé dans son journal, totalement absorbé par sa lecture matinale. À côté de lui, sa tasse de café refroidissait lentement depuis plusieurs minutes déjà, preuve qu'il était bien trop concentré sur les nouvelles du jour pour y toucher ou même prêter attention à ce qui se déroulait autour de lui.

«Que disent les journaux ?» Interrogea la reine tout en prenant une nouvelle tasse sur la table pour la remplir de café chaud.

«Rien d’intéressant… Sérieusement, où sont passés les vrais criminels ? Même les méchants deviennent ennuyeux maintenant !» Ronchonna Bowser avec une profonde déception, frustré par le manque dramatique d’action dans les nouvelles du jour. Lui qui espérait tomber sur des histoires de guerres explosives, d’attaques de châteaux, de gigantesques bagarres ou de catastrophes spectaculaires se retrouvait à lire des articles trop banals à son goût. Il tourna même une page avec une moue contrariée, offensé que le mal ne soit plus aussi glorieux qu'autrefois. La grande tortue finit par détourner les yeux de son journal lorsque Solfège lui tendit une nouvelle tasse de café chaud afin de remplacer celle qui avait refroidi à côté de lui. Son expression s’adoucit presque instantanément. Un petit sourire étira ses lèvres tandis qu’il venait poser sa grande main griffue sur celle de son épouse. Les doigts de Solfège glissèrent doucement contre le dessus de sa main, juste au-dessus de sa bague noire, avant qu’il ne dépose avec une étonnante délicatesse un tendre baiser contre ses doigts frêles.

Une manière silencieuse de la remercier pour cette attention. Le geste fut si naturel qu'aucun d'eux ne sembla même s'en rendre compte. Depuis quelque temps déjà, ces petites marques d'affection faisaient simplement partie de leur quotidien. Ayant à présent terminé son assiette, le Magikoopa décida de s'attaquer à son café. Portant lentement sa tasse tremblante jusqu'à ses lèvres, il souffla dessus durant de longues secondes dans un bruit particulièrement agaçant avant d'avaler bruyamment le liquide brûlant. Le visage de Solfège se crispa aussitôt. La jeune femme laissa échapper un discret gémissement avant de porter une main à son front dans un profond désespoir.

Habituellement, elle supportait sans difficulté les petites habitudes de Kamek… Mais ce matin, la fatigue la rendait beaucoup plus sensible et irritable qu'à l'ordinaire. Affaissée dans son fauteuil, la reine finit par laisser son regard dériver distraitement vers le journal que Bowser tenait toujours entre ses griffes. Puis ses sourcils se froncèrent. «Des Lumas tombent du ciel !» Le titre occupait presque toute la première page, écrit en énormes lettres impossibles à ignorer. Un frisson d'inquiétude parcourut immédiatement Solfège. Cela signifiait donc qu'il y en avait d'autres… Beaucoup d'autres, peut-être. Combien de petites étoiles étaient tombées durant la nuit ? Et surtout… Dans quel état ?

Solfège sursauta presque quand Bowser se mit à rire, un rire grave et tonitruant.

«Ha ! Écoutez un peu ça. “Un Bob-omb a explosé accidentellement pendant une bagarre dans une taverne, déclenchant un incendie et une attaque de Chomps affamés.” J’aurais aimé voir ça. Enfin un peu d’action ! Je commençais presque à m’ennuyer dans ce pays.» S’exclama Bowser avec un large sourire amusé, beaucoup trop diverti par ce genre de nouvelles. Le roi poursuivit ensuite sa lecture avec un intérêt renouvelé, sa queue remuant légèrement derrière sa chaise.

«Oh, et celle-là est excellente aussi.» S’esclaffa-t-il avant de reprendre à voix haute ; «“Un voleur a tenté de cambrioler une forteresse Koopa avant de tomber directement dans la fosse aux plantes Piranha pendant sa fuite.” Il a dû passer un sale quart d’heure.»

«Les plantes Piranha restent une valeur sûre.» Commenta Kamek avec satisfaction avant de boire une gorgée de café.

«J’espère qu’il n’y a pas eu de blessés...» Se soucia Solfège d’une grimace.

«Moi, j’espère qu’ils se sont tous fait croquer par les Chomps ! Et qu’il y a eu une grosse explosion !» S’enthousiasma Bowser Junior tout en sautillant d’excitation sur sa chaise. Le jeune prince agitait déjà les bras dans tous les sens en imaginant la scène avec des étoiles plein les yeux, comme si cette histoire représentait le sommet absolu du divertissement matinal.

«Les explosions, c’est ce qu’il y a de meilleur.» Bowser se pencha vers son fils pour lui adresser un sourire fier, heureux de voir Junior aussi passionné par le chaos dès le petit déjeuner.

«Je crois surtout que vous avez une définition très inquiétante d’un bon petit déjeuner…» Souffla Solfège d’un petit rire malgré elle, ne sachant pas vraiment si elle devait se sentir amusée ou, au contraire, déprimée par la situation. Mais après tout… Elle avait accepté d’épouser Bowser en parfaite connaissance de cause. Le chaos faisait partie intégrante du quotidien dans ce château.

Et puis, elle avait dit oui pour le meilleur… Comme pour le pire.

«Ah, longues sont les journées… Vite, passent les années…» Soupira Kamek en observant avec émotion la complicité entre son souverain et l'héritier du trône. Il ne se lassait jamais de ce genre de moments. Son vieux cœur de Magikoopa fondait à chaque fois qu'il les voyait ainsi. Soudain bien trop sentimental, le vieux Magikoopa finit par laisser parler ses émotions d'une voix tremblante, digne d'un véritable mélodrame.

«Oh, votre Méchanceté… si vous saviez comme la bonne époque me manque…» Se lamenta-t-il avant de descendre péniblement de sa chaise pour pouvoir rejoindre Bowser. Puis, avec tout le dramatique qui le caractérisait, Kamek se laissa lourdement tomber contre la jambe de son maître avant de recommencer à se plaindre.

«Vous souvenez-vous du bon vieux temps ? Lorsque nous faisions trembler le monde… Votre nom inspirait le respect autant que la peur… Ce temps-là où nous rêvions de conquérir l’univers à bord de votre navire. Nous avions des ambitions à la hauteur des plus grands conquérants ! Chaque royaume redoutait votre arrivée, Sire. Personne n’osait se dresser sur votre route. Ah… Quelle époque glorieuse c’était.» Rêvassa Kamek avec un sourire contemplatif, sa main décrivant un vague geste dans les airs. À l’évidence, cette époque lui manquait énormément.

«Arrête tes jérémiades et va droit au but ! Qu’est-ce que tu insinues ?» Rouspéta Bowser avec un rictus agacé, les bras relevés et éloignés de son corps comme si le simple contact de Kamek contre sa jambe le répugnait. Qu’est-ce qui lui prenait, tout à coup ?

«Cet esprit vif et fougueux… Cette petite étincelle qui brûlait en vous…» Poursuivit ce dernier dans le même ton nostalgique, presque mielleux.

«Elle brûle toujours !» Protesta immédiatement Bowser en montrant les crocs, sous les rires amusés des autres témoins de la scène particulièrement cocasse. Mais Kamek, lui, ne comptait visiblement pas abandonner aussi facilement.

«Oui… Mais c’était avant que vous ne deveniez un roi beaucoup trop casanier, Sire…» Répondit-il avec un sourire faussement innocent, glissant cette remarque dans l’espoir manifeste de raviver chez son monarque son ancienne soif de conquête et leurs rêves de grandeur d’autrefois. À ces mots, Bowser s'offusqua.

«Je ne suis PAS casanier ! C’est pas parce que je passe moins mon temps à partir à la conquête des mondes que je suis devenu mou. J’ai un royaume à gérer maintenant ! Une famille ! C’est complètement différent ! J'ai simplement d'autres priorités. Et arrête de me tripoter la jambe !» Dans un profond grognement d'agacement, le grand Koopa roula son journal des vilains avant d'en asséner plusieurs petits coups sur la tête de Kamek, toujours agrippé à sa jambe comme une vieille sangsue. Le Magikoopa se contenta de geindre théâtralement à chaque coup, sans pour autant lâcher prise. Pourtant… malgré toute cette indignation, une petite partie de Bowser savait que Kamek n'avait peut-être pas entièrement tort. Même s'il refusait catégoriquement de l'admettre devant Solfège, il lui arrivait parfois de regretter cette époque où ils rêvaient encore de conquérir l'univers entier. Après tout, il restait Bowser. Un roi. Un guerrier. Et quelqu'un qui n'avait jamais complètement renoncé à ses anciennes ambitions.

Il avait besoin d’adrénaline et d’aventure dans sa vie.

«Aie, non ! Pas le maudit journal !» Pleurnicha Kamek qui se couvrit rapidement la tête d’un gémissement douloureux, ce qui fit rire Solfège et Bowser Jr.

«T’en fais pas, papa ! Un jour, on conquerra plein de royaumes tous ensemble ! Toi, moi et mama !» Promit fièrement le prince en serrant ses petits poings avec détermination. Son immense sourire étira son visage, laissant davantage apparaître sa petite dent pointue alors qu’il s’imaginait déjà leurs futures aventures.

«Ha ha ! Évidemment qu’on le fera !» Ricana Bowser avant d’attraper Junior pour le soulever facilement vers le plafond. Le jeune Koopa éclata de rire pendant que son père pressait affectueusement son museau contre le sien, amusé par la motivation sans limite de son fils.

Kamek et Solfège observèrent cette scène touchante d’un regard attendri. Les deux Koopas étaient fusionnels, c’était indéniable. Père et fils partageaient les mêmes rêves, les mêmes ambitions et cette même fascination pour le chaos et les grandes conquêtes. Et ça, rien ni personne ne pouvait leur enlever.

À la fin de ce petit déjeuner, qui s'était finalement beaucoup éternisé, personne autour de la table n'avait réellement vu le temps passer. Résultat : Bowser Junior était maintenant en retard pour aller à l'école. Car oui, même les méchants avaient droit à l'éducation. Après avoir déposé un tendre baiser d'au revoir sur la joue écailleuse du jeune Koopa, Solfège resta immobile quelques secondes à le regarder traverser la grande cour du château, son énorme cartable rebondissant dans son dos à chacun de ses pas. Finalement, le petit prince monta à bord du bateau volant chargé de le conduire jusqu'à son école en toute sécurité avant que l'appareil ne redécolle lentement dans un grondement mécanique.

Les yeux de Solfège suivirent le vaisseau à travers le ciel sombre du Pays-Noir… jusqu'à ce qu'il disparaisse complètement à l'horizon. Seulement après cela, la reine retourna vaquer à ses propres occupations aux côtés de Bowser. Avec leurs responsabilités, leur quotidien restait rarement calme bien longtemps. Tous deux étaient constamment sollicités par les gardes, les habitants du royaume ou encore les nombreux sbires ayant toujours un problème, une requête ou une catastrophe à signaler. Bowser prenait en charge les situations nécessitant de l'intimidation ou de la force, tandis que Solfège s'occupait de celles demandant davantage de patience et de réflexion.

Ils formaient une super équipe.

Chaque fois qu'ils se croisaient dans un couloir du château, Bowser et Solfège échangeaient automatiquement un petit check complice avant de repartir dans des directions opposées afin de reprendre leurs occupations respectives. Et avec un royaume pareil à gérer… Ils n'avaient jamais vraiment le temps de s'ennuyer. Entre les problèmes d'entente, les bagarres, les objets perdus, les Chomps qui s'échappaient, les Bob-omb qui explosaient ou encore les monstres affamés… Leurs journées étaient toujours bien remplies. Ayant rarement un moment de répit, les deux souverains faisaient constamment de leur mieux pour répondre aux besoins des habitants. Solfège s'investissait pleinement dans la vie du château et accompagnait régulièrement Bowser dans certaines tâches importantes.

Bien souvent, lorsque le roi des Koopas manquait de patience ou qu'une situation demandait davantage de diplomatie, la reine intervenait naturellement à ses côtés pour apaiser les tensions. Il arrivait même que Bowser se contente de croiser les bras en la laissant parler, conscient qu'elle obtiendrait en quelques minutes ce qu'il n'aurait sans doute jamais réussi à régler par la force. La douceur naturelle et l'écoute de Solfège venaient parfaitement contrebalancer la rudesse et l'autorité imposante de Bowser. Une véritable osmose s'était installée entre eux au fil du temps. Là où le roi inspirait la crainte et le respect, la reine apportait une présence apaisante et réconfortante au sein du royaume.

Et malgré leurs différences évidentes, cette complémentarité faisait toute leur force.

À la fin de la journée, lorsque Bowser Junior rentrait enfin de l'école, le jeune Koopa avait pris l'habitude de venir goûter avec Solfège dans les cuisines de Koopa Cuistot. Entre les délicieuses odeurs de pâtisseries tout juste sorties du four et les nombreuses casseroles fumantes occupant les fourneaux, les trois échangeaient souvent quelques discussions tranquilles au sujet de la journée avant que Bowser ne vienne récupérer son fils. Puis venait l'heure de l'entraînement. Depuis quelque temps maintenant, le roi emmenait systématiquement Junior dans les vastes sous-sols du château afin de lui apprendre à se battre et à cracher du feu comme un véritable héritier royal. Même si tout cela restait encore récent, Bowser prenait cette mission extrêmement au sérieux.

Depuis qu'il avait découvert à quel point son fils rêvait de lui ressembler, il avait décidé de lui consacrer du temps chaque jour après l'école pour lui enseigner différentes techniques de combat, plusieurs positions d'attaque ainsi que diverses manières d'utiliser correctement son feu. Il corrigeait chacun de ses gestes avec une exigence presque militaire, sans jamais oublier de le féliciter lorsqu'il réussissait un enchaînement ou une belle flamme. Souvent présente pour les accompagner, Solfège restait assise en retrait sur une chaise pendant que père et fils réalisaient ensemble différents enchaînements de coups dans une énergie débordante.

Les voir aussi heureux tous les deux suffisait toujours à faire sourire la reine.

«C’est bien Junior, continue comme ça !» Félicita Solfège lorsque le petit Koopa réalisa une pirouette arrière pour esquiver le bâton de Bowser.

Il était agile, rapide et déjà redoutablement efficace en dépit de son jeune âge. Dès les toutes premières séances d'entraînement, Solfège avait remarqué à quel point Junior restait concentré et attentif au moindre conseil donné par son père. Le petit Koopa semblait déterminé à réussir chacun de ses mouvements, refusant par-dessus tout de décevoir Bowser. Et à voir l'immense fierté brillant dans les yeux du roi chaque fois que son fils maîtrisait une nouvelle technique… il était évident que ces moments comptaient énormément pour eux deux. Les bâtons d'entraînement s'entrechoquaient dans de puissants claquements qui résonnaient contre les immenses murs de pierre noire des sous-sols du château.

À chaque impact, de petits éclats de poussière se détachaient des vieilles pierres, alors que leurs pas faisaient grincer le sol de la salle d'entraînement. Père et fils échangeaient les coups avec énergie, alternant attaques rapides, esquives parfois maladroites et petits rugissements déterminés de Bowser Junior, qui donnait absolument tout ce qu'il avait pour suivre le rythme imposé par son père. Bowser n'épargnait aucunement son fils. Il le poussait sans cesse à se dépasser, persuadé qu'un futur roi devait apprendre à se relever après chaque erreur. Même épuisé, couvert de bleus et complètement essoufflé, le jeune prince refusait d'abandonner.

«Oui, c’est excellent ! Maintenant, concentre-toi sur ton feu intérieur.» L’encouragea Bowser avec fierté après avoir adressé un signe de tête à Kamek à l’autre bout de la salle. Le Magikoopa actionna aussitôt une grande manivelle grinçante, faisant surgir plusieurs pancartes représentant leurs différents ennemis au fond de la salle d’entraînement.

«Tu peux le faire, Junior !» Solfège serra ses mains en poings dans l’attente de voir apparaître les boules de feu du petit Koopa.

C'était dans cette salle même qu'elle avait autrefois passé des heures à entraîner Bowser pour qu'il devienne une meilleure version de lui-même dans l'espoir de séduire Peach. À cette époque, le roi des Koopas cherchait désespérément à impressionner la princesse du Royaume Champignon, multipliant les efforts pour paraître plus calme, plus élégant… et surtout un peu moins terrifiant. Aujourd'hui encore, ce souvenir semblait presque irréel aux yeux de Solfège. C'était une autre époque. Depuis, ils avaient traversé d'innombrables épreuves ensemble. Leur relation avait changé, évolué et grandi au fil des mois jusqu'à devenir quelque chose qu'elle n'aurait jamais cru possible.

Un sourire profondément affectueux étira doucement ses lèvres alors qu'elle reposait sa joue contre son poing, ses yeux verts brillant d'une tendre admiration en observant Bowser et Junior au centre de la salle d'entraînement. Son cœur débordait littéralement d'amour pour eux. Elle regarda ensuite Bowser venir se placer derrière son fils afin de corriger patiemment sa posture, guidant ses petits bras, contrôlant sa respiration et lui montrant comment canaliser correctement son feu pour produire des flammes plus puissantes. Malgré son imposante carrure, le roi faisait preuve d'une patience étonnante.

Cette technique-là, Solfège ne la maîtrisait pas encore à l'époque où elle avait elle-même aidé Junior à produire ses toutes premières petites flammes maladroites. De longues minutes passèrent sans véritable résultat, le jeune Koopa multipliant les tentatives sous les encouragements constants de Bowser. À chaque nouvel essai, une simple bouffée de fumée ou quelques étincelles s'échappaient de sa bouche, mais jamais la moindre flamme digne de ce nom. Puis, après un nouvel effort accompagné d'un petit grognement de concentration, une vraie boule de feu jaillit enfin de sa gueule dans une trajectoire complètement incontrôlée avant d'aller exploser plus loin dans la salle d'entraînement.

La réaction de Bowser fut instantanée. Dans une grande exclamation joyeuse, le roi Koopa s'abaissa pour attraper son fils sous les aisselles avant de le soulever dans les airs avec une immense fierté, le faisant rebondir entre ses énormes griffes. Impressionnée et profondément fière elle aussi, Solfège se leva de sa chaise afin de féliciter chaleureusement Bowser Junior pour sa réussite, sachant à quel point cracher du feu restait compliqué pour lui malgré tous les entraînements précédents. Ce n'était pas tous les jours qu'ils assistaient à un tel progrès ! Même Kamek finit par applaudir avec enthousiasme, absolument ravi de voir le jeune prince progresser aussi rapidement.

«Ha ha ! Tu l’as fait !» Lança Bowser avec un rire heureux, extrêmement fier de son fils.

«J’ai réussi ! T’as vu, p’pa ? T’as vu ça ? J’ai fait du feu comme un grand !» Piailla Junior avec excitation dans les bras de Bowser, ses petits yeux noirs reflétant du bonheur à l’état pur.

«Oui, impossible de le louper !» Ricana son père avant de se pencher vers lui pour venir frotter affectueusement son museau contre le sien. C’était un geste tendre que Bowser reproduisait constamment avec son fils sans même s’en rendre compte. Cependant, ce moment de complicité fut rapidement interrompu par la voix de Kamek derrière eux… et l’agacement apparut sur le visage de Bowser.

«C’était spectaculaire, votre Altesse ! Remarquable, même ! La plus grande boule de feu que vous ayez faite jusque-là ! Vous grandissez tellement vite…» S’extasia Kamek en essuyant une petite larme au coin de son œil, beaucoup trop ému par cette scène. Puis, comme toujours, le Magikoopa repartit dans l’un de ses interminables monologues nostalgiques.

«Je me souviens encore de la toute première boule de feu de votre père… Il avait accidentellement incendié trois rideaux et une partie de la salle du trône. Ah, quelle catastrophe c’était à l’époque…» Se remémora Kamek en posant ses mains contre ses joues sous le regard noir particulièrement menaçant de Bowser. Néanmoins, le Magikoopa resta imperturbable, poursuivant tranquillement ses souvenirs de l’époque où le roi des Koopas n’était encore qu’une petite tortue incontrôlable et casse-cou. Pendant ce temps-là, Bowser Junior descendit des bras de son père avant de courir jusqu’à Solfège dans un élan spontané pour venir se blottir contre sa robe rouge. Le jeune Koopa enfouit ensuite sa tête contre le ventre de la reine tandis que sa petite queue remuait rapidement derrière lui sous l’effet de l’excitation.

«Tu as aussi vu ma boule de feu ? T’as vu comme elle était énorme ?! J’ai presque touché la pancarte de Mario !» Junior sautilla dans les bras de Solfège, la regardant dans l’espoir qu’elle n’avait rien loupé de son exploit du jour.

«Énorme ? Je dirais même gigantesque. Je crois bien que Bowser a un sérieux concurrent maintenant.» Sourit doucement l’humaine en passant sa main sur la tête du petit Koopa blotti contre elle, ses doigts glissant dans sa petite houppette rouge ébouriffée après tous ses efforts.

Une fois la séance terminée et les félicitations enfin calmées, les occupants de la salle quittèrent les sous-sols du château pour rejoindre les longs couloirs de pierre. Les bavardages incessants de Bowser Jr. résonnaient dans le corridor alors que la petite tortue bondissait presque aux côtés de son père, encore euphorique après son entraînement. Junior monopolisait désormais toute l'attention de Bowser, s'imaginant déjà partir à la conquête de nouveaux mondes, affronter des armées entières et provoquer d'immenses explosions simplement parce qu'il avait réussi à produire une nouvelle boule de feu. Sa détermination était touchante… Bowser l'écoutait d'une oreille attentive, laissant parfois échapper un petit rire amusé devant l'enthousiasme débordant de son fils.

Derrière eux, Kamek flottait silencieusement sur son balai en bambou afin de s'épargner l'effort de traverser tout le château à pied. Après tout, le Magikoopa préférait largement laisser la magie travailler à sa place plutôt que fatiguer ses vieilles jambes. Son balai suivait tranquillement le groupe au rythme de leur marche, oscillant légèrement dans les airs à chaque virage du couloir. Fermant calmement la marche derrière eux, Solfège avançait les bras croisés dans le dos, un petit sourire pensif étirant ses lèvres. Elle écoutait avec tendresse les babillages joyeux de Junior, qui continuait encore de raconter son exploit à Bowser dans un flot de paroles ininterrompu.

Toutefois, un étrange frisson parcourut soudainement la nuque de Solfège. Elle interrompit sa marche pour jeter un regard perplexe derrière elle, persuadée, l'espace d'un instant, que quelqu'un les observait. Or, il n'y avait rien. Pas un garde. Pas un Goomba. Mis à part eux, le couloir était entièrement vide. Seules les flammes des torches vacillaient doucement contre les murs de pierre, projetant d'étranges ombres mouvantes dans le silence du château. Solfège continua malgré tout de scruter les environs avec méfiance, cherchant silencieusement l'origine de cette sensation oppressante qui lui serrait la poitrine. Après quelques secondes d'hésitation, la reine se retourna finalement pour reprendre sa marche derrière Bowser et Junior, déjà éloignés.

Ce malaise persistant refusant de disparaître.

À suivre…

C’est plutôt étrange, n’est-ce pas ? Cette sensation d’être observée… Il y a définitivement quelque chose qui cloche, mais quoi ?

À bientôt, VP

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