Les fragments d'une voix

Chapitre 7 : Présence

5256 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 12/06/2026 16:57

Voici la suite de l’histoire 😊

Chapitre 7 – Présence

La vapeur engloutissait entièrement la salle d’eau, transformant la pièce en un épais brouillard blanc où les contours des meubles se perdaient derrière un voile opaque. De petites gouttes de condensation perlaient le long des murs de pierre chauffés par la chaleur ambiante, rendant l’atmosphère lourde mais agréable. Enfin… surtout pour les tortues. Car pour Solfège, il restait beaucoup plus difficile de s’habituer à cette humidité étouffante mêlée à la chaleur naturelle dégagée par le château volant. Même après tout ce temps passé ici, elle avait encore parfois du mal à supporter cette chaleur sèche qui semblait émaner des murs eux-mêmes. Située au sommet du château de Bowser, la salle de bain ressemblait davantage à de véritables thermes royaux qu’à une simple pièce d’eau. Un immense bassin fumant occupait le centre de la salle tandis que deux hautes fenêtres laissaient entrevoir les nuages sombres grondant autour de la forteresse. Dans un coin reposait un large miroir rectangulaire complètement embué, accompagné de deux lourdes vasques de roche polie faisant office de lavabos.

La jeune femme se tenait accroupie devant le vaste bassin en pierre noire, frottant énergiquement ses mains dans les cheveux détachés de Junior afin d’y faire mousser le shampoing. La mousse glissait entre ses doigts pendant que le petit Koopa se laissait faire sans protester. Autour d’eux, tout respirait le luxe et l’extravagance propre au château de Bowser. La robinetterie entière était façonnée en or massif, et le bec du robinet représentait une immense tête du roi des Koopas. Chaque fois que l’eau chaude s’écoulait, de fins sillons de fumée s’échappaient lentement de ses narines, donnant presque l’impression que la statue respirait réellement. De grands tapis bariolés recouvraient également les quatre coins de la pièce, apportant des touches de couleurs chaleureuses au milieu des pierres sombres de la salle de bain royale. Solfège aimait beaucoup venir ici. Elle affectionnait tout particulièrement ces petits moments de calme partagés avec Bowser Jr après l’école, loin du bruit et de l’agitation du château.

Fatiguée par cette longue journée passée à régler des problèmes à droite et à gauche, la reine laissa échapper un petit soupir de lassitude, ses mouvements se faisant peu à peu plus lents dans les cheveux du jeune Koopa. Son esprit recommençait déjà à vagabonder vers cette étrange histoire qui occupait toutes ses pensées depuis plusieurs jours. Les petites Lumas blessées retrouvées dans la chambre de la princesse Peach lui revenaient sans cesse en tête. Elle n’avait plus eu de nouvelles d’eux. Et plus elle y pensait… plus une sensation désagréable se logeait dans sa poitrine. Leur mère devait probablement être morte d’angoisse à l’idée de les avoir perdues. Solfège n’osait même pas imaginer ce qu’elle ressentirait si Bowser Jr venait à disparaître du jour au lendemain sans laisser la moindre trace... Perdue dans ses pensées, ses mains finirent par s’immobiliser dans les cheveux mouillés du petit Koopa tandis que ses yeux verts se perdaient dans l’impressionnante quantité de mousse qui recouvrait désormais tout le bassin. Il y en avait tellement qu’il devenait presque difficile d’apercevoir Bowser Junior au milieu de toute cette mousse blanche !

«Quelque chose ne va pas, mama ?» Interrogea Bowser Jr qui avait remarqué son moment d’absence, clignant rapidement des yeux face à son expression songeuse. Ne souhaitant toutefois pas lui révéler ce qui occupait son esprit, Solfège reprit doucement son massage avec un sourire rassurant.

«Comment s’est passée l’école aujourd’hui ?» Enchaîna-t-elle en détournant la conversation vers un sujet le concernant. Elle s’efforçait à sourire pour n’éveiller aucun soupçon. Aussitôt, la curiosité disparut du visage du petit Koopa alors qu’il croisait les bras avec un léger rictus.

«Je déteste l’école.» Bougonna-t-il.

«Pourquoi donc ? C’est pourtant bien l’école ! On apprend tout un tas de nouvelles choses. Et puis, je suis certaine que provoquer des explosions est beaucoup plus facile quand on connaît un peu les mathématiques.» Fit remarquer Solfège en adressant un clin d’œil complice à Junior quand il la regarda avec surprise. À vrai dire, elle ne parlait pas vraiment en connaissance de cause puisqu’elle n’avait jamais fréquenté d’école au cours de sa vie. Cela ne l’avait cependant pas empêchée de recevoir une solide éducation auprès des gentils pantins qui avaient veillé sur elle durant son enfance. Patiemment, ils lui avaient transmis leur savoir au fil de longues leçons et d’innombrables livres, lui permettant d’acquérir toutes les connaissances essentielles malgré son isolement. N’obtenant aucune réponse, elle se pencha vers lui afin de capter son attention, mais le prince détourna la tête avec obstination.

«M’en parle pas ! C’est ennuyeux à mourir. À l’école, ils veulent toujours qu’on reste assis sans rien faire pendant des heures ! J’ai même pas le droit de faire des expériences. Mes robots sont cent fois plus cool que leurs vieux cours tous pourris ! De toute façon, quand je serai roi, j’aurai des serviteurs pour faire les trucs compliqués à ma place.» Marmonna Bowser Jr en tournant le dos à sa mama, trouvant soudainement la mousse bien plus intéressante. Du bout de sa griffe, il y traçait distraitement de petits dessins.

C’était… une philosophie de vie discutable.

«Et les autres enfants ? Tu arrives à te faire des amis ?» S’enquit ensuite Solfège, sincèrement concernée par le bien-être de son fils adoptif. À cette question, les épaules de Bowser Junior se contractèrent.

«Les amis, ça sert à rien ! Ils te poignardent dans le dos dès qu’ils en ont l’occasion !» Déclara-t-il en mimant plusieurs coups de poignard dans les airs avec un sérieux dramatique, comme s’il affrontait un ennemi invisible. Derrière lui, Solfège s’immobilisa complètement.

«Qui t’as dit ça ?» Choquée par ces propos, l’humaine écarquilla les yeux.

«C’est papa à mon premier jour d’école !» Répondit-il avec fierté, haussant ses petites épaules alors qu’il levait la tête pour croiser le regard soucieux de sa mama.

Elle se retint de justesse de laisser échapper un profond gémissement de désespoir. Évidemment… Qui d’autre que Bowser aurait pu lui mettre ce genre d’idées dans la tête ? C’était tout lui. Sa marque de fabrique. Même si cette façon de penser l’inquiétait un peu pour l’avenir de Junior, Solfège ne put s’empêcher de secouer doucement la tête avec amusement. Bowser et ses conseils parfois douteux… Elle l’imaginait sans peine expliquer à son fils que les rois n’avaient pas besoin de s’embarrasser des détails tant qu’ils avaient des serviteurs pour s’en charger. Malgré tout, elle savait qu’il n’y avait aucune mauvaise intention derrière ces paroles. Bowser voulait simplement offrir le meilleur à ceux qu’il aimait et les protéger du moindre danger, quitte à leur transmettre quelques principes peu conventionnels. Puis elle attrapa le pommeau de douche afin de commencer à rincer les cheveux rouges du petit Koopa. D’une main attentive, elle écarta la mousse accumulée sur son front pour éviter qu’elle ne glisse dans ses yeux avant de laisser l’eau chaude couler délicatement sur sa tête. Bowser Jr laissa échapper un petit couinement satisfait, ce qui étira naturellement les lèvres de Solfège.

C’était presque comique.

Quelques minutes plus tôt encore, Junior avait protesté avec toute l’indignation dont il était capable pour éviter d’aller prendre son bain. Comme pratiquement tous les soirs. Et maintenant, il profitait pleinement du moment, allant même jusqu’à réclamer davantage de massages. Décidément… ce petit Koopa était terriblement capricieux ! Mais aussi incroyablement adorable. Et malheureusement, cette petite bouille ronde aux grands yeux expressifs jouait énormément en sa faveur chaque fois qu’il faisait une bêtise ou qu’il méritait d’être grondé. C’était son arme ultime. Son joker personnel. Une simple moue triste ou un regard attendrissant suffisait souvent à faire fondre tout le monde autour de lui. Et le pire dans tout ça, c’est que Junior savait parfaitement comment utiliser ce pouvoir. Derrière son jeune âge se cachait déjà un redoutable sens de la manipulation lorsqu’il s’agissait d’échapper aux réprimandes. Pas étonnant que Bowser soit incapable de lui résister plus d’une seconde. Dès que son fils prenait cet air malheureux, toute autorité semblait aussitôt quitter le roi des Koopas.

Même si, honnêtement, ce n’était probablement pas la meilleure chose pour l’éducation de Junior. Mais encore une fois… comment dire non à cette petite tête ronde et à ses airs innocents ? Surtout qu’il cachait derrière ces sourires une véritable âme de combattant, en plus de posséder les mêmes facultés remarquables que son paternel.

Changeant de position au bord du bassin, Solfège se redressa avant de demander à Bowser Jr de se tourner pour qu’elle puisse s’occuper de sa carapace verte. Attrapant une brosse presque aussi imposante qu’elle, l’humaine y déposa un peu de produit lustrant avant de commencer à frotter soigneusement entre les petites piques du jeune Koopa. À peine la brosse effleura-t-elle sa carapace que Bowser Junior se tortilla de satisfaction dans le bassin. Sa queue frétillait dans tous les sens, envoyant de petites éclaboussures autour de lui, tandis qu’il laissait échapper de petits éclats de rire incontrôlables. Ses épaules se détendirent presque instantanément sous les gratouilles, révélant à quel point cette sensation lui plaisait. C’était sans aucun doute sa partie préférée du bain ! Les gratouilles sur sa carapace… Il pourrait rester ainsi pendant des heures. Comme à chaque fois, Solfège prenait toujours soin de lui retirer son bandana ainsi que ses anneaux noirs aux poignets afin d’éviter que l’eau chaude ou le savon ne les abîment. Car sinon, Junior piquait une crise de colère monumentale. Le petit Koopa répétait souvent qu’il se sentait vulnérable sans eux, ayant l’impression de perdre une partie de lui-même lorsqu’il les retirait.

À bien y réfléchir, Solfège pouvait parfaitement le comprendre. Elle-même ressentait parfois ce vide étrange lorsqu’elle se retrouvait séparée de sa précieuse montre à gousset, tant cet objet familier était devenu une véritable source de réconfort. Elle ne s’en séparait pratiquement jamais, sauf dans de très rares situations. Même depuis sa libération de l’emprise de Tic-Tac, la jeune femme continuait de garder cette montre, refusant de l’abandonner. Non pas par peur… mais parce qu’elle représentait bien plus qu’un simple objet. C’était le symbole silencieux de sa liberté retrouvée. La preuve physique qu’elle avait survécu à tout cela. Déposant un petit bisou sur la joue de Junior au moment où ce dernier se secoua, elle se leva ensuite pour s’étirer après être restée aussi longtemps dans la même position. Elle commençait sérieusement à avoir des crampes à force… Mais le véritable sourire affiché sur le visage du jeune prince valait toutes les douleurs du monde ! Alors qu’elle s’apprêtait à chercher une serviette pour la draper autour du Koopa toujours assis dans l’eau, ils furent cependant surpris par trois petits coups frappés contre la porte.

«C’est qui ?» Requit Junior en fronçant les sourcils, clairement contrarié que quelqu’un ose interrompre ce moment de détente qu’il appréciait tant.

«Je peux me joindre à vous ?» Demanda alors la voix étouffée de Bowser derrière la lourde porte en bois. À peine avait-il reconnu la voix de son père que Junior poussa un petit cri de panique.

«Non ! Ne rentre pas ! Je suis tout nu !» Soudain horrifié par sa propre situation, le jeune Koopa tenta maladroitement de préserver ce qu’il lui restait de dignité. Il rabattit ses bras contre lui tout en croisant précipitamment les jambes. Sa bouche formait un adorable petit O de surprise alors que ses joues se gonflaient sous l’embarras. Derrière la porte, Bowser poussa un profond soupir résigné.

«Mais on est toujours tout nus…» Rappela-t-il avec une pointe d’exaspération. Un silence s’installa, puis Junior cligna plusieurs fois des yeux avant que la réalisation ne le frappe enfin.

«Ah oui, c’est vrai ! Bah tu peux rentrer alors...» Le prince éclata d’un petit rire gêné tout en se grattant l’arrière de la tête. Un sourire malicieux étira rapidement ses lèvres tandis que toute sa panique disparaissait aussi vite qu’elle était apparue. Il oubliait ce détail à chaque fois... C’était à cause de l’absence de son bandana et de ses anneaux ! Dès qu’il les retirait, quelque chose semblait changer dans sa façon de se percevoir. Comme si une partie de l’assurance qu’ils lui procuraient disparaissait avec eux, laissant momentanément place à un jeune Koopa beaucoup moins sûr de lui.

Bowser finit par entrouvrir la porte afin de passer sa tête à l’intérieur de la salle de bain envahie par une épaisse brume. Il agita sa grande main devant son visage avant de refermer la porte dans son sillage sous les cris indignés de Junior, qui se plaignait d’avoir froid. À travers le voile blanchâtre flottant dans la pièce, le roi distingua finalement sa femme dans un coin de la salle de bain. Une grande serviette reposait dans une de ses mains. Dans l’autre, elle tenait la brosse à dents de leur fils, prête à poursuivre le rituel du coucher. Solfège venait tout juste d’installer le petit marchepied près des lavabos afin de passer aux dernières étapes avant la nuit de Bowser Junior. Lorsque leurs regards se croisèrent enfin, le visage de la jeune femme s’illumina aussitôt d’un grand sourire, heureuse de le voir les rejoindre. Cet accueil réchauffa le cœur de Bowser. Touché par ce sourire chaleureux qu’il aimait tant, le roi avança timidement dans la pièce envahie par la vapeur, un comportement bien loin de l’image intimidante qu’il renvoyait en temps normal. Ses grosses griffes jouaient distraitement entre elles dans un geste maladroit trahissant une certaine gêne, alors qu’il posait sur Solfège un regard étonnamment doux et affectueux.

«Est-ce que je peux aussi avoir un massage et des gratouilles ?» Formula-t-il nerveusement, son sourire crispé ressemblant plutôt à une grimace.

Malgré son ton hésitant, Solfège connaissait que trop bien ce regard. Cette expression adorable qu’il prenait chaque fois qu’il voulait quelque chose sans vraiment oser le demander directement…

«Bien sûr, votre Altesse.» Fit-elle avec une petite révérence théâtrale avant de lui désigner d’un geste élégant le bassin encore chaud.

Le père était exactement comme son fils, irrésistible. Elle ne pouvait rien leur refuser ! C’était aussi ça, l’amour. Ces instants simples et privilégiés partagés tous les trois, ces petites routines du quotidien qui finissaient par devenir les souvenirs les plus précieux. Junior s’empressa de sortir de l’eau pour se jeter dans la serviette tendue par Solfège, grelottant tout au long de sa petite course. La différence de température lui paraissait flagrante, un avis que l’humaine ne partageait absolument pas. Pour elle, il faisait constamment chaud partout dans le château... Prenant soin de retirer chacun des lourds anneaux des bras de Bowser, elle attendit ensuite que le grand Koopa s’installe dans l’eau avant de commencer à lui masser la nuque et ses épaules massives. L’effet fut immédiat. Tous les muscles du roi semblèrent se relâcher d’un seul coup tandis qu’un profond soupir de contentement s’échappait de sa gorge. Toute la fatigue, les tensions et le poids de la journée paraissaient fondre sous les doigts experts de sa reine. Solfège possédait un véritable don pour apaiser les autres, un talent qui venait s’ajouter à la longue liste de ses qualités déjà innombrables à ses yeux.

Car pour Bowser, elle n’avait tout simplement aucun défaut.

Ensuite vint le moment du brossage. Armée de la grande brosse encore couverte de produit lustrant, Solfège commença à frotter la large carapace verte de Bowser, prenant le temps de passer entre chacune des grandes piques blanches afin de ne laisser aucun recoin de côté. Le bruit régulier des poils glissant contre la surface rugueuse résonnait doucement dans la salle de bain. Et exactement comme son fils quelques minutes plus tôt, Bowser ne tarda pas à gigoter sous les gratouilles. Quelques petits rires graves lui échappèrent malgré lui alors que ses hanches se balançaient légèrement d’un côté à l’autre sous le contact agréable de la brosse. En dépit de son statut de souverain redouté, de ses airs redoutables et de son immense puissance, il avait à cet instant des airs de grand enfant comblé par ces petites attentions. Ce spectacle provoqua un petit rire amusé chez Junior, toujours en train de se sécher dans un coin de la pièce. D’habitude, il n’aimait pas qu’on lui vole la vedette, mais il savait que son papa avait besoin de se détendre après une dure journée de travail.

Une fois que Bowser Jr eut droit à son histoire du soir et qu’il fut enfin confortablement installé dans son lit, le couple quitta calmement sa chambre pour rejoindre la leur. Une bonne nuit de sommeil ne leur ferait pas de mal… surtout avec cette interminable montagne de travail qui les attendait chaque jour. Comme à son habitude, Solfège alla s’installer devant sa coiffeuse pour brosser ses longs cheveux rouges encore légèrement humides. Derrière elle, Bowser avait déjà commencé sa petite routine sportive du soir, alternant entre étirements et pompes avec une aisance impressionnante. À travers le miroir, la jeune femme ne pouvait s’empêcher de l’étudier discrètement. Chaque mouvement faisait doucement battre son cœur, tandis qu’une nuée de papillons semblait s’agiter dans son ventre chaque fois que ses yeux se posaient sur lui. Il était terriblement séduisant lorsqu’il s’entraînait ainsi… Ses muscles saillants se contractant sous l’effort, son expression concentrée, sa prestance naturelle… Enfin, Bowser était séduisant absolument tout le temps aux yeux de Solfège. Il ne se passait pas un jour sans qu’elle se rende compte de la chance qu’elle avait.

«Je suis en super forme ce soir !» Grogna-t-il fièrement sous l’effort après s’être redressé pour aller s’admirer dans le grand miroir sur pied installé près du mur. Avec toute l’assurance qui le caractérisait, Bowser se plaça face à son reflet et leva les bras pour contracter ses imposants biceps. Puis, dans un geste délibérément théâtral, il fit rouler ses épaules avant de passer une main dans ses cheveux flamboyants. Un sourire taquin étira ses lèvres lorsqu’il croisa le regard fiévreux de sa femme à travers le miroir, très fier de l’effet qu’il produisait.

Chaque regard admiratif, chaque sourire attendri ou chaque rougeur discrète nourrissait un peu plus sa confiance déjà démesurée.

«Ton reflet va finir par tomber amoureux de toi aussi si tu continues.» Le taquina Solfège dans un petit rire tout en déposant sa brosse sur la coiffeuse, au plus grand bonheur de son ego. Secouant la tête à son mari en pleine contemplation, la jeune femme quitta ensuite son siège avant de se diriger derrière le paravent installé dans un coin de la chambre afin d’enfiler son pyjama. Ses longs cheveux rouges glissèrent élégamment dans son dos alors qu’elle disparaissait derrière les panneaux décorés, laissant Bowser seul avec son reflet et son immense satisfaction personnelle.

«Junior a vraiment fait beaucoup de progrès aujourd’hui…» Débuta Bowser devant son miroir, voyant apparaître dans le reflet la robe rouge de la reine suspendue au paravent. Son ton s’était fait plus calme, plus pensif.

«Il grandit si vite…» Soupira Solfège en ressortant finalement de derrière le paravent. Elle portait désormais une légère nuisette rouge et noire décorée de plusieurs petits blasons à l’effigie de Bowser. Le tissu épousait délicatement sa silhouette tandis que ses longs cheveux rouges retombaient librement sur ses épaules. Sous la lumière tamisée de la chambre, leurs reflets cuivrés se paraient d’éclats flamboyants.

«Encore quelques entraînements pour maîtriser son feu, et je pourrai enfin passer plus de temps avec lui sur le terrain. Notre fils doit comprendre ce que ça veut dire de diriger un royaume. Il faut qu’il devienne fort pour protéger les siens. Et avec un père comme moi pour l’entraîner ? Il sera imbattable ! Tout le monde le craindra !» À travers le reflet du miroir, l’expression de Bowser s’était adoucie sans même qu’il ne s’en rende compte. Il ne parlait plus comme un roi rêvant de conquêtes ou de batailles glorieuses, mais comme un père souhaitant préparer son fils à veiller un jour sur ceux qu’il aime.

«Son désir le plus cher est de te ressembler. Il fait tous ces efforts parce qu’il veut voir cette fierté dans ton regard. Il parle constamment de toi, de tes victoires, de ton courage et de la façon dont tu fais toujours face aux problèmes sans jamais abandonner. À ses yeux, tu es le père le plus incroyable qui existe. Et tu l’es. Mais n’oublie pas qu’il reste encore un enfant...» Rappela tendrement Solfège une fois qu’elle se glissa sous les couvertures rouges et or, déposant sa couronne sur le guéridon à côté d’elle. Bowser avait pensé à allumer la bougie avant même qu’elle ne vienne se coucher. Une petite attention simple, mais qu’il répétait pourtant chaque soir sans jamais oublier.

«Et je suis super fier de lui, évidemment ! Regarde un peu qui est son père ! Avec des gènes pareils, ce gamin est forcément destiné à devenir incroyable ! Qu’est-ce que t’en dis ?» Fanfaronna Bowser en ouvrant largement les bras, un immense sourire espiègle étirant ses crocs avec toute la confiance du monde. Mais cette fois, aucune réponse amusée ne vint réagir à sa petite démonstration de vanité. Le roi cligna des yeux avant que ses sourcils ne se froncent d’incompréhension. À travers le reflet du miroir, son regard finit par se poser sur Solfège dans le lit derrière lui.

«Solfi ?» Sa voix s’était teintée de perplexité lorsqu’il aperçut l’expression de sa femme. La jeune reine était complètement figée sous les couvertures remontées jusqu’à son menton, son visage affichant une expression profondément horrifiée, comme si elle venait de voir un fantôme.

«Qu’est-ce qui ne va pas ?» S’inquiéta aussitôt le roi en grimpant rapidement sur le lit pour se rapprocher d’elle, ses épais sourcils relevés par l’inquiétude. Toute son attitude avait changé en une fraction de seconde. Ne recevant toujours aucune réponse, il plaça doucement une griffe sous son menton afin de la forcer à le regarder.

«J’ai vu quelqu’un à la fenêtre…» Souffla Solfège d’une voix tremblante, les yeux encore grands ouverts par l’horreur.

«Par la fenêtre ? Ça doit être ton imagination. Nous sommes tout en haut du château, personne ne peut atteindre la fenêtre…» Tenta de la rassurer Bowser d’un sourire narquois, cependant sa voix mourut lorsqu’il croisa les yeux verts terrifiés de son épouse. Le même regard qu’elle lui avait lancé lorsqu’il l’avait menacée de mort au tout début de leur histoire…

Et le voir dirigé vers lui de nouveau lui serra douloureusement le cœur.

«D’accord, je vais aller voir ce qui se passe. Reste là !» L’incrédulité de Bowser face à l’absurdité de la situation avait finalement laissé place à un sérieux plus prudent.

Le Koopa géant leva une main griffue devant Solfège pour lui faire comprendre de ne surtout pas quitter le lit avant de se détourner rapidement. Ses lourds pas firent vibrer le sol de la chambre tandis qu’il se dirigeait vers la porte, déjà prêt à fouiller personnellement chaque couloir et chaque pièce du château si cela pouvait calmer les craintes de sa femme. Les mains serrées en poings, il descendit les nombreux escaliers avant de se rendre compte que Solfège ne lui avait pas obéi, trop inquiète à l’idée qu’il puisse lui arriver quelque chose. L’humaine en nuisette le suivait de près, observant frénétiquement les alentours à la recherche d’un intrus. Elle n’avait pas rêvé. Et ce n’était pas non plus le fruit de son imagination. Il y avait bien quelqu’un qui les observait depuis la fenêtre. Une ombre. Une silhouette indistincte. Et lorsque cette présence s’était sentie repérée, elle avait disparu dans l’obscurité de la nuit, laissant Solfège en état de choc. Ce simple détail suffit à faire comprendre à Bowser que la situation était bien plus sérieuse qu’il ne l’avait d’abord imaginé. Solfège n’était pas du genre à paniquer sans raison.

Le roi des Koopas ne ralentit donc pas une seule seconde. Les mâchoires serrées et le regard durci, la tortue à épines traversa le hall du château avant de pousser brutalement les immenses portes principales. Ces dernières claquèrent lourdement derrière lui dans un vacarme impressionnant, annonçant immédiatement sa présence à quiconque pouvait encore rôder dans les environs du château. À l’extérieur, il n’y avait que les gardes volants effectuant leur ronde nocturne, la lave en fusion, les rochers noircis et le grondement du volcan dominant les lieux. Jusqu’ici, rien de suspect. Mais malgré cette apparente normalité, Bowser refusait de baisser sa garde. Même si les gardes surveillaient déjà le périmètre en multipliant les rondes, il voulait s’assurer que personne ne viendrait importuner sa reine ou son fils. Alors il s’avança jusqu’au centre du pont-levis avant de tourner lentement sur lui-même, les bras levés, ses yeux rouges balayant méthodiquement les environs plongés dans la pénombre. Son expression était devenue profondément menaçante, ses crocs dépassant légèrement de sa mâchoire tandis qu’un grondement sourd résonnait dans sa poitrine.

À cet instant, Bowser ressemblait de nouveau au souverain redouté que tout le royaume craignait.

«Où est-ce que tu te caches ?! Sors de ta cachette ! AFFRONTE-MOI !» Rugit-il, faisant grincer ses griffes en signe de menace à celui ou celle qui oserait le défier. Derrière lui, Solfège restait timidement immobile près des immenses portes ouvertes, serrant ses bras contre elle alors que son regard nerveux balayait les alentours.

«Reste bien derrière moi.» Grogna Bowser en levant une main protectrice vers la jeune femme, les yeux plissés.

«Personne ne fait peur à ma reine sans en subir les conséquences !» Tonna de nouveau Bowser d’une voix grave et intimidante qui semblait vibrer jusque dans les pierres du royaume. Ne voyant toujours personne se manifester, il poursuivit.

«Celui qui s’en prend à la reine s’en prend directement à moi ! Alors montre-toi !» Ajouta Bowser dans l’un de ces hurlements puissants et caractéristiques.

Sa voix grave se propagea à travers les montagnes volcaniques, portée par les échos du château et le grondement lointain du volcan. Le roi espérait clairement instiller la peur à l’intrus qui pouvait encore se cacher dans les environs. Mais sans surprise… rien ne se produisit. Aucun intrus ne sortit de l’ombre. Aucun mouvement suspect ne troubla les alentours. Seuls le bruit de la lave en fusion et le souffle chaud du vent répondaient à sa colère. Au fond, Bowser s’y attendait déjà. Personne n’était assez fou pour venir jusqu’ici volontairement. Le royaume Koopa était un véritable enfer volcanique où la moindre erreur pouvait coûter la vie. Entre les falaises noircies, les rivières de lave et les créatures patrouillant constamment autour de la forteresse, rares étaient ceux qui osaient seulement approcher du château par peur de finir carbonisés vivants. Et encore moins défier Bowser directement sur son propre territoire ! Le roi des Koopas possédait une armée immense et extrêmement bien organisée. Des soldats loyaux, puissants et toujours prêts à agir dès qu’un danger apparaissait. Certains étaient même prêts à se sacrifier sans hésiter pour protéger leur souverain et sa famille.

«Tu vois ? Il n’y a personne. Qui serait assez stupide pour s’aventurer sur mes terres ? Tu ne crains rien, je suis là !» Déclara Bowser avec un sourire en coin en se retournant vers sa chère et tendre, qui demeurait néanmoins silencieuse et sur ses gardes malgré son ton rassurant. Il reprit la parole d’un léger rire.

«Viens, on rentre.» Lui dit-il en posant sa main dans son dos pour la guider à nouveau à l’intérieur du château. Retrouvant progressivement une attitude plus détendue, le roi recommença même à siffloter en avançant dans le hall avant de lancer d’un ton beaucoup plus enthousiaste ; «Qui a un petit creux ?»

Mais Solfège n’était toujours pas complètement apaisée. S’arrêtant de marcher pour jeter un coup d’œil derrière son épaule, elle scruta une dernière fois les environs, ayant de nouveau cette horrible sensation d’être observée dans l’ombre.

À suivre…

J’ai adoré écrire ce chapitre. Les moments du quotidien entre Bowser, Junior et Solfège sont parmi ceux que je préfère écrire. Si ça ne tenait qu’à moi, je passerais mon temps à raconter leur vie de famille ! Hehe

Mais malheureusement, cette parenthèse de bonheur pourrait bien être de courte durée...

Je vous dis à bientôt !

VP

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