Les fragments d'une voix

Chapitre 8 : Requête

4673 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 17/06/2026 13:30

Chapitre 8 – Requête

Perdue dans l’un des interminables couloirs du château, l’une des nombreuses bibliothèques royales baignait dans un calme absolu, bien loin de l’agitation constante régnant habituellement dans le vaisseau volant. Ici, aucun garde bruyant, aucun rugissement lointain ni aucun vacarme métallique ne venait troubler cette rare quiétude. Installée au bord d’une grande fenêtre donnant sur la cour ouest, Solfège lisait attentivement, un lourd livre ouvert entre les mains. Autour d’elle, plusieurs piles de livres envahissaient le rebord de pierre et le sol, témoignant de ses longues heures de recherche. La pièce entière sentait le vieux papier, la poussière et le bois ancien des grandes étagères murales couvertes d’ouvrages jusqu’au plafond. La jeune femme se documentait avec sérieux. Depuis plusieurs jours déjà, elle fouillait les archives du château à la recherche d’informations concernant les Lumas. Plus précisément encore, tout ce qui pouvait mentionner l’existence de leur mystérieuse mère, dont personne ne semblait réellement connaître l’identité.

Les sourcils froncés par la concentration, Solfège gardait le nez plongé dans son livre. Doté d'une douce couverture violette ornée d'une petite étoile dorée, celui-ci racontait la naissance des Lumas ainsi que les premières légendes entourant les petites créatures stellaires. Depuis plus de deux heures maintenant, la jeune femme enchaînait les lectures sans relâche. Pourtant, malgré toutes ces histoires, les mêmes récits revenaient sans cesse sans jamais mentionner celle que les Lumas considéraient comme leur mère. Les rares informations qu'elle avait dénichées à son sujet demeuraient anecdotiques. Ce détail la rendait profondément perplexe. N'était-elle pas importante ? Pourquoi les textes les plus anciens restaient-ils aussi vagues à son sujet ? Rien ni personne ne semblait jamais l'évoquer. Glissant son doigt sous la ligne qu'elle parcourait afin de ne pas perdre le fil, Solfège rapprocha davantage l'ouvrage de son visage jusqu'à disparaître complètement derrière ses pages. Elle ne se rendait même plus compte du temps qui passait, tant elle était absorbée par ses investigations. Dans deux jours, elle devait à nouveau rencontrer la princesse Peach afin de voir comment se portaient les petits Lumas recueillis au château. Ce serait également l'occasion de revoir ses amis.

Et cette fois-ci, Solfège espérait pouvoir leur apporter des réponses.

La jeune reine avait volontairement évité de parler des Lumas à Bowser… tout comme des événements survenus durant la fête d’anniversaire. Elle lui avait caché une bonne partie des détails de cette soirée particulièrement mouvementée. Il fallait dire qu’elle connaissait désormais suffisamment son mari pour deviner exactement comment il réagirait. Très mal. C’était même une certitude. Solfège redoutait que sa colère ne prenne des proportions démesurées. Elle refusait de l’inquiéter pour quelque chose qui, au final, ne lui avait laissé aucune séquelle. Plus encore, elle ne voulait pas risquer de le voir retourner sa fureur contre ses amis, qui n’étaient absolument pas responsables de ce qui s’était passé. La simple idée qu’un conflit puisse éclater à cause de cette histoire suffisait à lui nouer l’estomac. Et puis… si Bowser décidait ensuite de limiter ses visites au Royaume Champignon “pour sa sécurité”, elle le vivrait très mal. Car elle tenait énormément à ces sorties ainsi qu’aux liens qu’elle avait tissés avec ses amis au fil des mois.

Alors, pour le moment, Solfège préférait garder le silence.

Seule dans cette immense bibliothèque, où de faibles rayons de soleil peinaient à percer les épais nuages noirs grondant autour du château, la jeune femme poursuivait ses recherches dans l’espoir de découvrir elle-même des réponses avant que la situation ne lui échappe complètement. Après un léger soupir de frustration, Solfège referma finalement le livre qu’elle tenait entre ses mains avant de le déposer sur la pile déjà impressionnante à côté d’elle. Ses doigts glissèrent ensuite vers un autre volume à la couverture brune parfaitement lisse, décorée de fines dorures sur le devant ainsi que sur la tranche. Celui-ci semblait bien plus ancien que tous les autres et dégageait une légère odeur de renfermé. Une fine couche de poussière recouvrait même ses contours, preuve qu’il n’avait probablement pas été ouvert depuis très longtemps. Ce simple détail attisa aussitôt sa curiosité. Un sourcil légèrement arqué, la reine ouvrit l’ouvrage au hasard avant d’en parcourir rapidement les lignes, espérant tomber enfin sur quelque chose d’utile. Puis soudain... Son regard s’arrêta net sur un prénom qu’elle n’avait encore jamais rencontré.

Princesse Harmonie

«Princesse Harmonie…» Murmura-t-elle en essayant le prénom à voix haute.

Tenait-elle enfin une piste sérieuse ? S’agissait-il de la mystérieuse mère des Lumas ? Peut-être venait-elle de découvrir la première véritable preuve de son existence. Si ce prénom appartenait effectivement à celle qu’elle recherchait, il pourrait considérablement aider Peach et Solfège dans leurs futures investigations afin de ramener les Lumas tombés du ciel auprès des leurs. Car désormais, la reine se sentait profondément impliquée dans cette histoire. Elle éprouvait même une certaine responsabilité envers ces petites étoiles perdues. Dès leur rencontre, elle s’était attachée à eux, touchée par leur innocence, leur détresse et leur façon si adorable de voir le monde malgré tout ce qu’ils avaient traversé. Pourtant, au fond de son esprit, une autre préoccupation persistait. Cette étrange ombre dont ils parlaient avec effroi. Celle qui avait aspiré leur énergie vitale. Solfège ignorait encore ce qu’était réellement cette créature, mais une chose était certaine : il ne s’agissait pas d’une menace à prendre à la légère. Et si elle décidait de s’en prendre à d’autres Lumas, les conséquences pourraient devenir bien plus graves encore.

Jouant distraitement avec sa bague noire, Solfège entendit soudain un léger bruit face à elle. Incrédule, la jeune femme détourna les yeux de son livre afin d’observer un vase en verre décoré de motifs floraux qui tremblait légèrement sur une étagère, comme si quelque chose venait de le frôler. Les sourcils froncés, elle chercha rapidement l’origine de ce mouvement inhabituel, mais ne découvrit rien de suspect autour d’elle. Elle était bel et bien seule. Du moins... c’était ce que tout semblait indiquer. Car cette étrange sensation d’être observée venait brusquement de refaire surface. Mais rien, autour d’elle, ne paraissait susceptible d’expliquer ce malaise grandissant. De fines particules de poussière dérivaient paisiblement dans les rayons de lumière traversant la bibliothèque tandis qu’au loin un léger bourdonnement continuait de vibrer dans les murs de la forteresse, celui des immenses turbines maintenant le château dans les airs. Mais ce bruit était si lointain qu’il en devenait presque imperceptible. Après quelques secondes d’hésitation, Solfège finit par se convaincre qu’il ne s’agissait que de son imagination... ou simplement de quelqu’un ayant refermé une porte un peu trop brusquement dans une pièce voisine.

Rien d’alarmant.

Tout à coup, la porte située à gauche de Solfège s’ouvrit dans un lent grincement, brisant aussitôt le calme qui régnait dans la bibliothèque. Une silhouette familière pénétra finalement dans la pièce. Vêtu de son éternelle robe bleue à capuche, Kamek adressa un petit salut timide à la reine installée près de la fenêtre avant de refermer soigneusement la porte derrière lui. Cette visite inopinée interrompit ses recherches. Le vieux Magikoopa croisa ensuite ses bras dans son dos en sifflotant tranquillement, avançant d’un pas hésitant vers les immenses étagères couvertes d’ouvrages. Pourtant, quelque chose dans son attitude paraissait inhabituel. Distrait. Nerveux, même. Comme si une pensée persistante occupait entièrement son esprit. Ses énormes lunettes-loupes s’attardèrent sur quelques volumes rangés à proximité avant qu’il ne fasse glisser un doigt pensif sur plusieurs tranches poussiéreuses sans jamais réellement s’arrêter sur l’un d’eux. Visiblement, il n’était pas venu ici pour lire. Toujours installée près de la fenêtre, Solfège suivait silencieusement chacun de ses mouvements du regard, observant avec curiosité cette attitude déroutante chez le magicien voûté. Et plus les secondes passaient, plus elle se demandait ce qu’il pouvait bien manigancer derrière ses faux airs innocents.

«Voyons voyons…» Marmonna ce dernier en pointant un doigt tremblant vers un livre rangé sur une étagère hors de sa portée. Mais après quelques secondes d’hésitation, il se ravisa d’une petite secousse de sa tête.

«Non, pas celui-là. Et celui-là non plus…» Tout en feignant l’intérêt, Kamek continuait de lancer de discrets coups d’œil en direction de Solfège, qui n’avait pas quitté sa place. Plus il essayait d’avoir l’air naturel, plus son comportement paraissait suspect, ce qui amusait beaucoup la jeune femme.

«Vous vouliez peut-être me parler de quelque chose ?» Finit-elle par demander avec un sourire espiègle après l’avoir observé tourner autour des étagères pendant plusieurs minutes. À peine avait-elle pris la parole que le Magikoopa abandonna sa fausse exploration des rayonnages pour se tourner pleinement vers elle.

«En effet !» S’exclama-t-il d’un ton soulagé. Puis le silence retomba, un silence suffisamment long pour devenir gênant.

«Et donc ? De quoi s’agit-il ?» Reprit finalement Solfège avec une légère hésitation, cherchant gentiment à l’encourager à poursuivre.

«C’est peut-être un peu présomptueux de ma part, mais j’aurais une requête à vous faire...» Dévoila-t-il en se rapprochant de la reine tout en tortillant nerveusement ses doigts.

«Je ne prends plus de requête à partir de cette heure-ci.» Un petit sourire espiègle étira les lèvres de Solfège, plutôt satisfaite de sa tentative d’humour. Cependant, elle réalisa rapidement que le vieux magicien n’avait absolument pas compris sa plaisanterie. Son expression demeurait parfaitement sérieuse, comme s’il envisageait réellement de revenir plus tard. Embarrassée, elle reprit.

«Je plaisante. Dites-moi, qu’est-ce qu’un Magikoopa de votre rang pourrait bien avoir besoin de me demander ?» Se raclant légèrement la gorge afin de dissiper ce petit moment de malaise, Solfège croisa tranquillement les mains sur ses genoux avant de relever les yeux vers Kamek. Ce dernier paraissait hésitant. Sa bouche s’ouvrait parfois avant de se refermer aussitôt, donnant l’impression qu’il cherchait encore la meilleure façon d’aborder le sujet sans savoir par où commencer.

«J’aimerais que vous donniez un nouvel objectif à sa Majesté Bowser.» Après avoir enfin lâché sa phrase, Kamek se redressa en bombant légèrement le torse, les sourcils froncés derrière ses énormes lunettes. Il avait maintenant l’air beaucoup plus sûr de lui. Cependant, face à l’expression dubitative de Solfège, le Magikoopa agita immédiatement ses mains dans tous les sens pour tenter de développer sa pensée ; «Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je suis absolument ravi que notre roi bien-aimé soit enfin marié et heureux ! C’est une excellente chose ! Merveilleuse, même ! Mais...»

«Mais ?» Insista Solfège, une arcade levée.

«Il passe beaucoup trop de temps à ne rien faire, vous l’avez ramolli !» Se lamenta Kamek en laissant retomber ses épaules. Son dos se voûta de nouveau tandis qu’il secouait la tête d’un air désespéré.

«Pardon ?» Solfège cligna des yeux, persuadée d’avoir mal entendu. Elle n’était pas certaine de comprendre où il voulait en venir.

«Regardez-le ! Avant, sa Méchanceté dirigeait des armées ! Préparait des invasions ! Échafaudait des plans diaboliques ! Il lui faut de l’action ! Des défis ! Un objectif digne de sa grandeur ! Bowser n’est pas fait pour rester inactif aussi longtemps, c’est contre sa nature !» Au fil de son discours, Kamek devenait de plus en plus agité, au bord de la crise de nerfs. Ses gestes se faisaient plus grands, sa voix plus dramatique. Emporté par son élan, il se rapprocha de la reine complètement déconcertée avant d’agripper le tissu de sa robe dans une poigne ferme.

«Les grands souverains ont besoin de conquêtes ! De projets ! De missions ! Sinon, ils deviennent… agités. Nous avions tant de merveilleux projets de destruction… tellement de forteresses à envahir… des pièges ridiculement dangereux à construire…» Pleurnicha le Magikoopa en essuyant ses yeux larmoyants dans la robe de Solfège. Lorsque celui-ci commença à approcher le tissu de son nez avec une intention plus que suspecte, la jeune femme lui retira délicatement sa robe des mains avant qu’une catastrophe textile ne se produise.

Dire qu’elle était sidérée serait un euphémisme.

Solfège s’attendait à tout… sauf à entendre Kamek se plaindre du manque de destruction dans leur quotidien. Le Magikoopa paraissait anormalement affecté par la situation. Derrière ses lamentations dramatiques et ses grands gestes théâtraux, elle sentait pourtant qu’il était sincère. Il lui confiait tout ce qu’il avait sur le cœur dans l’espoir presque désespéré qu’elle trouve une solution à ce problème. De toute évidence, cette ancienne vie lui manquait profondément, peut-être même davantage qu’à Bowser lui-même. Kamek avait passé pratiquement toute son existence aux côtés du roi des Koopas. Les guerres, les invasions, les plans de conquête et les batailles avaient rythmé leur quotidien pendant des années. Alors forcément… ce nouveau mode de vie, beaucoup plus calme et familial, devait lui paraître particulièrement déroutant. Mais qu’était-elle censée lui répondre exactement ? Solfège n’en avait pas la moindre idée. Elle souhaitait de tout cœur lui venir en aide. Vraiment. Néanmoins, elle ne savait absolument pas comment s’y prendre.

Même si tous les deux entretenaient une relation cordiale, Kamek restait quelqu’un qui se retrouvait très régulièrement en désaccord avec elle. Et honnêtement, Solfège pouvait parfaitement le comprendre. Après tout, le vieux Magikoopa connaissait Bowser depuis bien plus longtemps qu’elle. Il l’avait vu grandir, évoluer, commettre d’innombrables erreurs, tomber… puis se relever encore et encore au fil des années. Là où Solfège, elle, n’était entrée dans leur vie que depuis quelques mois à peine. Alors oui… elle compatissait sincèrement avec lui. Elle comprenait ses doutes, ses inquiétudes et même cette nostalgie qu’il semblait incapable de dissimuler. Mais malgré cela, elle ne pouvait pas lui donner raison. Bowser évoluait pour le mieux. Jour après jour, il faisait des efforts pour devenir quelqu’un de meilleur. Il apprenait à mieux gérer sa colère, à prendre soin de son royaume et surtout… à être présent pour ceux qu’il aimait. Et pas parce qu’on l’y obligeait. Il le faisait parce qu’il en avait envie. Pour la première fois depuis longtemps, Bowser semblait véritablement heureux. Il passait davantage de temps avec son fils, prenait son rôle de roi beaucoup plus au sérieux et apprenait progressivement à apprécier cette tranquillité qu’il avait si longtemps rejetée.

Bowser avait fait ses propres choix, et Kamek devrait tôt ou tard apprendre à les accepter.

«Je ne suis pas certaine de pouvoir vous être d’une grande aide, Kamek...» Admit Solfège avec une légère grimace. Voyant le sorcier enfouir une nouvelle fois son visage dans sa robe dans un sanglot dramatique, la jeune femme lui tapota doucement la tête, espérant calmer au moins un peu son désarroi.

«Pitié !» Sanglota Kamek dans un reniflement bruyant en agrippant désespérément un morceau de tissu entre ses petites mains. Il savait exactement quelle corde sensible toucher pour obtenir son aide.

«Avez-vous essayé de lui en parler ? De lui expliquer ce que vous ressentez… de lui dire ce qui vous pèse sur le cœur ?» Proposa ensuite gentiment Solfège en penchant la tête sur le côté, attendrie par ses démarches. Malgré tout son mélodrame, elle n’était pas insensible à sa détresse.

«Il ne m’écoute plus ! Plus du tout ! Sa Majesté ne jure plus que par vous désormais ! Mes conseils sont ignorés ! Mes avertissements balayés ! Après toutes ces années de loyaux services... me voilà relégué au rang de vieux sorcier décoratif !» Kamek tira dramatiquement sur le tissu de la robe avant de lever vers Solfège un regard si accablé qu’on aurait cru assister à la plus grande tragédie de toute sa vie.

«Vous n’êtes pas inutile… loin de là. Vous êtes son conseiller, sa famille… et probablement l’une des personnes en qui il a le plus confiance. Vous êtes quelqu’un de puissant, d’intelligent et de précieux pour ce royaume. Ce n’est pas parce que les choses changent que votre importance disparaît pour autant.» Tenta de le rassurer Solfège d’une voix empreinte de bienveillance. Un tendre sourire éclaira son visage lorsque Kamek releva lentement la tête vers elle, la bouche légèrement entrouverte, manifestement surpris d’entendre de telles paroles. Profitant de son attention, elle poursuivit.

«Vous avez vu Bowser grandir. Vous l’avez aidé pendant des années. Personne ne pourrait remplacer la place que vous avez dans sa vie.» Tout en parlant, Solfège vint tapoter délicatement le dessus de la main du Magikoopa dans une tentative sincère d’apaiser ses inquiétudes et les tourments qu’il gardait enfouis depuis quelque temps déjà.

«Vous croyez ?» Demanda-t-il d’une petite voix.

«J’en suis persuadée.» Assura-t-elle avec un léger hochement de tête.

Kamek avait encore parfois beaucoup de mal à s’habituer à autant de douceur... Après tout, il avait passé une bonne partie de sa vie à servir de punching-ball personnel à Bowser ainsi qu’au jeune prince. Depuis l’enfance de son maître, le Magikoopa avait dû supporter ses innombrables crises de colère, ses caprices interminables, ses pleurs de crocodile et toutes les catastrophes que le futur roi provoquait régulièrement autour de lui. Et autant dire que Bowser Jr savait lui aussi se montrer particulièrement difficile par moments. Forcément... le magicien gardait encore quelques séquelles de cette époque. Certaines étaient impossibles à oublier. Et ses pauvres doigts, eux, se souvenaient encore parfaitement du piano. À cette seule pensée, Kamek grimaça derrière ses énormes lunettes, toujours traumatisé par ce souvenir particulièrement douloureux. Toujours est-il qu’il devait bien admettre que les paroles de la reine l’avaient énormément réconforté. Même s’il était initialement venu jusqu’à elle dans l’espoir de la convaincre de remettre son chef sur la voie du grand méchant qu’il avait toujours été.

«Est-ce que ça va mieux ?» Demanda doucement Solfège après quelques instants de silence. Sa pauvre robe avait connu des jours meilleurs. Entre les larmes, la bave et ce qu’elle préférait ne pas identifier, le tissu était dans un état lamentable. Mais elle s’en fichait. Si cela avait permis à Kamek de se sentir un peu mieux, alors cela en valait largement la peine.

«Oui...» Marmonna le Magikoopa en reniflant discrètement.

Décidément... Solfège avait vraiment un don pour consoler les autres.

Si ce n’était pas grâce à son chant aux pouvoirs extraordinaires, c’était simplement par sa présence, ses paroles ou sa façon d’écouter les autres avec attention. Plus le temps passait, plus Kamek comprenait l’attachement que Bowser et Junior éprouvaient pour elle. Et cette faculté à réconforter les gens continuait de l’étonner, surtout lorsqu’il observait l’effet qu’elle avait sur les Koopas du royaume. Très souvent, des bruits de couloir parvenaient jusqu’au Magikoopa à son sujet. Certains soldats racontaient qu’elle les avait aidés après une mauvaise journée, d’autres évoquaient sa bienveillance ou sa façon de toujours prendre le temps d’écouter les habitants malgré son statut. Au fil des mois, Solfège était devenue incroyablement appréciée dans le royaume grâce à son altruisme et à cette chaleur humaine si particulière qu’elle apportait partout où elle allait. Frottant ses yeux plissés avec le dos de sa main afin d’effacer les dernières traces de larmes, Kamek remarqua finalement l’imposante pile de livres entassés à côté de la fenêtre. Intrigué, son regard analytique s’attarda sur la couverture de l’un des rares volumes encore visibles au sommet de la pile.

«Je présume que vous faites des recherches sur les Lumas…» Souligna-t-il en remettant correctement ses lunettes sur son bec.

«Oui, c’est tout à fait ça ! J’avais envie de me documenter sur eux… Ce sont des envies qui me prennent parfois !» Répondit Solfège avec un sourire crispé en haussant les épaules, espérant ne pas paraître suspecte aux yeux du vieux sorcier beaucoup trop intelligent et observateur lorsqu’il s’agissait de repérer les mensonges.

«C’est à cause de ce que racontent les journaux ? À propos de cette fameuse chute des Lumas ?» Poursuivit-il d’une voix nettement plus calme et réfléchie tout en feuilletant rapidement les premières pages du tout premier bouquin sur la pile.

«Les Lumas me fascinent depuis toujours. J’ai entendu parler d’une certaine maman des étoiles, mais j’ai l’impression qu’il ne s’agit que d’une vieille légende...» Les sourcils froncés par la frustration, l’humaine laissa échapper un petit soupir avant de ramener ses genoux contre sa poitrine. Son regard dériva vers le Magikoopa, curieuse de savoir s’il possédait des informations qu’elle n’avait pas encore découvertes.

«Autrement dit, vous vous renseignez sur la princesse Harmonie.» Déclara ce dernier, à la grande surprise de la reine.

«Vous la connaissez ?» S’étonna aussitôt Solfège en relevant brusquement la tête vers lui, les yeux remplis d’espoir.

«Pas personnellement. Mais je la connais de nom.» Répliqua-t-il avec une indifférence presque déconcertante. Cependant, en voyant le regard brillant de curiosité de l’humaine, il comprit qu’il ne pourrait pas s’arrêter à une réponse aussi brève ; «Les histoires à son sujet sont assez floues... Personne ne semble vraiment savoir ce qui relève du mythe ou de la réalité. Certains affirment qu’elle veille sur les étoiles depuis des siècles. D’autres prétendent qu’elle voyage constamment à travers l’espace aux côtés des Lumas. Les archives mentionnent parfois une mystérieuse princesse vivant parmi les étoiles. Une gardienne des Lumas, en quelque sorte.»

«Incroyable…» Souffla une Solfège fascinée.

Pourquoi n’avait-elle pas pensé à demander directement à Kamek ? Évidemment qu’il possédait des informations sur le sujet ! Le Magikoopa avait passé sa vie entière à étudier, apprendre et accumuler des connaissances sur pratiquement tout ce qui existait dans le royaume… et certainement bien au-delà encore. C’était sans doute cette peur d’être démasquée qui l’avait empêchée de se tourner vers lui plus tôt. Car le vieux sorcier était particulièrement futé… et beaucoup trop observateur. Le moindre détail suspect risquait immédiatement d’attirer son attention. Et Solfège n’était vraiment pas douée pour mentir... Déjà qu’elle détestait cacher des choses aux autres, alors si en plus elle devait improviser des mensonges convaincants face à quelqu’un comme lui, c’était une catastrophe annoncée.

«Merci, Kamek. Vous m’avez beaucoup aidé.» Le remercia-t-elle en prenant délicatement sa petite main entre les siennes pour lui témoigner sa reconnaissance. Ce simple geste sembla déstabiliser le Magikoopa, qui remonta nerveusement ses lunettes sur son bec tout en évitant son regard.

«Hum... Mais de rien. C’est toujours un plaisir de pouvoir aider !» Balbutia-t-il avec un sourire maladroit. Il n’avait clairement pas l’habitude qu’on le remercie aussi chaleureusement pour ses connaissances. Encore moins qu’on reconnaisse ouvertement son intelligence... Toutefois, le sourire de la jeune femme s’atténua légèrement lorsqu’elle décida de lui confier certaines de ses inquiétudes. Les rôles s’inversaient.

«Depuis quelque temps, il m’arrive de voir des choses étranges... J’ai cette impression d’être observée, même quand je suis seule. Comme si quelque chose me suivait constamment sans jamais se montrer. Est-ce que vous pensez que je deviens folle ?» Avoua Solfège à voix basse après s’être légèrement penchée vers le magicien. Sa voix avait perdu une bonne partie de son assurance et elle paraissait soudain beaucoup plus vulnérable. Face à elle, Kamek continuait de l’écouter avec attention, même si une légère expression sceptique demeurait visible derrière ses énormes lunettes. Après quelques instants de réflexion, celui-ci esquissa un large sourire avant de tapoter doucement sa main.

«Je confirme, vous devenez folle, votre Altesse !» S’exclama-t-il d’un hochement de tête catégorique, ce qui provoqua immédiatement un immense moment de solitude chez Solfège. Son visage se décomposa lentement tandis qu’elle remettait toute sa santé mentale en question.

Lui, en revanche, n’était pas très doué pour réconforter les autres…

«Je m’en vais maintenant.» Kamek tourna les talons pour rejoindre la porte de sortie, laissant l’humaine stupéfaite dans son sillage. Mais avant de partir, il leva un doigt en l’air pour ajouter une dernière chose sans même se retourner ; «Et ne soyez pas en retard pour le thé !»

«Oui, Susanne…» Grommela Solfège en levant les yeux au plafond, un sourire taquin aux lèvres.

Elle faisait bien évidemment référence au surnom que Junior lui avait attribué à l’époque… Lorsqu’elle n’était encore qu’une simple servante. Un surnom que Kamek détestait puisqu’il affirmait qu’il ne correspondait absolument pas à sa personnalité. Heureusement pour elle, le vieux Magikoopa ne sembla pas l’entendre alors qu’il quittait finalement la bibliothèque en disparaissant derrière la porte. Elle devrait d’ailleurs veiller à ne pas être en retard pour le thé organisé par Bowser Jr cet après-midi, au risque de s’attirer son mécontentement. Ce que personne ici ne souhaitait ! De temps à autre, le jeune prince se prenait d’envie d’organiser de petites fêtes dans sa chambre, entouré de sa servante Brunhilde, de Charlie et Marwyn, ses deux Koopas gardes, ainsi que de Susanne. Alias Kamek. Un léger sourire songeur étira les lèvres de la jeune femme pendant qu’elle sortait sa montre à gousset de sa poche avant de faire glisser délicatement son doigt sur le métal pour consulter l’heure indiquée sur le cadran. Elle n’avait plus qu’une hâte, c’était d’y être. Cela lui ferait du bien de penser un peu à autre chose.

À suivre…

VP

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