Les fragments d'une voix

Chapitre 19 : Deuxième gardien

8565 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 08/08/2026 20:34

Nous avançons dans l’intrigue, et j’espère sincèrement réussir à vous surprendre avec ce nouveau chapitre !

Comme toujours, merci pour votre soutien, vos commentaires et votre fidélité.

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Chapitre 19 – Deuxième gardien

«WHAAAAAAAA !»

Il n’y avait pas que Toad qui hurlait à la mort, mais aussi Bowser.

Les raies prenaient de plus en plus de vitesse dans la descente, leurs nageoires frappant la surface dans de joyeux clapotis tandis qu’elles fonçaient vers la remontée suivante. Accroché désespérément aux cheveux de Solfège pour ne pas être emporté par le vent, le Koopa rétréci serrait les dents si fort qu’il avait l’impression qu’elles allaient finir par se briser. Ses petites pattes tremblaient de panique, et ses yeux exorbités restaient rivés sur les loopings et les virages insensés qui défilaient devant eux. Par sécurité, il noua une mèche autour de sa taille. Il avait beaucoup de mal à conserver sa dignité. Du moins, ce qu’il en restait encore. À l’inverse, Junior ne semblait absolument pas concerné par ce problème. Bien au contraire, le jeune prince s’amusait comme un fou !

Installé devant sa mama sur la selle, il guidait les mouvements de la raie d’un côté puis de l’autre à l’aide des rênes, afin de dépasser les autres concurrents. Sa longue queue lui servait de gouvernail alors que la créature bondissait parfois hors de l’eau pour survoler Mario et Toad dans une pluie d’éclaboussures. Chaque dépassement était accompagné d’un rire triomphant qui résonnait au-dessus du vacarme de la course. Le bonhomme champignon, lui, gardait obstinément les yeux fermés. Complètement terrorisé, il était tellement agrippé au dos de Mario que ce dernier commençait sérieusement à manquer d’air. Toad enfouissait même son visage contre sa salopette bleue et répétait entre deux cris qu’il regrettait déjà sa décision.

Pourquoi avait-il choisi de les suivre dans cette folie ?! Il se disait parfois qu’il lui manquait vraiment quelques cases.

Un jour, son goût de l’aventure finirait certainement par le perdre… Mais vivre dangereusement, il adorait ça ! Il avait peut-être hérité de ce côté casse-cou de son frère… Ou alors était-ce une forme particulièrement élaborée d’inconscience. Sur l’eau, la raie de Yoshi et de Luigi finit par dépasser celle de Bowser Jr., de la Luma, de Bowser et de Solfège. Pour les taquiner, le dinosaure tira sa paupière vers le bas au passage avant de reprendre de la vitesse dans la descente suivante. Junior poussa aussitôt un cri de défi et s’accrocha plus fermement à sa monture, bien décidé à ne pas se laisser distancer. Sa queue fouetta l’air derrière lui alors qu’il tirait sur les rênes avec l’énergie d’un vrai pilote de course.

Tout au long du parcours, de petits drapeaux ornés du logo de Coach Pingouin balisaient la piste. Les raies traversaient les cerceaux colorés, bondissaient au-dessus des vagues et évitaient de trop se rapprocher des bords sous peine de plonger dans le vide. Pas dangereux, mon œil ! Songea Luigi. Le plombier vert, qui quelques secondes plus tôt riait encore comme un enfant, commençait désormais à regretter son enthousiasme. D’une main crispée sur la carapace de Yoshi, il se couvrit les yeux avec l’autre pour ne plus voir les centaines de mètres qui les séparaient du sol.

«AAH ! Plus vite, Yoshi ! Plus vite ! Enfin non ! Moins vite ! Je sais plus !» Hurla-t-il, complètement perdu entre sa passion pour les sensations fortes et sa terreur du vide.

Autour d’eux, de petites plateformes circulaires flottaient dans les airs. Des pingouins et quelques Piantas en liesse s’y étaient rassemblés pour encourager les participants, agitant des drapeaux et dansant au rythme d’une musique imaginaire. Ils avaient un public. Cette simple pensée suffit à redoubler la détermination de Bowser Junior, qui n’avait plus qu’une idée en tête : reprendre la première place. Il voulait être au centre des applaudissements… être, pour une fois, acclamé comme un héros. Après tout, les héros remportaient les courses. Les héros faisaient rêver les foules. Et aujourd’hui, il comptait bien devenir l’un d’eux.

Sentant les mains de Solfège se resserrer autour de sa carapace verte, le jeune Koopa coinça sa langue au coin de sa bouche avant de se pencher davantage vers l’avant pour mieux fendre l’air. Sa raie accéléra et finit par reprendre la tête de la course, au grand bonheur de Junior et de son père. Fou de joie, Bowser secoua son arrière-train en direction de Yoshi et de Luigi dans une provocation aussi immature qu’assumée, extrêmement fier des talents de pilote de son fils. À ce rythme-là, une fois rentrés au château, il allait sérieusement envisager de lui confier les commandes de ses robots de guerre.

«Bien joué, fiston !» Félicita Bowser sans pour autant lâcher les cheveux de Solfège. Le cœur battant à tout rompre, grisé par l’adrénaline de la course, il se tourna vers ses concurrents avec un immense sourire carnassier.

«Alors, c’est qui les gros nuls ?» Leur lança-t-il en plaçant une main au coin de sa bouche afin de porter sa voix jusqu’à eux.

«C’est pas nouuuus !» Chantonna joyeusement la petite étoile jaune depuis l’autre épaule de Solfège, les bras toujours levés. Comment elle faisait pour tenir en place malgré les loopings et les secousses ? Eh bien, c’était un mystère parmi tant d’autres.

«J’espère que vous aimez admirer les vainqueurs de loin !» Se moqua encore Bowser, extatique.

Les raies violettes poursuivaient leur course effrénée le long de la piste aquatique qui serpentait jusqu’au sommet du volcan avant de replonger de l’autre côté dans une immense boucle. Mais, contrairement aux autres touristes, le groupe n’avait pas l’intention d’aller jusqu’à l’arrivée. Leur objectif était de s’arrêter à mi-chemin, au grand désarroi des participants qui se donnaient corps et âme dans cette compétition improvisée. Ils s’amusaient, et ils en avaient grandement besoin après toutes les épreuves qu’ils venaient de traverser.

D’une main posée au-dessus de ses yeux pour se protéger du soleil, Mario plissa le regard lorsqu’il aperçut le sommet du volcan sur sa droite. À un endroit précis, la piste longeait suffisamment la montagne pour leur permettre de sauter sur un large rebord rocheux sans prendre trop de risques. Le plombier étudia brièvement les environs avant d’adresser une série de grands gestes à son frère pour lui exposer son idée. Luigi comprit rapidement. Il hocha la tête avant de transmettre l’information aux autres. À la prochaine boucle, ils quitteraient la course. Sans surprise, cette annonce déclencha une véritable levée de boucliers. Bowser Junior, la Luma et Bowser protestèrent aussitôt contre cette décision.

Ils étaient enfin lancés dans la compétition, ils s’amusaient comme des petits fous… et voilà qu’on leur demandait déjà de s’arrêter. C’était injuste !

Anticipant le saut, Solfège attrapa la petite étoile jaune pour la plaquer contre son torse avant d’agripper fermement la carapace de Junior. Mieux valait être prête lorsque viendrait le moment de quitter leur monture. La prudence était de mise… Hors de question de mettre qui que ce soit en danger. Toutefois, Solfège avait une confiance aveugle en Mario. Il savait ce qu’il faisait. Alors, les muscles tendus, elle guetta chacun de ses mouvements jusqu’au moment où le plombier se propulsa hors de sa raie. Après un bref vol dans les airs, il atterrit sur le rebord du volcan dans une roulade parfaitement maîtrisée. Yoshi et Luigi le suivirent. Le dinosaure bondit avec agilité avant de se réceptionner sans encombre de l’autre côté.

Il ne restait plus que Solfège, Bowser et les enfants. Retenant sa respiration, la jeune femme rassembla tout son courage. Son cœur battait si fort qu’elle avait l’impression de l’entendre résonner dans sa poitrine. Au signal de Mario, elle se jeta à son tour dans le vide. Pendant une seconde qui lui sembla interminable, elle eut l’impression de chuter. Puis, dans un cri silencieux, elle atterrit directement dans les bras de Mario et de Luigi, qui s’étaient précipités pour amortir sa chute. Tous les trois vacillèrent sous l’impact, mais parvinrent à conserver leur équilibre. Contre son torse, la Luma éclata de rire tandis que Bowser Jr. s’accrochait à sa mama comme une moule à son rocher.

Il avait presque fait un petit pipi de peur.

«Ouf ! C’était plus facile que je ne le pensais !» Souffla Mario après avoir aidé Solfège à se remettre sur ses pieds entre son frère et lui. D’un geste machinal, il remit sa célèbre casquette sur ses cheveux en bataille avant d’adresser un sourire rassurant à la jeune femme.

«C’était… D’ENFER !» S’écria Bowser en levant les poings vers le ciel d’un air triomphant, retrouvant toute sa fougue maintenant qu’ils avaient les pieds sur la terre ferme. Super fier de son épouse et de ce qu’elle venait d’accomplir, le roi Koopa gonfla fièrement le torse. Il n’avait peut-être pas toujours été très courageux pendant la descente, mais Solfège, elle, avait sauté d’une raie volante sans hésitation !

Et ça, c’était digne de sa reine.

«T’as vu ça ?! T’as vu ça ?! On a volé ! C’était trop cool !» S’emballa Bowser Jr. qui bondissait sur place, la queue remuant frénétiquement de bonheur. Les quelques secondes passées dans les airs avaient suffi à décupler son goût pour l’aventure.

«Un peu que j’ai vu ça ! Alors, quand est-ce qu’on recommence ?» S’empressa de demander Bowser depuis l’épaule de Solfège en levant les bras vers les frères moustachus et Yoshi. Ses cheveux rouges étaient complètement décoiffés et son museau arborait un large sourire conquis. Cependant, les autres ne partageaient pas son enthousiasme.

«Personne ne s’est fait mal ?» S’inquiéta Luigi en se dépêchant de faire le tour du groupe. Après tout, ils venaient quand même de sauter d’une piste flottante au beau milieu du ciel.

Yoshi, lui, avait la langue pendante sous l’effet de l’adrénaline, alors que Toad restait à quatre pattes sur le sol, la tête basse. Visiblement, ce grand saut l’avait sérieusement secoué… Le pauvre venait de vivre une sacrée épreuve pour ses nerfs. Les deux frères échangèrent un regard inquiet pendant que Solfège relâchait la Luma afin de se rapprocher du bonhomme champignon, lequel n’avait pas prononcé un seul mot depuis leur arrivée.

Elle craignait qu’il se soit blessé… ou que l’émotion ait tout simplement eu raison de lui. Hésitante, elle demeura un instant immobile devant lui, se demandant s’il allait finir par se relever. Même Bowser Jr. avait cessé de gigoter pour observer la scène. Au moment même où elle tendait une main pour lui toucher l’épaule, Toad se redressa brusquement sur ses pieds.

«MORTEL LES GARS !» Hurla-t-il, son cri rebondissant contre les parois du volcan. Un sourire radieux illumina son visage tandis qu’il regardait ses amis avec des étoiles dans les yeux, les mains plaquées contre ses joues ; «C'était la chose la plus incroyable de toute ma vie ! J’ai cru que j’allais mourir… et c’était génial !»

Tout le monde se mit à rire, à l’exception de Bowser Jr., qui tira la langue avec dégoût. Hélas, son aversion pour les bonshommes champignons ne semblait pas s’atténuer avec le temps, ni même à leur contact. Bowser, lui, se contenta de renifler d’amusement. Mais lorsqu’il réalisa qu’un grand sourire s’était dessiné sur son visage, il secoua vivement la tête pour chasser cette expression ridicule. Depuis quand trouvait-il ces gens sympathiques ?! Et puis quoi encore… Ils n’étaient pas ses amis ! Chassant toute trace de bonne humeur, Bowser reprit son expression bourrue habituelle avant de reporter son regard vers le centre du volcan, où la lave en fusion bouillonnait dans un grondement inquiétant.

Ils touchaient enfin au but. Il avait l’impression que quelque chose les observait, là, quelque part… Depuis qu’ils avaient posé le pied sur cette montagne, une étrange sensation ne cessait de lui nouer l’estomac. Son expression se fit plus sérieuse alors que la chaleur qui se dégageait du cratère réchauffait peu à peu ses écailles, faisant danser les mèches rouges de Solfège. Quelques-unes vinrent lui chatouiller le museau. Après les avoir repoussées d’un revers de griffe, il tendit cette dernière en direction du centre même de la montagne. Le sol vibrait par intermittence, comme si quelque chose de colossal remuait dans les profondeurs de la montagne.

«J’adore la lave ! C’est chaud, ça bouillonne, ça sent la maison… Mais ne comptez pas sur moi pour aller barboter là-dedans ! Vas-y toi, Mario !» Encouragea Bowser après avoir nerveusement dégluti.

«Personne n’a envie d’aller se baigner dans la lave !» Rétorqua Mario en désignant la mer de feu d’un geste agacé, les sourcils froncés face à son éternel ennemi qui mourrait d’envie de le voir rôtir. Constatant que ce dernier s’apprêtait à repartir de plus belle, le plombier poussa un soupir de découragement.

«Écoute, Bowser. Je sais que c’est pas facile pour toi, mais si on veut récupérer ce fragment de voix, il va falloir travailler ensemble. C’est pour ça qu’on a ramené ces Fleurs de glace. Toi, Junior, Toad et la Luma, vous restez ici. C’est plus prudent.» Expliqua Mario en levant un doigt lorsque le roi des Koopas ouvrit la bouche pour répliquer.

«Et pas de discussion ! Dans cette taille, tu ne pourras pas faire grand-chose contre Poulpoboss de toute façon. Mais Junior a besoin de son père, et quelqu’un doit veiller sur eux pendant qu’on s’occupe du gros méchant. Tu nous rendras un fier service ici… Alors, fais-moi confiance. Juste cette fois, d’accord ?» Conclut Mario tout en décrochant la Fleur de glace qu’il avait attachée à sa ceinture plus tôt. Inutile de préciser que la présence d’un Bowser taille réduite au beau milieu d’un combat contre un monstre de lave risquait surtout de compliquer les choses.

À ces mots, Bowser gonfla les joues de contrariété. Certes, il était minuscule… mais quand même ! Il était Bowser ! Le grand, le terrible, le roi des Koopas ! Et voilà qu’on lui confiait une mission de baby-sitter. Quelle humiliation ! Cependant, il devait bien admettre que Mario avait raison, même si cela lui coûtait énormément. Que pouvait-il faire dans cette taille ridicule ? Et Junior lui avait déjà expliqué que les objets de pouvoir ne pouvaient rien changer à ce problème… Le voilà confronté à une réalité qu’il détestait plus que tout car pour une fois, il allait devoir rester en arrière et laisser les autres se battre à sa place. Il allait devoir se résoudre à faire confiance à cet humain…

Rien que cette idée lui hérissait les cheveux sur la tête et réveillait son feu intérieur, qui menaçait déjà de remonter le long de sa gorge. Mais au lieu de cracher des flammes, il referma la bouche puis expira lentement plusieurs nuages de fumée blanche par les narines. Ses griffes se crispèrent un instant contre l’épaule de Solfège avant de se relâcher. Pendant quelques instants, le Koopa resta silencieux, circonspect, pesant le pour et le contre dans son esprit. La logique lui soufflait d’accepter, alors que son orgueil refusait obstinément de céder. Ensuite, après un long soupir, ses épaules s'affaissèrent légèrement. Aussi frustrant que cela puisse être, il finit par accepter l’évidence.

«OK ! Très bien, allez-y ! Ne comptez surtout pas sur moi ! Je vais poser mes fesses ici et attendre bien sagement pendant que vous, vous sauvez le monde !» Râla Bowser avec sarcasme. Il marcha bruyamment jusqu’à un petit rocher avant de s’y laisser tomber avec toute la mauvaise volonté du monde. Le dos voûté, les bras croisés et les lèvres pincées dans une moue boudeuse, il ressemblait à un enfant privé de dessert. Même réduit à l’état de Koopa portable, son talent pour le mélodrame restait parfaitement intact.

«C’est mieux comme ça.» Tenta de rassurer Luigi avec un demi-sourire tandis que Solfège récupérait à son tour la Fleur de glace accrochée à sa ceinture, arrachant aussitôt un petit cri d’indignation à Bowser.

«Wow wow wow ! Qu’est-ce que tu fais, là ? Tu ne vas quand même pas y aller avec eux ?!» S’horrifia-t-il en bondissant sur ses pattes pour courir jusqu’à la jeune femme, son regard nerveux passant des deux moustachus à sa reine. En apercevant son expression coupable, le roi des Koopas s’insurgea ; «Pas question que ma femme mette un pied là-dedans ! C’est beaucoup trop dangereux ! J’croyais que la dernière Fleur de glace était pour le champignon ?»

«Je m’appelle Toad !» S’exaspéra Toad.

«Rah, on s’en fiche ! Vous vous ressemblez tous de toute façon.» Bowser claqua la langue avant d’agiter dédaigneusement une main en direction du bonhomme champignon offusqué. Non seulement ils se ressemblaient, mais en plus ils avaient tous le même prénom… C’était à n’y rien comprendre. La tortue releva les yeux vers Mario lorsque celui-ci reprit la parole sur un ton conciliant.

«On veillera sur elle, je te donne ma parole. Et plus on sera nombreux, plus on l’affaiblira rapidement. Plus vite on en aura fini avec cette histoire, plus vite tout le monde rentrera à la maison.» Intervint-il en levant les mains dans un geste apaisant avant que le Koopa à ses pieds ne perde définitivement patience. Bowser lui adressa un regard particulièrement méfiant. Les promesses de Mario avaient beau être sincères, il n’aimait pas l’idée de confier Solfège à quelqu’un d’autre que lui.

«Exactement ! Et puis, Solfège ne sera pas toute seule. On sera là pour elle à chaque instant.» Ajouta Luigi avec un petit sourire encourageant. Toutefois, en croisant le regard sceptique du roi miniature, il comprit que ses inquiétudes étaient loin de s’être dissipées. Le plombier vert s’accroupit alors afin de se mettre à sa hauteur.

«Je veillerai sur elle, croix de bois, croix de fer !» Promit-il en traçant une croix sur sa poitrine du bout de l’index.

Il savait que Bowser avait toujours du mal à leur accorder sa confiance, et Luigi comprenait parfaitement les inquiétudes qui rongeaient le roi des Koopas… Lui-même était loin d’être rassuré. Pourtant, s’il y avait une chose dont il était certain, c’était qu’il n’abandonnerait jamais son amie, quoi qu’il puisse arriver. Luigi se décala silencieusement lorsque Solfège s’approcha de la tortue soucieuse. Avec une grande délicatesse, elle se baissa pour le recueillir entre ses mains, comme s’il était la chose la plus précieuse au monde. Une profonde tristesse brillait dans ses yeux. Elle l’approcha doucement de son visage pour déposer un tendre baiser sur sa joue écailleuse, espérant apaiser un peu la peur qui se lisait dans son regard.

Pendant un bref instant, Bowser ferma les yeux, savourant ce contact qu’il redoutait déjà de perdre. Elle voulait qu’il sache qu’elle avait conscience du danger… et qu’elle savait ce qu’elle faisait. Elle ne pouvait plus lui parler, mais son geste valait tous les mots du monde. Ne supportant plus l’idée de la voir s’éloigner, Bowser Junior accourut jusqu’à elle. Ses petites mains s’agrippèrent désespérément au tissu de sa robe tandis qu’il levait vers elle un regard rempli d’angoisse. Il ne voulait pas qu’elle parte… Il ne voulait pas qu’elle s’en aille là-bas… Il ne voulait pas perdre sa mama.

Le cœur serré, Solfège installa Bowser au centre de sa paume avant d’utiliser son autre bras pour attirer Junior contre sa poitrine. Elle les serra tous les deux dans une étreinte commune, désireuse de leur transmettre tout l’amour et toute la tendresse dont elle était capable. L’espace de quelques secondes, plus rien n’exista autour d’eux. Seulement cette étreinte silencieuse, chargée d’inquiétude, d’amour… et d’une peur que personne n’osait exprimer à voix haute. Bowser enfouit son museau contre elle, tandis que Junior s'accrochait à sa robe avec une force désespérée. Derrière eux, les deux frères observaient la scène sans dire un mot, ne voulant pas briser ce moment précieux.

Même s’il avait toujours eu beaucoup de mal avec Bowser, Mario devait reconnaître que la scène qui se déroulait sous ses yeux était particulièrement touchante. Voir le roi des Koopas, d’ordinaire si fier et intimidant, et son fils s’accrocher ainsi à Solfège éveillait en lui une certaine mélancolie. Au fond, cette famille n’avait rien de celle qu’il avait imaginée autrefois. Finalement, Bowser Junior desserra lentement son étreinte et recula à contrecœur dans un petit soupir. Solfège déposa Bowser auprès de lui, et tous deux rejoignirent la Luma et Toad sur le côté. Prenant une profonde inspiration pour se donner du courage, la jeune femme fit apparaître sa Fleur de glace entre ses mains, et son regard se fit plus déterminé alors qu’elle se préparait à suivre Mario et Luigi vers l’inconnu.

«Formidable !» Grommela une nouvelle fois Bowser en leur tournant le dos, sa queue fouettant nerveusement le sol sous l’effet de son agacement. Voyant ses amis se préparer à partir, Yoshi s’avança d’un pas décidé, bien résolu à les accompagner malgré tout. Mais avant qu’il ne puisse aller plus loin, Mario posa doucement une main sur son épaule pour le retenir. Le dinosaure vert releva la tête vers lui, surpris.

«Il vaut mieux que tu restes en arrière cette fois. Sans pouvoir, c’est beaucoup trop risqué. On fera équipe la prochaine fois, promis.» Lui dit-il avec un sourire bienveillant, ponctuant ses paroles d'une légère tape amicale sur l'épaule.

«Yoshi…» Yoshi baissa la tête avec déception. Même s’il n’appréciait pas d’être laissé derrière, il comprenait que Mario cherchait simplement à le protéger. Et au fond, il avait raison…

«C’est parti !» Lança Mario en frappant son poing contre celui de Luigi. Les deux frères échangèrent un regard déterminé avant de se tourner vers le volcan, car le moment était venu d’affronter le deuxième gardien.

«Bonne chance, les gars ! On reste ici pour vous encourager !» Les encouragea Toad en agitant joyeusement sa petite main tandis que les trois aventuriers se rapprochaient du bord. La petite Luma se joignit à lui en remuant ses bras dans tous les sens, riant aux éclats, pendant que Junior et Bowser boudaient dans leur coin. Même Yoshi leva le poing pour leur témoigner son soutien.

Ils descendirent la petite pente rocheuse pour atteindre le bord du cratère, jetant quelques regards anxieux vers la lave qui bouillonnait en contrebas. Des bulles de magma éclataient à la surface rougeoyante dans d’inquiétants gargouillements, rappelant à quel point la situation était périlleuse. La chaleur était écrasante, et chaque souffle d’air brûlant qui remontait des profondeurs leur rappelait qu’un seul faux pas pourrait leur être fatal. Même à plusieurs mètres du magma, la température restait difficilement supportable. Solfège songea alors que vivre dans un volcan n’avait finalement pas que des inconvénients. Contrairement aux deux frères, elle n’avait pas l’impression de cuire à petit feu... Comme pour confirmer leurs craintes, Luigi glissa soudain sur une pierre instable.

Ses bras s’agitèrent frénétiquement tandis qu’il tentait de retrouver son équilibre, quelques cailloux entraînés par ses pieds dévalant la pente avant de disparaître dans la lave dans un bref crépitement. Mario posa une main sur son épaule pour s’assurer qu’il allait bien avant de relever la tête vers la reine du Pays-Noir. Son visage trahissait son inquiétude, mais ses yeux verts brillaient d’une détermination nouvelle. Malgré le danger qui les entourait, il n’était plus question de reculer. Échangeant un simple hochement de tête avec Solfège, Mario saisit sa Fleur de glace. Dès que ses doigts effleurèrent les pétales scintillants, une agréable fraîcheur parcourut son corps malgré la chaleur étouffante du volcan.

De petits cristaux de givre apparurent sur sa peau tandis qu’une lueur bleutée l’enveloppait, accompagnée du son caractéristique des transformations. En quelques instants, sa tenue adopta les couleurs du pouvoir de glace. Sa salopette devint rouge, alors que sa casquette et son t-shirt se parèrent d’un bleu pâle rappelant cet élément. Sans perdre une seconde, Luigi et Solfège activèrent eux aussi leurs fleurs en effleurant délicatement leurs pétales veloutés. Une douce aura azurée les enveloppa de la tête aux pieds avant de laisser apparaître leurs nouvelles tenues. La salopette du plombier se changea en vert, sa casquette et son t-shirt se revêtant du même bleu glacé que ceux de son frère.

De son côté, la robe de Solfège devint d’un noir satiné, sublimée par de délicates bordures bleu ciel et de fins motifs de givre légèrement brillants. Faisant glisser ses mains sur le tissu soyeux de sa robe, la jeune femme s’accorda quelques instants pour admirer sa nouvelle tenue, aussi élégante que confortable. Cependant, elle releva brusquement la tête lorsqu’elle sentit de légères vibrations sous ses pieds. Le sol tremblait… Quelque chose approchait. De petites ondulations apparurent à la surface du magma. Les grondements du volcan gagnèrent peu à peu en intensité, faisant vibrer la roche tout autour d’eux. Les deux frères échangèrent un regard inquiet après avoir constaté la même chose.

«Il arrive.» Chuchota Mario, les mains levées par réflexe alors que les secousses continuaient de s’intensifier.

D’immenses vagues de lave se formèrent, projetant des gerbes incandescentes dans toutes les directions et manquant de peu de brûler les humains au rebord. Dans un grondement terrifiant, plusieurs tentacules violettes surgirent des entrailles du volcan, faisant trembler le bord du cratère sous les pieds des trois challengers. Des fissures apparurent dans la roche sous l'effet des secousses, pendant que de petits éboulements dévalaient les parois du volcan. Quelques instants plus tard, une énorme tête de poulpe émergea lentement de la mer de lave, surmontée d’une grande couronne d’or.

Des filets de magma dégoulinaient encore le long de son visage lorsque Poulpoboss secoua violemment la tête pour s’en débarrasser avant de poser ses yeux rouges sur les importuns qui osaient le défier dans son antre. Sa silhouette continuait de s’élever hors du volcan, révélant peu à peu son immense carrure. Le souffle coupé, Solfège aperçut la note de musique qu’ils étaient venus récupérer. Enchâssée dans sa couronne, elle brillait d’une lueur rouge. Elle était là. Reculant instinctivement de quelques pas, la jeune femme baissa le regard vers Poulpoboss, manifestement furieux d’avoir été dérangé par des intrus. Comme Dino Piranha, tout son corps était recouvert de matière noire… Cette même substance qui rendait folle chaque créature qu’elle touchait.

Sa moustache grise frémissante de colère, l’énorme poulpe poussa un grondement guttural qui résonna dans tout le cratère. L’un de ses tentacules se dressa lentement au-dessus de sa tête, laissant s’échapper des gouttes de lave qui crépitaient au contact de la roche brûlante. Puis, dans un rugissement de rage, il l’abattit brutalement à l’endroit précis où se trouvaient les trois compagnons, bien décidé à en découdre et à chasser ces intrus qui avaient osé troubler sa tranquillité. Mario eut tout juste le temps de pousser Solfège hors de la trajectoire avant de se jeter lui-même sur le côté dans une roulade désespérée. Le tentacule s’écrasa lourdement sur la roche dans un fracas assourdissant, faisant trembler le bord du cratère et projetant des éclats de pierre dans toutes les directions.

À peine relevé, le plombier tendit les bras pour projeter plusieurs boules de glace en direction de Poulpoboss, qui flottait au centre de la mer de lave. Pris au dépourvu, le gigantesque poulpe croisa plusieurs de ses tentacules devant son visage pour se protéger. Les projectiles explosèrent dans un nuage de givre, recouvrant momentanément ses tentacules d’une fine couche de glace. Ses yeux rouges se rétrécirent de colère avant qu’il ne fouette brutalement l’air d’un autre tentacule, cherchant à expulser Mario de son perchoir. Pendant ce temps, Luigi courait à perdre haleine le long du bord du cratère. Le cœur battant à tout rompre, il tentait de contourner le monstre pour le prendre à revers, espérant trouver une ouverture derrière lui.

«Pourquoi il faut toujours que ce soient des monstres effrayants ? Ça ne pouvait pas être un petit chien pour une fois ?» Se plaignit-il en se penchant au-dessus du rebord pour commencer à bombarder Poulpoboss de boules de glace. Les projectiles azurés traversèrent l'air dans une succession de traînées scintillantes. Plusieurs éclatèrent contre le sommet de son crâne dans de petits nuages de givre.

Évidemment, cette pluie de projectiles ne passa pas inaperçue.

Lentement, Poulpoboss détourna son attention de Mario pour se tourner vers Luigi. Ses yeux rouges se plantèrent dans les siens, emplis d’une colère animale. Un grondement sourd s’échappa de sa gorge avant qu’il n’expire un nuage de vapeur blanchâtre qui enveloppa le plombier, désormais devenu sa nouvelle cible. Mais ce n’était pas le moment de céder à la peur ! Son frère et Solfège comptaient sur lui. Bombant le torse, Luigi fronça les sourcils avant de recommencer à harceler la créature de boules de glace aussi vite qu’il le pouvait, sans même prendre le temps de viser correctement. Peu importait où ses projectiles atterrissaient, du moment qu’ils atteignaient leur cible...

S’il parvenait à retenir suffisamment longtemps l’attention de Poulpoboss, Mario finirait peut-être par trouver un moyen de mettre un terme à cette menace. Grinçant des dents, les yeux fermés, Luigi sentit tout à coup un souffle brûlant caresser sa moustache. Lorsqu’il les rouvrit, il découvrit avec effroi qu’un appendice gigantesque était suspendu au-dessus de lui, prêt à s’abattre. Son cœur manqua un battement. Il se précipita pour s’écarter, mais son pied heurta quelques cailloux. Perdant l’équilibre, il s’écrasa à plat ventre sur la roche, laissant à Poulpoboss le temps de lever de nouveau son membre colossal. L’ombre du tentacule engloutit entièrement sa silhouette. Terrifié, recroquevillé sur lui-même, Luigi se protégea instinctivement la tête en attendant le coup fatal.

Sauf qu’il ne vint jamais.

Courant aussi vite qu’elle le pouvait pour venir au secours de son ami en difficulté, Solfège retenait les pans de sa robe afin de ne pas trébucher sur la roche irrégulière. Dans un mouvement fluide, elle effectua une pirouette sur elle-même avant de projeter une boule de glace en plein milieu du front de Poulpoboss. Celui-ci poussa un cri de surprise alors que sa tête partait en arrière. Utilisant plusieurs de ses tentacules pour se frotter l’endroit endolori, il ne fit qu’attiser davantage sa propre colère. Voyant rouge, le poulpe baissa les yeux vers l’humaine qui le défiait ouvertement. Le souffle court, le visage fermé, Solfège se tenait devant Luigi comme un rempart.

Accroupie dans une position défensive, elle faisait barrage de son propre corps, déterminée à protéger son ami. Malgré la différence de taille ridicule entre eux, pas la moindre lueur de peur ne brillait dans ses yeux. Seulement une détermination farouche. C’était un geste téméraire, mais elle ne comptait pas reculer. Mais Poulpoboss n’allait certainement pas se laisser intimider par une si petite humaine, malgré l’éclat rebelle qui brillait dans son regard. Aux yeux du gardien, elle n’était guère plus qu’un insecte insolent osant lui tenir tête. Plus haut sur la montagne, il entendait les acclamations des spectateurs. Agacé, l’énorme poulpe tourna brusquement la tête dans leur direction avant de pousser un rugissement effroyable.

Les acclamations cessèrent aussitôt, laissant Toad, Bowser, Bowser Junior, Yoshi et la Luma figés, bouche bée.

Reportant son attention sur les deux humains restés sur le côté, Poulpoboss leva deux de ses énormes tentacules avant de les abattre lourdement de part et d’autre d’eux. La roche trembla sous l’impact, enfermant Luigi et Solfège dans une véritable prison de chair violette et coupant toute possibilité d’intervention à Mario. Des fissures se propagèrent dans la roche sous la violence du choc. Sans perdre une seconde, ce dernier se mit à bombarder le tentacule qui lui bloquait le passage de boules de glace. Mais, à sa grande horreur, celui-ci ne bougea pas d’un pouce.

Une couche de givre se forma rapidement à sa surface, tandis que la matière noire qui recouvrait le monstre absorbait l’attaque et formait une étrange barrière protectrice. Les yeux écarquillés, Mario comprit immédiatement le danger. Il appela Luigi et Solfège pour les prévenir, mais il était déjà trop tard. Poulpoboss se penchait lentement au-dessus d’eux, son immense silhouette projetant une ombre inquiétante sur les deux amis. Puis, dans un grondement sourd, un autre tentacule se dressa au-dessus de sa tête. Suspendu dans les airs, il dominait Luigi et Solfège comme une gigantesque massue prête à s’abattre sur eux.

Encore une fois, Poulpoboss ne put mettre sa menace à exécution. Un tir le frappa en pleine tête avec une telle violence qu’il alla se cogner contre la roche dans un bruit sourd. Légèrement sonné, il se frotta le sommet du crâne, où sa couronne penchait dangereusement, prête à basculer dans la lave. Si elle tombait, ils ne pourraient plus mettre la main sur le fragment de voix... Comprenant l’urgence de la situation, Solfège eut le réflexe de tendre une main vers le poulpe, mais un second tir le propulsa en arrière, arrachant complètement la couronne qui s’envola dans les airs.

Tous les regards suivirent sa trajectoire dans un silence angoissé. Le cœur battant, la jeune femme ne la quitta pas des yeux, craignant à chaque instant de la voir disparaître dans le magma. Heureusement, après avoir heurté le bord du cratère dans un bruit métallique, la couronne rebondit sur la roche avant de rouler sur le sol et de venir se coincer entre deux rochers, suffisamment loin de la mer de lave. Le fragment était sauvé… Un soupir de soulagement lui échappa avant qu’elle n’aide Luigi à se relever. Puis tous deux tournèrent finalement la tête pour découvrir qui était intervenu durant leur affrontement.

Pour cela, il fallait lever les yeux au ciel. Un vaisseau bleu et argenté fendait les airs au-dessus du volcan à une vitesse impressionnante. Ses ailes anguleuses luisaient sous les reflets rougeoyants du magma alors que ses réacteurs laissaient derrière eux de légères traînées lumineuses. Malgré les turbulences provoquées par la chaleur du cratère, l'appareil exécutait ses manœuvres avec une précision remarquable, survolant Poulpoboss en décrivant de larges cercles au-dessus de sa tête. À chaque attaque, ses canons laser illuminaient brièvement la fumée avant que le vaisseau ne reparte dans un virage serré, hors de portée des tentacules du monstre géant.

Même Poulpoboss avait du mal à suivre les déplacements de cet adversaire insaisissable. Et aux commandes se trouvait nul autre que Fox McCloud en personne ! Au sol, Mario suivait du regard l'appareil qui enchaînait les acrobaties aériennes avec une agilité stupéfiante, un sourire émerveillé étirant ses lèvres. Il ne s'était certainement pas attendu à ce que le célèbre pilote vienne leur prêter main-forte au beau milieu de leur affrontement avec Poulpoboss. S'il y avait bien une personne qu'il n'aurait jamais imaginé voir surgir au-dessus de ce volcan, c'était Fox. Pourtant, en voyant l'Arwing tenir tête au gigantesque poulpe, Mario ne pouvait s'empêcher de se sentir soulagé. Leur situation venait soudainement de paraître beaucoup moins désespérée.

«L’appelle irrésistible de l’aventure !» Cria le renard dans les airs après avoir réalisé un looping au-dessus de Mario, esquivant de justesse un tentacule violet avant de disparaître de nouveau en direction des nuages.

Cette aide inespérée redonna du courage aux humains en contrebas. Se dispersant aux quatre coins de l'arène, qui ressemblait de plus en plus à un véritable champ de bataille, ils se mirent à bombarder Poulpoboss à l'unisson tandis que les tirs de l'Arwing l'empêchaient de riposter efficacement. Pris en étau entre le ciel et la terre, le gardien corrompu peinait à reprendre l'avantage. Assaillie de toutes parts, la créature ne parvenait plus à se défendre et ses forces commencèrent peu à peu à l'abandonner. La glace ne semblait pas lui faire beaucoup d'effet, mais les tirs laser, eux, parvenaient à atteindre sa chair sous la couche de matière noire qui le recouvrait.

Furieux de voir son adversaire lui échapper sans cesse, Poulpoboss poussa un grondement rageur avant de projeter plusieurs boules de lave en direction de l'Arwing. Les projectiles incandescents traversèrent le ciel dans une pluie d'étincelles, obligeant Fox à effectuer une série de virages serrés pour les éviter. Dans le même temps, le gigantesque poulpe agitait frénétiquement ses tentacules pour repousser les boules de glace lancées depuis le sol, balayant l'air dans tous les sens afin de maintenir ses assaillants à distance. Malgré sa puissance colossale, il était désormais acculé.

«Moustache une, sur la gauche ! Moustache deux, sur la droite !» Dicta Fox depuis son cockpit tout en faisant basculer son appareil sur le côté pour esquiver un nouveau projectile.

Comprenant immédiatement ce qu’il attendait d’eux, Mario et Luigi se séparèrent dans les directions indiquées par le renard. Les deux frères se mirent à courir de part et d’autre du cratère, obligeant Poulpoboss à partager son attention entre les attaques venues du ciel et celles qui pleuvaient de tous les côtés. Débordé, le gigantesque poulpe fouettait l’air de ses tentacules pour repousser les boules de glace tout en tentant de suivre les déplacements de ses adversaires. Plus les secondes passaient, plus ses mouvements devenaient désordonnés. Le vaisseau repassa alors au-dessus de sa tête et, dans une ultime tentative pour faire tomber Fox, Poulpoboss projeta tous ses tentacules dans sa direction afin de l’intercepter.

Mais le renard était plus rusé qu’il n’en avait l’air. Il avait vu l’attaque venir. Zigzaguant entre les tentacules avec une grande maîtrise, il ressortit derrière le poulpe avant d’actionner les commandes de son appareil pour déclencher l’Hyper Laser. Une lueur bleutée illumina brièvement le cockpit. Dans un sifflement strident, le puissant rayon fendit l’air en ligne droite avant de frapper la créature de plein fouet. Le temps se figea l’espace d’un instant. Une épaisse fumée s’éleva aussitôt à l’impact, puis Poulpoboss poussa un dernier rugissement déchirant avant de s’effondrer lourdement contre le bord du cratère.

Un long moment de silence s’ensuivit, seulement troublé par le ronronnement régulier des réacteurs de l’Arwing qui tournoyait encore au-dessus du cratère. Peu à peu, les yeux de Poulpoboss perdirent leur inquiétante lueur rouge pour retrouver leur couleur bleue naturelle alors que son immense corps s’enfonçait lentement dans la lave. La matière violette et visqueuse se détacha peu à peu de sa peau, l’affranchissant enfin de son influence néfaste. Maintenant qu’il avait été vaincu, l’île Delfino n’était plus sous son emprise et les choses allaient enfin pouvoir rentrer dans l’ordre. Quelques bulles de magma éclatèrent encore à la surface avant que la silhouette du poulpe ne disparaisse complètement sous la lave.

L’Arwing vola à basse altitude avant d’effectuer un arrêt brusque à côté des humains, qui durent se protéger le visage de la poussière soulevée par les réacteurs. Une fois posé, le vaisseau permit à Fox de sortir de l’habitacle tel un véritable héros. Lunettes de soleil sur le nez et allure décontractée, le célèbre pilote sauta au sol avant de s’éloigner de son appareil sans même se retourner, comme si venir à bout d’un poulpe géant n’avait été qu’une simple formalité. Derrière lui, les moteurs de l’Arwing continuaient de ronronner pendant que la chaleur du volcan faisait danser l’air autour de la carlingue. Plus haut, les spectateurs de cette bataille s’empressèrent de descendre la pente rocheuse pour rejoindre le reste de la bande.

«Tout le monde va bien ?» Se soucia Fox en retirant ses lunettes de soleil avant d’inspecter rapidement les humains du regard pour s’assurer qu’aucun d’eux n’avait été touché.

«Mario ! Je croyais qu’on s’était mis d’accord !» Hurla un Bowser furieux en pointant une griffe accusatrice vers le plombier, qui leva les mains avec perplexité. Il lui avait demandé de lui faire confiance, et voilà le résultat ! Sa femme avait failli y laisser sa peau. Sans attendre, son fils se précipita dans les bras ouverts de Solfège et s’accrocha à elle de toutes ses forces, comme pour s’assurer qu’elle était réellement saine et sauve.

«Votre intervention était incroyable ! Non, fantastique ! Non, encore mieux ! Phénoménale ! Je n’ai jamais rien vu d’aussi cool de toute ma vie de champi ! Je pourrais faire un tour dans votre vaisseau spatial ?» S’émerveilla Toad, incapable de cacher son admiration pour Fox McCloud. Son regard pétillant ne cessait de passer du pilote à son vaisseau, sans oublier ses chaussures qu’il trouvait tellement stylées. À ses côtés, Yoshi en fit de même. Le dinosaure observait l’Arwing avec des étoiles dans les yeux, fasciné par l’appareil.

«Je n’ai fait que mon travail. Je n’aime pas laisser une femme en détresse…» Se justifia le renard avec un léger reniflement désinvolte. Mais lorsqu’il sentit le regard interloqué de Solfège posé sur lui, il détourna brièvement les yeux. Elle arqua légèrement un sourcil. Elle n’avait pourtant pas été en détresse… C’était quoi, cette excuse ?

Ce commentaire, en revanche, ne plut pas du tout à Bowser.

«T’as cru quoi ? Qu’on était le club de lecture ici ?! Du balai ! On n’avait pas besoin de ton aide !» S’exaspéra-t-il, rouge de colère en voyant Fox se donner des airs de héros devant sa bien-aimée. Il venait peut-être de leur sauver la mise, mais cela ne lui donnait certainement pas le droit de fanfaronner auprès de Solfège. Et puis quoi encore ?

«Papa… C’est grâce à lui si mama va bien.» Rappela Bowser Junior depuis les bras de Solfège, même s’il n’était habituellement pas du genre à remercier qui que ce soit. Toutefois, il ne pouvait pas ignorer ce qu’il venait de se passer. Sans l’intervention de Fox, sa mama aurait peut-être fini écrasée sous un tentacule géant. Rien que d’y penser lui donnait des frissons dans la carapace... Il resserra légèrement son étreinte autour de la jeune femme avant de relever les yeux vers le pilote. Il devait reconnaître que ce combat avait été vraiment impressionnant !

«Hourra ! Madame Solfège est trop forte !» Chantonna la petite étoile jaune, qui s’amusa à soulever quelques mèches de cheveux de l’humaine pour célébrer cette victoire.

«Yoshi !» Acquiesça le dinosaure tout en remuant la queue avant de venir se coller contre le flanc de Solfège, ronronnant de plaisir sous ses caresses.

«Ouais bon, d’accord… C’était un combat sympa.» Finit par admettre Bowser, non sans une pointe de mauvaise foi dans la voix, comme si reconnaître que les autres avaient fait du bon travail lui coûtait physiquement.

«Beau travail, les gars.» Déclara Fox avec un sourire satisfait en venant poser une main sur l’épaule de Mario et l’autre sur celle de Luigi. Son regard passa de l’un à l’autre avant de revenir vers le cratère désormais silencieux ; «Vous vous êtes tous bien débrouillés. Maintenant on va pouvoir dormir sur nos deux oreilles !»

Mario se demanda un instant pourquoi Fox n’était pas intervenu plus tôt. Peut-être avait-il voulu tester leur courage et leur détermination avant de leur prêter main-forte… Ou peut-être était-il simplement arrivé au bon moment. Quoi qu’il en soit, le plombier ne tarda pas à engager une discussion animée avec le pilote, plutôt ravi de le revoir. Pendant ce temps, Solfège s’éloigna discrètement de Yoshi et de Bowser Junior pour rejoindre la couronne abandonnée entre les rochers. Il était temps de récupérer un nouveau fragment de sa voix. Arrivée devant le cristal renfermant la note rouge, elle s’agenouilla lentement et effleura sa surface froide du bout des doigts.

À son contact, la note se mit à tournoyer de plus en plus vite à l’intérieur de son écrin, jusqu’à ce que le verre se fissure dans un léger craquement avant d’éclater en une pluie d’éclats lumineux. Une douce lueur rougeâtre se répandit autour d’elle. Libérée de sa prison, la note rouge s’éleva doucement dans les airs jusqu’à flotter au-dessus de sa tête. Se souvenant de ce qui s’était produit avec le premier fragment, Solfège tendit une main vers la note et la toucha délicatement. La note frémit à son contact, répondant instantanément à l’appel de sa véritable propriétaire.

Aussitôt, une vague d’émotions déferla en elle avec une intensité troublante. La colère fut la première à l’atteindre, brûlante et incontrôlable, bientôt suivie par la frustration, l’amertume et une profonde détresse. Pendant un instant, elle eut l’impression de ressentir toute la souffrance que Poulpoboss avait endurée sous l’emprise de la matière noire, comme si ces sentiments avaient été emprisonnés dans cette note de musique pendant tout ce temps. Son cœur se serra face à cette douleur qui n’était pourtant pas la sienne.

Et comme avec le premier fragment, la note rouge se divisa en plusieurs copies colorées qui se mirent à graviter autour d’elle dans une lente ronde lumineuse. À mesure qu’elles tournaient, de délicats échos d’une mélodie s’élevèrent dans les airs, portés par une brise invisible. Les notes dansaient autour de Solfège, célébrant la libération de leur gardien tandis qu’un chant aussi doux que mélancolique se répandait à travers le volcan.

Que les étoiles brillent encore,

Même lorsque tombe le soir

Et si la nuit cache l’horizon,

Mon cœur gardera sa chanson

Oh, danse avec moi sous le ciel,

Là où les rêves déploient leurs ailes

Tant qu’il restera un peu d’espoir,

Je continuerai de croire

Écoutant cette chanson qu’elle avait autrefois chantée, Solfège sentit une douce chaleur envahir sa poitrine. Peu à peu, alors que les notes lumineuses revenaient vers elle, quelque chose en elle semblait se reconstruire. Lorsqu’elles pénétrèrent finalement dans sa poitrine, au niveau de son cœur, la jeune femme eut l’impression de retrouver une part d’elle-même qui lui avait longtemps manqué. C’était là leur véritable place. Là où elles avaient toujours été destinées à revenir. Les mains jointes contre son cœur, un petit sourire apaisé étira les lèvres de Solfège.

Les émotions douloureuses qui l’avaient traversée quelques instants plus tôt s’estompaient déjà, laissant derrière elles un sentiment plus doux. La colère avait laissé sa place à l’espoir. Une sensation de plénitude l’envahit doucement, réchauffant son cœur autant que son âme. Le fragment retrouvé n’avait pas seulement restauré une partie de sa voix, il lui avait aussi rendu un morceau d’elle-même. C’était une nouvelle preuve de sa résilience face aux épreuves qui cherchaient à éteindre sa lumière. Le silence ne gagnerait pas. Elle retrouverait sa force et tout ce qui faisait sa personnalité. Plus jamais elle ne laisserait qui que ce soit la contrôler.

À suivre…

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