L’Héritage Winchester

Chapitre 1 : L’annonce impossible

1444 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/03/2026 11:36

Chapitre 1 — L’annonce impossible

Le bunker était trop silencieux.

Pas le silence confortable qui suit une chasse réussie, ni celui qui permet enfin de relâcher la pression après une nuit trop longue. Celui-ci était différent. Plus lourd. Presque oppressant, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Dean n’aimait pas ce genre de silence.

Assis à la grande table de la bibliothèque, il nettoyait son arme avec une précision machinale. Le chiffon glissait le long du canon tandis que l’odeur d’huile et de métal flottait encore dans l’air. Un geste appris depuis l’adolescence. Une habitude qui occupait les mains quand la tête refusait de se calmer.

En face de lui, Sam était penché sur un vieux volume des Hommes de Lettres ouvert depuis plusieurs minutes. Ses yeux parcouraient les lignes, mais rien ne s’imprimait vraiment.

Finalement, il referma le livre avec un soupir.

Le téléphone vibra sur la table.

Dean grogna sans lever les yeux.

— « Si c’est Garth qui veut encore nous parler d’un loup-garou vegan, je jure que— »

Il attrapa l’appareil… puis s’arrêta en voyant le nom affiché.

Jody.

Son expression changea immédiatement.

Sam releva la tête.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Dean décrocha.

— « Dis-moi que t’as pas encore adopté un truc qui mord. »

Il s’attendait presque à entendre son rire au bout du fil. Mais il n’y eut rien. Pas une réponse immédiate, pas même un bruit de fond. Juste un silence inhabituel, lourd d’une tension que Dean reconnut aussitôt.

Il se redressa légèrement.

— « Jody ? »

Quand elle parla enfin, sa voix était plus basse que d’ordinaire.

— « J’ai besoin que vous veniez. Tous les deux. »

Sam était déjà debout.

— « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Dean s’était levé à son tour et faisait maintenant quelques pas autour de la table, incapable de rester immobile lorsque quelque chose lui échappait.

— « On est un peu occupés là. Tu peux me donner un indice ? »

Un souffle passa dans le téléphone avant que Jody reprenne.

— « La police locale a récupéré une fille. Pas d’identité. Pas d’empreintes dans les bases. Elle parle presque pas. »

Dean fronça légèrement les sourcils.                                                           — « Et ça nous concerne parce que… ? »

Le silence qui suivit dura juste assez longtemps pour que Dean comprenne que la réponse n’allait pas lui plaire.

Jody ajouta, d’une voix plus basse :

— « Elle dit être la fille de John et Mary Winchester. »

Dean laissa échapper un rire bref, sans humour. Ce n’était pas vraiment un rire, plutôt un réflexe, une manière de rejeter immédiatement quelque chose qui n’avait aucun sens.

— « Non. Impossible. »

Il resta immobile au milieu de la pièce, le téléphone encore contre son oreille. Son regard s’était figé quelque part devant lui, comme s’il essayait de remettre les mots dans le bon ordre pour qu’ils deviennent enfin logiques.

— « C’est une blague. »

— « J’aimerais que ça en soit une », répondit Jody.

Dean passa une main sur sa nuque, un geste nerveux qu’il ne remarquait même plus lui-même.

— « Mary est morte quand Sam avait six mois. »

Il n’avait pas haussé la voix, mais le ton était devenu plus dur, comme si répéter ce fait devait suffire à annuler le reste.

— « Je sais », répondit Jody calmement.

Dean continua, comme s’il déroulait une évidence que tout le monde aurait dû comprendre avant même de poser la question.

— « Elle a brûlé au plafond de notre maison. Papa a passé le reste de sa vie à chasser ce qui l’a tuée. »

Le silence revint dans le téléphone.

Sam observait son frère sans intervenir. Il reconnaissait ce ton. Celui que Dean prenait chaque fois que quelqu’un s’approchait trop près de certains souvenirs.

— « Et on n’a pas d’autre frère ou sœur », ajouta Dean.

— « Je sais. »

Sam passa une main dans ses cheveux, déjà en train de réfléchir à autre chose qu’au déni instinctif de Dean.

— « Quel âge ? »

— « Difficile à dire. Peut-être vingt-cinq… mais elle en paraît moins. Elle semble désorientée. »

Dean secoua la tête immédiatement.

— « C’est un coup monté. Un démon, un métamorphe… un truc. »

— « Je l’ai testée pour tout ce que je connais », répondit Jody. « Rien. Elle est humaine. »

Le mot resta suspendu dans l’air du bunker.

Dean ne répondit pas tout de suite. Son regard glissa vers la table, puis vers Sam, comme s’il cherchait une confirmation que tout cela était aussi absurde qu’il le pensait.

— « Humaine », répéta-t-il finalement, sans vraiment y croire.

Sam prit la parole plus calmement.

— « Elle a dit autre chose ? »

— « Rien d’utile. Elle observe beaucoup. Elle a peur. Mais elle n’a blessé personne. »

Dean serra la mâchoire.                                                               

— « Où est-elle ? »

— « Au poste. »

Puis Jody ajouta, plus bas :                                                                      

— « Si c’est un piège, il est gros. Et si ça n’en est pas un… cette fille est en danger. »

La ligne coupa.

Dean resta immobile un instant, le téléphone encore dans la main, comme s’il attendait que tout cela se démente de lui-même.

— « Non », murmura-t-il.

Sam s’approcha.

— « Dean. »

Dean secoua lentement la tête.                                                             

— « Maman est morte. »

— « Je sais. »

— « Papa nous a jamais parlé d’une sœur. »

Sam soutint son regard avant de répondre calmement :

— « Papa nous a pas parlé de beaucoup de choses. »

La remarque atteignit sa cible. Dean détourna les yeux et attrapa sa veste posée sur une chaise.

— « On vérifie. On s’assure que c’est pas un piège. Et si c’est un monstre— »

Sam croisa les bras.

— « Et si ce n’est pas un monstre ? »

La question resta suspendue entre eux.

Dean ne répondit pas immédiatement. Parce que cette possibilité ouvrait une porte qu’il n’avait aucune envie de regarder en face.

Finalement, il haussa les épaules.

— « Alors quelqu’un va devoir nous expliquer comment notre mère morte a eu une fille vingt-cinq ans plus tard. »

Ils quittèrent le bunker sans ajouter un mot.

Quelques minutes plus tard, l’Impala dévorait déjà la route sombre. Dean conduisait avec cette rigidité qu’il prenait quand quelque chose le travaillait trop, les yeux fixés droit devant lui. Sam regardait le paysage défiler derrière la vitre sans vraiment le voir.

Une idée revenait malgré lui : quelqu’un qui a peur ne construit pas un piège. Quelqu’un qui a peur essaie de survivre.

Dean, lui, s’accrochait à l’hypothèse la plus simple. Un piège. Ça devait être un piège. Parce que si ce n’en était pas un, alors tout ce qu’ils croyaient immuable venait de se fissurer.

Aucun des deux ne formula réellement cette pensée.

Pas encore.



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