L’Héritage Winchester

Chapitre 2 : La fille du commissariat

1631 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/03/2026 11:41

Chapitre 2 — La fille du commissariat

Le néon du commissariat grésillait par intermittence, produisant ce bruit sec et irrégulier qui finit toujours par taper sur les nerfs lorsqu’on reste trop longtemps sous cette lumière blafarde. Dean poussa la porte en premier et la tint un instant pour laisser Sam entrer derrière lui. L’odeur familière de café froid, de papier humide et de vieux mobilier administratif leur sauta aussitôt au visage. Rien d’inhabituel pour un commissariat de petite ville, et pourtant quelque chose n’allait pas. L’atmosphère était trop calme, mais pas le calme banal d’une nuit creuse ou d’un service ralenti. C’était un calme plus tendu, comme si les gens présents attendaient tous que quelque chose se produise.

Jody se tenait près de son bureau, droite, les bras croisés contre la poitrine. Son regard passa immédiatement de Dean à Sam et l’absence totale de sourire suffit à confirmer que la situation était sérieuse. Dean retira sa veste en avançant vers elle, mais conserva un ton volontairement léger.

— « Dis-moi que t’as un laboratoire secret derrière cette porte, parce que sinon j’ai vraiment du mal avec cette histoire. »

Jody ne répondit pas à la tentative d’humour et se contenta de leur faire signe de la suivre.

— « Venez. »

Sam observa la pièce pendant qu’ils traversaient le bureau d’accueil. Deux policiers se trouvaient derrière le comptoir et un troisième se tenait près du couloir menant aux cellules. Aucun ne parlait réellement. L’un fixait son écran sans taper au clavier, l’autre tenait une tasse de café visiblement oubliée depuis un moment. Tous évitaient de regarder vers la porte fermée au bout du couloir. Sam avait déjà vu ce genre de comportement dans des lieux où quelque chose d’incompréhensible venait de se produire et où personne ne savait vraiment comment réagir.

Ils s’arrêtèrent devant la porte. Jody posa la main sur la poignée, mais resta immobile un instant avant de parler.

— « Elle n’a rien fait. Je veux que ça soit clair. On l’a trouvée au milieu d’une route forestière en pleine nuit. Un couple a failli la renverser parce qu’elle marchait au milieu de la chaussée comme si elle ne voyait même pas les phares de la voiture. »

Dean croisa les bras.                                                                                                                                        

— « Elle a essayé de s’enfuir ? »

— « Non. »

— « Attaqué quelqu’un ? »

— « Non. »

Jody inspira lentement avant de continuer.                                                                                                                   

— « Elle est restée assise ici pendant des heures. Elle regarde autour d’elle, elle écoute, elle sursaute au moindre bruit, mais elle parle presque pas. »

Dean échangea un regard avec Sam. L’absence d’agressivité ne signifiait pas grand-chose dans leur monde, mais ce comportement restait étrange.

Sam demanda plus calmement :

— « Elle sait pourquoi elle est là ? »

Jody secoua la tête.

— « Je ne suis même pas sûre qu’elle comprenne ce qui se passe. »

Après une seconde d’hésitation, elle ouvrit la porte.

La salle d’interrogatoire était simple et fonctionnelle : une table métallique fixée au sol, deux chaises, et un néon trop blanc qui écrasait les couleurs. La jeune femme était assise face à la table. Elle se tenait parfaitement droite, les mains posées sur ses genoux, comme si cette posture lui avait été imposée depuis longtemps. Ce n’était pas l’immobilité de quelqu’un qui attend. Chaque muscle semblait maintenu en place avec une précision presque mécanique, comme si cette posture lui avait été apprise.

Sam sentit immédiatement quelque chose se serrer dans sa poitrine. Les épaules verrouillées, la colonne parfaitement droite et l’absence de mouvements inutiles évoquaient davantage un réflexe appris qu’une simple nervosité.

Ses cheveux roses pâles tombaient sur ses épaules. La couleur n’avait rien d’artificiel. Ce n’était ni le rose agressif d’une teinture ni celui, plus irrégulier, d’une coloration ratée. La teinte semblait presque naturelle, ce qui la rendait encore plus étrange. Sous la lumière froide du néon, sa peau paraissait étonnamment claire, presque translucide.

Dean resta quelques secondes immobile à l’entrée de la pièce. Son regard parcourut rapidement la salle, les angles, la table, la position des chaises. Un vieux réflexe de chasseur. Lorsqu’il entra finalement, les yeux de la jeune femme se levèrent immédiatement vers lui avec une rapidité qui ressemblait davantage à un réflexe conditionné qu’à un simple mouvement de curiosité.

Dean fronça légèrement les sourcils.

— « C’est… une couleur naturelle ? »

Elle ne répondit pas. Elle continuait simplement de l’observer, attentive au moindre mouvement.

Dean fit quelques pas de plus dans la pièce.

— « Tu comprends ce qu’on dit ? »

Toujours aucune réponse.

Il inclina légèrement la tête, l’observant avec plus d’attention.

— « Tu sais où tu es au moins ? »

Sam remarqua alors plusieurs détails que les autres n’avaient peut-être pas vus. Sa respiration était courte mais régulière, ses épaules restaient maintenues dans une rigidité presque calculée et, surtout, elle clignait très peu des yeux. Il nota également que ses mains restaient à quelques centimètres de la table sans jamais la toucher, comme si elle avait appris qu’il valait mieux ne rien déplacer sans autorisation.

Dean s’appuya contre le mur près de la porte, les bras croisés, et continua de l’observer en silence.

Sam s’approcha lentement de la table avant de s’asseoir en face d’elle.

La réaction fut immédiate. Le souffle de la jeune femme se bloqua brièvement et ses doigts se crispèrent légèrement sur ses genoux. Sam modifia instinctivement sa posture pour paraître moins menaçant.

— « On ne va pas te faire de mal. »

Les doigts se contractèrent encore un instant avant de se relâcher.

Jody resta près de la porte sans intervenir.

Sam parla d’une voix calme.

— « Je m’appelle Sam. Lui, c’est mon frère Dean. Tu veux bien me dire ton nom ? »

La jeune femme resta silencieuse quelques secondes. Sam eut l’impression étrange qu’elle cherchait la réponse correcte plutôt que de simplement répondre.

— « Saphyrra Winchester. »

Sa voix était douce, hésitante, légèrement faible.

Après une courte pause, elle ajouta :

— « Fille de John et Mary Winchester. »

Dean redressa la tête.

— « Ouais, ça on a entendu. »

Sam lança un regard à son frère, mais Dean continuait de fixer la jeune femme.

— « Alors je vais poser la question autrement. Qui t’a appris ce nom ? »

Elle ne répondit pas.

Dean se décolla du mur et s’approcha lentement de la table.

Le mouvement provoqua une réaction immédiate. Les épaules de la jeune femme se tendirent imperceptiblement et ses doigts se crispèrent légèrement contre le tissu de son pantalon. Son regard se posa brièvement sur Dean avant de revenir presque aussitôt vers Sam, comme si son instinct lui indiquait déjà où se trouvait le moindre danger.

Dean remarqua le geste.

— « Elle me regarde même pas. »

Il posa les mains sur le bord de la table et se pencha légèrement vers elle.

— « Je te fais peur ? »

La question resta sans réponse.

Mais Sam avait vu la réaction. Chaque fois que Dean avançait d’un pas, les muscles de la jeune femme se raidissaient légèrement, alors que sa posture se relâchait d’un millimètre lorsque Sam parlait.

Dean le remarqua aussi.

— « Génial », marmonna-t-il. « Elle m’aime déjà pas. »

Sam ignora la remarque et reprit d’une voix plus douce :

— « Tu peux nous dire d’où tu viens ? »

La jeune femme resta silencieuse. Ses épaules se raidirent à nouveau, un mouvement si discret qu’il aurait facilement pu passer inaperçu. Sam le remarqua pourtant immédiatement.

Dean s’approcha encore d’un pas et posa les mains à plat sur la table, se penchant légèrement vers elle.

— « On va avoir besoin de réponses. »

Les yeux de la jeune femme passèrent de Dean à Sam avant de revenir vers Sam presque aussitôt, comme si elle avait instinctivement identifié celui qui poserait les questions sans chercher à l’intimider.

Sam sentit le poids de ce regard. Il n’y avait ni défi ni ruse dans son expression, seulement une prudence attentive et une forme d’attente silencieuse.

À cet instant précis, Sam comprit une chose : malgré tout ce que cette histoire avait d’impossible, cette fille n’était pas un piège.

Les pièges observent les chasseurs. Ils les provoquent. Ils cherchent à prendre l’avantage.

Cette fille, elle, ressemblait surtout à quelqu’un qui essayait simplement de comprendre où elle se trouvait.



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