Digne de vie

Chapitre 1 : Chapitre I – « Un baiser, chère Mère »

3645 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 12/09/2020 15:28

Chapitre I – « Un baiser, chère Mère »



Inspiration.

Elle ouvrit l’œil ; quelques rayons de lumière lui parvenaient depuis le couloir dans lequel brûlaient quelques torches.

Expiration.

Sa tête cognait, douloureuse. Elle connaissait les signes. Qu’allait-elle entrevoir ce jour-ci ?

La jeune femme se leva difficilement, sortant de sa couche rembourrée de paille et adoucie par une peau de smilodon soigneusement entretenue. Elle se dirigea vers la fontaine trouvant sa source dans les montagnes voisines et se passa un coup d’eau sur le visage. S’assurant qu’elle était seule dans la pièce, elle troqua sa robe de chanvre rêche contre son armure de cuir dont le rouge autrefois carmin avait été terni par la terre sale qui la recouvrait. Elle détestait porter la coule qui lui dissimulait le visage lorsqu’elle travaillait alors qu’elle ne faisait que rester « chez elle », mais un pressentiment lui dicta de la revêtir, pour cette fois.

Elle se saisit du petit miroir poli qu’elle s’était acheté avec sa dernière prime, et examina son visage. Le reflet que lui renvoya l’objet faisait peine à voir. Cinq griffures, cicatrisées depuis le temps bien que toujours aussi rouges, partaient du milieu du front et descendaient jusque sur sa joue droite ; son œil, qui n’avait pas été épargné par la blessure, était blanc – l’iris et la pupille étaient voilés, incolores – et ne voyait plus depuis longtemps. Elle passa ses doigts sur la blessure. Les jours où le sang battait violemment dans ses tempes, la cicatrice la lançait, comme si elle revivait l’instant où la blessure lui avait été infligée...

Elle secoua la tête, et se dirigea le plus paisiblement qu’il lui était possible vers la salle d’entraînement pour saluer ses frères et sœurs qui faisaient déjà quelques échauffements. La majorité d’entre eux était d’origine impériale, et se fondait aisément dans la foule évoluant dans la province cosmopolite dont cette ethnie était traditionnellement originaire. Bien que le sanctuaire dans lequel ils vivaient se trouvât à Bruma, près de la frontière avec la province de Bordeciel, on trouvait plus dans leurs rangs d’individus venus des régions chaudes du Val-Boisé ou encore d’Elsweyr que de Nordiques. Ils étaient un peu moins d’une vingtaine d’assassins s’étant installés dans ce sanctuaire de la Confrérie Noire. Cette dernière était semblable à une grande famille, bien qu’elle fût sur le déclin ; peu à peu la répression faisait que des purges avaient fréquemment lieu, quand ce n’était pas l’affaire de quelque descente sous ordre de l’empereur. Par chance, cela n’avait pas encore eu lieu chez eux, pour le plus grand bonheur de tous, semblait-il.

« Bonjour, sœur, la salua Isovinia, une femme impériale à la chevelure cramoisie, lorsqu’elle alla la voir. Nous avons reçu plusieurs contrats aujourd’hui. Va voir Livius, il souhaite t’en confier un ou deux. »

Elle remercia sobrement sa sœur d’armes, sans oublier de lui montrer le respect qu’elle lui devait ; Isovinia était, comme trois autres de leurs frères, une Silencieuse, une assassine agissant pour l’un des quatre Parleurs, les dirigeants du sanctuaire. Parmi ces derniers, Livius était celui qui commandait la famille ; des quatre membres des plus importants, c’était lui qui l’était le plus. Isovinia était justement sa Silencieuse, et il était de son devoir d’agir comme le ferait l’homme à qui elle obéissait, puisque ce dernier, dont la présence était cruciale pour le maintien de la famille, ne pouvait plus se permettre de tuer qui que ce fût par crainte de voir sa tête mise à prix. Tel était le prix à payer pour être un Parleur de la Confrérie Noire.

Lorsqu’elle parvint dans les quartiers de Livius, ce dernier l’accueillit à bras ouverts.

« Ah, Aemillia. Comment vas-tu ? As-tu eu des visions ces jours-ci ?

– J’ignore quand sera la prochaine, mais elle arrivera plus tôt qu’on ne le pense, répondit-elle en désignant son œil aveugle du bout de l’index, autour duquel brillait un anneau d’or. Isovinia m’a dit que tu avais du travail pour moi.

– Oui, Alisanne nous a fait parvenir de Bravil plusieurs contrats ; j’en ai confié un aux frères khajiits, un à Gireanr et un à Irwaweneth. Je te laisse choisir duquel des trois restants tu veux t’occuper. »

Elle prit dans ses mains abîmées par les épreuves de la vie les lettres qui avaient été décachetées par le Parleur ; deux d’entre eux nécessitaient de se montrer en pleine ville pour aborder le commanditaire, tandis que le dernier lui demandait juste de se rendre dans une ferme un peu éloignée. Elle choisit le premier, désireuse de rester dans les environs ; elle n’aimait pas trop se déplacer trop loin lorsqu’une vision menaçait de se révéler à elle.

« Le commanditaire réside dans l’auberge ? Un voyageur ?

– Probablement. Bon courage. »

Aemillia n’aimait pas partir de si bon matin, mais puisqu’il lui fallait aller à l’auberge, peut-être pouvait-elle se payer de quoi grignoter avec l’avance que lui fournira le client. Elle retourna rapidement dans ses quartiers, enfila par-dessus son armure une robe et un manteau qui lui permettraient de se dissimuler, et se saisit de sa dague qu’elle glissa dans la boucle de sa ceinture, dans son dos.

Elle sortit par une énième entrée secrète, qui débouchait dans une ruelle peu fréquentée ; il ne lui fallut marcher que quelques instants avant de se retrouver devant une bâtisse faite de pierres et de bois, devant laquelle trônait une enseigne où l’on pouvait lire « À la vue de Jerall » ; le nom faisait référence à la chaîne de montagnes du même nom au cœur de laquelle se trouvait la ville, et donc l’auberge.

Elle passa le seuil en silence, et s’approcha du tavernier ; celui-ci la connaissait bien – à vrai-dire, elle était connue comme le loup blanc à cause de son œil et de sa cicatrice ; tous ignoraient quelle était sa réelle profession cependant – et la salua chaleureusement. Elle lui demanda innocemment s’il avait de nombreux clients, ce qui était d’ordinaire rare à cette période de l’année.

« Oui, il y a bien un homme qui loue la chambre en face. Tu as affaire avec lui ?

– Oui, on m’a chargée de prendre commande auprès de lui.

– Va frapper à sa porte, il y est. »

Voilà qui lui facilitait la tâche. Tant mieux. Elle n’aimait pas lorsqu’il lui fallait interroger des gens au hasard pour tenter de deviner s’il s’agissait de son commanditaire.

Lorsqu’elle donna quelques coups à la porte, l’homme vint prudemment lui ouvrir, et recula de quelques pas en voyant sa balafre et son œil blanc. Il lui demanda qui elle était, ce à quoi elle répondit des plus sobrement qu’elle était là pour sa commande, en insistant bien sur ce terme. Il l’invita à entrer dans la chambre, vétuste mais néanmoins confortable – elle avait souvent dormi dans ces lits par le passé – et lui expliqua qui était sa cible, un marchand du quartier qui l’aurait arnaqué en lui vendant une arme de piètre qualité qui s’était brisée à la première utilisation. Il lui promit une belle somme, dont il paya la moitié en avance afin de prouver son engagement. Aemillia noua la bourse sur sa ceinture, près de la dague, et tourna les talons. Le contrat était signé, elle n’avait plus qu’à exécuter sa part.

Elle trouva la cible sur le marché ; l’homme, un Impérial qui avait vu de nombreux hivers comme celui qui s’annonçait à eux par ce temps glacial pour la saison, frottait ses mains l’une contre l’autre, vaine tentative pour les réchauffer. Il proposait sur son étal diverses armes, de la dague légère et pratique au marteau de guerre difficilement maniable si l’on n’était pas assez musclé. Elle se demanda comment l’aborder malgré tout ce monde ; elle qui détestait les foules, voilà qu’elle était dans une impasse.

Il lui fallait faire ce qu’elle aimait de mieux : utiliser du poison. Elle avait acquis, grâce à un frère disparu depuis quelques années, deux ou trois notions d’alchimie ; elle avait développé un certain goût pour le poison, qui permettait de faciliter grandement la tâche lorsqu’elle en avait besoin. Sa robe épaisse lui permettait de glisser quelques fioles entre les couches de tissu, et il ne lui fallut pas chercher bien longtemps pour en sortir un poison de sa concoction, qui paralysait la cible après contact avec le sang ; une goutte suffisait, et la paralysie permettait de tuer à petit feu. Aucun antidote n’existait à sa connaissance, ce qui l’arrangeait bien. Elle en imbiba sa dague, et s’approcha comme si de rien n’était des étals de la place du marché.

« Approchez, mademoiselle ! l’interpella l’homme, un roux aux traits tirés et à la peau claire. Voulez-vous une épée ? Vu votre carrure, je dirais plutôt une dague, qu’en dites-vous ? »

Elle se laissa prendre au jeu, et s’approcha. Il lui montrait diverses dagues d’acier ou de fer, dont elle voyait d’un simple coup d’œil qu’elles ne valaient rien. Elle en prit une ou deux dans ses mains, faisant mine de s’y intéresser, avant de les reposer. Puis elle dégaina paisiblement la sienne, et s’adressa enfin au vendeur.

« Pour le moment j’utilise celle-ci ; je trouve qu’elle n’est pas assez affûtée, pourriez-vous le faire pour moi ?

– Faites-moi voir ça. Pas trop affûtée vous dites ? »

En disant cela il passa ses doigts de long de la lame que Ticilius avait passée sur la meule pas plus tard que la veille ; elle était on ne pouvait plus tranchante.

Ce qui devait arriver arriva ; l’homme s’entailla la main avec sa dague d’acier, sans qu’elle n’eût besoin de faire quoi que ce fût. Il retint un juron impliquant un des huit Divins et lâcha l’arme qui rebondit avec fracas sur son établi.

« Oh, excusez-moi, fit Aemillia d’un air faussement paniqué, bien que convainquant. Est-ce que ça va ? J’ai dû me tromper et prendre celle que mon père a retravaillée hier. »

Il se reprit, et lui rendit l’arme du crime qu’elle remit à sa place dans son dos. Puis, alors que personne, pas même sa victime, ne regardait, elle s’éclipsa hors de la scène de crime.

Jetant un dernier regard derrière elle avant de s’engouffrer dans une ruelle afin de regagner l’auberge, puis sa maison, elle remarqua au loin les premiers symptômes de la paralysie qui allait rapidement avoir raison de la vie de cet homme.

× × ×

Les retours furent bons, très bons, et même quelque peu différents de ceux escomptés.

Alors qu’elle se reposait et tentait tant bien que mal d’adoucir le mal de tête qui lui occupait toutes ses pensées, Aemillia entendit un certain remue-ménage au sein du sanctuaire. Elle reconnut les voix de tous ses frères et sœurs, et en décela une autre, une voix d’homme, qu’elle n’avait jamais entendue auparavant. Curieuse de savoir s’il s’agissait là d’un nouveau venu, elle se leva difficilement de sa couche dans laquelle elle s’était effondrée, encore vêtue de son armure de cuir dont elle avait aussi mis la coule, et avança péniblement jusqu’à la salle principale du sanctuaire, éclairée par de vifs rayons de soleil filtrant à travers un sombre vitrail représentant leur Père, Sithis, une divinité suprême existant au-delà des Aedras et Daedras.

Au centre de ce qu’ils surnommaient la « chapelle » se trouvaient chacun des quinze membres de la Confrérie Noire qui vivaient dans le sanctuaire de Bruma. Tous revêtaient la tenue règlementaire noire et carmin – armure comme robes de mages, bien que peu d’entre eux n’usassent de la magie – et formaient un cercle autour d’un curieux personnage mis à genoux ; à observer son physique, Aemillia devina qu’il s’agissait d’un Impérial, comme elle, mais il semblait particulièrement jeune. Elle se faufila près du groupe, et sentant sa migraine revenir au galop, s’adossa contre un mur afin de se reposer quelque peu. Sa coule masquait son visage, et la gardait quelque peu dans l’ombre, permettant à son œil de se reposer au moins un peu.

« Qu’est-ce que cet étranger fait ici ? s’étrangla Isovinia en le pointant du doigt tout en dévisageant avec furie les frères khajiits, Fa'rris et Ji'dara.

– Il nous a suivi à travers les tunnels, répondit le premier.

– Nous ne l’avons pas entendu nous suivre, fit le second.

– C’est quand même un comble pour des khajiits de ne pas entendre un intrus ! éructa Gireanr, un Bréton qui maîtrisait avec adresse de nombreux sorts de destruction.

– Et toi, reprit l’Impériale dont le visage tournait au rouge sous la colère, que fais-tu ici ? Parle avant que je ne te tranche la gorge ! »

Le jeune intrus la dévisagea avec peur tandis qu’il sentait sa dernière heure venue. Malgré tout, il étouffa ses bégaiements pour répondre d’une voix claire à la femme qui était à deux doigts de lui séparer la tête de son corps d’un coup d’épée d’ébonite.

« Je m’appelle Cicéron, clama-t-il, et vous avez tué mon père ce matin.

– Et ? Tu demandes réparation ? ricana Clenhor, un elfe des bois plutôt grand pour quelqu’un de sa race. Désolé, gamin, mais on ne fait pas de ça ici.

– Je ne vous demande pas de réparation. Je… »

Il sembla chercher ses mots. Aemillia devinait au timbre de sa voix qu’il était vraiment jeune. Il avait de sacrées tripes pour oser se faufiler ainsi dans un sanctuaire de la Confrérie Noire. Elle aimait ce culot.

« Je veux que vous m’appreniez à assassiner. Je veux tuer comme vous le faites.

– C’est une drôle de requête que tu nous fais là, petit, souffla Livius qui, jusque-là, n’avait fait qu’écouter. Comment peut-on savoir que tu ne nous mènes pas en bateau ?

– Mon père était tout ce qu’il me restait. Je le détestais. J’ai souvent souhaité sa mort, mais je n’ai jamais pu me résoudre à la commanditer. J’ignore qui était l’homme qui vous a payé pour le tuer, mais je lui en suis reconnaissant. »

Livius sembla rester songeur un instant. Il laissa ses yeux ambrés se poser sur le jeune arrivant, et l’examina de la tête aux pieds. Puis, après une longue minute de réflexion, toujours sans dire le moindre mot, il s’écarta du groupe pour s’approcher d’Aemillia.

« Dis-moi, que penses-tu de lui ? »

Elle leva la tête, et observa à son tour l’impérial. Il avait le teint clair, mais pas autant que celui de leurs voisins nordiques, et ses cheveux roux et sales tombaient dans sa nuque ; il possédait une certaine musculature, certes, mais elle devinait facilement qu’elle pouvait le battre malgré son œil aveugle tant la naïveté du gamin transparaissait sur son visage. Quant à ses yeux…

Elle retint un cri alors que la douleur lui vrillait le crâne ; elle chercha un point auquel se raccrocher pour ne pas tomber, et Livius lui saisit la main pour lui indiquer qu’elle pouvait se reposer sur lui. Elle porta sa main libre à son visage comme pour le cacher, et retint quelques gémissements et pleurs ; oh, comme elle haïssait cela.

Lorsque son état se stabilisa quelque peu, elle vit des images défiler devant son œil aveugle ; cela ressemblait à un sanctuaire, le style était proche de celui de la région – un autre sanctuaire de Cyrodiil peut-être ? – et un individu s’y tenait, seul ; il portait une tenue de bouffon digne des plus piètres amuseurs de la cour impériale, et parlait tout seul, à lui-même. Elle ne pouvait entendre sa voix, mais elle devinait au loin ses lèvres qui bougeaient comme s’il déblatérait ; les silences qu’il tenait laissaient penser qu’il attendait quelque réponse, avant de reprendre. Elle ne parvenait à voir le visage, mais ces yeux la dévisageaient et la perçaient jusqu’au plus profond de son âme. L’homme adopta une posture menaçante envers elle, mais avant même qu’il ne pût s’avancer dans sa direction, l’image s’effaça et tout redevint noir.

« Est-ce que ça va ?

– Oui, frère, ne t’en fais pas. Je ne m’attendais pas à ce que ça me frappe maintenant.

– Qu’as-tu vu ?

– Un sanctuaire, sûrement de la province. Et un homme, seul. Je crois que c’est lui qui porte le fardeau de la famille, seul. J’ignore juste quand cela se passera. »

La tête de Livius pivota en direction de l’intrus, qui avait assisté à la scène avec effroi tant son incompréhension des événements le laissait pétrifié. Puis il se repencha vers la jeune femme.

« Penses-tu que ce soit une bonne chose de le garder parmi nous ? demanda-t-il en posant ses yeux sombres dans le sien.

– Je pense que oui. Mais il faut le tester. Nous n’avons jamais entendu parler de recrue n’ayant pas passé le test

– À part toi, personne, non, sourit-il avec un air espiègle qu’elle n’aimait guère voir dessiné sur son visage. Bien, reprit-il en s’adressant au rouquin, tu peux peut-être – il appuya bien sur ce mot – rejoindre nos rangs. Mais tu devras nous prouver ce que tu vaux. Attrape. »

Il se saisit d’une épée de bois abîmée par le temps, que plus personne n’avait utilisée depuis de nombreux mois si ce n’était pas des années, et l’envoya en direction de Cicéron. Celui-ci l’empoigna, et renvoya au Parleur du sanctuaire un regard inquisiteur.

« Aemillia sera ton adversaire, ajouta Livius tandis que cette dernière, qui s’était déjà pleinement remise de sa vision troublante, se mettait en position d’attaque. Aemillia se bat à la dague ; tu devras la désarmer et l’assassiner – pour de faux, bien évidemment, je ne veux pas risquer la vie d’une de mes sœurs – soit en lui tranchant la gorge, soit en l’empalant de ton épée. Si tu y parviens, alors tu pourras rejoindre nos rangs. Mais si tu échoues, ce sera toi qui finiras égorgé ou empalé. Qu’en dis-tu ?

– Vous me mettez au défi d’attaquer une aveugle ? demanda-t-il naïvement, quoiqu’un peu consterné par l’idée d’être mis face à une infirme.

– Seul un incompétent ne pourrait la vaincre, » affirma l’homme.

Autour d’eux, les assassins de la Confrérie observèrent en silence, sans savoir que dire. Aemillia s’approchait pas à pas du gamin, prête à lui asséner un coup dont il ne se relèverait pas. Cependant, contre toute attente, ayant dépassé son hésitation, il se prépara lui aussi à se battre. Chacun guetta les mouvements de l’autre, dessinant un cercle sur le sol de leurs pas chassés, préférant ne pas tourner le dos à l’adversaire.

Excédée par le temps que prenait ce simple test, Aemillia se jeta sur lui, espérant lui faire peur et le faire abandonner. Au moment où sa dague allait se planter dans la chair de l’impérial chétif, elle revit le regard de cet homme terrifiant qui lui glaça le sang. Prise au dépourvu, elle ne put contrer le coup que porta Cicéron, qui lui coupa le souffle et la fit tomber à genoux. Avant qu’il ne revînt à la charge, elle leva le bras droit en l’air, indiquant qu’elle déclarait forfait.

« Il est apte, grommela-t-elle en se relevant et en époussetant son armure salie. Il peut rester.

– Mais, protesta le jeunot, je n’ai pas—

– Dans ce cas c’est décidé, tonna la voix de Livius, couvrant celle de Cicéron. Nous procéderons au rituel ce soir. Aemillia ? »

Elle tourna la tête vers lui. Il lui sourit, toujours cet air espiègle dessiné sur le visage.

« Tu seras son mentor. J’imagine plutôt notre nouveau frère manier la dague. Et puis, vous vous ressemblez un petit peu, tu ne trouves pas ? »

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