Skyrim crossover star wars : acte 1 ils son 5ombé du ciel

Chapitre 1 : Ils sont tombés du ciel

8163 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 04/09/2026 19:51

La première chose qu’Ezra sentit fut le froid.

Pas le froid sec d’une soute mal chauffée, ni celui d’un cachot impérial. Celui-ci était vivant. Un vent nocturne glissait entre les arbres, s’infiltrait sous ses vêtements et faisait frissonner les hautes herbes humides autour de lui. Il piquait la peau, s’insinuait jusqu’aux os.

Ezra ouvrit lentement les yeux.

Au-dessus de lui, aucune voûte métallique. Aucun plafond. Aucun vaisseau.

Seulement un ciel noir immense, parsemé d’étoiles froides et lointaines.

Un craquement sec résonna tout près.

Puis, plus loin, le hululement grave et prolongé d’un hibou.

Ezra sursauta violemment, le cœur en trombe. Il se redressa d’un bond, une douleur sourde lui traversant aussitôt le crâne. Il porta une main à sa tempe, les yeux écarquillés, cherchant désespérément un repère.

— …Qu’est-ce que…

Le Ghost.

Une mission.

Puis…

Rien.

Un vide complet.

— Kanan ? Sabine ? Zeb ? Juno ? Où êtes-vous ?!

Sa voix se perdit entre les arbres, avalée par la nuit.

La forêt qui l’entourait était dense, composée de grands arbres noirs aux branches tordues qui s’agitaient sous les rafales. Une légère brume rampait entre leurs troncs comme une présence vivante. Le sol était couvert d’aiguilles, de fougères et de pierres moussues.

Ezra n’avait jamais vu d’arbres de cette espèce.

À vrai dire, il n’avait jamais vraiment prêté attention à la flore des planètes qu’il visitait… mais quelque chose, au plus profond de lui, lui criait qu’il était en terre inconnue.

Quelque part dans l’obscurité, de l’eau coulait. Un ruisseau, peut-être.

Puis Ezra entendit un grognement sourd.

— Si quelqu’un m’est tombé dessus pendant que j’étais inconscient, je préviens : je mords.

Un sourire de soulagement immense illumina le visage d’Ezra. Il aurait reconnu entre mille cette voix caverneuse de rancor grincheux.

— Zeb !

Il se retourna.

À quelques mètres, une énorme silhouette violette se redressait péniblement contre un tronc. Zeb secoua la tête, les oreilles encore un peu molles.

— Karabast… J’ai l’impression qu’un gundark a fait du tam-tam avec ma tête.

Il regarda autour de lui.

Puis son expression changea, passant de la douleur à la pure confusion.

— …Euh, d’accord. Je suis paumé. On est où ?

— Excellente question.

Une autre voix, plus claire, s’éleva près d’un rocher.

Sabine était déjà assise, les jambes repliées, observant attentivement les environs. Instinctivement, elle vérifia son équipement d’un geste rapide.

Quand elle leva les yeux et aperçut Ezra et Zeb, un sourire de soulagement sincère éclaira son visage.

— Vous aussi…, souffla-t-elle. Je suis contente de vous voir.

Elle se releva et croisa les bras.

— Vous savez quelque chose ? N’importe quoi ?

Les deux secouèrent la tête en même temps.

— Rien, répondit Ezra. Juste… le vide.

— Pareil, grogna Zeb.

Sabine soupira, puis examina rapidement ses armes.

— Mon casque est là… mes blasters aussi.

Elle dégaina l’un d’eux. Le petit bruit électronique de l’arme sembla terriblement étranger au milieu de cette forêt sauvage.

— Donc personne ne nous a désarmés, constata-t-elle.

— Ce qui est soit une bonne nouvelle, répondit Ezra…

— …soit une très mauvaise, termina Zeb.

Un bruit de pas étouffés derrière eux fit immédiatement pivoter Sabine.

Elle braqua son blaster d’un geste fluide, le doigt déjà sur la détente.

— Hé, doucement.

Kanan sortit de l’ombre entre deux arbres, une main légèrement levée en signe de paix.

Sabine abaissa aussitôt son arme, un sourire gêné aux lèvres.

— Désolée.

— Dans notre situation, je préfère que tu sois trop prudente que pas assez, répondit Kanan avec un léger sourire.

Il rejoignit le groupe. Son visage était calme, mais Ezra le connaissait suffisamment pour voir l’inquiétude qui se cachait derrière.

Sans perdre de temps, Kanan sortit son comlink de sa ceinture et l’activa.

— Spectre-2, ici Spectre-1. Hera, tu me reçois ?

Silence.

Il réessaya, la voix un peu plus tendue.

— Spectre-2, réponds. C’est Kanan. Hera ?

Toujours rien. Pas même un grésillement.

Il changea de fréquence et tenta encore une fois.

— Spectre-2, ici Spectre-1. Si tu entends, donne ta position.

Sabine leva les deux mains en un geste résigné, paumes ouvertes, comme pour dire que c’était inutile.

— Laisse tomber, Kanan. J’ai déjà tout essayé. Aucun signal. Rien ne capte ici.

Kanan regarda le comlink encore quelques secondes, puis le rangea lentement, la mâchoire serrée.

Zeb se frotta la tête d’un air confus, les oreilles un peu molles.

— Bon… quelqu’un va bien finir par venir nous chercher, non ? Hera, Chopper, les autres… ils doivent s’apercevoir qu’on a disparu.

Une voix féminine s’éleva derrière lui, calme mais ferme.

— Il ne faut pas compter là-dessus.

Juno émergea de la brume, rejoignant enfin le groupe. Elle croisa les bras, le regard sérieux.

— Si personne ne sait où nous sommes… et si nous n’avons aucun moyen d’émettre un signal de détresse… personne ne viendra nous chercher.

Elle marqua une légère pause.

— Nous sommes seuls.

Le silence qui suivit fut lourd.

Les mines du groupe changèrent immédiatement. Ezra perdit son sourire. Sabine serra les mâchoires sous son casque. Zeb baissa légèrement les oreilles. Même Kanan, d’habitude si maîtrisé, laissa passer une ombre d’inquiétude sur son visage.

— Alors je suppose que personne ne sait comment nous sommes arrivés ici.

Juno regarda chacun d’eux à tour de rôle, attendant une réponse.

Puis elle ajouta, plus bas :

— Ezra ?

Ezra secoua la tête, les bras ballants.

— Même pas un souvenir flou. Rien. On était sur le Ghost… et puis plus rien.

Sabine croisa les bras, le regard sombre.

— Pareil. Aucune explosion, aucun impact, aucune alarme. Juste… le vide.

Zeb se gratta derrière une oreille, encore un peu sonné.

— Si quelqu’un m’avait assommé, je m’en souviendrais. Là, c’est comme si on avait été… éteints comme des droïdes. Puis rallumés au milieu de nulle part.

Sabine se tourna vers Juno, les sourcils légèrement froncés.

— Et toi, Juno ? Tu te souviens de quelque chose ?

— Moi… je me souviens seulement d’être sur le Trailblazer, avec Key. Et après… plus rien. Le noir.

Elle sortit brièvement son propre communicateur, le regarda une seconde, puis le rangea d’un geste las.

— J’ai déjà essayé de la contacter. Plusieurs fois. Aucune réponse. Pas même un grésillement.

Ezra fronça les sourcils, cherchant dans sa mémoire.

Ses yeux s’éclairèrent soudain.

— Attends… moi aussi, ça me revient. On a reçu un signal. Un signal bizarre. Venant de nulle part.

Sabine hocha lentement la tête, les bras croisés, le regard sombre.

— Exact. Un signal provenant d’une zone d’espace inconnue. Aucune balise identifiée, aucune signature familière. Juste… un appel.

Aucune explosion, aucun impact, aucune alarme.

Juste le vide après.

Zeb se gratta derrière une oreille, encore un peu sonné, puis renchérit :

— Ouais. Hera a décidé qu’on devait aller voir. On a quitté le Ghost pour suivre ce truc. Et ensuite… on se retrouve ici.

Kanan resta silencieux un moment, les yeux toujours plongés dans la forêt.

Quand il parla, sa voix était basse, presque hésitante.

— La Force ne me montre rien non plus. Pas de trace, pas d’écho. Comme si le trajet n’avait jamais existé.

Juno inspira profondément, le visage grave.

— Dans ce cas, on a un problème bien plus grand que le simple fait d’être perdus.

Elle balaya la forêt du regard.

— On a tous suivi le même signal… et on s’est tous retrouvés ici, sans aucun souvenir du trajet. On ne sait ni où on est, ni comment on est arrivés, ni même si quelqu’un, quelque part, sait qu’on a disparu.

Elle marqua une pause.

— Et sans aucun moyen d’émettre un signal de détresse…

Elle laissa la phrase en suspens.

— Nous sommes seuls.

Un silence pesant s’installa entre eux.

Le vent fit frémir les branches au-dessus de leurs têtes et, au loin, le hibou hulula de nouveau, comme pour souligner le poids de leurs paroles.

Kanan ferma les yeux.

Il écoutait.

Pas seulement avec ses oreilles.

Avec la Force.

Le vent fit bruisser les arbres. Une chouette lança un cri au loin.

Kanan fronça légèrement les sourcils.

— La Force est présente.

Ezra se détendit un peu, un sourire revenant timidement sur ses lèvres.

— Alors tout va bien.

— Je n’ai pas dit ça, corrigea Kanan.

Ezra perdit immédiatement son sourire.

Kanan regarda la forêt, le regard lointain.

— Elle est… différente.

— Différente comment ? demanda Sabine.

— Je ne sais pas.

Il semblait chercher ses mots, comme s’il touchait quelque chose d’insaisissable.

— Comme si cet endroit était très ancien. Il y a énormément de vie autour de nous… mais quelque chose ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà ressenti.Zeb grogna, la voix rauque :

— Génial. Quelqu’un nous transporte au milieu d’une forêt, efface le trajet de notre mémoire et nous abandonne ici.un sourire sarcastique tordant ses lèvres.

— J’adore déjà cet endroit.

Sabine observait attentivement le ciel entre les branches, le visage levé vers les étoiles..

Puis elle se figea soudain, le corps tendu.

— Kanan…sa voix derrière son filtre trahi son inquiétude.

— Quoi ? Il s'approcha de Sabine puis regarda dans la même direction qu'elle vers le ciel.

— Tu reconnais quelque chose ? Demanda t'elle anxieusement.

Kanan leva la tête à son tour.

Un long silence s’installa.

Ezra comprit immédiatement.

Les constellations étaient inconnues.

Totalement inconnues.

Aucune figure familière, aucune étoile qu’il aurait pu nommer.

Sabine sortit un petit appareil de navigation et consulta rapidement l’écran, le visage éclairé par la faible lueur bleue.

— Aucun signal.

Elle changea plusieurs paramètres, les doigts rapides sur les commandes.

— Aucun relais de communication. Aucun transpondeur. Aucun réseau de navigation.

Elle releva lentement les yeux, l’expression sombre.

— Et l’ordinateur ne reconnaît aucune des étoiles visibles.

Zeb la regarda, les oreilles légèrement dressées.

— Tu veux dire qu’on n’est même pas sur une planète connue ?

Elle soupira, exaspérée par la question.

— Je veux dire que je n’en sais rien.

Un silence plus lourd s’abattit sur le groupe.

Puis Ezra parla, la voix basse, presque troublée :

— Vous avez remarqué… qu’on n’entend rien ?

Tous se turent un instant.

— Aucun vaisseau, poursuivit-il. Pas un seul. Pas le bruit d’un moteur, pas un chasseur en approche, pas même un speeder au loin.

Il regarda autour de lui.

— S’il y avait un spatioport quelque part… on devrait au moins entendre quelque chose. Mais là…

Il marqua une pause.

— Rien. Que le vent et les arbres.

Zeb hocha gravement la tête.

— C’est vraiment bizarre.

Une rafale plus forte traversa brusquement la forêt. Les branches craquèrent au-dessus de leurs têtes.

Juno resserra instinctivement les bras contre elle, frissonnant.

— La température continue de baisser. J’aime pas ça.

Ezra souffla dans ses mains pour les réchauffer.

— Moi non plus.

C’est alors qu’un hurlement monta dans la nuit.

Long.

Grave.

Animal.

Tous se figèrent.

Un deuxième lui répondit.

Puis un troisième.

Plus près.

Zeb dégaina son bo-rifle d’un geste fluide.

— Ça ressemble à des Loth-loups ! s’écria Ezra.

Sabine observa l’obscurité entre les troncs, attentive.

— Des gros Loth-loups, à en juger par le son. Et je ne pense pas qu’on soit sur Lothal, Ezra. Je ne me souviens pas qu’il y ait des forêts de ce genre sur ta planète.

— J’avais remarqué, marmonna Ezra. Je dis juste que ça y ressemble.

Un autre bruit résonna alors.

Dong…

Ils se regardèrent.

Dong…

Cette fois, aucun doute.

Une cloche.

Très lointaine.

Juno se tourna vers le nord.

À travers une ouverture entre les arbres, on distinguait quelque chose : une faible lueur orangée.

Peut-être un feu.

Ou plusieurs.

Sabine grimpa rapidement sur un rocher pour mieux voir. Elle activa discrètement les capteurs de son casque, notamment le baromètre et les détecteurs de lumière. Son regard s’intensifia sur la lueur lointaine.

— J’aperçois des lumières. D’après les lectures… c’est stable. Trop stable pour un simple campement.

— Un camp ? demanda Ezra.

— Trop nombreuses.

Elle plissa les yeux derrière la visière après quelques zoom malgré la distance et le manque de netteté à cause de la pénombre elle se fit une idée.

— Probablement un village.

Zeb eut un large sourire, soulagé pour la première fois depuis leur réveil.

— Enfin une bonne nouvelle. S’il y a des gens, ils pourront nous dire sur quelle planète on est peut être même qu'on pourra prendre un vaisseau pour quitter cet endroit. Zeb antousiast ouvrit la marche.

—Allé on y va!

Mais Kanan, lui, ne bougea pas.

Il restait parfaitement immobile, la tête légèrement inclinée.

— Attendez.

Ezra le regarda, inquiet.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

Kanan inclina un peu plus la tête, concentrant son attention.

— Vous entendez ?

Au début, Ezra n’entendit que le vent dans les branches.

Puis…

Des bruits réguliers.

Clop…Clop…Clop…Clop…

Lents, sourds, répétés, comme quelque chose de lourd qui frappait le sol à intervalles réguliers.

Quelque chose approchait par un chemin invisible derrière les arbres.

Sabine éteignit immédiatement la petite lumière de son équipement.

— Cachez-vous.

Tous se déplacèrent instinctivement derrière les arbres et les rochers, le cœur battant un peu plus vite, le souffle retenu, tandis que le bruit se rapprochait lentement dans la nuit.

Quelques secondes plus tard, une faible lumière apparut entre les troncs.

Une lanterne.

Un homme avançait à dos d’un animal à quatre pattes, aux sabots lourds qui frappaient le sol en rythme sourd.

C’était précisément ce bruit que Kanan avait entendu.

La bête progressait tranquillement sur un petit sentier de terre battue, la lanterne balançant doucement à chaque pas.

Le cavalier portait une épaisse cape de fourrure rêche, des bottes de cuir usées jusqu’à la corde et une longue épée à la ceinture.

Pas de blaster.

Pas de communicateur.

Pas la moindre lueur de technologie.

Rien que du métal forgé, du cuir et de la laine.

Il ne les avait pas remarqués.

Il passa lentement entre les arbres en fredonnant quelque chose d’incompréhensible, une mélodie simple et traînante qui se perdait dans le feuillage.

Zeb regarda Ezra avec une expression d’incrédulité pure, les oreilles légèrement redressées.

Ezra murmura, la voix à peine audible :

— Il a une épée.

Sabine répondit tout aussi bas, sans quitter l’homme des yeux :

— J’avais remarqué.

— Une vraie épée.

— Chut.

Juno, elle, observait surtout la monture.

Elle avait déjà vu des animaux domestiqués utilisés pour transporter des êtres vivants. Mais jamais une créature de cette espèce.

L’animal était imposant. Sa carrure haute et musclée semblait taillée pour supporter de lourdes charges, avec un poitrail large, un dos puissant et des membres longs terminés par de solides extrémités qui frappaient doucement le sol à chacun de ses mouvements. Son pelage sombre absorbait presque la lumière de la nuit, ne laissant apparaître que les reflets fugitifs de ses muscles sous sa peau lorsqu’il bougeait.

Une longue crinière noire descendait de sa nuque et retombait en mèches épaisses le long de son encolure. Quelques brins étaient soulevés par la brise nocturne. À l’autre extrémité de son corps, une longue queue touffue ondulait lentement, chassant de temps à autre les insectes qui osaient s’approcher.

Sa tête était étonnamment allongée, avec un front large qui se rétrécissait progressivement vers un museau étroit. Deux grandes oreilles pointues se dressaient au sommet de son crâne, pivotant indépendamment l’une de l’autre au moindre bruit. Elles semblaient constamment à l’affût, se tournant tantôt vers les voyageurs, tantôt vers les ténèbres environnantes.

Ses yeux sombres, eux, reflétaient faiblement la lumière ambiante tandis que ses naseaux s’ouvraient et se refermaient au rythme de sa respiration. Un souffle chaud s’en échappait dans l’air froid de la nuit.

Une pièce de cuir et de métal lui entourait le museau et remontait autour de sa tête, formant un harnais qui permettait à son cavalier de contrôler ses mouvements. D’autres lanières passaient autour de son encolure et de son poitrail.

Une selle épaisse reposait sur son dos, maintenue fermement par plusieurs sangles. De chaque côté pendaient deux étriers métalliques, suspendus à des courroies, prêts à accueillir les pieds de celui qui prendrait place sur son dos.

Juno détailla chaque élément avec curiosité.

Elle avait déjà rencontré des bêtes domestiquées servant de montures. Certaines étaient rapides, d’autres capables de porter des charges considérables. Mais cette créature-là était différente.

Elle n’arrivait pas à déterminer si son apparence imposante était due à son espèce ou simplement à sa musculature. Une chose était certaine : malgré son calme apparent, elle dégageait une force brute qu’elle n’aurait pas sous-estimée.

Pour l’instant, l’animal se contentait de souffler doucement par les naseaux, les oreilles toujours dressées, comme s’il surveillait lui aussi la nuit autour d’eux.

— Et il utilise un animal comme moyen de transport, souffla-t-elle.

Zeb laissa échapper un soupir bas.

— Peut-être qu’on a atterri sur la planète la plus primitive de toute la galaxie.

Kanan, lui, restait parfaitement concentré sur l’inconnu.

Son regard ne quittait ni la silhouette du cavalier, ni le sentier, ni les ombres autour d’eux.

Le cavalier poursuivit son chemin, disparaissant peu à peu derrière les arbres.

Puis Ezra entendit quelques chose au début il cru que c'était rien mais ça recommence, une voix presque inaudible résonna dans la forêt.

— Hé…

Il se retourna brusquement, les yeux écarquillés.

— Vous avez entendu ?

Sabine fronça les sourcils, la main déjà posée près de son casque.

— Entendu quoi ?

— Quelqu’un vient de parler.

Zeb balaya les environs d’un regard inquiet.

— Personne n’a parlé.

Ezra fixa les arbres, le cœur battant un peu trop fort.

Il était certain de l’avoir entendue.

Une voix.

Très faible.

Comme portée par le vent, glissant entre les feuilles.

Dovahkiin…

Ezra pâlit légèrement.

Le sang sembla se retirer de son visage.

Kanan tourna immédiatement la tête vers lui, alerté par le changement.

— Ezra ?

— Je…

Il hésita, cherchant ses mots.

— Je crois que cet endroit vient de m’appeler.

Un grondement extrêmement lointain traversa alors le ciel.

Pas un moteur.

Pas un vaisseau.

Quelque chose de beaucoup plus profond, plus ancien, qui semblait faire vibrer l’air lui-même.

Les oiseaux s’envolèrent brutalement des arbres dans un grand fracas d’ailes.

La monture du voyageur hennit de panique et se cabra. Son cavalier cria quelque chose d’incompréhensible et partit au galop, la lanterne dansant follement derrière lui.

Puis le silence retomba sur la forêt, plus lourd qu’avant.

Sabine regarda Kanan, le visage fermé.

— Bon…

Elle remit son casque d’un geste précis, le verrouillage claquant doucement.

— Je retire ce que j’ai dit. Cet endroit est officiellement étrange.

Au loin, les lumières du village continuaient de briller entre les arbres, petites taches dorées dans l’obscurité.

Derrière eux, ce qui ressemblait peut-être à des loups se rapprochait, leurs silhouettes basses glissant entre les sous-bois.

Et quelque part au-dessus des montagnes, quelque chose venait de pousser un cri qui ne ressemblait à aucun animal qu’ils connaissaient.

Ils étaient en Bordeciel.

Mais aucun d’eux ne le savait encore.


Le cavalier avançait maintenant plus loin sur le chemin de terre, sa lanterne oscillant régulièrement au rythme des pas de sa monture.

À bonne distance derrière lui, cinq silhouettes le suivaient entre les arbres, se fondant dans l’ombre.

Kanan marchait en tête, chaque pas calculé, attentif au moindre mouvement, au moindre craquement de branche.

— Gardez vos distances, chuchota-t-il. S’il se retourne, on disparaît dans les bois.

— Et si les créatures reviennent ? murmura Ezra, la voix un peu trop tendue.

Zeb resserra sa prise sur son arme, les muscles de ses épaules roulant sous la tunique de fourrure.

— Alors eux, ils disparaîtront dans les bois.

Sabine retint un rire, un souffle court derrière son casque.

Après une vingtaine de minutes, les arbres commencèrent à s’espacer.

La forêt s’ouvrait progressivement.

Une palissade apparut au loin, haute et sombre. Des torches brûlaient devant une petite porte gardée par deux hommes en armure d’acier terne.

Derrière les fortifications s’élevaient plusieurs maisons de bois et de pierre, leurs toits pointus découpés contre le ciel nocturne.

La mystérieuse cloche qu’ils avaient entendue plus tôt venait bien d’ici.

Juno s’arrêta brusquement au milieu du chemin. Juno s’arrêta brusquement au milieu du chemin.


— Attendez.


Tous se tournèrent vers elle. Dans la lumière déclinante du soir, son visage était tendu.


Elle désigna leurs vêtements d’un geste large.


— Regardez-nous. Vraiment. On va attirer tous les regards avant d’avoir posé une seule question.


Ezra baissa les yeux vers sa propre tenue. La combinaison orange vif, la veste marron, les bottes… tout cela criait « pas d’ici ». Il n’avait vu aucun habitant vêtu de couleurs aussi criardes depuis leur arrivée.


— tu est beaucoup trop voyante avec tas tenue orange, continua Juno en le désignant. Les gens d’ici portent du brun, du gris, de la laine, des fourrures… pas du orange fluorescent.


Elle se tourna vers Sabine.


— Et toi Sabine … ton armure. Les plaques sont déjà assez distinctives comme ça, mais les couleurs ? Le rose, le jaune, le violet… c’est magnifique, mais ici ça va brûler les yeux de tout le village. On dirait une cible mobile.


Sabine croisa les bras, clairement un peu vexée. Elle ouvrit la bouche pour protester, puis se ravisa et marqua un temps d’arrêt. Finalement, elle hocha la tête, l’air contraint.


— …Tu n’as pas tort. Sur ce coup-là.


Juno regarda ensuite Kanan.


— kanan, la pièce d’armure sur ton bras et ton épaule… ça colle plutôt bien avec ce qu’on a vu. Ça pourrait passer pour de l’équipement local. Mais le reste de ta tenue, la couleur, la coupe… ça fait trop propre, trop différent. Ça va attirer l’œil. Et on devra probablement cacher nos armes aussi. Un blaster ou un sabre laser, même éteint, n’a rien à faire ici.


Elle se désigna brièvement elle-même.


— Même moi, je ne suis pas parfaitement adaptée. Mais au moins, mes couleurs sont plus proches de ce qu’on a vu.


Enfin, son regard se posa sur Zeb.


— Et toi… tu ressembles à Zeb. Imposant, bleu-gris, avec ces oreilles. Aucun déguisement ne pourra vraiment cacher ça.


Zeb croisa les bras, les oreilles légèrement rabattues.


— Et tu proposes quoi ? Que je trouve une robe à ma taille ?


Kanan hocha lentement la tête.


— C’est une bonne idée. On ne peut pas entrer dans ce village comme ça.


Ezra regarda autour de lui, perplexe.


— Ouais, mais… où est-ce qu’on va en trouver, des vêtements ?


Sabine sourit d’un air espiègle et pointa du doigt une petite maison isolée, un peu à l’écart des remparts, à peine visible dans la pénombre.


— Je crois que j’ai trouvé. Là-bas. Suffisamment loin pour qu’on ne se fasse pas repérer.


Ils s’y dirigèrent en silence, marchant prudemment entre les arbres et les ombres. Pour rester discrets, ils durent enjamber plusieurs barrières de bois branlantes qui délimitaient de petits enclos.


Zeb, avec sa carrure imposante, eut plus de mal que les autres. En passant la jambe par-dessus une des barrières, son pied glissa. Il perdit l’équilibre et s’étala lourdement par terre dans un bruit sourd de feuilles et de terre.


— …Aïe.


Ezra se mordit la lèvre pour ne pas rire. Sabine détourna brièvement le visage, les épaules secouées. Même Kanan laissa échapper un soupir amusé.


— T’es sérieux, Zeb ? chuchota Ezra.


— Oh ça va hein, grogna le Lasat en se relevant péniblement, en s’époussetant. C’est ces foutues barrières de rien du tout…


Ils reprirent leur progression, plus prudents encore. Quelques mètres plus loin, l’un d’eux s’arrêta net.


Des vêtements pendaient sur une corde à linge tendue derrière la maison. Des tuniques de laine, des capes, des pantalons rudes… encore un peu humides du vent du soir, mais parfaitement utilisables.


Juno s’approcha, un petit sourire satisfait aux lèvres.


— Parfait. C’est exactement ce qu’il nous fallait.



Zeb regardait avec une indignation pure une immense tunique de laine grise que Sabine venait de récupérer sur un étendoir.

Le tissu était rêche, encore imprégné de l’odeur du savon et du vent.

— Je retire ce que j’ai dit, grogna-t-il.

Ezra, lui, essayait déjà une cape brune beaucoup trop grande pour ses épaules.

Le tissu retombait presque jusqu’à ses genoux.

Il tourna sur lui-même, l’air faussement satisfait.

— Ça me va plutôt bien.

— Tu ressembles à un sac de pommes de terre, répondit Sabine sans même lever les yeux de ce qu’elle faisait.

Elle avait dissimulé l’essentiel de son armure sous une longue cape sombre et retiré son casque, qu’elle serrait maintenant sous son bras. Les mèches colorées de ses cheveux étaient à peine visibles sous la capuche.

Kanan avait passé une tunique épaisse de laine brune par-dessus ses vêtements, cachant les lignes trop nettes de son équipement.

Juno, elle, s’était enveloppée d’une large cape de voyageuse à capuche, ne laissant dépasser que le bas de son visage.

Ils laissèrent leurs équipements les plus voyants dissimulés sous les tissus, suffisamment accessibles en cas de problème.

Une main pouvait encore atteindre un blaster ou un sabre en une seconde.

Zeb fut, comme prévu, le plus compliqué.

Il dut enfiler une large tunique de fourrure qui peinait à contenir sa carrure. Les manches s’arrêtaient trop haut, et sa silhouette massive restait impossible à masquer complètement.

— Personne ne va croire que je suis d’ici, marmonna-t-il.

— Ne parle pas trop, suggéra Juno d’un ton presque amusé.

— Très drôle.

Ils franchirent finalement les portes du village.

Le garde de faction les observa brièvement. Son regard s’attarda surtout sur Zeb — les oreilles, la taille, la façon dont la tunique tirait sur les épaules — mais il ne dit rien.

Peut-être trop fatigué, ou trop habitué aux voyageurs étranges.

À l’intérieur, le village semblait paisible.

Des lanternes accrochées aux façades projetaient des cercles de lumière jaune sur les rues de terre battue.

Une forge était encore allumée malgré l’heure tardive ; on entendait le rythme régulier du marteau sur l’enclume et on voyait les étincelles danser derrière la porte ouverte.

Des habitants rentraient chez eux, les bras chargés de paniers ou de fagots, tandis que quelques soldats discutaient près d’un feu, leurs armures brillant faiblement.

Personne parmi les cinq étrangers ne pouvait savoir qu’ils venaient d’entrer dans Helgen.

Et surtout…

Personne ne pouvait savoir que le village ne survivrait pas à la journée suivante.

Ils avançaient tranquillement lorsqu’un homme portant plusieurs sacs de toile passa près d’eux.

Il s’arrêta net en apercevant Zeb.

Ses yeux remontèrent lentement le long de la silhouette massive, s’arrêtèrent sur le visage, puis sur les longues oreilles pointues.

Zeb fronça les sourcils, déjà sur la défensive.

— Quoi ?

L’homme recula légèrement, les mains levées en signe d’apaisement.

— Rien, rien…

Il sembla hésiter, cherchant ses mots, puis demanda d’une voix hésitante :

— Vous êtes… un Khajiit ?

Silence.

Zeb regarda Kanan.

Puis Juno.

Puis l’homme.

Ses oreilles se redressèrent légèrement, signe qu’il n’avait pas compris.

— Un quoi ?

Le passant prit cette réponse pour un simple accent étranger.

— Khajiit. Vous savez… les gens-chats.

Le visage de Zeb se décomposa.

Ses yeux s’écarquillèrent, sa mâchoire se contracta.

Ezra se mordit immédiatement la lèvre pour ne pas rire.

Mais le rire lui échappa quand même, étouffé d’abord, puis franchement sonore.

— Un chat !

Zeb le regarda par dessu son épauleavec un regard assassin Ezra sentant son regard furieux essuya.de se convenir

— Désolé. Peinait t'il a dire entre deux gloussements étouffé.

Le passant, visiblement mal à l’aise, s’éloigna rapidement en murmurant des excuses, ses sacs cognant contre sa hanche.

Sabine détourna la tête vers Zeb et murmura, un sourire en coin :

— Finalement, tu te fonds mieux dans la masse que nous.

Zeb afficha une mine d’agacement parfait.

Ses oreilles, rabattues contre son crâne, montraient clairement son humeur.

— Je déteste déjà cette planète.

Ils reprirent leur marche.

Un peu plus loin, au détour d’une rue, ils trouvèrent enfin ce qui ressemblait à une auberge.

De la lumière chaude filtrait à travers les fenêtres à petits carreaux, et l’on entendait, même de dehors, le murmure des conversations et le grésillement d’un feu.

À l’intérieur, une large cheminée craquait doucement, projetant une chaleur réconfortante dans la grande pièce aux murs de bois sombre.

L’odeur de bière, de fumée et de viande rôtie flottait dans l’air.

Quelques habitants étaient installés autour des tables, parlant à voix basse, riant parfois.

Dans un coin, un homme aux doigts noueux pinçait les cordes d’un instrument étrange, une sorte de luth allongé dont les notes graves et mélancoliques se mêlaient au murmure des conversations.

Kanan observa les lieux d’un regard attentif, notant les sorties, les regards, la disposition des tables.

— On reste calme, dit-il à voix basse. On obtient des informations. Rien de plus.

Ils s’installèrent près du comptoir.

La tavernière, une femme d’âge mûr au visage marqué par les années et les hivers de Bordeciel, les observa immédiatement.

Elle avait déjà vu suffisamment de voyageurs pour reconnaître ceux qui venaient de loin.

Mais ceux-là…

Ils étaient vraiment étranges.

Trop propres malgré leurs vêtements usés, trop tendus, trop… différents.

Elle posa une chope devant un client avant de s’approcher, essuyant ses mains sur son tablier.

— Vous cherchez quelque chose ?

Kanan prit la parole, d’une voix posée.

— Des renseignements.

La femme haussa légèrement les sourcils.

— Ça dépend lesquels.

Kanan regarda brièvement ses compagnons.

— Pour commencer… où sommes-nous ?

La tavernière resta immobile une seconde, comme si elle n’avait pas bien entendu.

— Vous êtes sérieux ?

— Très.

Elle regarda successivement Ezra, Sabine, Juno, puis Zeb, s’attardant un instant sur la silhouette imposante du Lasat.

— À Helgen.

Aucune réaction.

Pas un hochement de tête, pas un signe de reconnaissance.

La femme fronça les sourcils, un peu plus méfiante.

— En Bordeciel.

Toujours rien.

Ezra murmura, presque pour lui-même :

— Jamais entendu parler.

La tavernière sembla maintenant réellement perplexe.

Elle posa une main sur le comptoir.

— Par les Divins… Vous venez d’où ?

Juno intervint rapidement, d’une voix calme et mesurée.

— De… très loin.

La femme posa les deux mains à plat sur le bois.

— Ça, j’avais compris.

Kanan continua, toujours prudent.

— Et qui contrôle cette région ?

— L’Empire, évidemment.

Le groupe se figea.

Sabine tourna immédiatement la tête vers Kanan, les yeux légèrement écarquillés.

Ezra murmura, la voix un peu plus haute que prévu :

— L’Empire ?

La tension changea instantanément.

Zeb posa discrètement une main près de l’endroit où il avait caché son arme.

Depuis leur arrivée, ils n’avaient vu ni l’ombre d’un destroyer stellaire dans le ciel, ni entendu le hurlement caractéristique d’un chasseur TIE, ni croisé le moindre stormtrooper en armure blance ou d'officier impérial en uniforme.

Rien.

Aucune présence militaire familière.

Pourtant, le mot « Empire » venait de sortir de la bouche de cette femme comme une évidence.

Kanan resta calme, mais ses doigts se crispèrent légèrement sur le bord du comptoir.

— Quels Impériaux sont présents ici ?

— La garnison, répondit la tavernière. Comme partout dans le sud de Bordeciel.

Sabine échangea un regard avec Juno.

Quelque chose ne collait pas.

Pas du tout.

Kanan demanda, plus lentement :

— Vous parlez bien de l’Empire galactique ?

La femme cligna des yeux, sincèrement perdue.

— Du quoi ?

— L’Empire galactique.

— Je ne sais absolument pas de quoi vous parlez, mon grand.

Kanan hésita une seconde, cherchant ses mots.

— L’Empire qui contrôle plusieurs systèmes stellaires.

Le visage de la tavernière devint encore plus méfiant. Ses sourcils se rapprochèrent.

— Des systèmes quoi ?

Ezra regarda Sabine, la réalisation le frappant en pleine face.

— Oh.

Kanan tenta encore, plus bas :

— Plusieurs planètes…

Juno tourna immédiatement la tête vers lui.

Un petit mouvement.

Presque imperceptible.

Un avertissement clair.

Arrête.

Kanan comprit.

Il se tut.

La tavernière regardait désormais le groupe comme si elle envisageait sérieusement d’appeler les gardes.

L’atmosphère s’était alourdie.

Juno prit donc la parole, d’une voix douce et rassurante.

— Pardonnez-le. Le voyage a été… difficile.

— Très difficile, confirma Ezra, forçant un sourire un peu trop large.

Juno continua calmement :

— Nous avons passé beaucoup de temps loin des grandes routes. Il essaie simplement de comprendre la situation politique.

La femme resta méfiante quelques secondes, les yeux passant de l’un à l’autre.

Puis elle haussa les épaules, comme si elle décidait que ces étrangers étaient plus confus que dangereux.

— Dans ce cas, vous avez choisi le pire moment pour revenir à la civilisation.

Juno s’appuya légèrement contre le comptoir.

— Pourquoi ?

La tavernière soupira, reprenant une chope pour l’essuyer.

— La guerre civile.

Sabine se rapprocha d’un pas.

— Quelle guerre ?

— Entre l’Empire et les Sombrages.

Kanan fronça les sourcils.

— Les Sombrages ?

— Les rebelles d’Ulfric Sombrage.

Ezra murmura, presque amusé malgré la tension :

— Encore une rébellion contre un Empire…

Zeb répondit d’une voix grave, un sourire en coin :

— Ça devient familier.

La tavernière continua, sans remarquer l’échange.

— Ulfric était le jarl de Vendeaume. Maintenant, il veut chasser l’Empire de Bordeciel.

Kanan demanda :

— Pourquoi ?

— Il prétend que Bordeciel doit appartenir aux Nordiques. Il reproche à l’Empire d’avoir interdit le culte de Talos après la guerre contre les Thalmor.

Le groupe échangea de nouveaux regards.

Chaque réponse apportait dix nouvelles questions.

Des noms inconnus, des conflits dont ils n’avaient jamais entendu parler, un Empire qui n’était clairement pas le leur.

Sabine murmura :

— Donc on a peut-être deux camps qui pensent tous les deux avoir raison.

— Comme souvent, répondit Juno.

Ezra regarda la tavernière.

— Et les Thalmor ?

La femme s’arrêta net.

Son expression changea légèrement, devenant plus fermée.

— Vous posez beaucoup de questions dangereuses pour des étrangers.

Ezra se tut immédiatement.

— Bon conseil, dit Kanan d’une voix basse.

Juno reprit avant que la situation ne se tende à nouveau.

— Nous cherchons simplement un endroit où dormir cette nuit.

La tavernière hocha la tête vers l’escalier au fond de la salle.

— J’ai deux chambres libres. Pas luxueuses. Ça fera vingt-cinq pièces d’or pour la nuit, repas du matin inclus.

Kanan hocha la tête et sortit de sa poche quelques crédits impériaux, ces petites plaques métalliques rectangulaires qu’ils utilisaient depuis toujours.

Il les posa sur le comptoir.

La tavernière les regarda, perplexe.

Elle en prit une entre le pouce et l’index, la tourna, puis la porta à sa bouche et la croqua légèrement avec une de ses dents, comme pour tester sa solidité.

Un silence gêné s’installa.

Tout le groupe la regardait, stupéfait.

Elle posa le crédit devant elle et secoua la tête.

— Ça, je ne sais pas ce que c’est. Et je ne prends pas ça.

Kanan resta perplexe, la main encore tendue.

Autour de lui, les autres échangeaient des regards inquiets.

Ils n’avaient jamais imaginé que leur monnaie puisse être totalement inconnue.

C’est alors que Juno, sans un mot, glissa la main dans la poche intérieure de sa tunique et en sortit une petite poignée de pièces d’or jaunâtres, un peu ternies mais clairement reconnaissables.

Elle les posa calmement sur le comptoir.

Le groupe la regarda, surpris.

— Est-ce que ceci suffirait ? demanda-t-elle simplement.

La tavernière examina les pièces, en soupesa une, puis hocha la tête d’un air satisfait.

Elle les ramassa et les fit disparaître dans un tiroir sous le comptoir.

— Ça ira. Les chambres sont en haut. Première et deuxième porte à gauche.

Ils montèrent l’escalier de bois qui grinçait sous leurs pas.

Une fois hors de portée de voix, Sabine se tourna vers Juno, un sourcil levé.

— Où est-ce que tu as trouvé cet argent ?

Juno haussa légèrement les épaules, comme si la réponse était évidente.

— Dans ma tunique. Quand on a… changé de vêtements. Il y avait déjà ces pièces dans une des poches.

Elle devint plus songeuse en montant la dernière marche.

Sa voix baissa.

— Ça confirme ce que je craignais. Si ces gens ne connaissent même pas les crédits… on est vraiment perdus.

Kanan, derrière eux, acquiesça d’un air grave.

— Et ça risque de poser problème. Si on veut acheter quoi que ce soit ici… nourriture, armes, informations… on va devoir trouver une autre solution que nos crédits.

Ils s’engagèrent dans le couloir étroit menant aux chambres.

Les planches grincèrent sous leurs bottes tandis qu’ils cherchaient les portes indiquées par la tavernière.

Deux chambres libres, avait-elle dit.

Première et deuxième à gauche.

Ezra s’arrêta devant la première porte, la main déjà sur la poignée, puis se retourna vers les autres.

— Euh… on se sépare vraiment ? Deux chambres pour cinq, ça veut dire qu’on se retrouve à se partager… et franchement, après tout ce qu’on vient de vivre, je préfère qu’on reste ensemble. Au moins pour cette nuit.

Sabine marqua un temps d’arrêt, puis hocha la tête.

— Il n’a pas tort. On ne connaît rien de cet endroit. Mieux vaut ne pas s’éparpiller.

Zeb poussa un long soupir exaspéré, les oreilles rabattues.

— Franchement, on est foutus. Perdus au beau milieu de nulle part, sans vaisseau, sans signal, sans rien. On aurait aussi bien pu atterrir sur une lune déserte.

Juno se tourna vers lui, le regard calme mais ferme.

— On n’est pas foutus, Zeb. Pas encore. Si on veut avoir une chance qu’on nous retrouve un jour, on doit trouver un moyen de contacter quelqu’un. N’importe qui. Un signal, une balise, peu importe.

Zeb râla en secouant la tête, déjà en train d’ouvrir la porte de la chambre la plus grande.

— Ouais, ben bonne chance. À première vue, ces locaux sont complètement dépourvus de technologie. Ils ont à peine découvert la lampe à huile…

Ils entrèrent les uns après les autres dans la petite pièce.

Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent réunis dans la chambre d’auberge.

La pièce était spartiate : deux lits étroits, un troisième un peu plus large, une table de chevet branlante et un unique tabouret.

Les murs de pierre étaient bruts, le plancher grinçait à chaque pas, et une seule bougie posée sur la table projetait une lueur tremblante et dorée.

L’ombre des poutres s’allongeait au plafond, et l’odeur de bois brûlé, de laine humide et de paille se mêlait à celle, plus discrète, de la suie et du froid de la nuit.

Pourtant, pour une nuit, cela semblait largement suffisant.

Sabine jeta un regard circulaire, son œil artistique s’attardant sur les proportions de la pièce et la lumière chaude de la bougie.

— Ce n’est pas grand, mais… il y a quelque chose de simple et d’honnête là-dedans. Ça pourrait être pire.

Zeb referma la porte d’un geste lourd.

Le loquet claqua.

Il croisa les bras, les yeux jaunes brillant dans la demi-obscurité.

— Au moins, on ne dormira pas dehors cette nuit. Je préfère largement ça plutôt que de devoir affronter les bestioles qu’on a entendues dans la forêt.

Ezra hocha vivement la tête, encore un peu crispé au souvenir des hurlements.

— Totalement d’accord avec toi. Les lits ont l’air durs, mais au moins y a un toit.

Zeb se tourna vers les autres.

— Bon.

Il les toisa un à un.

— Quelqu’un veut m’expliquer ce qu’est un Khajiit ?

— Khajiit, corrigea Sabine d’une voix lasse, sans même lever les yeux de son appareil.

— Ne commence pas, grogna Zeb.

Ezra, lui, riait encore, un rire étouffé qui lui secouait les épaules.

Il n’avait pas encore tout à fait digéré l’absurdité de la situation.

Kanan restait près de la fenêtre, le regard perdu dans la nuit de Helgen. Il se caressa le menton, pensif, comme s’il essayait de sentir quelque chose au-delà des planches et de la pierre.

— Ce monde ne connaît visiblement ni les voyages spatiaux, ni l’Empire galactique.

Sabine sortit discrètement son appareil de communication. Elle le tourna, le secoua légèrement, vérifia encore une fois les fréquences.

Toujours aucun signal.

— Rien, soupira-t-elle. Pas une transmission. Pas un satellite. Pas même une fréquence artificielle identifiable.

Juno Eclipse, debout près de la fenêtre, observait la rue endormie. Ses bras étaient croisés dans son dos, et elle faisait lentement les cent pas dans l’espace restreint de la chambre.

— Alors deux possibilités.

Ezra s’assit sur le bord d’un des lits.

Le matelas s’enfonça sous son poids avec une douceur presque choquante.

Il s’immobilisa un instant, surpris.

C’était… mou.

Vraiment mou.

Rien à voir avec la couchette étroite et dure qu’il partageait avec Zeb à bord du Ghost, où l’on sentait chaque vibration du vaisseau et chaque aspérité du métal.

Ici, le lit semblait l’accueillir, l’envelopper.

Il posa une main sur la couverture rêche et passa distraitement les doigts dans la laine.

— Lesquelles ? demanda-t-il, encore un peu distrait par la sensation.

Juno s’arrêta de marcher.

— Soit nous sommes sur une planète extrêmement isolée.

Elle marqua une pause, le regard toujours fixé sur la nuit.

— Soit nous ne sommes plus dans notre galaxie.

Un silence lourd s’abattit sur la chambre.

Même Zeb ne trouva rien à répondre. Ses oreilles se rabaissèrent légèrement.

Kanan ferma lentement les yeux.

Il ressentait toujours la Force.

Elle était là, présente, familière.

Mais cette étrange sensation demeurait, comme une présence diffuse qui saturait l’air, le sol, les montagnes lointaines.

Quelque chose existait ici.

Quelque chose d’ancien.

D’immense.

Et très différent de tout ce qu’il avait jamais touché.

Ezra se laissa finalement tomber sur le dos, les bras écartés, le regard fixé au plafond.

— J’ai une question beaucoup plus importante.

Sabine soupira, déjà fatiguée.

— Quoi ?

— Comment on retourne chez nous ?

Personne ne répondit.

Dehors, Helgen dormait paisiblement.

Des soldats impériaux montaient la garde près des portes. La forge s’éteignait progressivement, les dernières braises craquant dans le silence. Les habitants regagnaient leurs maisons, portes claquées, volets tirés.


Kanan ouvrit les yeux.

Il regarda tour à tour ses compagnons, puis posa une main sur l’épaule d’Ezra.

— On ne trouvera aucune réponse cette nuit, dit-il d’une voix calme. Demain, à la lumière du jour, on y verra plus clair. Pour l’instant… on dort.

Ils se répartirent les lits.

Il n’y en avait que quatre pour cinq personnes, mais la chambre était assez large pour que l’on puisse improviser.

Les deux femmes se regardèrent un instant.

Sabine fut la première à parler, d’un ton sec et sans appel :

— Tournez-vous.

Zeb cligna des yeux.

— Quoi ?

— Vous avez entendu, répéta Juno, déjà en train de défaire les attaches de sa veste. Les trois hommes, face au mur. Maintenant.

Ezra, Zeb et Kanan s’exécutèrent, un peu gênés, un peu amusés.

Zeb marmonna quelque chose d’incompréhensible en lasat, Ezra se mordit la lèvre pour ne pas rire, et Kanan se contenta de secouer la tête avec un demi-sourire.

Le moment avait quelque chose d’absurde et de familier à la fois, digne des scènes gênantes que l’on voyait parfois dans les vieux holofilms.

Derrière leur dos, on entendit le froissement des tissus, le cliquetis d’une boucle, le bruit sourd d’une botte tombant sur le plancher.

Quelques secondes plus tard, Sabine annonça :

— C’est bon.

Les hommes se retournèrent.

Les deux femmes étaient déjà sous les couvertures, vêtues seulement de leurs sous-vêtements.

Sabine avait pris le lit le plus proche de la porte, Juno celui près de la fenêtre.

Il restait deux lits et un coin de plancher.

Zeb s’empara du plus grand sans cérémonie.

Kanan et Ezra se partagèrent le dernier.

Une fois allongés, dans le silence presque complet de la chambre, Ezra se tourna vers Kanan.

— Tu crois… que les autres sont là aussi ? Hera… les autres…

Kanan resta un moment sans répondre.

Sa voix, lorsqu’elle s’éleva, fut basse et sincère.

— Je n’en sais rien, Ezra. Demain, on cherchera des réponses.

Ils se souhaitèrent bonne nuit, l’un après l’autre, d’une voix déjà ensommeillée.

Puis le silence retomba dans la chambre.

Quelques secondes passèrent.

Zeb, déjà à moitié enfoui sous sa couverture, grommela d’une voix sourde :

— j'aurai boîte jamais crue dire ça un jour mais xe t'as de boulon de Chopper…Karabast, je crois que il me manque.

Un silence d’une seconde.

Puis Ezra éclata de rire.

Sabine étouffa un ricanement dans son oreiller.

Même Juno laissa échapper un sourire, et Kanan secoua la tête en soupirant, amusé malgré lui.

Zeb grogna plus fort, mais on sentait qu’il n’était pas vraiment fâché.

Ezra se redressa légèrement et souffla la bougie de chevet.

La chambre bascula dans l’obscurité.

Dehors, Helgen continuait de dormir, ignorant encore que cinq étrangers venus d’un autre ciel venaient de poser le pied dans son histoire.

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