Le Chêne et le Loup

Chapitre 13 : Neige

4161 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 01/09/2026 10:58

Neige


Elsabeth atterrit… mal...

Le portail la recracha comme on recrache quelque chose d’indésirable : brutalement, sans prévenir. Un manque total de courtoisie qui aurait fait frémir Mustravelin s’il avait été là pour le voir.

Elle roula dans la neige, fit plusieurs tonneaux, avant de s’immobiliser sur le dos, les bras en croix. Le souffle court, elle resta un moment à fixer le ciel entre les branches.

Ce dernier était gris. D’un gris lourd, bas, définitif, le genre de gris qui signifiait que le jour avait décidé de ne pas vraiment se donner la peine de se lever aujourd’hui.

Le froid arriva ensuite.

Pas progressivement. D’un coup, comme une main qui se referme. Elle prit une grande inspiration. L’air lui brûla la gorge, jusqu’aux poumons. Son cuir trop léger n’offrait aucune résistance. Sa cape elfique, belle et bien cousue, n’avait manifestement jamais rencontré un hiver du nord et ne savait pas quoi en faire.

Dans son dos, l’arc lui rentrait dans les côtes.

Elle se redressa lentement.

Regarda autour d’elle.

La forêt était sombre, silencieuse. À perte de vue, dans toutes les directions, se dressaient des pins chargés de neige. Cet environnement ne ressemblait à rien de ce qu’elle connaissait. Pas de lumière dorée entre les troncs, pas de chaleur, aucun murmure familier de la nature qui reconnaissait les siens.

Il manquait cette présence qu’elle avait toujours ressentie autour d’elle, cette sensation presque imperceptible d’être reliée à tout ce qui vivait.

Ici, elle ne sentait rien. Seulement le silence et les arbres.

Cette forêt ne la connaissait pas.

Et surtout, elle n’avait aucune idée d’où elle se trouvait. Pas le moindre indice sur la proximité de la Forteresse. Aucun repère. Aucun chemin. Rien qui puisse lui confirmer qu’elle était seulement dans la bonne forêt.

Elle pouvait avoir atterri à deux pas de son but, comme à plusieurs centaines de lieues… Était-ce seulement le bon continent ? Le bon monde ?

Était-ce seulement son monde !!?

Putain de portail !

Elle resta immobile une seconde. Puis ses épaules se détendirent, son menton s’abaissa. Elle abandonna dans la neige la reine qu’elle avait été, avec tout ce que cela représentait.

Ce qui restait venait de beaucoup plus loin. Une fille qui avait grandi dans les branches avant que son destin vienne la trouver. Une fille qui savait lire une forêt, y survivre, trouver le nord et suivre une piste dans l’obscurité.

Elle ferma les yeux et se concentra sur ce qui l’entourait.

Le vent venait de l'est. La neige était plus tassée au pied des arbres exposés au nord. Et quelque part…

Rien… Rien du tout !

Elle rouvrit les yeux, sidérée. Toute sa vie, la forêt lui avait parlé. Celle-ci restait muette. Étrangère. Hostile dans son indifférence.

La Forteresse pouvait être dans n’importe quelle direction. Le jour avait déserté, le ciel restait uniformément gris entre les branches, inutile. Et le froid continuait son travail méthodiquement, s'infiltrant sous sa cape, traversant ses vêtements trop légers. Ses doigts, engourdis. Ses pieds, aussi. Le reste ne tarderait pas.

Les elfes sylvains n'étaient pas faits pour ça.

Elle n'en avait jamais douté. Mais elle le comprenait désormais dans chaque souffle glacé qui lui brûlait la gorge. Le froid n'était pas leur élément. Leurs corps le supportaient mal, bien plus mal que ceux des humains. Ils perdaient leur chaleur rapidement, et avec elle leurs forces.

Elle se maudit d'avoir sous-estimé la morsure du froid… et surestimé l'épaisseur de son cuir. Elle avait beau connaître les hivers de son royaume, celui-ci n'avait rien à voir avec ce qu'elle avait pu imaginer.

Un craquement dans les arbres à sa gauche.

La wyverne surgit des arbres comme une ombre déployée, ses ailes rasant les branches chargées de neige dans une pluie blanche.

Elle se posa dans une trouée, à une dizaine de pieds d'Elisabeth.

Prête à bondir, la demi-elfe ne broncha pas. Chaque muscle tendu, toute son attention rivée sur la créature.

Peut-être la bête repartirait-elle. On pouvait toujours l'espérer.

La wyverne surgit des arbres comme une ombre déployée, ses ailes rasant les branches chargées de neige dans une pluie blanche.

Elle se posa dans une trouée, à une dizaine de pieds d’Élisabeth.

Prête à bondir, la demi-elfe ne broncha pas.

La wyverne non plus. Elle semblait parfaitement satisfaite de ce qu’elle avait sous les yeux. Manifestement, elle venait de résoudre le problème de son dîner.

Elisabeth resta immobile, son regard parcourant la créature, enregistrant chaque détail.

Elle était grande. Plus grande qu’un cheval, avec un corps long et musculeux reposant sur deux pattes puissantes terminées par des serres noires. De longues ailes membraneuses étaient repliées contre ses flancs, leurs extrémités hérissées de pointes. Ses écailles, d’un gris sombre presque noir, se fondaient dans les ombres des arbres. Sous son corps, une bande d’écailles rouge sombre courait de sa gorge jusqu’à son ventre, tranchant avec le reste de ses écailles.. Sa longue queue traînait derrière elle dans la neige.

Mais c’est sa tête qui retint son attention. Longue et étroite, reptilienne, portée au bout d’un cou souple et démesurément long par rapport à son corps. Une rangée de petites pointes suivait sa nuque jusqu’à son crâne. Ses yeux jaunes, étroits et immobiles, étaient fixés sur elle.

Puis la gueule s’ouvrit. Large. Beaucoup trop large. Des crocs longs et irréguliers s’alignaient sur deux rangées, certains dépassant de sa mâchoire comme des éclats d’os. Une langue sombre remua au fond de sa gueule. De la vapeur s’échappa de ses naseaux dans l’air glacé.

Elles restèrent ainsi à s’observer plusieurs secondes.

Soudain la wyverne déploya ses ailes. Élisabeth leva instinctivement les bras pour protéger son visage.

Les ailes frappèrent l’air dans un battement brutal. Une violente bourrasque traversa la clairière, faisant claquer sa cape contre ses jambes. La créature plia les pattes et se propulsa du sol dans un puissant mouvement d’ailes.

Ely abaissa son bras.

La wyverne était déjà dans les airs. Elle prit de la hauteur au-dessus des arbres, battit encore une fois des ailes, puis les replia contre son corps.

Elle plongeait droit sur elle.

Elisabeth se jeta sur le côté. La bête passa à quelques centimètres d’elle. Le souffle glacial de l’air déplacé lui fouetta le visage, les griffes effleurèrent sa cape. Elle roula puis se redressa, un genou planté dans la neige, et décocha une flèche en relevant la tête.

Trop vite… Le froid dans ses doigts… La flèche passa bien au-dessus.

— Parfait, grommela-t-elle.

La wyverne vira serré entre les troncs avec une agilité déconcertante et piqua à nouveau.

La demi-elfe garda un genou dans la neige et appela la terre sous sa paume. Sa magie répondit, mais amortie, engourdie comme le reste, comme si le froid avait décidé de s’attaquer à tout ce qu’elle était.

Elle frappa le sol de la paume.

Des racines jaillirent dans un craquement sec, s’entremêlant devant elle pour former un mur végétal.

Elle sut aussitôt qu’il ne tiendrait pas. Et comme pour lui donner raison, au premier impact, le mur éclata dans une explosion de terre et de racines arrachées.

Ely pivota au dernier instant. La wyverne passa à quelques centimètres d’elle dans un battement d’ailes brutal, les griffes effleurant sa cape.

Elle crut l’avoir évitée. Elle s’apprêtait déjà à se retourner quand une brûlure fulgurante lui traversa le dos. Le souffle coupé, elle s’affala dans la neige.

Merde, c’était quoi, ça ? Debout !

Elle se releva avec peine et chercha le monstre des yeux.

La wyverne effectuait déjà un autre demi-tour. Elle disparut derrière les troncs, puis réapparut pile dans sa ligne de mire.

Ely écarta légèrement les pieds, cherchant l’équilibre dans la neige tassée, et inspira profondément. Elle banda son arc, expira lentement. Ses épaules s’abaissèrent, son regard se fixa. Elle attendit une fraction de seconde.

Elle n’aurait pas droit à une seconde chance.

Elle décocha une première flèche pour forcer la bête à virer. La stratégie fonctionna. La wyverne dévia brusquement.

Cet instant suffit pour trouver une ouverture.

Elle décocha aussitôt une seconde flèche, qui se ficha profondément dans son œil jusqu’à la moitié de la hampe.

La wyverne poussa un hurlement sinistre, si strident qu'à quelques toises de là, une nuée d'oiseaux s'envola dans un concert de piaillements, gagnant la voûte de nuages au-dessus des arbres.

Le corps massif de la bête partit en vrille. Une aile se déploya brusquement tandis que l’autre battait dans le vide, désynchronisée. Elle se tordit dans les airs, tenta de redresser son vol, mais son corps ne répondait presque plus. En chutant, sa longue queue fouettait les branches, arrachant des gerbes de neige et brisant les rameaux sur son passage.

Elle percuta un arbre de plein fouet. Le bois éclata sous son poids. Des branches s’enfoncèrent dans ses chairs, lacérant ses flancs et déchirant les membranes de ses ailes. Une gerbe de sang éclaboussa la neige tandis que son corps continuait de rouler et d’arracher tout ce qui se trouvait sur son passage. Elle s’écrasa finalement au sol dans un fracas de bois brisé et d’os broyés.

Aussitôt retombée, elle se débattit. Ses griffes labourèrent le vide, ses ailes battant frénétiquement dans une tentative désespérée de se relever. Elle grogna, suffoqua, cracha, cherchant à se redresser. De la bave mêlée de sang coulait de sa gueule grande ouverte.

Ses mouvements devinrent désordonnés, puis de plus en plus faibles. Elle poussa encore quelques grognements rauques, gratta une dernière fois la neige dans un spasme, puis s’immobilisa.

Le silence revint.

Ely resta quelques instants immobile, les bras le long du corps. Elle respirait trop vite, le cœur cognant furieusement contre ses côtes.

Peu à peu, elle reprit son souffle. Elle était toujours debout. Toujours en vie.

Elle prit de grandes inspirations malgré le froid, forçant l’air glacé à entrer dans ses poumons jusqu’à ce que sa respiration commence enfin à ralentir.

Un élancement sourd dans son dos lui rappela alors qu’elle n’était pas sortie indemne du combat. Une chaleur humide s’était répandue entre ses omoplates.

Sa main y courut par réflexe. Ses doigts heurtèrent quelque chose de dur, encore fiché dans la plaie, et la douleur la traversa comme une décharge.

Merde. C’était quoi, ça ?

Elle tenta de la saisir, mais un nouvel éclair de douleur lui fit aussitôt retirer sa main. Son instinct lui dictait une seule chose : quoi que ce soit, il fallait le retirer.

Elisabeth inspira profondément et porta de nouveau la main derrière elle, par-dessus son épaule. Ses doigts se refermèrent sur la pointe noire. Elle tira, prudemment.

Une douleur atroce, fulgurante, lui traversa le dos. Un cri lui échappa, et sa prise lâcha.

D’une main, elle s’appuya contre un tronc, les doigts agrippés à l’écorce, et attendit, les yeux fermés, le souffle court, que la douleur reflue. La nausée avec.

Quelques secondes d’immobilité. Elle tremblait. Il fallait l’enlever, elle le savait, mais son corps refusait l’idée même de recommencer.

Elle se fit violence. Elle devait le faire. Point final.

Elle reprit l’objet entre ses doigts, raffermit sa prise. Elle prit une grande inspiration et compta.

Un.

Deux.

Elle tira avant d’arriver à trois.

Elisabeth hurla, mais ne lâcha pas, cette fois.

La chair résista un bref instant avant de céder.

Elle s’affaissa dans la neige, la main serrée sur l’objet de sa souffrance, du sang chaud coulant entre ses omoplates.

Elle resta ainsi quelques instants, haletante, avant de regarder enfin ce qu’elle venait d’arracher.

Une pointe noire, épaisse, semblable à une grosse écharde.

Un dard ?

Du venin…

Putain de lézard volant.

Elle rit malgré elle. Un rire bref, épuisé, qui ne ressemblait guère à de la joie.

Allait-elle mourir ici ? Après à peine cinq minutes dans cette foutue forêt glaciale ? Gravement blessée par une créature qui n’avait même pas eu la décence d’être impressionnante.

« Elle partit sauver le monde. Il fut détruit. »

Pas mal comme épitaphe…

C’était hors de question.

Elle prit appui contre le tronc, posa une main sur sa cuisse et se redressa avec peine.

Ses jambes tremblèrent sous elle, hésitèrent un instant, puis finirent par accepter de la porter. Elle rengaina son arc dans son dos et rajusta le carquois sur son épaule, s’arrachant au passage une grimace de douleur.

Elle se mit alors en route, avançant péniblement dans la neige, sans même savoir dans quelle direction aller.

La blessure, elle, ne lui laissait déjà plus beaucoup de temps. Le venin travaillait. Elle le sentait. Ce n’était pas vraiment douloureux. Plutôt insidieux.

Comme quelqu’un qui débranche les choses une à une, sans se presser.

Ses doigts d’abord, peinant à se refermer complètement.

Puis ses pieds, engourdis, dont elle ne sentait déjà plus les extrémités.

Et maintenant, ce flou qui gagnait les bords de sa vision et qui n’avait rien à voir avec le froid.

Elle plissa les yeux et choisit une direction.

Le nord… peut-être était-ce le nord.

Est-ce qu’il y avait de la mousse sur les troncs ? Qu’est-ce qu’elle en savait, bon sang… Cette forêt ne lui donnait rien. Pas un murmure. Pas un signe. Juste des pins qui se ressemblaient tous et un ciel gris, uniforme, qui ne l’aidait en rien.

Ses genoux lâchèrent sans prévenir. Elle attrapa un tronc qui avait eu la bonne idée de se trouver à sa portée.

Avait-elle simplement buté sur une motte ou une racine ? Elle l’espérait. Sinon, cela signifiait qu’elle était encore plus mal en point qu’elle ne le pensait.

Elle attendit quelques secondes, le temps de rassembler ses forces, puis repartit.

Ses jambes étaient de plus en plus lourdes. Sa vue se dédoubla. Deux forêts. Deux sols. Aucun des deux tout à fait réel.

Elle choisit celui qui semblait le plus solide et continua.

Avance !

Elle fit quelques mètres avant que ses jambes ne flanchent à nouveau.

Elle tomba sur ses genoux, les mains s’enfonçant jusqu’aux coudes dans la neige. Elle resta ainsi plusieurs secondes, haletante.

Cette fois, il lui fallut plus de temps pour rassembler assez de force pour se relever. Ses bras tremblaient autant que ses jambes lorsqu’elle repoussa la neige et se remit debout.

Elle ne voyait presque plus rien. Le sol se confondait à présent avec le ciel. Plus que des formes floues autour.

Elle fit quatre, cinq pas, peut-être six, et, pour la troisième fois, ses jambes l’abandonnèrent. Seulement, cette fois, il n’y eut rien à quoi s’accrocher.

La neige arriva contre sa joue. Froide. Le sol meuble et glacé accueillit le reste de son corps. Le ciel entre les branches était parfaitement indifférent à son sort.

Putain.

Juste ça.

Et le monde devint sombre.



*



À l’orée de la forêt, un cavalier progressait lentement sur un chemin enneigé. Il chassait depuis plusieurs heures, suivant la piste fraîche d’un cerf, lorsqu’un fracas lointain éclata entre les arbres.

Il s’immobilisa et leva les yeux.

Une nuée d’oiseaux jaillit soudain de la forêt, s’élevant dans un affolement de battements d’ailes et de piaillements. Ils fuyaient tous le même lieu.

Le cavalier suivit leur trajectoire du regard.

Puis le bruit lui parvint de nouveau. Un craquement de bois, sourd et violent, suivi d’un cri qui n’avait rien d’humain.

Il hésita, mais pas longtemps. Le cerf avait eu de la chance : sa curiosité fut la plus forte. Il talonna sa monture et quitta le chemin pour s’enfoncer sous les arbres.

Il lui fallut du temps pour retrouver l’endroit d’où était venu le fracas. La neige ralentissait sa progression et les arbres rapprochés l’obligeaient à contourner les troncs. Il avançait en gardant en tête la direction indiquée par les oiseaux, corrigeant sa trajectoire au fil des traces et du terrain.

Lorsqu’il arriva enfin à hauteur du bosquet, un silence pesant l’accueillit.

Il mit pied à terre, flatta l’encolure de son cheval, et observa les alentours.

La carcasse d'une wyverne gisait contre un arbre éclaté dont on ne distinguait plus que le tronc et un amas de branches, la neige alentour avait viré au rouge sombre sur plusieurs mètres. Des branches brisées jonchaient le sol, certaines encore fichées dans ses flancs, arrachées avec elle dans sa chute.

Une aile était repliée sous son propre poids, l’autre déployée dans un angle qu’aucune articulation vivante n’aurait dû tolérer, sa membrane déchirée par endroits. La gueule entrouverte laissait voir des crocs irréguliers, maculés d’une bave sanglante déjà figée par le froid.

Le chasseur s’accroupit près de la tête. Deux flèches.

La première avait touché le flanc, presque à plat, sous un angle qui n’avait aucun sens pour un tir mortel. Un coup manqué, pensa-t-il au premier abord. Le genre d’erreur qui arrive à n’importe quel archer pris de panique face à une wyverne.

Il fronça les sourcils.

La seconde racontait une tout autre histoire. Plantée droit dans l’œil, presque jusqu’à la hampe. Un tir pareil ne devait rien au hasard, encore moins à la panique.

Son regard revint sur la première.

Trop précise pour un raté.

Pas un coup manqué. Un coup calculé, pour forcer la bête à virer, à offrir son œil un instant. La seconde flèche n’avait fait qu’achever ce que la première avait mis en place.

Un tir pour créer l’ouverture. Un tir pour la refermer, définitivement.

Le chasseur resta quelques secondes à contempler les deux flèches. Il avait beau chercher, il ne trouvait rien à redire.

Un léger sourire étira le coin de ses lèvres.

Propre. Très propre.

Il se redressa lentement, son regard désormais fixé sur les traces dans la neige.

Elles s’éloignaient vers les arbres, profondes par endroits, plus légères ailleurs. Une petite pointure. Un pas léger.

Pas un nain. Ils étaient bien trop massifs pour laisser une empreinte pareille.

Un enfant, alors ? Perdu si loin de toute civilisation, en plein hiver ? Peu probable.

Une femme ? Un halfling, égaré loin de ses terres habituelles ?

Il n’aurait su dire. Mais quoi que fût cette personne, elle tirait comme un archer chevronné. Le mystère n’en était que plus grand.

Il les suivit.

À une dizaine de mètres, des gouttes de sang ponctuaient la neige, de plus en plus rapprochées à mesure qu’il avançait.

Puis un tronc, l’écorce éraflée, maculée de sang à hauteur d’épaule. Quelqu’un s’y était appuyé, assez longtemps pour y laisser une marque.

À son pied, à moitié enfoncé dans la neige : un dard noir, épais, hérissé de petits picots recourbés vers l’arrière, faits pour s’accrocher dans la chair, pas pour en ressortir.

Il le ramassa, l’examina.

Du venin. De wyverne, très certainement. Il n’était pas du genre à se vanter de son sens de la déduction, mais entre le dard et la carcasse fumante à quelques pas, même un enfant aurait fait le lien.

Sa mâchoire se contracta.

Il avait peu de chances de rencontrer ce fameux tireur vivant.

Si le venin ne suffisait pas à le tuer, le froid et le sang perdu s’en chargeraient probablement.

Il glissa le dard dans sa besace et reprit la piste, menant son cheval par la bride.

Les traces devenaient de plus en plus erratiques. Des pas qui traînaient, déviaient sans raison, puis reprenaient leur direction. Par endroits, une empreinte plus large marquait l’endroit où l’archer avait chuté avant de se relever.

La lumière déclinait déjà entre les branches, teintant la neige d’un gris plus sombre encore. Le chasseur pressa le pas. Le silence de la forêt était revenu depuis longtemps, mais il ne le trouvait pas plus rassurant pour autant.

Un corps était étendu là, à quelques mètres, que la neige commençait déjà à recouvrir. Une silhouette immobile, presque effacée par le blanc qui la gagnait.

Il balaya les environs du regard avant de s’approcher. Une vieille habitude, née de quelques mauvaises expériences. Puis il s’agenouilla près d’elle et se pencha pour examiner ce qu’il avait sous les yeux.

Il remarqua ses vêtements en premier lieu. Trop légers pour le Nord. Trop étranges aussi. Il ne se souvenait pas avoir jamais vu pareil accoutrement dans cette région, encore moins en plein hiver.

Quelle était donc la nature de ce mystérieux archer ?

Alors qu’il se penchait, son médaillon glissa hors de sa cape, se balança un instant au bout de sa chaîne avant de s’immobiliser.

Une tête de loup.

Il distingua entre les omoplates le cuir fin déchiré. Il chassa la neige et écarta doucement les pans. La plaie, nette et profonde, était déjà entourée d’une teinte violacée.

Venin de wyverne. Si toutefois il avait eu besoin d’une confirmation. Tout concordait.

Il retourna alors le corps avec précaution.

Il découvrit qu’il s’agissait d’une femme.

Il marqua un temps d’arrêt.

Ce n’était pas le fait qu’elle soit une femme qui le surprenait. C’était le contraste. Une silhouette frêle, presque inconsciente, qui venait pourtant d’abattre une wyverne avec une précision qu’il aurait été difficile de surpasser.

Son visage était d’une pâleur extrême. Des mèches auburn, alourdies par la neige, s’étaient collées à son front et à ses tempes. Même dans la lumière grise de la forêt, leur couleur ressortait vivement sur sa peau presque livide.

Elle avait des traits fins, presque délicats, mais même inconsciente, elle ne paraissait pas vulnérable. Quelque chose dans son expression, dans la tension de ses traits, résistait à cette impression.

Ses oreilles, légèrement pointues, apparaissaient sous ses cheveux emmêlés et mouillés.

Merde… une elfe.

Il n'était décidément pas au bout de ses surprises.

L'homme abaissa sa capuche. La moitié de son visage portait les stigmates d'un combat ancien. De larges cicatrices défiguraient une partie de sa joue, profondes et irrégulières, sans pour autant effacer ses traits.

Il se pencha vers le visage de l'archère, attentif au moindre souffle. Sa poitrine se souleva à peine sous ses vêtements.

Elle respirait encore.

De peu.

Il passa ses mains sous ses bras et la tira doucement vers lui. Il fut surpris par sa légèreté et prit garde à ne pas appuyer sur sa blessure en la soulevant. Il la fit alors basculer sur son épaule avec les gestes précis de quelqu’un qui avait l’habitude de ramasser des corps, pas toujours vivants.

Il se redressa, jeta un dernier regard autour de lui et rejoignit son cheval.

Il l’installa devant lui, maintint son corps contre le sien pour éviter qu’elle ne glisse, puis saisit les rênes.

Kaer Morhen était à moins d’une heure.

Eskel pressa sa monture.


A SUIVRE !!


Avis à mes lecteurs fantômes 👻

Je sais que vous êtes là. Je vous vois télécharger, bande de sorceleurs mutiques !

Ça m’en rappelle un, tiens… ça commence par un G, il me semble…

BON ! Le premier qui bouge me doit un like.

Oui, les règles sont parfaitement arbitraires. C’est mon histoire, je fais ce que je veux. 😂

Allez. Je compte. 👀

UN…

DEUX…

VU !!!



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