Le sorceleur spécial

Chapitre 9 : L'élève du Loup Blanc

2464 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/08/2026 19:50

POV Aiden

Les bûches crépitaient dans le feu de camp improvisé. Après avoir retrouvé Geralt, il ne nous avait pas dit grand-chose, à part de le suivre. Au début, j'étais méfiant après tout, je ne le connaissais pas du tout mais Ciri m'avait assuré qu'on pouvait lui faire confiance, puisqu'il l'avait déjà aidée alors qu'elle était en danger, dans la forêt de Brokilone.

J'avais soupiré, et nous avions suivi Geralt à travers les bois avec nos chevaux lui sur sa jument, qu'il avait apparemment baptisée Ablette, drôle de nom pour un cheval. Ciri était restée avec moi, sur ma monture, silencieuse comme jamais auparavant. Je n'avais rien dit chacun fait son deuil à sa façon.

Moi-même, j'étais triste. J'avais envie de frapper quelque chose de rage. Par moments, en suivant Geralt dans la forêt, je revoyais encore le sourire de Sac-à-Souris, le rire du commandant Albert quand il me collait une raclée à l'entraînement, la voix de la reine Calanthe cette femme à l'apparence si dure, mais si aimante envers Ciri et ses proches.

Tout ça, à cause de Nilfgaard… Même si je sais que ce qu'a fait Calanthe a dû leur porter un coup terrible, ça ne les arrêtera pas pour autant. Ça les fera peut-être reculer d'un an ou deux, mais ils reviendront, plus déterminés que jamais, et finiront par assiéger les royaumes du Nord exactement ce que craignaient Calanthe et Sac-à-Souris.

Mais ce qui m'énerve le plus, je crois, ce sont les réactions des rois du Nord. Ils n'ont rien fait ou presque rien. J'espère, non sans une pointe d'amertume, qu'ils finiront par comprendre les souffrances qu'a dû endurer la reine Calanthe pour prendre ces décisions, pour son peuple.

Je sentis une légère humidité sur mes genoux : de fines larmes coulaient du visage de Ciri, endormie contre moi pendant notre halte. Elle murmura le nom de sa grand-mère, sans doute plongée dans un rêve d'elle. Je caressai doucement ses cheveux et séchai ses larmes du bout de mon gant.

C'est à ce moment-là que Geralt dit :

« Honnêtement, c'est rare de la voir faire autant confiance à quelqu'un. »

Je levai les yeux vers lui. Il était assis sur une bûche, nos chevaux broutant derrière lui ce qu'il avait préparé apparemment de bonnes rations pour les montures.

Je reportai mon regard sur Ciri et répondis doucement :

« Oui. À vrai dire, on s'est retrouvés ensemble dans une situation extrêmement grave, et je pense que c'est depuis ce moment-là qu'on se fait une confiance aveugle. »

Le silence retomba un instant, comme si Geralt cherchait un sujet de conversation. Je le devançai :

« Tu es un sorceleur, c'est ça ? »

Il hocha la tête, calme :

« Oui. Un sorceleur de l'École du Loup. C'est d'ailleurs notre destination Kaer Morhen. »

Curieux, je demandai :

« Kaer Morhen, je connais un peu, grâce au livre Le Monstrum, ou Description du Sorceleur mais dans ce livre, l'emplacement exact de Kaer Morhen n'était jamais précisé. »

Il hocha la tête, ajouta une bûche au feu, et dit :

« Kaer Morhen est une zone très difficile d'accès. D'abord, géographiquement, c'est un vrai casse-tête d'y parvenir. »

Il traça un chemin dans la terre avec une branche, et continua calmement :

« Ensuite, il faut emprunter le Sentier des Sorceleurs qu'on surnomme aussi "le Visage". C'est un chemin extrêmement dangereux : sans savoir exactement où poser les pieds, un voyageur qui s'y aventure a toutes les chances d'y mourir, ou de s'y perdre. Sans compter les monstres qui y rôdent. »

Il poursuivit :

« Si tu préfères une indication plus simple, Kaer Morhen se trouve au nord-ouest de Kaedwen, dans les Montagnes Bleues. »

Je fronçai les sourcils :

« Kaedwen ? Vous n'avez pas de problèmes avec le roi, là-bas ? D'après ce que je sais, il n'apprécie pas vraiment les non-humains. »

Geralt haussa les épaules :

« On évite la capitale et les grandes routes. Et honnêtement, notre credo de neutralité joue peut-être en notre faveur auprès du roi ou alors il ignore simplement notre présence. Dans tous les cas, on n'a jamais eu de problème direct avec lui. »

Je hochai la tête. Les monstres m'intriguaient aussi : pendant mon apprentissage des potions, j'avais manipulé des ingrédients issus de créatures, lu des ouvrages sur les goules et les algoules, mais je n'en avais jamais vu de mes propres yeux. Je demandai, curieux :

« Comment sont les monstres, au juste ? Ils réagissent comme des bêtes sauvages ? Ou de façon plus… humaine ? »

Il me regarda, légèrement surpris, puis sourit, amusé :

« Tu sais, il y a quelque chose qui me trotte dans la tête depuis tout à l'heure. D'habitude, les gens qui voient un sorceleur pour la première fois nous craignent même quand ils nous paient pour un contrat rempli, on sent dans leur regard qu'ils aimeraient presque nous tuer. Mais toi, tu n'as jamais montré la moindre haine, ni le moindre dégoût. »

Je restai silencieux un instant, les yeux posés sur Ciri endormie, continuant à caresser doucement ses cheveux cendrés, et finis par répondre :

« Je pense que c'est parce que je ne viens pas d'un endroit rongé par les préjugés, et que j'ai reçu une bonne éducation. J'ai toujours été un fervent partisan du "on répond à la gentillesse par la gentillesse, et à la méchanceté par la méchanceté" c'est sans doute pour ça que je n'éprouve pas cette aversion. Et puis, d'après Ciri, tu lui as sauvé la vie ça fait de toi quelqu'un en qui j'ai confiance aussi, à mes yeux. Je suis naïf ? »

Geralt eut un petit rire :

« Non, je ne dirais pas naïf. Mais fais quand même attention à ne pas croire que tout le monde est gentil. Cela dit, garde cet état d'esprit je t'assure que ça te mènera loin. Et tu as raison sur un point : beaucoup pensent que les sorceleurs ont perdu leurs émotions, mais les mutations ne font pas ça. »

Il fixa les flammes, calme :

« On continue d'aimer, de pleurer, de se mettre en colère. Les mutations rendent juste plus difficile d'exprimer tout ça le positif comme le négatif. Bref, pour répondre à ta question : les monstres sont très variés. Certains se comportent comme de simples animaux les noyeuses, les goules. D'autres sont créés par la magie les golems, les gargouilles. Et puis il y en a d'autres, bien plus intelligents les vampires supérieurs, les dopplers. »

Une autre question me taraudait :

« Pourquoi es-tu ici, en cette saison ? Je croyais que les sorceleurs rentraient dans leur château pour l'hiver, et l'hiver arrive bientôt. Pourquoi être encore aussi loin ? »

Il me regarda droit dans les yeux :

« Calanthe m'a envoyé un messager jusqu'à Kaer Morhen. Je pense qu'elle savait déjà que cette guerre était perdue d'avance, et elle voulait vous sauver, tous les deux. Bien sûr, je résume à ma façon — dans son message, elle n'a pas manqué de me rappeler qu'elle me détestait toujours, à cause de cette histoire de destin. »

Je ne comprenais pas et demandai, incertain :

« Le destin ? »

Il parut surpris :

« Elle ne t'en a jamais parlé ? » Je secouai la tête. Il soupira :

« Il y a quelques années, Calanthe m'a engagé, par l'intermédiaire de Sac-à-Souris, pour arrêter un imposteur qui réclamait la main de sa fille. On disait que c'était un monstre. Au départ, j'ai failli refuser je n'aime pas vraiment travailler pour les rois ou les reines, c'est toujours un nid de complots en tout genre. »

Il regarda Ciri endormie et poursuivit, calme :

« Le jour de la fête de la princesse, le monstre s'est présenté et a réclamé sa main. Calanthe voulait que je le tue, mais mon médaillon, et mon expérience, m'ont vite fait comprendre qu'il s'agissait d'un être maudit. J'ai refusé de le tuer, et j'ai dû me battre contre les propres chevaliers de la reine pour le protéger. »

Je souris légèrement ça ressemblait tout à fait au caractère de la reine et demandai :

« C'est pour ça qu'elle te détestait ? »

Il secoua la tête :

« Non. Pendant qu'on se battait contre ces chevaliers, la princesse en a eu assez elle était elle-même amoureuse de cet homme, et elle a fait comprendre à sa mère qu'elle comptait bien l'épouser, avec ou sans son accord. »

Je ris en regardant Ciri :

« On dirait que c'est de famille, d'être aussi têtu. »

Il hocha la tête :

« Exactement. Après ça, la malédiction s'est brisée, et le monstre a repris forme humaine. Calanthe a voulu me récompenser j'ai d'abord refusé, après tout j'avais rompu mon contrat initial. Mais elle a insisté, alors j'ai fini par dire : "Je veux ce que tu possèdes déjà, mais que tu ignores encore." Et c'est à ce moment précis que la princesse a vomi, devant toute la cour. Je suis resté figé, comme tout le monde je venais, sans le savoir, de réclamer un enfant surprise. »

J'étais stupéfait :

« Un enfant surprise ? Comme dans les légendes, qui lient deux personnes à un destin important ? »

Il hocha la tête :

« Oui. Et malheureusement, ça n'a pas plu à Calanthe. Elle protège ses enfants avant tout, comme une véritable lionne. Elle m'a fait emprisonner, en vue d'une exécution mais Sac-à-Souris m'a libéré, en me transmettant, une fois qu'elle s'était calmée, un message très clair : ne jamais remettre les pieds à Cintra, sous peine d'exécution immédiate. »

Il jeta une nouvelle bûche dans le feu, se leva, croisa les bras, et me regarda :

« Honnêtement, je ne sais pas pourquoi elle a fini par me demander mon aide malgré tout. Mais Ciri est mon enfant surprise, et je vois bien à quel point vous êtes attachés l'un à l'autre elle en particulier. Elle peut être têtue comme une mule, mais quand elle veut quelque chose, elle finit toujours par l'obtenir, d'une façon ou d'une autre. Alors je te protégerai aussi, Aiden, ne t'en fais pas. Mais dis-moi : qu'est-ce que tu comptes faire, maintenant ? »

Je baissai la tête :

« Je ne sais pas… J'ai envie de me venger, c'est vrai. Mais je veux surtout en apprendre plus sur mon passé ce que la reine m'a révélé et je veux, avant tout, protéger Ciri. C'est la promesse que j'ai faite à tous ceux qui ont donné leur vie pour nous sauver, et je compte bien la tenir. Mais je connais mes limites, je… »

Je serrai légèrement les poings dans mes gants et regardai Geralt bien en face :

« Geralt, entraîne-moi. Je veux devenir plus fort. Quand j'ai vu ces mages, je me suis senti comme une fourmi sur le point d'être écrasée par une puissance immense. Pendant le duel de sorts, au loin, je me suis senti inutile. Je pensais être fort j'étais encore terriblement faible. »

Je jetai un œil à Ciri :

« Je sais que d'innombrables épreuves nous attendent, et je sens, au fond de moi, que je dois devenir plus fort comme si quelque chose de terrible se préparait. Ne me demande pas pourquoi, mais… »

Je reportai mon regard sur Geralt :

« Entraîne-moi. Je me fiche de vomir mes tripes, d'être battu à chaque séance, qu'on me traite d'idiot ou d'inutile. Je te demande juste une chance d'être formé. »

Geralt soupira, puis resta silencieux plusieurs secondes avant de répondre :

« Très bien. Je t'entraînerai. Mais prépare-toi à l'enfer il n'y aura aucune place pour la gentillesse. Je te formerai comme un apprenti sorceleur, ni plus ni moins. C'est bien clair ? »

Je hochai la tête, sérieux :

« Oui. Très clair. »

Il hocha la tête à son tour, s'éloigna un peu, s'installa en position de méditation, ferma les yeux, et dit :

« Maintenant, dors. L'entraînement commence demain. »

J'acquiesçai, pris doucement la tête de Ciri contre moi, m'allongeai à ses côtés à même le sol, nous recouvris tous les deux de la couverture, et m'endormis en la gardant contre moi.

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POV Geralt

J'entrouvris un œil pour observer les deux enfants endormis, puis soupirai en levant les yeux vers le ciel :

« Est-ce vraiment le destin qui me confie ces deux-là ? »

Ce qu'Aiden ignorait, c'est que j'avais vu ses yeux se transformer l'un en bleu glacé, l'autre en blanc neige pendant qu'il me parlait de vouloir devenir plus fort. Je ne savais pas de quoi il s'agissait exactement : ce n'était ni une malédiction, ni une possession, mais quelque chose de magique, et terriblement puissant.

Mon médaillon avait vibré violemment, et tous mes instincts de combattant me hurlaient de fuir rien qu'en croisant son regard. Je ne comprenais toujours pas ce qu'était ce phénomène dès qu'il s'était endormi, cette pression avait disparu d'un coup, comme si elle n'avait jamais existé. Mais je l'avais bel et bien ressentie. Ça, aucun doute là-dessus.

Je souris légèrement :

« Le destin a vraiment une drôle de façon de me faire comprendre que je ne suis pas près d'avoir la paix. »

J'hésitai, faisant tourner entre mes doigts un cristal de communication celui qu'une certaine magicienne rousse m'avait confié, juste avant mon départ de son lit.

Je soupirai :

« En arrivant à Kaer Morhen, il faudra que je l'appelle. En espérant que Yennefer ne soit pas avec elle je n'ai pas envie de me disputer encore, surtout qu'elle m'en veut toujours d'avoir fait annuler le vœu du djinn qui nous liait. Mais c'était pour le mieux, pour nous deux. J'y crois toujours. »

Je frissonnai encore, en repensant à Yennefer pleurant dans mes bras, après que je l'avais sauvée du djinn ce vœu qui nous avait liés l'un à l'autre. On avait été profondément amoureux, à cette époque. Puis, lors d'un contrat, j'avais accompagné Triss et nous étions tombés sur un autre djinn. J'avais voulu vérifier, une bonne fois pour toutes, si mon amour pour Yen était réellement sincère ou simplement le fruit de la magie. J'avais donc formulé le vœu d'annuler ce premier lien : seul un autre djinn pouvait le faire. Et comme je le redoutais, mon amour pour Yen s'était alors mué en une simple amitié tandis que celui que je portais à Triss, lui, était resté bien réel…

Je soupirai :

« Ma vie, hein… »

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