Le sorceleur spécial

Chapitre 10 : Le voyage

2187 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/08/2026 19:30

POV Aiden

Comme promis, dès le lendemain de notre réveil, Geralt avait commencé à m'entraîner mais pour l'instant, surtout sur le plan des connaissances. Il avait sur lui plusieurs ouvrages, récupérés au fil de ses voyages, qu'il me donnait à lire pendant qu'on avançait à cheval.

Ciri avait baptisé ma jument Nocturne, à cause de sa robe noire, et puisque ça semblait lui faire plaisir, j'avais accepté le nom sans discuter.

Le fait que je passe une bonne partie de mon temps à étudier avait fini par un peu vexer Ciri. Au lieu de me déranger directement, elle s'était mise à harceler Geralt de questions en tout genre et lui, fidèle à lui-même, en avait vite eu assez. Mais Ciri étant Ciri, et persuadée que j'étais désormais "plus concentré sur mes études à cause de lui", elle se vengeait à sa façon : elle ne laissait aucun répit au sorceleur, sauf la nuit, où elle s'endormait, affalée contre moi, comme si elle n'avait pas dormi depuis des semaines.

Parfois, Geralt revenait avec des carcasses de monstres, et nous apprenait directement à distinguer, par exemple, une algoule d'une simple goule malgré la puanteur infernale que ça dégageait, vu qu'elles appartiennent toutes deux à la famille des nécrophages. Je devais moi-même explorer le cadavre d'une gargouille : d'après Geralt, « c'est en forgeant qu'on devient forgeron ». Je ne vais pas mentir : après plusieurs séances à fouiller ces carcasses pour en extraire des ingrédients, j'ai fini par vomir, terrassé par l'odeur.

Côté entraînement à l'épée, on s'arrêtait parfois plus tôt pour qu'il m'enseigne le jeu de jambes de l'École du Loup assez difficile à maîtriser, presque comme une partition de musique où chaque geste doit tomber exactement au bon moment. D'après ses explications, chaque école de sorceleurs a sa propre spécialité : le Griffon se concentre sur les Signes, le Chat sur la ruse et l'agilité, la Vipère sur l'équipement et les techniques de combat rapprochées, l'Ours sur la force brute, la Manticore sur la dextérité, et le Loup la sienne sur la contre-attaque, l'esquive et la parade.

J'ai même eu l'occasion, une fois, d'affronter un vrai monstre même si je dois avouer que l'expérience a été plutôt étrange.

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Flashback

POV Aiden

J'étais caché dans un buisson avec Geralt. Il me désigna du doigt un noyeur assis sur la plage, occupé à se lécher la jambe, et demanda calmement :

« Que peux-tu me dire sur ce monstre ? »

Je l'observai un instant et répondis :

« Un noyeur je dirais un spécimen assez jeune, vu ses marques plus claires. Isolé du groupe principal, à en juger par l'absence de traces sur le sable autour de lui. »

Il hocha la tête :

« Tu as raison, mais tu as oublié un détail : regarde bien ses yeux légèrement rouges. Ça signifie qu'il s'est battu récemment, et qu'il est en train de se lécher les blessures, même si la plupart sont déjà cicatrisées. Chez les noyeurs, ce genre de comportement se rapproche de celui d'un animal c'est le plus souvent une façon de nettoyer ses plaies. »

Il me tendit son épée en argent :

« Je te laisse t'en occuper. »

Surpris, je hochai néanmoins la tête avec sérieux et pris l'arme. Ciri, restée silencieuse jusque-là, accroupie avec nous, murmura :

« Fais attention. »

Je lui souris, puis m'avançai doucement vers le noyeur, l'épée tenue à deux mains. Le monstre humain, me repéra, poussa un cri bestial, et se rua sur moi.

Première règle : ne jamais parer directement l'attaque d'un monstre.

J'esquivai son bond et lui tranchai la jambe au passage. Il hurla de douleur puis fit quelque chose qui me surprit : il poussa un cri strident vers le ciel, comme pour appeler du renfort. En me retournant, je vis deux autres noyeurs surgir et foncer droit sur moi. J'esquivai le premier, qui bondit à son tour, mais dus reculer d'un bond pour éviter les griffes du second. Je réfléchissais déjà à une stratégie tandis qu'ils se préparaient tous les deux à recommencer.

Je tentai quelque chose : je fonçai vers eux. L'un sauta, l'autre lança son attaque griffue mais en me rappelant le jeu de jambes que Geralt venait de m'enseigner, je posai fermement mon pied gauche, pivotai, esquivant les deux assauts d'un seul mouvement, puis frappai le noyeur qui avait lancé ses griffes en pleine tranchant du ventre, le tuant sur le coup. Avant que l'autre n'ait le temps de se relever, je lui plantai l'épée dans le crâne.

Soufflant de soulagement, je vis Geralt et Ciri applaudir. Geralt dit :

« Bien joué. Je n'ai pas relevé ton erreur sur le cri du premier noyeur » il acheva l'animal blessé d'un coup d'épée en acier en plein cœur « mais retiens bien : un jeune noyeur se comporte comme un animal, un peu comme un bébé qui appelle sa mère en cas de détresse. C'est le cas pour la plupart des jeunes nécrophages sauf les algoules et quelques autres espèces mais chez les noyeurs et les goules, les jeunes appellent presque toujours leurs parents en renfort. »

Je hochai la tête et lui rendis l'épée d'argent. Ciri demanda :

« Je peux la tenir ? »

Geralt répondit simplement :

« Non. »

Elle fit la moue :

« Allez ! »

J'essayais de garder mon sérieux devant leur petite dispute, mais je connaissais déjà l'issue : après un long soupir, Geralt finit par lui tendre l'épée. Ravie, elle s'éloigna un peu pour tenter d'imiter mon jeu de jambes.

Geralt reprit :

« Bien joué pour le jeu de jambes. Ce n'est pas encore parfait ton centre de gravité penche encore un peu trop à gauche mais ça se travaille. »

J'écoutais ses conseils avec attention quand il me tendit son couteau, désignant du doigt les cadavres des noyeurs avec un sourire amusé :

« Je suis sûr que l'odeur de charogne mouillée t'a manqué. Allez, prélève-moi leurs cerveaux. »

Je soupirai, saisis le couteau en murmurant « Sadique », puis me penchai, retenant ma respiration ou essayant en tout cas d'oublier cette odeur pour commencer le prélèvement. Derrière moi, Geralt ajouta, calme :

« Ne t'en fais pas, ton nez finira par s'habituer, à force. Le cerveau de noyeur entre dans la composition de la potion de l'Hirondelle. Tu m'as dit que Sac-à-Souris t'avait formé aux potions et à l'herboristerie ? Alors ce sera à toi de préparer celle-ci on ajoute officiellement les potions de sorceleur à ton entraînement. »

Ciri, curieuse, s'approcha :

« On dirait un vieux bonbon moisi, son cerveau. »

Je soupirai, la regardant :

« Pourquoi tu as dit ça ? Je vais plus jamais pouvoir manger de bonbon maintenant, je ne verrai plus que ça. »

Elle haussa les épaules avec un sourire taquin :

« Tant pis, ça fera plus de bonbons pour moi. »

Puis elle repartit s'entraîner avec Geralt, comme elle le lui avait demandé plusieurs fois déjà.

Fin du flashback

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POV Aiden

En arrivant dans un village plutôt calme, je vis les habitants pointer Geralt du doigt en murmurant « mutant », certains avec un dégoût non dissimulé. Ciri bouillonnait de colère, mais je secouai la tête et lui murmurai :

« Même si tu es en colère, Ciri, ça ne servira à rien. »

Elle me regarda :

« Mais… »

Geralt, toujours sur sa monture, dit calmement :

« Aiden a raison. Les préjugés sont profondément ancrés chez eux. Ça ne sert à rien de se battre contre ça. »

Arrivés à l'auberge, nous laissâmes Ablette et Nocturne aux écuries, puis entrâmes Geralt en tête, Ciri à mes côtés. On entendit clairement certains clients marmonner avec dégoût : « Je mange pas à côté d'un mutant », « On dit qu'ils volent des gosses, non ? Tu crois que c'est ces enfants-là, ses prisonniers ? », « Un sorceleur, c'est pire qu'un lépreux, faut pas s'approcher. »

Ça m'énervait, forcément, mais je gardais davantage mon calme que Ciri, qui semblait sur le point d'exploser. Je posai ma main sur sa bouche et secouai la tête :

« Ciri, non. Moi aussi ça m'énerve, cette situation. Mais regarde Geralt il ne réagit pas. On n'a qu'à rester à ses côtés et respecter sa décision. »

Elle hocha la tête, non sans lancer quelques regards noirs aux clients. En s'approchant de Geralt, déjà en pleine discussion avec l'aubergiste, on entendit ce dernier s'excuser : « Pardonnez-les, sorceleur la chute de Cintra a mis pas mal de monde à cran. »

Geralt secoua la tête :

« Ne vous en faites pas, j'ai l'habitude. On aimerait un endroit où dormir, si possible. »

L'aubergiste s'excusa :

« Je ne peux vous offrir que des bancs. »

Geralt hocha la tête, sortit une bouteille de rhum, déposa quatre couronnes, puis trois de plus :

« Ça nous ira. Apportez-nous aussi de quoi manger. »

On le suivit vers un coin tranquille de la salle. À peine assise, Ciri n'y tint plus et demanda, furieuse :

« Geralt, pourquoi tu ne fais rien ? »

Il soupira doucement en se servant un verre :

« Malheureusement, que veux-tu que je fasse ? Crier ? Ça ne ferait qu'exciter la foule. Me venger ? Ça ne ferait que confirmer aux yeux de tous que les sorceleurs sont des tueurs et notre réputation est déjà bien assez ternie à cause de l'École du Chat. Alors malheureusement, Ciri, mieux vaut encaisser en silence. »

Je sortis notre bouteille de lait de mon sac, servis un verre à Ciri et un pour moi, juste au moment où l'aubergiste apportait des cuisses de poulet, de la salade et des haricots. Pendant qu'on mangeait, Ciri marmonna dans son assiette :

« C'est injuste. »

Geralt lui sourit doucement :

« Malheureusement, la vie est injuste. »

Je caressai doucement ses cheveux :

« Geralt a raison. Tu peux réussir à convaincre une personne, en face à face mais convaincre toute une foule, c'est comme demander à ta grand-mère d'arrêter tes cours de maintien : ça rentre par une oreille, ça ressort par l'autre. »

Elle éclata de rire :

« Imbécile, va j'ai jamais eu besoin de demander à grand-mère. Je sèche juste les cours. »

On continua de manger en rigolant, échangeant des anecdotes sur Calanthe. Je surpris même Geralt esquisser un léger sourire à quelques reprises. Une fois le repas terminé, il sortit un jeu de cartes :

« Vous connaissez le gwynt ? »

On secoua tous les deux la tête ; il nous expliqua les règles. Ciri choisit la faction Scoia'tael, moi les Royaumes du Nord, et j'affrontai Geralt qui, comment dire…

Était nul...

Vraiment nul...

Que ce soit contre moi ou contre Ciri, il se faisait battre à plate couture. En revanche, quand Ciri et moi on s'affrontait, il y avait un vrai défi même si je gagnais souvent, car dès qu'elle tenait une carte de zone en main, son petit sourire narquois la trahissait instantanément.

Les heures passèrent. Geralt resta à moitié éveillé, en méditation, assis sur son banc, tandis que Ciri et moi finissions par nous endormir, serrés dans un coin, au chaud et à l'abri de la pluie.

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POV Geralt

En entendant la pluie tambouriner, je jetai un œil par la fenêtre aux gouttes qui s'écrasaient au sol, puis reportai mon regard sur les enfants endormis, paisibles. Au fil des jours passés à leurs côtés, je m'attachais de plus en plus à eux à l'esprit têtu de Ciri, comme à celui d'Aiden, toujours en quête d'amélioration.

À vrai dire, j'avais une affinité particulière avec Aiden. Parfois, je me revoyais un peu en lui un garçon qui n'a pas vraiment choisi sa voie, mais à qui le destin l'a imposée. Je suis certain que, si on lui avait laissé le choix, il serait resté à Cintra, aux côtés de Ciri. Mais le destin en a décidé autrement. Contrairement à moi, cependant, je compte bien lui offrir ce que je n'ai jamais eu : une vraie protection, un vrai apprentissage.

Même si Vesemir représente une figure paternelle à mes yeux, je le considère malgré tout davantage comme un mentor qu'un véritable père.

Je soupirai en buvant mon verre, les yeux sur la pluie, sans remarquer qu'un marchand chauve observait les enfants au loin, à la lisière de la forêt avant de tourner son regard vers moi, puis de disparaître entre les arbres, en sifflotant.

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POV général, dans la forêt

Toujours sifflotant, il sourit et murmura :

« Alors comme ça, l'enfant de l'Hirondelle a trouvé le Loup Blanc, hein. Mais quel drôle de destin, de voir aussi ce garçon… Je pensais que les P… »

Une bourrasque soudaine s'éleva, comme pour étouffer la voix du marchand chauve.

Le vent retomba. L'homme rit doucement :

« Je suis bien curieux de voir si ce monde survivra. Pour l'heure, j'ai une dette à récupérer Von Everec. Mais de toute façon, on se reverra, mon cher garçon. »

Puis la silhouette s'évanouit dans l'obscurité de la forêt, sifflotant toujours la même mélodie.

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