Étincelles à Stern Bild
Chapitre 2 : Audimat et Piles Rechargeables
1042 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 11/03/2026 20:00
Chapitre 2 : Audimat et Piles rechargeables
Le bureau du directeur de la communication de Titan Industry sentait le café hors de prix, la cire pour meubles et l'hypocrisie pure.
Assis sur une chaise au design beaucoup trop épuré pour être confortable, j'essayais de garder une expression neutre. Ce n'était pas facile, surtout quand l'écran géant face à moi repassait ma première intervention héroïque pour la sixième fois consécutive. En boucle. Et au ralenti.
─ Vous voyez le problème, Sterling-kun ? demanda M. Yamamoto en tapotant l'écran avec un stylet lumineux.
Sur l'image figée, on me voyait de dos, penché sur la petite fille, le bras tendu. Mon logo Titan Industry était complètement caché par les ombres de l'arrêt de bus. Pire, dans le coin de l'écran, on voyait Blue Rose, la bouche semi-ouverte, sa phrase d'accroche coupée au montage par mon cri de "Tout le monde va bien?".
─ Je vois surtout qu'il n'y a eu aucun blessé civil, risquai-je avec un petit sourire d'excuse.
A ma droite, Karina laissa échapper un soupir si discret qu'il aurait fallu des capteurs auditifs modifiés pour l'entendre. Heureusement, j'en avais.
Aujourd'hui, elle ne portait pas son armure bleue, mais un tailleur jupe immaculé, ses cheveux blonds parfaitement lisses tombant sur ses épaules. Elle ressemblait à une poupée de porcelaine posée sur une étagère de luxe. Ses mains sagement croisées trahissaient son agitation par un tapotement discret de l'index. Elle détestait être là autant que moi.
─ Les civils vivant ne font pas grimper l'action de Titan Industry, trancha Yamamoto en rajustant ses lunettes. L'image de marque, oui. Blue Rose est notre joyau. Son temps d'écran est millimétré, chorégraphié. Vous êtes son partenaire, Volt Driver, son soutien, pas l'élément chaotique qui gâche le plan large !
─ Avec tout mon respect, monsieur, répondis-je en me redressant, si j'avais attendu la fin de la réplique de Blue Rose, le blindé aurait pulvérisé l'arrêt de bus.
Karina tourna légèrement la tête vers moi. Ses yeux noisette me fixèrent, froids et calculateurs.
─ L'arrêt de bus était vide il y a encore deux minutes, intervint-elle, sa voix douce mais tranchante comme un glaçon. J'avais calculé la friction de la glace pour arrêter le camion trois mètres avant l'impact. Si tu avais lu le manuel de nos tactiques d'équipe au lieu de jouer les têtes brulées...
Je l'ai regardé, un peu surpris. Elle avait vraiment calculé ça en pleine course ? ─ Je ne pouvais pas prendre le risque, dis-je plus doucement. Et... mon manuel de l'Académie dit que l'initiative prime sur le protocole en cas de danger mortel imminent.
Yamamoto se pinça l'arrête du nez avec théâtralité. ─ Sterling... Vous avez le sourire qui fait fondre les ménagères et le bras cybernétique qui fascine les adolescents. Vous êtes un produit parfait. Ne le gâchez pas en essayant de jouer les Wild Tiger de seconde zone. Les héros qui cassent tout et n'écoutent pas les directives, la ligue en a déjà assez avec Kaburagi.
Il appuya sur un bouton de sa télécommande. L'écran changea pour afficher un tableau de statistiques désastreux. Un gros "ZERO POINT" clignotait au centre.
─ Afin de compenser cette catastrophe télévisuelle de la nuit dernière, j'ai pris une décision. La campagne promotionnelle pour les nouvelles batteries Titan-Cell Max commence la semaine prochaine. Vous allez tourner le spot publicitaire cet après-midi. Ensemble.
J'ai senti Karina se raidir à côté de moi. Le tapotement s'arrêta net. ─ Pardon ? dit-elle, oubliant un quart de seconde son ton d'idole polie. Un spot commun ? Mais mon contrat spécifie que mes publicités solo...
─ Votre duo est la nouvelle stratégie de l'entreprise, mademoiselle Lyle, la coupa Yamamoto. Les gens aiment la romance, la beauté de la glace et le soldat solaire. Faites semblant de vous entendre devant les caméras d'Apollon Médias à 14h. Ne me décevez pas.
Le directeur nous congédia d'un geste de la main.
Dans le couloir feutré qui menait aux ascenseurs, le silence était pesant. Je marchais à côté de Karin, jetant de brefs coups d'œil à son profil fermé. Elle semblait sur le point de mordre quelqu'un.
─ Bon, commençai-je avec mon ton le plus enjoué, joignant les mains derrières ma tête. Les batteries Titan-Cell, ça pourrait être pire, non? J'espère juste qu'on n'aura pas à porter des costumes de pile géante.
Elle s'arrêta brusquement, pivotant vers moi.
─ Ecoute-moi bien, le "rookie", siffla-t-elle en pointant un doigt manucuré vers mon torse. ─ Ce métier, c'est du show-business. Je travaille depuis des années pour bâtir mon image. Alors cet après-midi, tu souris, tu dis ton texte, et tu ne fais absolument rien d'imprévu. Compris?
Sa colère était palpable, mais en la regardant de plus près, je remarquai une légère cerne sous son œil gauche, habilement masquée par du maquillage. Elle était épuisée. Cette fille portait littéralement le poids d'une multinationale sur ses épaules.
─ Compris, Karina-san, ai-je répondu sérieusement. ─ Je ne marcherai pas sur tes plates-bandes. Je te le promets.
Le fait que je l'appelle par son vrai prénom, avec autant de calme, sembla la déstabiliser. Elle baissa la main, fronçant les sourcils, cherchant probablement une faille dans mon expression. Puis, les portes de l'ascenseur s'ouvrir dans un tintement joyeux.
Elle tourna les talons et y entra ─ C'est Blue Rose en dehors de chez toi. Ne l'oublie pas.
Je l'ai suivi à l'intérieur, amusé. La journée allait être longue, mais pendant que les portes se refermaient, mon esprit dériva vers un tout autre problème. Les réprimandes de Yamamoto m'importaient peu au fond. Ce qui me travaillait, c'était le code crypté que j'avais extrait du blindé.
Je glissai ma main gauche dans ma poche, frôlant la petite clé USB où j'avais transféré les données cette nuit. Je devais trouver un moyen d'analyser sans que les techniciens de Titan s'en aperçoivent.