Le masque, l'art de cacher

Chapitre 2 : Retrouvailles

3269 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 11/08/2014 16:08

 

« Alors raconte-moi tout, dans les moindres détails » déclare chaleureusement Hideyoshi.

 

A ces mots, nous nous asseyons de même et occupons les places restantes. Ils ne nous voient évidemment pas, mais cela ne nous est égal car nous ne nous occupons juste d’assister à leur petite réunion.

Le jeune homme est assis d’une manière décontractée, à moitié allongé sur la table, « Hambagu » saucé dans son assiette qu’il déguste en parlant, couverts en mains.

Il fait parti de ces garçons qui aiment avoir un look un peu « bad boy », et qui pensent que cela les rend plus séduisants.

La position de Mae est tout autre.

Elle est disposée sur sa chaise, droite et manipule le menu du restaurant, comme un robot.

Ou comme « une Japonaise », reprocherait sûrement sa mère, si seulement elle était encore de ce monde.

 

« Une chose à la fois –répond t-elle alors, hésitant entre deux plats.

 

- Pigé, pigé ! Prends ton temps… –souffle le blond.

 

- J’ai choisi.

 

- Ah ?

 

- Je crois que je vais prendre la même chose que toi finalement…

Je ne suis pas trop pour la bouffe occidentale en ce moment, j’aurai préféré quelque chose comme…Udon ? –déclare t-elle, toujours sur le même air ennuyé, tout en tapotant la couverture du menu.

 

- Euh… Pourquoi ça ? –Il s’arrête de manger perplexe, tout lui lançant des regards éclairs, avant de reprendre–

Comment tu peux dire une chose pareille ? Les Hamburgers qu’ils servent ici sont les meilleurs du monde ! Mais qui pourrait s’en lasser ?

 

- Hideyoshi, je te signale que je reviens d’un mois de –elle imite son accent– « Hambagu » !

Enfin, même si tes « Hambagu » ne sont en fait qu’un bout steak accompagné d’une petite sauce, parce qu’un vrai Hamburger pour moi n’est que ce qu’on sert à McDonald’s ou au Burger King

 

- Tu n’as pas perdu ton sens de l’humour en tout cas –pouffe t-il avant de terminer son assiette–

Alors, comment dois-je appeler cela «Madaame »? Un simple steak ?

 

- Cela me conviendrait mieux, « Moonsieur ».

Quoiqu’il en soit, ils son toujours aussi long à servir ici ?

 

- Non, c ‘est parce que c’est toi qui commande.

 

- Comment ça ?

 

- Je veux dire, laisse le pro te montrer ses talents de séducteurs ! »

 

Hideyoshi lève ainsi le bras, l’agite un peu, tout en sifflant « Ohashi-chaaaan ».

La dénommée serveuse se retourne vers leur table et rapplique aussitôt, comme hypnotisée.

 

Dans son uniforme sexy, aussi fraîchement et finement repassé que ceux des serveurs du Malakoff, Ohashi attend maintenant sa commande.

 

« Puis-je servir le plus grand de nos clients ?

 

- Non, c’était juste pour ma copine haha ! Alors Mae, t’as vu ça ?

 

- Ouais, mais c’est parce que tu dois en avoir plus dans l’estomac que dans le pantalon…–cette mauvaise blague suscite alors un rire discret chez notre Ohashi, mais qui ne semble pas être aussi efficace chez Hideyoshi.

 

- Bon alors elle vient cette commande ?! –grogne alors le blond.

 

- Ca va, ça va !

Mais c’est pourtant prouvé ce que je dis, parce que si tu étais aussi beau gosse, tu aurais déjà une copine depuis le temps que tu essaies de me le prouver, tu ne crois pas ? –déclare Mae toujours sur le même ton ironique, tout en jouant avec les pages du menu avant de le rendre à serveuse Ohashi– 

Je prends la même chose, juste un « Hambagu », à point, avec…

 

- Un Coca-cola ?

 

- Non Hide, je n’aime pas les boissons gazeuses. Ce sera plutôt un Icetea s’il vous plaît.

 

- C’est bien noté, merci de votre commande chez Big Girl Restaurant madame ! » –dit Ohashi, en s’abaissant, avant de s’éclipser pour remplir sa besogne.

 

Cela ne fait pas longtemps que Mae Lin connaît Hideyoshi Nagachika, à peu près un an.

Elle l’avait rencontré par l’intermédiaire de Ken en fait, car celui-ci tenait justement à lui faire connaître son meilleur ami.

Elle avait toujours trouvé ces deux-là très différents, parfois complémentaires.

L’un est timide et réfléchi alors que l’autre est très cool mais parle trop.

 

Elle préférait s’entretenir avec Ken pour parler des heures de bouquins, de Takatsuki Sen, ou enchaîner les conversations les plus philosophiques qui soient.

Au contraire, il était plus amusant de traînasser dans les bars le soir avec Hideyoshi pour décompresser après les cours, pour s’éclater quoi.

On ne pouvait pas dire qu’elle soit plus proche de l’un que de l’autre, ni qu’elle soit intensément proche des deux mêmes, mais elle était quand même une bonne amie.

Ils se réunissaient rarement à trois depuis quelques temps.

Si bien qu’ils ne fussent qu’à trois que pour la pause déjeuner, car ce fût plus difficile autrement, en raison du fait que leurs emplois du temps ne collaient pas trop cette année.

 

Bien qu’elle s’entende à merveille avec ces deux là, elle n’avait jamais encore évoqué ses « pensées malsaines », vous savez, cette certaine sympathie qu’elle a envers les goules.

Elle n’aurait su comment leur expliquer tout ça si leur réaction avait été celle d’un humain tout à fait sain dans sa tête, une fois qu’elle leur aurait dit.

Heureusement, cela ne s’est pas encore produit, car elle ne compte peut-être jamais leur en parler.

 

Imaginons un peu, comment réagirait Kaneki Ken ? Ou bien Nagachika Hideyoshi ?

Il était sûr qu’en parler à Ken aurait été plus facile qu’à Hideyoshi, en raison de sa culture étendue, de sa patience, et son habilité à réfléchir.

Hideyoshi, nous le pensons tout aussi bien que Mae Lin, aurait sûrement directement coupé les ponts.

Cela va de soit, car ce garçon est très perspicace et ne pense certainement pas de diverses manières.

Quoiqu’il en soit, après un mois de séparation, aussi bons amis qu’ils ne fussent tous deux, elle ne pouvait tout de même pas prendre le risque de lui confier son petit secret.

 

« J’ai passé un bon séjour à Paris…–finit-elle alors par dire, simplement.

 

- Ah ouais ? Alors, c’était romantique ?

 

- Romantique ? –pouffe t-elle– Juste cliché !

Non, c’était plutôt nostalgique.

 

- Ca te manque ? Tu vas vraiment plus y retourner ?

 

- Non, je ne pense pas.

 

- Ahhhhh je ne te comprends pas…–dit-il en s’étirant– Tu sais pas combien de japonais rêvent d’aller dans ton pays, et toi tu me dis là que tu ne veux plus jamais y retourner.

Faudrait que t’échange ta place avec quelques uns !

 

- J’ai mes raisons Hideyoshi-kun ! –dit-elle en souriant.

 

- Les raisons, les raisons… Mais ta famille ne te manque pas ? Ni même tes amis ? »

 

Nous sentons la même chose à cet instant précis.

Comme si elle nous émettait un signal, une aura confondue avec tous ses soucis, toutes ses peines.

Nous le savons, nous savons la cause de cette tristesse, mais nous ne l’évoquerons plus car ressasser le passé est plus qu’inutile à l’avenir, et qu’il n’est tout simplement pas dans notre devoir de penser.

 

Nous la regardons, raclant la sauce dans son assiette vide.

Elle paraît gênée, et tête baisée, elle semble fixer quelque chose, ou plutôt rien, c’est un regard vide.

 

« Parlons d’autre chose… » –dit-elle dans un long soupir–

Qu’est-il arrivé à Ken-kun ?

 

- Oh…Kaneki…–soupire t-il de même– Et bien, ça fait plus d’une semaine que je ne l’ai pas vu.

 

- Mais pourquoi ? Il est trop occupé à bosser ou à lire ?

 

- Non, non…–soupire Hideyoshi à nouveau.

 

- Alors quoi ?

 

- Je te l’ai pas dit pour ne pas que tu t’inquiètes là-bas en France, mais Kaneki a subit un accident.

 

- Sérieusement ? Quel genre d’accident ?

 

- On ne sait pas trop jusqu’à maintenant…–déclare Hideyoshi tout en baissant la voix–

Mais tout ce qu’ils disent est qu’il se baladait avec cette fille un soir près d’un immeuble en travaux… Et qu’ils se sont tous deux fait écrasés sous les décombres du champ de construction… qui se trouvait en haut de cet immeuble.

 

- C’est affreux ! –s’exclame t-elle soudainement, horrifiée– 

Comment a t-il pu s’en sortir ?

 

- Il s’en est justement sorti car le médecin a réussi à lui implanter quelques organes de la fille…–continue t-il à voix basse.

 

- Cette fille… Etait-elle celle dont il nous parlait parfois ? Je veux dire, la fille de ce café…?

 

- Si, c’était bien elle, la fameuse fille de ce café.

 

- Et qui est donc ce brillant médecin ?

 

- Un certain…Docteur Kanou. –évoque alors Hide, pensif.

 

- Comment se fait-il que tu ne l’ai pas vu depuis ? Il va bien ?

 

- Justement… A chaque visite, le personnel me demande de ne pas le déranger, alors je rentre chez moi ! –déclare t-il en grognant.

 

- C’est horrible ce que tu m’apprends là… » –dit Mae, en cessant de racler son assiette inutilement.

 

Etant l’une de ces fous portant un intérêt pour les goules, elle avait soigneusement pris le temps de se renseigner sur quelques points.

La plupart des gens curieux sur cette espèce comme elle, se rendaient au CCG (Commission of Counter Ghoul), cette fameuse agence gouvernementale spécialisée dans le meurtre des goules.

Ils y allaient pour tout savoir de l’espèce dominante, tout savoir sur eux pour mieux les tuer, car la plupart des gens, les gens normaux n’en ont que faire d’eux. Ils ne se contentent que d’en avoir peur en pensant se faire protéger par le CCG ou d’ignorer leur existence pour mieux vivre.

Toutes ces âmes vengeresses qui s’y inscrivaient pour connaître leur ennemi étaient souvent dans le même cas que Mae, des gens dont les parents, ou la famille, ou encore un ami proche ont été tués ou même mangés par des goules.

Etrange qu’elle ne fût pas de ceux-là, et si par un beau jour quelqu’un venait à découvrir son histoire, il la prendrait bien pour une folle.

 

Elle s’était alors renseignée auprès du CCG, il est vrai, sur la nature des goules, à partir de quelques articles postés avec leur plus grande fierté sur leur site.

Mais aussi, de part quelques documents, dénichés un peu partout, tels que des journaux, et d’autres choses de ce genre, elle a pu sauvegarder quelques noms connus, comme ceux des plus grands Inspecteurs de goules, et d’autres…

 

« Kanou » ne lui était pas un nom inconnu.

 

« Le plus important est qu’il s’en soit sorti. –dit-elle finalement, pour combler le blanc présent depuis quelques minutes.

 

- Tu as raison, et je suis sûr qu’il est sorti de l’hôpital maintenant ! J’irai dans ce café, enfin le café de cette fille, je suis sûr qu’il y sera !

 

- Mais comment s’appelle ce café ?

 

- « Anteiku », je crois. Et l’une des serveuses est bien plus mignonne que cette fille, je t’assure !

 

- Et bien ce sont les goûts de Ken-kun ! » –plaisante donc Mae.

 

Sur-ce, voyant leur assiette vide, Ohashi-san vient à leur table débarrasser.

Elle leur propose en même temps un éventuel dessert, que les deux étudiants refusent, et demandent l’addition.

Hideyoshi la paye cette fois, car il veut montrer à Mae qu’il est un homme galant.

Et ces sur quelques plaisanteries que ce termine leur retrouvailles, un samedi en fin d’après-midi.

 

Il est dix-huit heures du soir.

Mae traînasse à présent dans la rue, sans objectifs, ni destinations.

Au fur et à mesure que s’empressent ses pas défilent les panneaux néons des magasins, qui commencent à s’allumer alors que la nuit tombe.

Elle entre dans diverses boutiques, MUJI, UNIQLO,…et encore.

Elle en ressort à chaque fois, comme d’habitude, avec quelques sacs, tous des vêtements, car nous savons qu’elle aime beaucoup la mode.

Elle mange rapidement tout en lisant un livre, de retour chez elle, pour un Samedi comme les autres, après avoir rangé tous les vêtements qu’elle a acheté.

 

C’est à présent allongée sur le canapé qu’elle ferme la dernière de couverture de son livre sur la table basse.

Nous lisons vingt heures, seize minutes et cinquante-trois secondes sur la pendule Hello Kitty du salon.

Notre regard redescend à nouveau sur Mae, nous l’observons.

Elle vient de finir son livre.

Peut-être y songe t-elle ? N’est-elle pas plongée dans une intense réflexion ?

Elle est en effet immobile, serrant un coussin dans ses bras, en fixant ardemment la couverture de son livre.

Nous avons ce spectacle sous les yeux quelques minutes.

 

Vingt heures vingt affiché sur la pendule, en rose, même couleur que son cadrant très fantaisie.

Mae s’étire. Elle semble être revenue à elle-même.

Nous le vérifions, et tentons d’intercepter une once de sa pensée.

« Dieu ce que je m’ennuie !», nous dit-elle.

Il est vrai que vivre seul chez soit est une épreuve qui demande patience, habitude, et occupation.

Sans occupations constantes telles que le travail, en tant qu’étudiant, vient alors l’ennui, cet ennemi du travail pouvant submerger le brave étudiant à tout moment !

 

C’est alors qu’elle décide de sortir à nouveau, se dégourdir les jambes et se changer les idées.

Il lui faut un quartier animé pour le soir.

 

La voilà donc déambulant dans les rues aux néons flashy de Shinjuku, quatrième arrondissement de Tokyo.

Les rues grouillent de population.

Des jeunes, de tous âges, de toutes classes sociales, de toutes tailles, et des couples dans les rues.

Les musiques de chaque boutique, ou bar ainsi que les lumières de toutes les couleurs accompagnent leur démarche, dans un sens et dans l’autre.

Elle se fond dans la masse et cherche un bar pour se désaltérer, car elle a les pieds en feu.

 

Elle opte pour le Capcom Bar, un nouveau bar, avec une superbe ambiance.

Une musique entraînante se fait entendre dès qu’elle franchit le seuil de la porte, n’est-elle pas « Rainbow » de la fameuse idole Amuro Namie ?

Hormis les divers posters de Manga, de jeux vidéos qui parcourent les murs, les clients tout à fait normaux, figure au comptoir un homme bien singulier, qui contraste avec la décoration joyeuse de ce bar.

Comme si les nombreux tatouages qui parsèment ses bras que les yeux de Mae ne cessent d’admirer possédaient des aimants, Mae à présent attirée, s’en va s’asseoir à côté de ce jeune homme étrange.

 

 

 

 

 

 

 

 

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