Le masque, l'art de cacher

Chapitre 7 : Un client inattendu

3818 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/11/2016 19:09

  

Apparemment, l’essence du savoir proviendrait de la réflexion, dont la rétrospection de chacun.

Du moins, c’est ce que Mae pense.

Que pourrait-il avoir de plus passionnel que la soif du savoir ?

L’amour de ses parents ? De ses amis ? De son petit-ami ?

Cet amour-là était pour elle une passion depuis longtemps déchue, juste un flux de souvenirs s’entremêlant à des neurones, tous rangés dans de vieilles cases au fin fond de son cerveau.L’amour pour la réflexion est une autre passion, c’est un savoir-faire non existentiel qui s’acquiert tout le long d’une vie.

 

Elle se souvient de son dernier amour, du moins elle pensait qu’il serait probablement le dernier, un bon petit gars du lycée.

Ouais, c’était un mec pas très grand mais un costaud, et le plus attirant chez lui, c’était cette facilité qu’il avait à faire rire les autres et à garder constamment le sourire.

Elle aime les gens heureux, les gens susceptibles d’amener en elle une joie qu’elle ne détenait plus.

Des gens qui pourraient la rayonner, lui procurer cette chaleur qu’est la sûreté.

C’est ainsi que nous filtrons chacune de ces pensées, celles-là oui, qui s’émanent en ce moment-même au travers de la cuisine de l’appartement, alors qu’elle feuillette un vieil album photo.

Il n’y en a pas qu’un posé sur cette table, il y en a en fait cinq que l’on peut clairement apercevoir d’où nous nous trouvons, c’est à dire assis sur le bord de la petite cuisinière…

Ces cinq albums, elle les a retrouvé la veille, une petite surprise depuis longtemps délaissée dans un vieux carton rangé en dessous de son lit.

Un carton qu’elle s’était promise de ne plus jamais ouvrir, pareil à une vieille rengaine depuis longtemps oubliée.

Or les rengaines sont des mélodies que l’on a trop souvent entendues, et cela seulement car c’étaient des chansons que l’on a trop longtemps appréciées, et de ce fait, on ne peut jamais les oublier complètement…

On peut se les rappeler, à jamais, et les chanter à nouveau.

 

Sur les photos de cet album-là, oui celui qu’elle détient dans ses mains, nous voyons des visages familiers :

son petit frère, sa mère, son père…

Puis, une page se tourne.

Et la poussière s’envole alors que se fait entendre le frottis de page.

La page suivante est moins froissée. Les photos sont en meilleures état, en effet, elles sont plutôt récentes.

Ce sont les amis de ses années de lycée, dont ce fameux garçon.

 

Un gars au prénom comportant quatre lettres qu’elle ne veut pas oublier.

Elle fut une jeune adolescente amoureuse comme les autres, en ces temps-là, pas tellement en fait, car elle pensait effectivement qu’elle ne pourrait jamais plus aimer quelqu’un de la sorte à l’avenir.

Même s’il ne s’était jamais rien produit, même si ce n’était jamais grand chose et que cette histoire ne s’était juste résumé qu’à une petite action. Une action, aussi minime soit-elle, qui pour elle ne serait jamais que plus grandiose.

C’était comme dans les romans d’amour à la con, vous savez, les histoires à l’eau de rose. Ou encore, pourrait-on comparer celle-ci au scénario d’un Shoujo Manga…

Lorsque tout s’était effondré en cette dernière année de lycée, lorsque le noir fut total et qu’il ne lui restait plus rien, plus aucune envie en elle lui rattachant à la vie, c’est lui qui fut là.

En ces jours terribles, se souvient-elle, elle ne venait justement plus au lycée pour les études.

Elle ne venait plus pour rien même.

Elle ne venait juste que pour ne pas inquiéter son entourage, en ne feignant plus de sourire.

La seule chose qui la sauva fut la personne chaleureuse que fut ce gars-là, qui lui procura à nouveau un vrai sourire. C’est depuis ce jour qu’elle aime les gens heureux.

 

La vie ne se déroule pas toujours comme chacun le souhaiterait.

En effet, vous n’aviez pas vous même décidé de naître, de naître n’importe où, que ce soit dans un lieu aisé ou non.

 

Kaneki Ken avait-il choisi d’avoir ce genre de mère ?

Avait-il choisi de devenir une demi-goule ?

 

Les goules avaient-elles choisies de l’être elles-mêmes ?

 

Mae avait-elle choisi de vivre de la sorte ?

 

Si tout le monde pouvait modifier le destin à sa guise, le monde s’en porterait tellement mieux…

Ou non.

On se lasserait en effet tous d’une vie où l’on pourrait décider de tout à l’avance.

Nous n’aurions plus de surprises et on vivrait une existence si plane…

Ainsi chaque épreuve, aussi douloureuse qu’elle soit doit être surmontée pour ainsi mieux entreprendre ce qui nous attend à l’avenir.

C’est ce genre de conneries qu’on lit ou qu’on nous dit souvent, vous savez pour mieux s’en sortir quand ce genre d’intempéries nous arrivent. Mais c’est le plus souvent ceux qui en vivent le plus qui s’en rendent compte le moins.

 

Il y a aussi de ces gens, qu’on appelle des « passeurs ».

Ce genre de personne qui intervient dans votre vie quand vous aviez déjà tout abandonné. C’est ce genre de personne qui vous tend la main quand vous êtes à terre, qui vient vous apporter de la lumière quand tout commence déjà à s’assombrir autour de vous…

Or elles ne font que passer et ne restent jamais longtemps, car elles suffisent à vous rallumer la petite flamme qui venait de s’éteindre en vous.

Beaucoup de gens y croient, à cette histoire de « passeurs ».

Ils sont nombreux autour de vous, mais on ne les reconnaît pas souvent, jusqu'à qu’ils ne vous viennent en aide.

Monsieur « quatre lettres » était de ceux-là.

Elle est maintenant certaine d’en avoir rencontré un deuxième, et cette fois, c’est un Monsieur « Trois lettres ».

Ce serait sans doute Uta.

C’est pourquoi elle était certaine de vouloir le revoir à nouveau.

C’est pourquoi elle veut à présent le revoir.

 

Elle tire ainsi le carton, y repose dedans les albums poussiéreux.

Elle se met à éternuer alors que la poussière envahit ses narines.

 

« Oh purée, il faudrait que je les nettoie un jour ! », dit-elle alors que le vieux carton a déjà retrouvé sa place en-dessous du lit.

 

 

Mae, d’un pas empressé décide pour ce soir de laisser sa nostalgie de côté, et enfile ses bottines à talons hauts.

L’air à demi pollué au dehors parcoure enfin ses poumons.

Et les quelques rayons soleil perçant les épais nuages encombrant le ciel de Tokyo suffisent à l’éblouir.

« Brrr… Il fait si froid », dit-elle encore, dans la rue obstruée de monde.

Même la chaleur humaine ne suffit pas à atténuer ce vent glacial.

Le métro est toujours un bon endroit pour se mettre à l’abri du froid, pense t-elle.

C’est pour cette raison qu’elle avait toujours préféré prendre le métro au bus.

En effet, en prenant le bus en hiver, on meurt de froid dehors en attendant que le bus arrive, et encore faut-il que celui-ci soit à l’heure. Alors qu’en prenant le métro, on marche, on marche et on est à l’abri du froid, puisque c’est souterrain.

C’est une ligne si pratique qu’elle prend, comme à son habitude pour arriver à Shinjuku.

La ligne Toei numéro douze, une ligne directe, toujours pleine de monde, l’emmenant à Shinjuku en seulement sept stations.

 

Il est maintenant seize heures seize, un bon timing.

Mae sort la carte de visite qu’elle lui avait piqué l’autre jour. Elle jette un coup d’œil à l’adresse et se rend au lieu indiqué parmi les gens défilant toujours de plus belle.

 

Pour lui, ce n’est qu’une après-midi comme les autres.

Enfin, cela l’aurait été s’il n’avait pas reçu la visite de cet étrange énergumène, et bien casse-pieds en plus.

Enfin…à nouveau, c’est ce que l’on constate par son attitude prouvant bien sa lassitude, car nous avons en effet entrepris de nous rendre au fameux « lieu » avant Mae.

C’est ainsi que monsieur Uta attend de remettre un masque bien étrange à son client, qui ne cesse de bavasser.

Il ne cesse de complimenter Uta sur la qualité « incroyable » de son travail.

 

« Vous êtes tellement assidu Monsieur, ça ne se saurait dire. Cependant permettez-moi de vous certifiez mes bons goûts en matière de décoration… - Dit la jeune goule d’un grand enthousiasme en gesticulant.

 

- Uuumf…Je vous le permet… - Lui répond Uta d’un air on ne peut plus exaspéré.

- Et bien, je trouve que la décoration de votre lieu de travail manque d’une petite touche de joie !

Vous savez, c’est un peu trop sombre ici, je sais bien que c’est pas un lieu destiné à démontrer votre joie de vivre, surtout pour ce qu’il représente entre goules haha…

Mais ce serait tellement tellement…tellement plus grandiose si vous pourriez le rendre « pittoooresque » !

 

- Comment ça… « pittooooresque » ?

 

- Noooon… Ne me dites pas que vous ne savez pas ce que cela signifie ? - S’exclame la goule en frappant d’un coup sur le bureau d’Uta.

 

- … Je ne comprends pas non… Je ne parle que le Japonais…

 

- Aaaah… Quelle tristesse ! Quelle tristesse ! - S’effare la goule à l’étrange chevelure mauve.

Voilà donc le plaisir d’apprendre des langues étrangères et d’aller suivre des cours dans une prestigieuse université, mooon cheeer.

Voilà le bonheur d’apprendre, de s’ouvrir au monde tout en développant notre savoir sur les magnifiques cultures que sont les cultures européennes !

Ainsi donc, pour répondre à votre question, ceci est du français.

 

- Euh… Ce n’était pas ma question…

 

- Trêves de divergences, que disais-je à l’instant ?

 

- Que vous aimiez l’Europe…

 

- Nooooo… Avant cela Monsieur.

 

- …Et bien que vous trouviez la décoration de ma boutique assez déprimante…

 

- Ooooui ! C’était cela ! », s’exclame t-il de si bonne humeur que nous ne manquons juste de nous prendre son bras droit en plein visage, alors qu’il ne cesse de les agiter en l’air.

Avant de même de nous souvenir du fait que même si nous n’avions bougé de six centimètres, nous n’aurions pu nous prendre son bras au visage, puisqu’il nous serait passé au travers.

 

Nous observons alors les antagonistes de cette étrange scène, qui se tient sous nos yeux. Nous sommes pour ainsi dire témoins d’une scène de business entre deux goules. Si cela n’est pas étonnant ?

Oui, nous avons bien, en ce moment même, sous nos yeux, un marchant de masques qui se lasse à entendre une goule passionnée par l’Europe quelques peu excitée qu’il aurait pour client, et qu’il préférerait que celle-ci paie pour qu’elle s’en aille au plus vite.

Nous pouvons le comprendre d’une part… Ce n’est pas souvent que des Japonais, surtout des goules s’intéressent ainsi à notre culture, disons-nous bien, ainsi car nous sommes bien d’accord sur le fait que ce jeune homme soit insupportable.

C’est cet éclat de lumière, cette intense lueur qui naît dans ses yeux lorsqu’il se met à sortir quelques mots en anglais ou en français dans une conversation qui est un peu étrange.

Ce n’est pas seulement étrange, et même si cela l’était, ce n’aurait pas pu déranger en une quelconque manière, mais en plus de cela, s’ajoute ses espèces de singeries lorsqu’il se met à en parler pendant des heures.

Oui, cette manière de gesticuler dans tous les sens en parlant comme s’il connaissait tout de notre culture ne nous était pas très supportable.

Encore moins pour Uta, à ce que l’on peut voir à l’instant « t », qui en effet, s’empresse de lui donner un sac contenant le masque demandé, afin que celui-ci puisse déguerpir.

 

« Oui, oui, merciii beaucoooup ! Mais, Monsieur, je vous en prie, n’oubliez pas mes bons conseils, et prenez exemple sur nos bons Français pour concevoir un meilleur deeesign dans cette pièce ! »

 

C’est sur cette phrase interminable qu’il empoigne enfin le sac qu’Uta lui tend depuis presque une demi-heure, avant de se diriger vers la porte de sortie sur des pas joyeux.

Uta, lui, souffle, en tentant d’être discret, comme s’il n’avait pas respiré pendant des heures.

Un troisième antagoniste surprise fait malheureusement son entrée en scène. A notre plus grand dépourvu, nous savons d’or et déjà de qui il s’agit…

Le bruit sec de ses talons résonne déjà dans la petite pièce alors qu’elle est à peine entrée.

La jeune goule aux cheveux mauves se fige d’un coup.

Nous savons pourquoi et cela nous mitige encore plus que lui.

 

Ce regard perçant nous procurant de malheureux souvenir nous mitige.

Nous savons ce que ce regard intense signifie.

Il tourne la tête d’un coup, dans un angle de cinquante degrés, dans sans bouger le reste de son corps, alors que la petite proie humaine s’avance vers le bureau où se tient son « ami ».

Elle s’avance tranquillement sans manquer de dire bonjour au client, avec un de ses sourires radieux.

Il lui répond, bien évidemment, avec un magnifique sourire, forcé et un peu tordu.

Il s’avance jusqu’à elle et la fixe.

Uta, d’un geste brusque et maladroit fait tomber ses crayons et son carnet à terre. Il ne les ramasse pas, il presse le pas et les rejoins très vite.

Nous pouvons lire enfin sur ce visage habituellement inexpressif quelque chose ressemblant à une forme d’inquiétude.

Ses lèvres sont effectivement pincées et ses yeux…

Ces yeux… Ces yeux !

Oui, ces yeux d’un rouge sang qu’il n’avait jamais dévoilé à aucun humain, sont à présent si écarquillés… Mae ne l’avait que toujours vu même si ce ne fut qu’une fois, avec des lunettes !

Or, à ce que nous pouvons voir, il se rend vite compte de ses faits et gestes, et sort furtivement une paire de lunettes secours qu’il enfile à la vitesse de la lumière.

D’un bras large et musclé, il empoigne Mae et la recule de deux pas en arrière. Il se tient devant elle et d’un air pas très rassuré, justifie sa présence à la goule saliveuse.

En vérité, il ne s’attendait évidemment pas du tout à recevoir Mae…

 

« C’est… C’est une amie que j’ai rencontré il y a pas très longtemps… Au Capcom bar… haha…

 

- Ah oui…?

Comment devrais-je donc appeler Maademoiselle ? - Demande alors la goule avec un petit sourire en coin.

 

- Maaadaame. - Corrige Mae.

Je m’appelle « Mae Lin Schmitt », pour vous servir.

 

- Comment cela « Maaadaame » ?

Oh ! Non ! – s’exclame la goule très surprise avant de se rendre compte à qui il parlait et de renchérir alors qu’une lueur intense prend forme dans ses pupilles violettes.

 

Vous…Vous serez… Oooh noooonSaaaacré bleeeu !

Sériez-vous… Française ?

 

- En effet… Je suis Française. – Lui répond Mae fièrement.

C’était juste pour vous remettre à jour et non pour vous offenser, monsieur…

 

- « Tsukiyama Shuu », pour vous servir ! – Lui répond la goule, d’une révérence exagérée.

 

- Enchanté Monsieur Tsukiyama.

Je disais qu’en France maintenant, on ne dit plus « Maademoiselle » mais « Maaadaame », même pour les jeunes filles, pour ne plus faire de différence. – Lui dit-elle, en imitant son accent.

 

- Ooooh ! Me voilà enchanté de me faire corriger par une charmante Française comme vous, Maaadaame Schmitt ».

 

Uta, lui, reste perplexe. Il se contente d’observer de ses yeux globuleux que nous pouvons apercevoir à travers les verres de ses lunettes de soleil. Il n’a en effet pas son mot à dire dans cette conversation d’intellectuels…

Il espère juste avoir fait comprendre à son client en suit mauve que Mae était sa proie, afin que celui-ci évite de baver dessus trop longtemps et d’éventuellement tuer la seule « amie » humaine qu’il venait juste de se faire.

A sa plus grande joie, l’étudiant psychopathe aux cheveux mauves s’apprêtait enfin à s’en aller.

 

« Ce sera pour une autre fois, si vous le voulez bien… Maaadaame… et Mooonsieur… Car en ce moment, héélas, je dois me retirer pour d’autres affaires importantes qui m’attendent.

 

- Ce sera avec plaisir ! – Ose encore lui répondre Mae, à notre plus grand désarroi, à tous…

 

- Je connais un excellent café dans le vingtième, si vous voulez…

 

- C’est vrai ? C’est justement dans ce quartier que j’habite ! – Renchérie t-elle alors.

 

- Um… Vous parlez du café « Anteiku » ? – Demande Uta, inquiêt.

 

- En effet… - Sourie la goule.

Sur-ce, nous nous reverrons autour d’une bonne petite tasse ce samedi à l’Anteiku…

 

- Oh oui, super ! – S’exclame donc Mae.

 

- Et bien… Aurevooir, Maaadaame Schmitt. Je vous attendrais… », dit la goule excentrique avant de refermer la porte derrière lui.

Mae se retrouve à présent seule en face d’Uta, qui attend sans doute une explication de sa part.

Il se tient devant elle, immobile.

Il l’examine en silence.

Il cherche son mot à dire…

 

 

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