Blue Hour
Lucian était allongé dans ma chambre, immobile, le visage figé. Le choc qu’il avait reçu en se jetant sur Maria avait été terrible. En perdant conscience, il avait retrouvé sa forme humaine.
Après l’assaut donnée par Lucian, nous avions tous fondu sur Maria pour en finir avec elle.
Le pauvre, il avait durement trinqué, dans tous les sens du terme. Ma famille et la sienne l’avait presque totalement exclu du vrai plan qu’ils avaient mis en place pour me sauver, afin que sa réaction soit des plus sincère et des plus entière.
Ils savaient Maria décontenancée face à l’amour. L’amour était à nous autre, vampires, notre plus grand point faible. Et la détresse de Lucian face à ma mort l’avait totalement déstabilisée. Ainsi que la brunette, ce qui nous avais permis de prendre le dessus. Maria n’avait pas pu réagir à temps pour diriger ses troupes et nous l’avions prise par surprise grâce aux Quileutes. Cachés au sommet des arbres leur odeur avait été indétectable.
Maria savait que les loups existaient, certes. Mais elle n’avait fait la relation avec les humains qu’avec Lucian. Et son apparence ne laissait pas présager que les loups aient pu être Indien. En venant en tant qu’indiens humains et en se faisant passer pour des magiciens grâce au pouvoir de bouclier de Bella, nous avions bel et bien grugé ces vampires du sud.
Tout était enfin fini. Mis à part pour Lucian. Il avait une belle commotion mais il s’en remettrait vite.
Et nous aurions enfin notre vie rêvée, comme Bella et Edward, comme Jacob et Renesmé.
Jasper et moi étions partis voir notre avocat à Seattle le lendemain du combat. Nous souhaitions divorcer. Je ne pouvais plus nier ni refouler mon amour pour Lucian et nous avions convenu avec Jasper qu’il valait mieux qu’il parte avec Amy, aussi bien pour son propre confort que pour celui de la jeune femme blonde.
Depuis qu’elle avait compris que j’étais avec Lucian, elle passait son temps, collée à Jasper en me regardant d’un air de défi. Elle faisait tout pour tenter de me faire souffrir en se rapprochant de lui.
Lors de notre voyage à Seattle, Jasper avait reconnu qu’elle était instable, que son pouvoir était dangereux et qu’il était plus que temps de l’éloigner, de la divertir pour tenter de lui faire oublier Lucian. Je l’avais trouvé très chevalier d’ailleurs. Mais je comprenais bien que derrière cela, il sentait la détresse d’Amy et ne souhaitait que l’aider et s’éloigner de nous.
Sur le retour, nous avions évoqué nos quatre mariages. Je crois finalement que celui que nous avions célébré en Inde nous avait le plus marqué. Nous avions terminé la cérémonie à dos d’éléphant, sous les jets de pétales et les chants religieux. Je n’oublierais jamais la beauté des couleurs. A l’évocation de ces souvenirs, nous étions d’accord pour dire que nous avions eu de belles années, de sacrées expériences. Notre temps était révolu et nous l’acceptions. Nous nous étions quitté sereinement, pensant que nous nous retrouverions pour réinventer une nouvelle histoire amicale, fraternelle, dans quelques temps. Jasper me manquerait, c’était certain. Il nous fallait nous séparer pourtant. Cette rupture était essentielle à notre équilibre.
A mon retour de Seattle, en femme célibataire, je me précipitai dans la chambre pour voir Lucian. Je poussai la porte de la grande maison, presque vide. Seul Esmé était concentré sur un ouvrage de couture qu’elle avait étalé sur la table de la cuisine.
Je montai à l’étage, voir Lucian, que je savais toujours inconscient. Avant d’atteindre le haut des escaliers, j’entendis une voix féminine qui murmurait. Je n’eu pas trop besoin de me rapprocher pour écouter, stupéfaite.
- Qu’est-ce que ça te fait d’être à ma place mon cher Lucian ? Coincé à l’intérieur de ce corps inerte, à la merci des prédateurs. Et le prédateur cette fois, c’est moi. Je pourrais te briser, te réduire à néant en un claquement de doigts. Je n’ai que de la haine envers toi. Tu m’as abandonnée, condamnée et laissée devenir ce que je suis. Ça, je ne m’en plains pas trop, finalement. Je te promets que je vais profiter de chaque avantage de ma vie de vampire. J’ai tué, je vais tuer encore, c’est si bon, tu sais. Je pourrais te montrer, là, tout de suite et abréger ta sale vie de chien. Mais j’ai d’autres desseins pour toi, on se reverra toi et moi.
Je décidai de couper court à son monologue pervers et lançai un « salut, il y a quelqu’un » afin de la faire s’éloigner au plus vite de Lucian. Elle avait prononcé ces mots d’une manière tellement méchante, vicieuse, je n’en croyais pas mes oreilles. J’entendis le bruissement de ses vêtements, elle se levait. J’attendis aux bas des escaliers, feignant d’arriver.
- Amy, m’étonnai-je, tentant un sourire poli alors qu’elle descendait. Tu es venue voir Lucian ?
- Tout le monde l’avait abandonné, je sais ce que c’est rétorqua-t-elle lugubre. Alors j’étais là.
Plus que le fait de ne pas m’aimer, je saisi cette fois l’étendue de son mal-être, même de son déséquilibre.
Je la laissai arriver en bas avant de me rendre au chevet de Lucian, un air glacial me souffla dans le dos. Qu’avait-elle donc en tête ?
Je restai de longues heures au côté de Lucian, à détailler son visage, à la recherche du moindre tressaillement. Il était hors de question que je le laisse seul à nouveau, tant qu’il n’aurait pas repris conscience. Et même après, me dis-je, sourire aux lèvres. Comment le laisser seul ? Comment rester loin de lui ? Je fermai les yeux et ressenti alors la douceur de ses caresses, la chaleur de son souffle dans mon cou.
Carlisle passa l’examiner et j’en avais profiter pour lui faire part de ce que j’avais entendu d’Amy. Cela le mit autant mal à l’aise que moi. Il quitta la chambre pour appeler Jasper. A la tombée de la nuit, les yeux de Lucian s’ouvrirent, enfin.
Ils étaient toujours de ce bleu magnifique et enivrant. Je fondis, une fois de plus. Lucian se leva assez vite, visiblement bien remit de son coup à la tête. Il me serra contre lui.
- Enfin, murmura-t-il en respirant mes cheveux.
- Oui, enfin, répondis-je, dans un souffle.
Le lendemain, Jasper et Amy devaient prendre la route pour rejoindre Peter et Charlotte.
Lucian et moi sortîmes rejoindre tout le monde devant la maison. Ils étaient déjà en train de saluer les deux voyageurs.
Jasper s’approcha de moi et pris mes mains :
- Porte toi bien Alice, dit-il simplement. Il tourna la tête vers Lucian et lui dit :
- Veille sur elle, sinon tu auras à faire à moi. Son ton n’était ni amical ni vindicatif. C’était juste un ordre.
- Sois prudent, lui dis-je, la voix tremblante.
- Je sais, acquiesça-t-il.
Puis ce fût au tour d’Amy de s’approcher de nous. Elle se contenta de nous toiser sans un mot et recula vers Jasper. Cela nous laissa sans voix Lucian et moi.
Elle prit la direction de l’Est aux côtés de Jasper. A une centaine de mètres de nous, elle se retourna furtivement pour nous regarder. Le sourire qu’elle nous adressa alors était, tout simplement, mauvais.