L'éveil
La forêt s'étalait tout autour de moi, immense, à perte de vue. Le sentier enneigé s'étendait, toujours plus long. La nature était silencieuse en cette matinée d'hiver. Enfin, silencieuse, presque !
Mes pas résonnaient sur le sol. Je m'enfonçais à chaque fois dans la neige. Je courais, en essayant d'aller de plus en plus vite. Il ne fallait pas que l'on me rattrape.
Alors que cela faisait une heure que je courais, et que la douleur de mon point de côté s'intensifiait à chaque instant, je continuais de foncer. Je pensais entendre des pas derrière moi. "Ne pas se retourner" ! Mon mantra, la seule chose que je me répétais depuis que j'étais sortie de la villeJe n'avais que trois choses à faire : ne pas m'arrêter, ne pas me retourner, et courir, toujours plus loin.
Mais je m'aperçois que vous ne savez pas encore pourquoi je cours comme ça, depuis une heure, dans le froid de la forêt de Forks. Je fuis, tout simplement. Une conversation entre mes parents m'y a obligée. Il faut savoir quelque chose sur moi : je suis particulière. Je vois des ombres que les gens ne voient pas, j'entends des voix que personne ne perçoit, je ressens les émotions des autres, et je crois que ce n'est pas tout. Je n'en ai parlé à personne, mais mes parents ont remarqué que quelque chose n'allait pas chez moi. Je les ai entendus, cet après-midi même, en rentrant du lycée.
Ils discutaient dans la cuisine quand j'ai franchi la porte de chez moi. Abandonnant mon cartable, je suis allée écouter à la porte. Ma mère disait :
- Je ne sais pas pourquoi, mais Alma se comporte bizarrement depuis quelque temps.
- Je l'ai également remarqué, a ajouté mon père. Que devons-nous faire ?
- Je pense qu'elle nous cache quelque chose, a marmonné ma mère. Nous allons le découvrir.
C'était à ce moment-là que j'ai paniqué. Mes parents ne devaient absolument pas découvrir ce qui se passait, ou ils penseraient que j'étais folle, et on m'expédierait à l'hôpital ou chez le psychologue.
Ça a commencé le jour de mon huitième anniversaire. Lorsque je me suis penchée pour ramasser l'un de mes cadeaux, j'ai entendu quelqu'un m'appeler par mon prénom.
. Machinalement, j'ai dit "oui", mais personne dans la pièce n'était à l'origine de cet appel. J'ai passé ce détail sous silence à l'époque. Mais, plus j'ai grandi, plus les phénomènes se sont intensifiés. Les événement sont allés crescendo, à tel point que je commençais réellement à croire que j'étais folle. Je n'en avais parlé à personne mais cette situation me pesait. Je savais qu'un jour, elle allait avoir de forts impacts, mais je ne pensais pas qu'elle m'obligerait à fuir de chez moi, en catastrophe, sans un adieu.
Cette conversation entre mes parents m'a tellement inquiété que j'ai pris ma décision. Je devais le faire. Alors, sans prendre d'affaires, par manque de temps, je me suis élancée dehors et j'ai commencé à courir.
J'ai traversé la ville, suis passée devant le lycée, ai quitté la route, ai dépassé le panneau qui indiquait la direction de la réserve de la Push, et me suis enfoncée dans la forêt. Je pensais que là, personne ne me trouverait.
Il n'y avait qu'une seule chose que je n'avais pas envisagé : l'hiver. Dans cette petite ville, il pouvait être très rude. D'ailleurs, le froid commençait à m'envahir, en passant sous mon manteau et à travers mes gants. Ma vue se brouillait à cause de la fatigue et de mes larmes. Je ne vis donc pas la racine devant moi et tombai à la renverse dans la neige. J'étais épuisée, à tel point que je ne parvins pas à me relever. Des lumières dansèrent devant mon regard. "Ne pas s'endormir" devint mon nouveau mantra. Si je fermais l'oeil quelqu'un pouvait me trouver, m'enlever, ou... non. Je ne devais pas penser à ça. Il fallait que je me concentre, que je trouve quelque chose à faire.
malheureusement, le brouillard enveloppait mon esprit, m'empêchant de réfléchir. La fatigue, le froid, la peur et la tristesse commençaient à avoir raison de moi.
"Courage Alma ! Ne t'endors pas !", me répétai-je, une dernière fois.
Puis les ténèbres prirent le dessus et je perdis connaissance.