L'éveil
La vie aime bien cela : nous plonger dans un quotidien morne et répétitif dont on attend chaque seconde en espérant qu'il se passe quelque chose. Enfin, cela, c'est le cas pour la plupart des gens. Mais, ça ne l'est pas pour moi. Tous les phénomènes inexpliqués que je vis depuis mes huit ans me donnent envie de replonger dans le quotidien, ou du moins, de comprendre ce qui m'arrive, plutôt que de penser que je suis folle et de ne rien dire à personne. Croyez-moi ! Ce n'est vraiment pas facile tous les jours. Heureusement, jusqu'à ce moment-là, ces phénomènes se sont limités à des voix inconnues et imperceptibles aux autres qui m'appelaient par mon prénom, à un changement inexpliqué de mon état émotionnel, à des ressentis bizarres dont je n'arrivais pas à déterminer la source, ou à des pulsations dans mes mains. je n'avais pas de visions, pas d'apparitions fantomatiques ou d'entités qui parlaient à travers moi : aucun de ces signes que les personnes possédées manifestent dans les films d'horreur. Je sais qu'on est dans la vie réelle, mais ce qui m'arrive est tellement inexplicable que je suis obligée d'en arriver à cette comparaison.
Ces pensées tournaient dans ma tête tandis que j'ouvrais les yeux et émergeais du sommeil. Tendant la main, j'éteignis mon réveil et quittai mon lit. "Go Alma ! Ne sois pas en retard ! Il est temps d'y aller." Tout en me répétant cela, je me préparai pour aller au collèje. Il y a trois mois, la 3ème m'avait emportée dans ses remouds : l'échéance du brevet, l..accumulation des devoirs, la tonne de révisions, l'éminence de la 2nde, etc. Et avec tout cela, vous comprenez donc que j'avais énormément de choses à gérer et à anticiper.
Assez parlé. Il était temps de partir. Je courus pour attraper mon bus et sautai dedans, aussitôt accueillie par Kali, ma meilleure amie, et par Hugo, mon petit copain. Le trajet jusqu'au collège se déroula sans encombre. Nous descendîmes ensemble du bus et entrâmes dans le bâtiment pour trouver la salle 115 afin d'assister à notre cours de maths. Mme Le Fretti commença son cours comme d'habitude. je n'écoutai que d'une oreille, toujours plongée dans mes pensées, et épuisée par une nuit difficile. La prof finit par nous distribuer un exercice.
Je jetais un coup d'oeil à la consigne quand quelque chose attira mon attention. C'était une note continue, légèrement sourde, à peine perceptible. Je tendis l'oreille et observai mes camarades. La note devenait de plus en plus audible et pourtant, personne ne réagissait dans la classe. Je tentai de l'oublier, de ne pas y penser, de me concentrer sur mon exercice, sans succès. Elle augmentait en intensité à chaque seconde. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait.
Soudain, un sifflement emplit mes oreilles, encore plus fort. Tout disparut autour de moi. J'étais dans le noir complet, je ne voyais ni ne sentait rien. Puis, une voix s'imposa à moi :
- Alma !
- Quoi ? demandai-je.
Pas de réponse. Je répétai ma question, encore et encore, en espérant que la voix me reparle. Alors que je criais une nouvelle fois, j'entendis d'autres voix, multiples, qui m'appelaient. Je me concentrai dessus et elles devinrent de plus en plus claires. Finalement, le brouillard se dissipa, la réalité s'imposa de nouveau à moi. Un bip-bip régulier était perceptible malgré toutes les voix qui hurlaient en même temps.
- Oui, parvins-je à articuler.
Tout le monde se tut. Puis :
- Elle est enfin réveillée.
je reconnus ma mère, et au fur et à mesures des réjouissances, je pus identifier presque toutes les personnes qui m'entouraient : mon père, Kali, Hugo et d'autres élèves de ma classe. Un médecin réclamma le silence.
- S'il vous plaît, laissez-la se réveiller tranquillement.
Il s'avança vers moi, et me demanda :
- Comment te sens-tu Alma ? As-tu mal quelque part ?
Je n'avais mal nulle part, donc je secouai la tête et murmurai :
- Je vais bien.
Ce qui était partiellement faux vu que j'étais encore un peu dans les vaps.
- Que s'est-il passé selon vous, DR Cullen ? demanda ma mère.
- Un malaise, je pense. Mais qu'est-ce qui l'a causé, je ne sais pas.
Je compris aussitôt qu'il s'agissait de ce drôle de truc en moi qui me faisait ressentir ou entendre des choses imperceptibles aux autres. J'avais quatorze ans, et déjà le sort s'acharnait sur moi en provoquant un malaise dont même un médecin n'arrivait pas à déterminer l'origine.
C'est à ce moment-là que les phénomènes bizarres ont dégénéré. Je n'ai plus eu ce genre de malaise, mais des visions, des apparitions inexpliquées, ou encore des comportements que je ne pensais pas pouvoir avoir. Je suis devenue superstitieuse :je ne passais pas sous les échelles, je ne carressais pas les chats noirs, je mettais le pain à l'endroit et je refusais toute expérience paranormale, séance de spiritisme, soirée visionnage de films d'horreur, ou autres regroupements de ce genre. Mais, en même temps, je restai cartésienne et mettais tout cela sur le compte de ma folie que je pensais déjà existante à cette époque.
- Mais, Alma, tu ne te souviens pas de moi ?
La question de Carlisle m'avait prise au dépourvu. Je compris aussitôt que ce devait être lui, le médecin qui m'avait aidée à reprendre conscience après mon malaise et lui qui avait dit à mes parents qu'il ne distinguais pas l'origine de cet évanouissement. Me rappelant que ma mère s'était adressé à ce fameux médecin en l'appelant DR Cullen, je confirmai mon intuition.
- Si, c'est bon, je m'en rappelle, répondis-je. Merci encore !
- Pas de problème.
J'allais poser une nouvelle question quand quelqu'un toqua à la porte.
- J'y vais, déclara Esmé.
Et elle disparut hors de la pièce.