Le prix de la gloire
— Alors comme ça tu me caches que tu participes au concours ?
Adela n’a pas l’air de m’en vouloir, elle est plutôt rieuse. Moi, je préfère reprendre mon souffle après son cours intense. Un mois et demi et nous voilà déjà avec un premier examen ! Ma sœur a toujours eu de l’exigence, de la rigueur. Moi aussi mais là, ajouté avec les autres leçons, je n’ai que malheureusement que le week-end pour répéter.
— Tu n’es pas censé le savoir ! Carmen m’en a fait la promesse !
— Désolé Marta, j’étais dans son bureau et en cherchant un dossier, j’ai fait tomber la pile concernant le concours. J’ai vu ton nom.
— Tu ne m’en veux pas de le tenter ?
— Tu ne veux donc plus être ballerine ?
— Je pense que si je gagne, bé, je peux montrer mes autres talents, enrichir mon CV et m’ouvrir des portes. En vérité, voilà, on était déjà un groupe amateur ados, ils reviennent m’aider pour tenter de gagner et ensuite, si le producteur accepte que je me lance en solo, bé go !
Elle s’installe à mes côtés, soudain un peu soucieuse. Elle attend que les autres s’en aille avant de lâcher :
— Tu sais, je me demande pourquoi tu tiens à couper ton rêve. Tu es l’une des meilleures élèves Marta et tu es sûr, une fois le diplôme en poche, rapidement trouver une place de choix dans n’importe quel ballet. Et puis, comment ça se fait que tu as des amis qui acceptent de te booster et qu’ils te laisseraient tomber, si tu gagnes ?
— C’est le principe de l’amitié ! Ils s’en foutent ! Et puis, le producteur nous connait, on va gagner point !
— De quoi ?!
Zut ! Merde ! J’en ai trop dit ! Elle cherche milles autres questions à me poser.
— Ouai, ok, c’est du piston ! Non, je ne l’ai pas contacté dès mon inscription ! En plus, je le fais surtout pour ma carrière ! Ok, je m’amuse à affronter Roberto mais…
— Je crois que l’essentiel c’est justement qu’on va là, se reconcentrer sur ta logique de carrière petite sœur. Devenir une ballerine vers trente ans est une mission presque impossible. Les recruteurs se ficheront de ce que tu as foutu avant, ce qu’ils veulent, c’est savoir si tu as toujours continué à être très rigoureuse que….
— Je suis jeune ! J’ai du talent !
— Tu veux donc chanter, danser, te produire, disons pendant cinq ans. Ok, soit. Mais, tu as conscience des répétitions, de la pression, des possibles blessures ?
— Oui. En fait, tu refuses mon choix !
— Je te me met en garde contre des regrets futurs. Tu peux toujours te désister pour ce concours.
— Non, je refuse. J’ai toujours eu ce rêve de devenir exactement comme toi. Cependant, entre mes quatorze et dix-sept ans, avec ma bande, quand j’ai testé une façon de briller, de chanter, danser autant des reprises et que des uniques, je me sentais, aimée !
— En fait, tu refuses de t’enfermer dans une seule case ?
— Je ne veux rien regretter !
— Moi, je te conseille, l’inverse. Tu sais, si tu le connais bien ce type, pourquoi justement, ne pas commencer par être ballerine puis, une fois en retraite, tu lui passes un coup de fil.
— Une promesse est une promesse.
— Tu lui as déjà promis ? Mais quoi au juste ?
— Non mais…j’ai refusé le contrat pour justement entrée à l’école. Il m’a dit que je gâchais ma carrière. Je vais lui prouver que non ! Que…
— Tu ne me dis pas tout, ce n’est pas vraiment clair. Bon, alors, on va parler d’autre chose.
— Merci, j’aimerais surtout que tu crois en moi. J’ai besoin de ton soutien, tu es parti si brutalement et d’ailleurs, tu ne vas pas repartir hein ?
…
Je lui remets sa mèche derrière l’oreille. Ses mots sont durs, ça me pique et pourtant elle a raison. Je m’inquiète pour elle, refusant qu’elle chute brutalement. Elle est si impulsive, si sûr d’elle et naïve. Sa jeunesse, ses talents, ont peut l’utiliser comme je l’ai connu. Dans le monde des arts, il y a du bon comme du mauvais. Tout ce que je veux, c’est la prévenir.
— Jamais. Tu sais, cette histoire avec Horacio était tellement stupide. Bon, on reste cordial tu vois. Au fait, avant que tu n’ailles te doucher, les parents nous ont invités à dîner ce soir. Tu n’as pas eu le message ?
— Non, ils t’ont écrit aujourd’hui ?
— Ce matin.
— C’est étrange que papa te pardonnes.
— Maman a dû plusieurs fois le convaincre que je suis stable. Tu es aussi sans doute pour quelque chose.
— Un peu après, avec Roberto, c’est pareil. Je veux dire, il a emmené mon mec à la chasse en pleine nuit ! Il refuse qu’il soit mon fiancé ! Non, ok, papa, peut enfin avoir voulu redevenir bon mais pourquoi, il cache un truc.
— Tu es parano ma pauvre.
— Papa t’a téléphoné sans raison cet été ! Il aurait pu le faire avant ou bien après ! Et la dernière fois que j’ai lu, il avait l’air fatigué. Je reconnais les signes d’un mal être ! Je te le dis ça pu soit le divorce soir la maladie !
Elle ne cesse de me surprendre. J’espère qu’elle a tord. Cependant, c’est vrai qu’il était bien épuisé. Ma mère n’a rien remarqué ou alors elle aussi, nous cache le secret.
— Ils nous invite à la maison, on le saura s’il y a quelque chose.
— Au fait, je tiens à leur annoncer moi-même au final pour le concours.
— Je tiens parole. Bon, aller, file te rincer, je te récupère à dix huit heure dans le hall. Et n’oublie jamais, je crois toujours en toi. Je tiens juste à tant que l’ainée ayant connu une descente de onze longue année, à te mettre en garde.
— On est pareil et aussi différente.
— Heureusement ! File vite te reposer, une heure passe vite ! Et prend une petite veste, maman m’a dit qu’on mange dans la cour.
Elle me sourit et je sais qu’elle ne m’en veut pas. Elle m’enlace de tout son amour et moi je regagne la salle des professeurs pour déposer mon carnet de note avant de me doucher. J’aurais aimé croiser Carmen pour me confier sur ma sœur et j’ai la chance de la revoir justement en bas. Je ne lui omets rien, son visage prend un temps de réflexion, je sais d’avance ce qu’elle va me dire :
— Adela, toi, tu as vite voulu prendre une voie unique et assez tôt. Tu as eu dès ta seconde année, un passe droit. Ta sœur est dans une phase où elle hésite encore sur quel pied danser.
— Sans la briser, tu vois que ces notes en chant et musique, ne sont pas exceptionnel. Pour moi, c’est la danse point.
— Tu as peur qu’elle échoue.
— Non ! J’ai peur qu’elle regrette. Elle va gagner, être pistonné et le contrat va l’enfermer ! Pour faire marche arrière, ça va être compliqué. Ma sœur est comme moi, elle a besoin de danser en chausson ! Pas être derrière un micro ! L’Opéra c’est de la pression mais surtout plus de règles, plus encadré ! Tous fonctionnent pareil ! Alors qu’il existe autant de producteur que de…
— Tu projettes en elle, la belle carrière que tu aurais dû avoir.
Elle m’a coupé le souffle. Son regard et son petit doigt levé sait qu’elle a touché juste. Je range ma langue, pensive.
— Peut être.
— Faut aussi que tu la laisse apprendre à faire face à des regrets. C’est de cette manière qu’on grandit.
— J’ai peur, oui toujours ce mot là mais peur qu’elle…
— Qu’elle coupe les ponts avec toi ?
— Oui, si un jour, on s’engueule sur ces décisions.
— Tu es justement sa grande sœur, tu as plus de recul sur ça. Tu sais ce que les mots peuvent provoquer. Tu ne la perdras pas, toute manière elle a besoin de toi.
—Elle me l’a rappelé qu’elle compte sur mon soutient.
— Bonsoir Carmen !
— Tu es bien jolie avec cette tenue en jean Marta.
— Merci Madame. On prend ma voiture ou la tienne ?
Ma sœur joue avec ses clef plus heureuse. Sauf que je sais bien que ses angoisses de tout à l’heure se terre encore. Carmen nous laisse entre nous.
— Je conduis.
— Super !
— Contente de retrouver un repas de famille au complet ? Je crois que la fois dernière c’était pour tes huit ans. Je ne te cache pas que, je n’ai pas revu les parents depuis l’appel. L’ambiance risque d’être encore un peu tendu. Ça se verra que papa fera semblant que tout est passé.
— Ouai, mais la meilleure actrice c’est moi ! S’il veut des cours, je peux lui donner !
— C’est vrai que pour manipuler ton petit monde, tu sais t’y faire. Un autre don à ton arc.
…
Adela avait raison, papa sourit, se force à rire. Il ne joue pas au fond, il a juste du mal à être naturel comme on bon vieux temps. Moi, je me concentre sur maman, elle aussi, c’est un peu trop faux. Cette soirée est étrange, un coup d’œil à ma sœur, qui elle, me montre que tout va bien.
— Avant que j’annonce la nouvelle. Je veux mettre les choses à plat. Papa, pourquoi tu as vite pardonné à Adela ? Pendant ces trois dernières années, tu as refusé de voir qu’elle a bien changé. Tu es malade ? Vous divorcer ? Une mauvaise autre nouvelle non ?
— Marta, ma puce, je vais bien !
— Ouai papa, pas sûr.
— Mais si ma puce. Tu le sais que je suis quelqu’un de difficile à convaincre mais avec le temps, on y arrive.
— Hum…tu as mal en fait à être normal après tant d’années ?
— Mais oui ma puce.
— Pourquoi tu refuses aussi d’accepter Roberto ? Il est différent de ce que tu peux imaginer pour moi et pourtant, on s’aime, il me respecte et fait tout pour que je réussisse dans ma carrière.
— Je l’ai vu qu’un week-end avec sa chemise, sa peur des fusils et son air de beau dragueur. Je tiens à juste à toi.
— Vous tenez tous à moi. Depuis qu’Adela est partit de la maison, vous m’avez surprotégé, interdit de trop m’exprimer avant d’accepter que j’aille sur scène, me tester. Le producteur, Alvaro Pats m’avait proposé un contrat solo quand j’ai eu dix-ans. J’ai refusé pour être dans la même école que ma sœur. Et voilà, que par hasard, il propose un concours. Je me suis inscrite avec mes anciens potes. On va gagner, c’est sûr, il va nous reconnaitre. Ensuite, je vais négocier pour reprendre, dire oui à une carrière solo. Adela a déjà émis des réserves, seulement je crois que j’ai bien réfléchis. Je m’exprime mieux sur plusieurs tableaux, ayant plus de liberté que de rester figé dans une seule case.
J’ai tout dit, ça fait du bien et ils cherchent quoi ajouter.
— Tout ce qu’on souhaite avec ton père, c’est que tu t’épanouisses dans ce que tu aimes.
— Merci maman.
— Et puis, rassures toi, tout va bien avec ton père. Nous sommes juste heureux, en retraite et oui, fatigué car nous sommes avons pris de l’âge. Qui veut une part de gâteau à la fraise, mangue et vanille ?
J’ai pu me tromper, faut dire que parfois j’interprète les états plus que nécessaire. Est-ce pour masquer mes propres troubles ? Tout manière, faut que je règle cette histoire avec Alvaro. Faut que sois assuré qu’il là mette pas à l’envers ! J’ai fait une bêtise, le revoir est ma dernière carte.