Le prix de la gloire
Si le restaurant était génial, il n’en a rien à côté de ma nouvelle casquette. Quatre premier mois intense entre petites salles, soirées privées et même deux festival. Soit 17 dates. Et puis, j’ai dû m’habituer à travailler avec d’autres professionnels qui, je dois le reconnaitre reprennent parfaitement voire mieux les morceaux originaux de ma bande d’origine.
J’ai un contrat de cinq ans non négociable. Seul les prix dépendent bien sûr des lieux. Entre trois cents et six cents pour les salles. Mille deux à deux milles voir trois milles euros pour le privé. Enfin de mille à trois milles pour les festivals.
Sachant que je ne suis jamais payé en totalité. Après les frais, les musiciens, les déplacements, il me reste environ huit cents euros par mois. Et encore, c’est rare que je sois payé le jour même, parfois c’est quinze jour après, parfois plus. De plus j’ai le droit à des primes en espèces pour deux conditions. Si elles sont réunis…
Trois cents euro pour disponibilité totale : acceptation dates imposées, aucun refus et aucune discussion. Cinq cents si je donne tout sur scène, si aucune micro baisse de régime. Tout ça est d’un ridicule et pourtant, bien que je suppose que c’est illégal, j’ai dit oui pour juste gagner plus.
En fait, si je dois être vraiment être honnête, je donne tout ce que j’ai grâce à la drogue. Tout à commencé dans une boite de nuit, pour fêter là première date. J’avais hésité à refuser.
« Tout les grands en prennent pour le plaisir autant que trouver de l’inspiration. Tu le mérites Marta, tu as gagné ma confiance »
De puis, j’en consomme, il me fournit dès que je suis en manque. La poudre m’accompagne avant chaque prestation. Et le week-end, j’en demande deux fois plus. Je sais bien que c’est interdit. Mais la gloire, le mérite, l’argent secret me rend dingue.
Quand je retrouve Roberto, je me sens folle et gêné aussi. Il admire mon début de succès, j’aimerais l’intégrer pourtant. Il le refuse, me disant de profiter. Je me sens aussi peiné en fait qu’on se voit de moins en moins, il le comprend. Cinq ans ce n’est rien par rapport au reste de notre vie.
— On va ce soir chez Ygor Vladimir, un riche russe qui te paye uniquement pour toi. Dix milles euro de prime uniquement. Plus des cadeaux. Je lui ai parlé de ton talent en danse classique, donnes tout.
— Merci Alvaro. C’est donc une nouvelle soirée privée mais je suppose que ce n’est pas pour une entreprise comme d’habitude.
Je reviens brutalement dans le bureau d’Alvaro. Il termine de préparer quelques papiers prenant son temps pour me répondre :
— T’occupes. J’ai du réseau, tu as confiance en moi, c’est le principal. On passera à l’école pour que tu prennes toutes tes affaires de danse. Puis un jet privé jusqu’à Moscou. Ne dis rien d’autres, je t’expliquerais dans le vol.
Oui, j’en aurais bien besoin ! La prime est incroyable, je pourrais enfin être ballerine le temps d’une soirée et j’aurais des cadeaux ?! Je crois que je ne mesure pas la chance d’avoir un type qui connait autant de monde.
— Je profite de t’offrir du champagne pour éclaircir plusieurs points. Tu te tais, tu m’écoutes et je répondrais après, ok ?
— Oui Alvaro.
Mon premier jet privé ! J’ai le sentiment d’être une super star alors que j’ai que peu d’expériences. Soudain, je le soupçonne de profiter qu’on soit dans le ciel, tout les deux pour reprendre une emprise. Les étoiles dans les yeux, sa distance, m’a permis de souffler en me disant, qu’il a changé. Non, je suis bien prise au piège ! Il trinque fier, je fais comme si de rien n’était en regardant les nuages avant lui.
— Ce soir, c’est très rare que tu auras ce luxe de danser pour uniquement lui. C’est un admirateur des ballets. Je n’y connais rien dans ce domaine, c’est pour ça que je t’ai demandé de prendre tout ce qu’il te faut pour la prestation hors musique. Tu t’adaptes à tout.
— Oui.
— C’est une grosse somme, tu auras ça en petites coupures. Il va t’offrir des cadeaux aussi, ne voit pas ça comme si t’étais une putain. J’ai déjà proposé deux autres artistes masculins et pour lui, au-delà de l’argent, il donne des objets qui reflètent le savoir faire de son pays. Voilà, c’est juste pour te préparer. Et avant de parler d’autres choses, pas de coke, il faut que tu sois sobre. Tu as déjà huit cents euro de primes qui peuvent t’être accordée. Ok, une partie tu vas l’avoir. Je te laisserais le choix de quoi faire de tout l’argent.
— Merci Alvaro.
— Tu vas prendre tes propres responsabilités. Les règles vont changer, tu as passé quatre mois déjà.
Il se penche plus pour que je capte son regard, il termine son verre d’une traite. Je le commence à peine.
— Tu vas désormais vivre avec moi. Tu te débrouilles comme tu veux pour rendre ta chambre de l’école.
— Pourquoi ? Je peux vivre aussi chez Roberto…
— Votre amour s’effrite par la distance, la jalousie et vos passions communes. Ne me ment pas ! Vous vous voyez peu et c’est difficile d’exister à deux quand les carrières décollent ! Tu sais bien que tu lui mens ma chère donc tu vas acheter un appart et quand vous vous verrez, vous serez là.
J’accepte tremblante. Il a raison, en fait, on s’adore avec Roberto seulement, Upa a trouvé un autre producteur et tout les deux pris par les scènes, on s’éloigne. Je crois que j’ai plus de doute sur notre couple que Roberto en a pour moi…
— Bonne idée Alvaro pour…l’appartement. Ça évitera de courir.
— Hum, tu n’es jamais honnête. On va continuer à travailler sur ça. Bon, deuxième point, tes doses, tu te fournis toi. Ce n’est plus à moi.
— Ok mais pour revenir à Roberto, je pourrais le revoir ?
— Les prochains mois vont être encore plus intense. Des dates dans d’autres pays. Donc voir tes proches sera très limités. Tu as voulu être une star, il y a toujours des concessions à faire. D’ailleurs, je pense que dans cinq voir six mois, oui, c’est précis, tu seras en congé disons.
— Comment ça ?
— Je suis en train de fixer un rendez-vous pour tes tournées aux Etats-Unis. Les prochaines tournées là seront entre l’Europe, l’Afrique et l’Australie. Je t’avais dis de ne pas me répondre mais passons.
— Combien de dates ?
— On commence le premier deux mai pour trois mois à raison d’à peut près quarante date. Donc trois festival et le reste des salles. Bon, dans quatre heure nous seront arrivés. Finit ton verre et reposes toi.
— Alvaro, tu…m’aimes vraiment ?
— Tu veux savoir la vérité ? Oui, à la folie et sache que moi, je ne suis pas un artiste qui risque d’être piqué par une autre. Je suis là pour ton avenir et j’ai le privilège d’être payé par des clients riches voulant trouver une perle rare en moins de quatre jours. Je m’en fiche au final si tu m’apprécie plus. On a signé un contrat, je t’accompagne dans la lumière en gardant ton délit de fuite. N’oublie pas surtout que je peux te faire redescendre bien plus vite si tu décides de renoncer à tout. Et là, je ne pourrais plus rien pour toi.
Il prépare son cigare, le magazine et se ressert en champagne. Je n’ai pas sommeil, plus soif et le reste de ma poudre dans ma poche de veste me tend les bras. Il m’a refusé, j’ai pourtant des heures devant moi pour en prendre.
Je pars au toilette, je me dépêche de le sniffer. Dès que je veux sortir, il m’en empoigne, la serveuse ne dit rien. Il me frappe la tête contre la petite table, je saigne, il tire mon crâne en arrière de rage pour murmurer :
— Je suis rarement en colère ma chère. Tu m’as déçue et tu auras donc beaucoup moins ! Il verra une danseuse abimée, il payera moins et j’en payerais le prix ! Tu sais, la drogue c’est avec modération voir pas du tout !
— Tu m’avais dis…
— C’est à toi de t’imposer ! Tu es majeur et responsable ! Tu sais que c’est bon pour tenir ok ! Mais tu sais que c’est mal pour s’oublier ! Je te laisse dans ton coin, on ne se parle plus jusqu’à la descente !
Il me relâche d’un autre coup sec, ma bouche saigne. Je reviens au toilette pour tenter de limiter les dégâts. Ma famille me jetterait dehors si elle sait que je me rabaisse à ça ! Et Adela ? Oui, mes parents l’ont jeté avec ses addictions, ne l’ont pas aidés…Je ne sais plus quoi en penser de tout ça, je ne peux revenir en arrière tellement la poudre est bonne, tellement ça aide à briller, tellement être reconnue, avoir de l’argent, avoir son approbation…
Je l’ai déçue, il me laisse indifférente mais je sais que si je continue à me comporter de plus en plus de cette façon, oui, lui peut rompre le contrat à tout moment et dire à son réseau, ma vrai nature…Porter un masque, je déteste autant que je préfère