L'Enfant Terrible du Rat Cornu

Chapitre 25 : Les Grands jours de Brissuc

8184 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 11/04/2020 10:54

-         Bizarre-étrange…

 

Vellux venait d’entendre le récit de Klur, tout en mâchonnant un morceau de viande dure et nerveuse. Les noms de Gotrek et Félix ne lui étaient pas inconnus. Quelques saisons plus tôt, il avait reçu un message sur parchemin de peau de chose-homme confirmant que le Prophète Gris Thanquol, agent spécial du Conseil des Treize, offrait une forte récompense pour celui qui lui ramènerait le terrible duo. Aux dernières nouvelles, cette offre était toujours valable.

 

Le mieux était de se rendre sur place, et de mener une enquête. En donnant quelques jetons de malepierre par-ci par-là, il pourrait rapidement apprendre dans quels lieux les deux compères avaient été aperçus. Ensuite, avec une bonne équipe de Coureurs d’Égout au nez efficace, ce serait facile ; il enverrait les Eshin espionner les lieux de passage du duo, ils repéreraient pour lui les coins où flotteraient des odeurs de Skaven, et il n’aurait plus qu’à vérifier lui-même ces endroits et capter l’odeur de son petit élève, qu’il n’aurait aucun mal à reconnaître.

 

Par ailleurs, l’Eshin venait de lui apprendre quelque chose de plus intéressant encore : le château Gottliebschloss était désormais sans chef, et son armée réduite. C’était le meilleur moment pour s’en emparer. Les troupes de Vodaj allaient lui garantir la victoire. Et pour ce qui était des quelques minables Skavens-bizarres rencontrés par le Skaven anthracite, d’après ce qu’il avait dit, et il n’avait pas l’air d’avoir eu le culot de lui mentir, il n’y avait pas de raison de s’inquiéter, les Fils du Rat Cornu allaient les écraser comme autant de cafards.

 

Ce plan était parfait, sans faille, simple et sans doute efficace. Rien d’étonnant pour un plan imaginé par un Prophète Gris aussi intelligent que lui. Cela améliora son humeur, et il décida d’en faire profiter Klur. Après tout, il allait avoir besoin des services du Clan Eshin, autant faire bonne impression.

 

-         Bon, tu as fait ce que je voulais. Je vais te laisser vivre-vivre, pour l’instant. Rappelle-toi que ta vie dépend de ton silence.

-         Je ne l’oublie pas, excellentissime personnification de la clémence !

-         Va dire à ton maître de me retrouver ici, puis rends-toi au quartier des pondeuses. Je t’accorde trois heures avec une femelle.

-         Merci, merci beaucoup, ô incommensurable porteur de la parole du Rat Cornu !

-         Allez, fiche le camp !

 

Vellux n’eut pas besoin de le dire deux fois, le Skaven anthracite se précipita dehors sans demander son reste.

 

Resté seul, le Prophète Gris réfléchit à nouveau aux paroles du chef chose-homme rapportées par le Coureur d’Égout, et le témoignage de Magnus, l’espion chose-bizarre, lui revinrent à l’esprit.

 

Voyons… Psody était bien à Gottliebschloss. Jourg du Clan Moulder a été vaincu le jour de son arrivée, et les choses-hommes n’ont pas retrouvé la trace d’une autre armée. Un Skaven ordinaire n’aurait rien pu faire, mais Psody est un élu du Rat Cornu. Il est suffisamment intelligent-futé pour mettre la pagaille. Les choses-hommes ont pu les virer. Et après ?

 

Il réfléchit, réfléchit à s’en donner la migraine, et les idées s’enchaînèrent.

 

Les choses-hommes ne l’auraient jamais laissé en vie, et pourtant elles l’ont fait quand elles l’ont capturé… non, un instant ! Elles ne l’ont pas capturé. C’est lui qui a décidé de se rendre ! Et puis, il est reparti avec ces deux tueurs de Skavens recherchés par Thanquol. Ils auraient dû le tuer sur place, pourquoi ils ne l’ont pas fait ?

 

Ses yeux s’ouvrirent en grand quand il réalisa :

 

Parce qu’il a décidé de nous trahir ! Jamais il n’aurait fait tout ça, jamais il ne se serait livré aux premières choses-hommes venues ! Il a cherché Gotrek et Félix, il les a trouvés, il s’est occupé de Jourg, puis il est parti avec eux ! Il complote contre notre peuple en se rangeant de leur côté !

 

Plusieurs sentiments sanguinaires éclatèrent dans le cerveau du Prophète Gris. Son élève avait le culot de s’élever contre lui, c’était déjà quelque chose de très grave. Mais son complot avec les choses-hommes était pire encore. Que pourrait-il faire chez les races inférieures ?

 

Apprendre leurs secrets pour les retourner contre eux… ? Non, il m’aurait averti pour que je l’aide ! Il va se retourner contre moi !

 

À cette pensée, la colère fut plus forte. Il ne put s’empêcher d’aboyer :

 

-         Sale petite ordure infidèle !

-         Oh, Prophète Gris ! s’exclama d’un ton faussement blessé le Maître Assassin Tweezil, sur le seuil de la porte du laboratoire.

 

Vellux, qui était resté dos tourné à la porte, sursauta avec un cri effrayé, et jeta un regard noir vers le Skaven noir.

 

-         Tweezil ! Refaites-moi ça, et je vous fris sur place !

-         Je vous prie de me pardonner-excuser, murmura l’Eshin en se mettant à genoux.

 

La prochaine fois, c’est ma lame dans ton cou qui te fera sursauter ! songea le Maître Assassin.

 

-         Entrez-entrez, ne restez pas là. Fermez la porte !

 

Tweezil obéit. Le Prophète Gris s’assit dans son fauteuil, et expliqua :

 

-         Cette nuit, le Rat Cornu m’a parlé. Vous savez ce que ça signifie ?

-         Qu’il attend de nous qu’on fasse quelque chose pour l’honorer ?

-         Mais non ! Idiot-crétin ! Ça veut dire qu’il ne fait confiance qu’à moi ! Je suis un élu, je suis le seul à pouvoir l’entendre et le comprendre !

 

Le Skaven noir baissa la tête, et feignit la servitude. En vérité, son sang bouillait de rage, il dut faire un effort conséquent pour se retenir de se jeter sur le Skaven Blanc et l’étriper ici et maintenant.

 

-         Heureusement que je suis là pour maintenir l’équilibre à Brissuc ! continua Vellux. Enfin, vous ne pouvez pas comprendre. Je vous pardonne.

-         Merci infiniment, ô inextinguible lumière de notre colonie, vous êtes trop bon.

-         Je le sais bien, c’est pour ça que je suis un élu. Maître Assassin, je vais avoir besoin de vos meilleurs éléments. Il me faut douze-douze de vos meilleurs Coureurs d’Égouts. Je dois les emmener avec moi pour une mission secrète très importante.

-         Bien, ô puissant Prophète Gris.

 

Le Maître Assassin savait qu’il y avait des questions qui étaient faites pour ne pas être posées, aussi il se contenta de se demander qui seraient les douze sélectionnés. Comme pour l’en remercier, Vellux lui expliqua :

 

-         Je dois partir à Sub-Altdorf pour quelque temps, afin d’y chercher la clef de notre victoire-victoire. Vos espions m’aideront. Mais attention ! Si je ne reviens pas, les autres chefs de Clan ont ordre d’éliminer tous les Eshin de Brissuc qu’ils pourront. Cela évitera à vos rats les mauvaises tentations. Il serait dommage de vous mettre dans l’embarras, vous un de mes meilleurs éléments !

-         Quelle intelligence extraordinaire ! Quel plan brillant ! Je n’aurais pas pu trouver mieux, mon cher Maître !

-         Non, vous n’auriez pas pu trouver mieux, car c’est moi, le maître, ici ! Allez donc me rassembler douze assassins, ceux qui sont à la fois les plus efficaces et les plus fiables. Ensuite, vous irez au quartier des pondeuses, et vous pourrez passer le reste de la journée avec la pondeuse que vous voudrez.

-         Oh, cent, mille, dix mille fois merci, miraculeuse âme de Brissuc !

-         Et ne vous en faites pas, vous comprendrez tout à mon retour.

 

L’Eshin se releva, s’inclina encore et quitta le laboratoire.

 

*

 

C’était une journée qui s’annonçait plutôt bien pour Diassyon du Clan Skryre. Ces dernières semaines, il avait senti comme un regain d’énergie dans ses propres idées. Il pouvait se souvenir de Moly du Clan Pestilens sans tomber de nouveau dans l’apathie, et ses rapports avec Chitik s’étaient encore améliorés. Aussi avait-il décidé de faire un cadeau au Skaven Noir. Quelque chose susceptible d’augmenter ses chances de se sortir victorieux d’un combat. Il avait passé les trois derniers jours à fabriquer un lourd marteau de guerre trop grand et trop lourd pour être tenu d’une seule main. Il était particulièrement fier de la tête de l’arme, un solide bloc de fer forgé. Il lui avait fallu plusieurs heures pour trouver le bon morceau, le tailler, l’ajuster, et finalement le fixer assez solidement à un manche en bois. Le choix du matériau avait aussi été déterminant. Il s’était appliqué à le récupérer sur un arbre de son petit sanctuaire de la surface, au-dessus de la colonie.

 

Et maintenant, après toutes ces heures, il allait faire un cadeau à son frère bien-aimé. Un cadeau, le premier cadeau de sa vie. Cela lui faisait tout drôle. Il s’imaginait la tête que ferait la grande Vermine de Choc en voyant cette arme de qualité exceptionnelle. Il la portait sur le dos, soigneusement enroulée dans un sac, et avançait d’un bon pas.

 

J’espère qu’il écrasera-broiera des centaines de crânes avec ! Qui sait ? Peut-être celui de sa Grande Dent ?

 

Avec le temps, Chitik avait de plus en plus de mal à supporter la vanité et la mauvaise foi de Sémik, commandant des Skavens Noirs. Heureusement, il avait écouté les inquiétudes du jeune Technomage, et avait tâché de faire preuve de moins de violence colérique.

 

Il ne voulut pas aller jusqu’au quartier des Vermines de Choc ; en dehors du Prophète Gris Vellux, aucun Skaven qui ne portait pas l’héritage des Puissants du Rat Cornu dans les veines n’avait le droit d’entrer – remarque, en y réfléchissant, ils n’étaient pas plus agressifs que les autres. Généralement, chaque Clan empêchait farouchement les étrangers de pénétrer leur domaine sans une excellente raison.

 

Le Skaven brun savait où chercher. Quand il n’était pas en train de dormir sur sa paillasse ou engagé dans une bataille, le grand Skaven Noir surveillait les esclaves ou entraînait les jeunes recrues. Il voulut commencer par l’arène. Quelques minutes plus tard, il arriva dans le secteur où étaient formés les Guerriers des Clans. C’était une immense salle circulaire, au centre de laquelle les Skavens avaient creusé plusieurs grandes fosses rondes. Du bruit émanait de la plus proche. Le Skaven brun, curieux, approcha, et pencha la tête par-dessus la barrière.

 

Dans la fosse se tenait une énorme créature bipède. Un énorme rat-ogre nu, au corps recouvert partiellement de fourrure châtain sur le dos, les bras, la tête et les cuisses, restait immobile, hochant lentement la tête d’avant en arrière. Devant lui, un Maître de Meute du Clan Moulder, un Skaven au pelage beige rayé de noir, faisait claquer son fouet en aboyant des ordres. La grosse bête sursauta, et recula, plus effrayée que réellement contrariée. Ses glandes à musc vaporisèrent l’odeur de la crainte.

 

Diassyon ne connaissait pas grand-chose des us et coutumes du Clan Moulder. Il se surprit à penser à son défunt frère Skahl, la première victime des pondeuses maudites de Karkadourian. S’il avait vécu plus longtemps, il aurait sans doute été un Maître de Meute exceptionnel. Il resta quelques instants à regarder ce qui se passait. Il savait que le Moulder dans la fosse s’appelait Zowie, et avait la réputation d’être doué. Et ce qu’il faisait dans la fosse était plutôt impressionnant.

 

Normalement, personne ne prenait le risque d’énerver volontairement un rat-ogre. Ces monstres étaient stupides, mais prompts à s’énerver facilement, et à réduire en bouillie tout ce qui tombait sous leurs énormes pattes. Être un bon Maître de Meute impliquait d’avoir un certain magnétisme sur les animaux, ou les êtres à l’intelligence primitive. Pour Zowie, c’était plus que ça. Ses yeux verts émettaient un regard particulièrement déstabilisant. Diassyon comprit que le Moulder s’était déjà livré à un duel mental contre le rat-ogre, et que la force de son regard avait soumis la créature. Et le rat-ogre, au lieu d’attaquer son tourmenteur, couinait en reculant.

 

Le Skryre eut une petite moue admirative. Zowie était à la hauteur de sa réputation, et on lui confiait souvent le dressage des nouveaux rats-ogres. En regardant un peu mieux la créature, il eut comme une impression bizarre, comme si ce rat-ogre lui rappelait vaguement quelque chose. Puis, il se rappela, et son cœur bondit dans sa poitrine. Il venait de reconnaître le motif du reliquat de pelage qui restait sur le museau de ce rat-ogre. La tache claire sur l’œil gauche, la sombre sur le droit, ça ne pouvait être que…

 

Tiens, tiens… Mais c’est Tôrkh !

 

Il eut un sourire mauvais. Oui, c’était bien le Skaven du Clan Moulder qui avait été son compagnon d’infortune dans la cage du sorcier chose-bizarre Karkadourian, celui qui avait fait tant d’histoires pour dévorer le cadavre de son frère Moly. Apparemment, il n’avait pas donné satisfaction au Maître Mutateur Skilit, d’une façon ou d’une autre, et le chef du Clan Moulder de la colonie lui avait trouvé une autre façon de se rendre utile.

 

Il pencha la tête par-dessus le rebord de la fosse, et railla :

 

-         Alors, t’as bonne mine, maintenant, gros malin !

 

Puis il partit d’un grand éclat de rire. Le rat-ogre leva la tête vers lui, une expression combinant surprise suprême et stupidité abyssale s’étala sur son faciès. Zowie fit claquer son fouet avec plus de hargne.

 

-         Dégage ! Tu le déconcentres-embrouilles !

 

Le Technomage ne voulut pas s’attirer des ennuis avec les Corrupteurs. Il obéit et disparut.

 

*

 

Klur du Clan Eshin rajusta son ceinturon, passa sa cape en la laissant glisser délicatement par-dessus le bandage de tissu sale qu’il avait enroulé autour de son épaule blessée, et boucla la broche qui la maintenait. Il jeta un regard teint de pitié condescendante à l’énorme pondeuse qui ronflait sur la paille, avachie de tout son long, inconsciente du cadeau que venait de lui faire le Coureur d’Égout.

 

J’espère qu’elle donnera une flopée de petits assassins !

 

Il regagna rapidement le puits sombre qui constituait le domaine des membres du Clan Eshin. Il descendit le long de la paroi abrupte, et parvint jusqu’à la place centrale du quartier. C’est alors qu’il vit une douzaine de ses camarades de Clan rassemblés dans un coin, en train de préparer leurs affaires. Il reconnut quelques-uns des Coureurs d’Égout les plus doués de Brissuc. L’un d’eux leva la tête et héla le Skaven anthracite.

 

-         Hé, Klur ! Le Maître Assassin veut te parler !

-         Il veut te retrouver dans la salle aux tunnels de cuivre.

 

La « salle aux tunnels de cuivre » était le carrefour où l’Eshin avait rencontré ses cinq frères pour la première fois, bien longtemps auparavant. Klur sentit une légère pression lui pincer le cœur.

 

-         Qu’est-ce qu’il veut ?

-         Sais pas. Traîne pas, il a pas l’air de bonne humeur.

 

Il ne fallut que quelques minutes au Skaven anthracite pour se rendre dans au carrefour. Il ne vit personne, mais savait que son chef de Clan n’était pas loin.

 

-         Ohé ? Maître Tweezil ?

 

Aucune réponse. Cela ne l’étonna guère, le Maître Assassin Tweezil adorait se gausser de ses interlocuteurs en jouant avec leurs nerfs. Il maugréa, maudissant le sens de l’humour particulier de la Grande Griffe des Eshin.

 

-         Grande Cape Tweezil ? Êtes-vous là ?

 

Il balaya les tunnels du regard l’un après l’autre, mais ne décela aucune présence. C’est alors que la voix doucereuse de son maître chuchota :

 

-         Je t’ai appris la patience, Klur. As-tu déjà oublié ?

-         Moi ? Euh… non, Grande Cape.

-         Bien.

 

Klur se retourna d’un bond. La voix de Tweezil avait susurré juste à son oreille. Le Skaven noir se tenait juste devant lui.

 

-         Tu aurais dû me voir venir, Klur. Tu perds-perds de l’efficacité.

-         Je… Grande Cape Tweezil, je fais de mon mieux.

-         Ouais… Je vais m’en assurer. Je vais te confier la responsabilité des Coureurs Nocturnes. Il faut un bon Coureur d’Égout pour les former.

-         Ah… Bon. Mais…

 

Le Skaven anthracite fut surpris. Pourquoi n’allait-il pas faire partie des douze Skavens accompagnant Vellux ?

 

-         J’ai vu des Coureurs d’Égout qui se préparaient à quelque chose.

-         Le Prophète Gris avait besoin de douze de mes meilleurs éléments. Ça m’embête-ennuie, mais je dois lui obéir.

-         Il… il vous a dit pourquoi ?

-         Il s’agit d’une mission secrète, Klur ! Tu n’as pas à savoir quoi que ce soit !

 

Klur sentit son front se plisser de perplexité. Vellux avait-il révélé à Tweezil que le petit Skaven Blanc était toujours de ce monde ? Il ne voulut pas tenter de se compromettre en lui posant cette question. D’ailleurs, autre chose le contrariait.

 

-         Pourquoi ne pas m’y envoyer, Maître ? Je suis tout aussi capable d’accomplir cette mission ! Ma blessure ne me gêne pas ! Alors quoi ?

 

La question plongea le Maître Assassin dans une violente colère. En un balayage de queue, il renversa le Skaven anthracite, s’assit sur lui, et enfonça son doigt dans le trou creusé par l’arquebuse de la chose-femme. Klur gémit de douleur. Tweezil aboya :

 

-         Parce que je suis ton maître, et que je tiens à le rester, Klur ! Je ne sais pas ce que tu manigances avec Vellux, mais ça ne me plaît pas du tout ! Tu es un Eshin, et je veux t’avoir près de moi pour être sûr-certain que tu ne prépares pas un coup fourré dans mon dos ! Alors, un bon conseil : fais patte douce, ou ça va mal finir pour toi !

 

Tweezil retira son doigt d’un coup sec, et se dégagea d’un bond. Il grimpa en un clin d’œil dans l’un des plus gros tuyaux, et disparut. Quand Klur se releva, la main sur sa blessure rouverte, il glapit de rage quand il vit qu’il tremblait de tous ses membres, à la fois de colère, et de peur.

 

 

Chitik la Vermine de Choc posa son maillet de bois contre la paroi rocheuse, et s’étira, faisant craquer les os tout le long de sa colonne vertébrale. Puis il aida le petit Skaven Noir à se relever.

 

-         Ca suffit pour aujourd’hui. Vous avez tous fait des progrès. Je le dirai à la Grande Dent Sémik.

 

Il y eut quelques murmures surpris et joyeux. Chitik avait longtemps pensé à ce que lui avait confié Diassyon, par rapport à sa mauvaise humeur, et s’était rappelé le conseil du Diacre de la Peste Soum : utiliser la gentillesse. Grâce à cette denrée invisible mais facilement transmissible, les deux Skavens s’étaient rapprochés de Moly. Et si les autres Skavens n’étaient pas aussi proches que ses frères de sang, il avait remarqué que faire usage de cette « gentillesse » sur eux pouvait donner de très bons résultats, très rapidement. En à peine quelques jours, les Skavens étaient devenus plus motivés, plus efficaces, et plus obéissants. Dernièrement, quelques petites Vermines de Choc parmi les plus jeunes avaient même préféré s’adresser à lui plutôt qu’à la Grande Dent Sémik pour parler des problèmes.

 

L’entraînement était terminé, les Guerriers des Clans se dispersèrent. Resté seul, Chitik eut un petit soupir satisfait et repartit vers le secteur des Vermines de Choc. Il s’éloigna de l’arène d’un pas tranquille. C’est alors qu’il vit Klur, assis sur un rocher, quelques yards plus loin. Le Skaven anthracite avait l’air d’aller plutôt mal, et frictionnait doucement son épaule blessée. Chitik eut un petit sourire. C’était peut-être une bonne occasion d’établir un contact un peu meilleur avec l’Eshin, avec gentillesse.

 

-         Hé, frère ?

 

Le Skaven anthracite releva la tête, et son faciès se renfrogna.

 

-         Ne m’appelle pas comme ça, sans-tête !

-         Bon, bon… Tu as l’air soucieux.

-         Occupe-toi de tes affaires !

 

Le grand Skaven Noir insista.

 

-         Non, vraiment ! Je sens que t’es pas comme d’habitude !

-         Qu’est-ce que tu racontes ?

 

Chitik se gratta la tête.

 

-         Ben… t’es pas bien-bien, en ce moment. Tu veux peut-être un coup de main ?

-         Je n’ai besoin de personne ! aboya le Coureur d’Égout.

-         Qu’est-ce que tu as, frère ?

-         Mais rien, je te dis ! Lâche-moi !

-         Tu as peur…

-         Moi ? Peur ? Jamais ! répondit le Skaven anthracite en éclatant de rire.

 

Chitik ne lâcha pas l’affaire.

 

-         T’as des problèmes ?

-         Je t’ai dit de me lâcher, grande saucisse !

-         Tu as failli à ton Clan ?

 

Ces paroles déclenchèrent une explosion de fureur chez l’Eshin. Il se leva d’un bond, et déchaîna sa colère.

 

-         Jamais, tu m’entends ? Jamais ! Jamais je n’ai failli à personne ! Ni à mon maître, ni à Vellux, ni au Rat Cornu ! Même dans le marais putride, je te jure que Psody…

 

Soudain, l’Eshin se rendit compte de ce qu’il venait de dire, et se tut. Chitik avait sursauté en entendant le nom de son frère préféré sortir de la bouche du Skaven anthracite. Cette allusion au marais… allait-il parler de la fin tragique du petit Skaven Blanc ?

 

-         Quoi, Psody ?

-         Je… enfin… je n’ai pas pu le sauver des choses-bizarres, mais j’ai… j’ai veillé personnellement à le venger !

 

Chitik comprit que quelque chose n’allait pas. Jusqu’à cette dernière phrase, Klur lui avait toujours parlé sans la moindre hésitation.

 

-         T’es sûr ?

-         Puisque… puisque je te le dis, crâne de piaf !

 

L’Eshin sentait monter l’inquiétude en lui. Ce détail n’échappa pas à Chitik. Klur n’avait plus de glandes à musc pour émettre des émotions olfactives, mais la Vermine de Choc avait appris à lire la peur d’autres manières : la respiration qui accélérait, l’œil qui paniquait, la main qui tremblait, même très légèrement… Klur avait vraiment peur. Le Skaven Noir en était sûr : Diassyon avait raison, et Klur avait des choses à lui dire. Il voulut des réponses. Il leva lentement son maillet.

 

-         Tu me mens… et tu me caches quelque chose !

 

Klur finit par céder.

 

-         Tu es trop stupide-stupide pour comprendre les enjeux, Chitik !

-         Tu as fait du mal à Psody ?

-         Je devais le faire, pour la gloire du Rat…

-         JE NE T’AIME PAS !

 

Chitik abattit son marteau à une vitesse phénoménale pour un individu de sa taille, mais Klur esquiva la tête de bois de justesse. Il fit un saut vers l’arrière, et dans le mouvement, envoya un de ses poignards droit vers le grand Skaven Noir. Ce dernier esquiva la lame, elle lui effleura le bras, juste au-dessus du coude, et arracha une touffe de poils au passage.

 

Chitik frappa de nouveau. La terre éclata sous la tête de bois. Klur esquiva chaque coup, et guettait la plus petite ouverture. Au bout d’une longue minute durant laquelle il ne cessa de bondir dans tous les sens, il perçut un changement de respiration chez son grand frère. Une fois de plus, le poumon fragilisé de Chitik allait lui porter préjudice.

 

Et cette fois-là sera la dernière-dernière !

 

Klur courut vers la Vermine de Choc, et sauta le plus haut qu’il put. Il prit appui sur les épaules de Chitik, passa par-dessus de sa tête et se retourna dans le même mouvement. Chitik sentit un contact dur et glacial autour de son cou. Le Skaven anthracite était en train de lui serrer la gorge avec son fil de fer plombé, l’outil idéal pour étrangler quelqu’un. Par réflexe, il porta les mains sous son menton pour tenter de donner du mou à la prise.

 

-         Tu… tu as… menti.

-         C’est le propre de notre race, pauvre abruti ! Nous sommes des Skavens ! Et je suis un futur Sorcier ! Ainsi agissent les membres du Clan Eshin ! Tu vas crever, et l’autre dégénéré de Skryre va te suivre très vite !

 

Klur serra plus fort. La vision du Skaven Noir se troubla.

 

Je ne veux pas mourir !

 

Il se concentra, tenta de rester conscient. Ses tempes bourdonnaient si fort qu’il entendait difficilement ce que disait l’Eshin.

 

-         Tu aurais dû voir sa tête quand il a vu que c’était moi qui venais de lui enfoncer le couteau dans le dos. C’était vraiment très excitant ! Presque aussi jouissif que maintenant ! Il avait l’air si surpris ! Car il y croyait, lui aussi, à toutes ces bêtises-bêtises sur les liens du sang ! Je l’ai trompé encore plus facilement que prévu !

-         Assassin…

-         Hé oui ! La naïveté est une erreur-erreur fatale, chez les fils du Rat Cornu !

 

La Vermine de Choc puisa dans ses dernières ressources pour échapper à l’étreinte mortelle de son agresseur. Il leva la main gauche et sentit quelque chose de poilu entre ses doigts. Par réflexe désespéré, il enfonça ce « quelque chose » dans sa bouche et serra les mâchoires le plus fort qu’il put. Klur poussa un effroyable crissement, et relâcha sa prise avant de basculer en arrière. Chitik inspira à pleins poumons, et se releva. Il sentit alors le goût du sang acidifier ses papilles. Le Skaven anthracite était recroquevillé sur lui-même, et se tenait l’avant-bras gauche en geignant. Chitik vit une petite masse sanguinolente sur le sol, et comprit alors que son coup de dents avait sectionné le poignet de Klur.

 

Désormais privé de main, l’Eshin supplia du regard son grand frère, mais il était trop tard pour celui-ci pour changer d’avis. Chitik bondit sur Klur, celui-ci tenta d’esquiver le mouvement d’une roulade. Le Skaven Noir balaya l’air de sa patte, et agrippa quelque chose, la queue annelée de l’assassin. Il la saisit plus fermement entre ses deux pattes.

 

-         Lâche-moi ! couina Klur.

 

Le Skaven Noir n’écouta pas. Il fit un large mouvement des bras, et commença à faire tournoyer le Skaven anthracite au-dessus de sa tête. Celui-ci crissa de panique alors qu’il tournait de plus en plus vite. Chitik prit ainsi de l’élan pendant une bonne vingtaine de secondes, puis il lâcha prise. Klur fut précipité vers une paroi, contre laquelle il s’écrasa. La Vermine de Choc ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits. Il l’attrapa par la peau du cou à deux mains et le plaqua sur le mur. Puis il le secoua en criant de toutes ses forces :

 

-         POURQUOI T’AS FAIT ÇA À NOTRE FRÈRE ?

 

Klur savait qu’il était condamné. Le Skaven Noir n’allait jamais le laisser vivre, et il ne pouvait plus se défendre. Il pensa un court instant à confirmer ses soupçons et lui dire la vérité, qu’il avait manqué son coup, et que Psody était toujours vivant, mais c’eût été la dernière des trahisons envers son Clan. De toute manière, il n’irait pas bien loin avec une main en moins, le Clan Eshin se débarrasserait vite de lui. Il se souvint de l’un des enseignements du Maître Assassin Tweezil.

 

Un assassin qui se fait prendre peut ressentir une très grande honte-honte. Mais la pire honte qui soit est de révéler à l’ennemi le nom de celui qui l’a engagé. Un vrai Eshin préfère mourir que parler !

 

Il serait un vrai Eshin jusqu’au bout, et mourrait rapidement. Il concentra toute la haine qui restait dans son cœur, et siffla :

 

-         Parce que c’était un imbécile, incapable de satisfaire le Rat Cornu ! Moi, j’aurais été un meilleur Prophète Gris ! J’aurais dû avoir sa fourrure blanche et ses cornes ! J’aurais couvert la colonie de gloire, au lieu de gâcher-gâcher mes pouvoirs dans des projets stupides ! J’ai rendu un grand service à Brissuc en lui enfonçant la tête dans l’eau jusqu’à ce qu’il crève !

 

Le Skaven Noir fit glisser ses doigts sur la tête de Klur, les paumes à plat sur ses tempes. Avec un rugissement bestial, il serra les mains de manière à les joindre. L’Eshin sentit sa boîte crânienne se fendiller, craquer par endroits. Il poussa un cri de douleur si fort et si aigu qu’il en assourdit la Vermine de Choc. Celui-ci ne relâcha pas pour autant son étreinte, au contraire il redoubla d’efforts quand il vit la figure de son frère se déformer sous la pression.

 

Le Skaven anthracite eut la satisfaction d’avoir choisi sa propre mort, une dernière pensée appropriée, mais au tout dernier moment, il entendit le dernier avertissement que lui avait fait son frère Moly, une éternité plus tôt. Puis il y eut un répugnant bruit de craquement sec et de pulpe broyée.

 

Chitik laissa tomber le corps désormais sans vie du Coureur d’Égout, et agita vigoureusement les mains pour se débarrasser des fragments d’os et des bouts de cervelle sur ses doigts. C’est alors qu’il sentit la présence de quelqu’un d’autre. Il se retourna et vit Diassyon.

 

-         Oh… Tu… il…

-         Dis rien. J’ai pigé.

 

Le Skaven brun s’avança jusqu’au cadavre de Klur. Puis il écarta son tablier de cuir, et urina sur le Skaven anthracite, sans mot dire. Chitik le regarda faire, éberlué.

 

-         Mais… le Clan Eshin va croire que c’est toi !

-         Ça vaut mieux que si c’est ton odeur.

-         Tu prends des risques !

-         Je suis prêt à les prendre. Je sais mieux me défendre que toi contre ces lâches-lâches !

 

Chitik allait protester, mais se retint au dernier moment. Il était bien obligé de l’admettre ; si aucun ennemi qui l’attaquait de front ne lui faisait peur, il n’était pas très doué pour anticiper les attaques en traître, contrairement à son frère du Clan Skryre.

 

Une fois sa petite affaire terminée, Diassyon récupéra le grand sac de toile rêche qu’il avait laissé derrière lui, et le tendit à deux mains vers la Vermine de Choc.

 

-         Tiens !

 

Chitik resta coi en voyant le marteau ouvragé. Puis un immense sourire étira ses lèvres. Le Technomage sourit à son tour.

 

-         Réduis en poussière tous tes ennemis avec.

-         Tu seras pas déçu, frère !

 

La cloche du temple du Rat Cornu sonna. Les deux frères de sang tournèrent simultanément la tête dans la direction du temple du Rat Cornu.

 

*

 

D’habitude, la cloche du temple sonnait régulièrement pour annoncer chaque heure composant la journée. Or, cette fois-ci, c’était différent. Au lieu de taper simplement quelques coups précis sur le bronze incrusté de malepierre, le sonneur martelait deux fois plus vite que d’habitude, et sans s’arrêter. Tous les Skavens citoyens de Brissuc savaient ce que ça signifiait : une convocation immédiate de tout le monde au temple.

 

Les Skavens arrivèrent donc dans la demeure du Rat Cornu, par groupes de plus en plus importants. Certains demandèrent à haute voix ce qui se passaient, mais personne ne put donner la moindre réponse. Ils n’en devinrent que plus nerveux, et comme toutes les émotions, cette nervosité se traduisit par des effluves de musc irritant.

 

Enfin, les derniers entrèrent, les portes se refermèrent et le silence se fit dans la nef. Avec ce tocsin, le Prophète Gris Vellux avait rassemblé dans la salle de prière tous les Skavens adultes de la colonie de Brissuc, ce qui représentait un gros millier d’hommes-rats. Tous attendaient anxieusement les paroles de leur chef. Celui-ci se présenta sur la scène, et descendit lentement par l’escalier latéral. Il s’arrêta devant le premier rang, et commença son discours.

 

-         Fils du Rat Cornu, je vous ai tous réunis ici afin de vous parler des décisions que j’ai prises au nom de notre dieu. En effet, le Rat Cornu nous donne l’occasion d’agrandir notre colonie et d’écraser tous ses ennemis.

 

Il y eut quelques murmures, qui se turent rapidement. Le Prophète Gris ne semblait pas disposé à autoriser les débordements de joie. Vellux continua en passant entre les hommes-rats.

 

-         Je sais, notre dernière campagne contre le sorcier chose-homme Aescos Karkadourian a été un désastre. Mais les temps ont changé. Nous avons eu dernièrement beaucoup de jeunes Skavens acceptés-reconnus comme adultes, avec des droits et des devoirs. Et nous allons nous unir à la colonie de Treecil, afin de profiter de leurs ressources.

 

Encore quelques chuchotements indécis. Si cette idée d’union avec les Skavens du seigneur de guerre voisin n’était pas si surprenante, elle restait inhabituelle, et quelques habitants de Brissuc craignaient d’y perdre beaucoup, sans envisager que le Prophète Gris pouvait très bien tourner la situation à leur avantage. Celui-ci expliqua :

 

-         Je vais bientôt mener le gros de nos Guerriers des Clans à la surface. Des choses-hommes se terrent dans un château, à quelques jours de marche d’ici. Ils ont été affaiblis grandement par les Skavens de Jourg du Clan Moulder, et n’ont pas encore eu le temps de reconstituer leurs forces. Leur chef a été tué dernièrement par le Clan Eshin. C’est le moment idéal pour les achever. Les troupes de Vodaj du Clan Skryre vont nous aider-aider.

 

Vellux était à présent au milieu de la foule. On n’entendait que le bruit de ses pas sur la terre battue.

 

-         Je veux cependant être sûr que vous serez tous concentrés sur la victoire, et rien d’autre. Je vais mettre certaines choses au point avant de vous exposer mon plan.

 

Il s’arrêta entre un Moulder et un Eshin. L’assassin claqua des dents.

 

-         Depuis quelques jours, il y a une rumeur qui circule dans Brissuc, selon laquelle le Prophète Gris Psody n’aurait pas péri comme Klur du Clan Eshin nous a raconté. Cette rumeur tourne autour d’au moins deux d’entre vous.

 

Diassyon déglutit. Malgré toutes les précautions, le secret qu’il partageait avec Chitik semblait avoir transparu. Le Prophète Gris s’arrêta juste à côté de Chitik. Celui-ci fit un effort incroyable pour rester immobile, bien que ses voisins sentirent l’odeur de la panique émaner de ses glandes. Vellux parla plus doucement sans quitter la Vermine de Choc des yeux.

 

-         Il est vrai que sa mort nous a tous profondément attristés. C’était un Skaven Blanc, un élu du Rat Cornu, dont la perte a bien plus affecté la colonie que celle de n’importe qui d’autre. Et j’ai moi-même eu dernièrement un doute. C’est pourquoi, lorsque j’ai appris qu’un Prophète Gris isolé était en vadrouille chez les choses-hommes, j’ai demandé à Klur d’aller vérifier.

 

Le Prophète Gris reprit sa marche, et se dirigea vers Diassyon. Le Skaven brun resta stoïque, même si une chaleur désagréable lui chauffa le poil au fur et à mesure que Vellux s’approchait. Le Skaven Blanc tourna lentement autour du Technomage tout en expliquant :

 

-         Il s’est avéré que ce Prophète Gris captif des choses-hommes n’était pas Psody. Klur a pu me le dire avant… son fâcheux accident.

 

Diassyon sentit chaque poil de sa fourrure s’humidifier d’une sueur glacée.

 

Il sait déjà ?! Les nouvelles vont vraiment trop vite, ici !

 

-         Et je le confirme, le Rat Cornu m’a expliqué à plusieurs reprises que notre petit Skaven Blanc bien-aimé était bien mort. Mort ! Mort ! J’ai ressenti dans le Warp l’explosion d’énergie qui s’est produite quand le Rat Cornu est venu récolter son âme.

 

Vellux était face au Skryre. Il posa l’index sur sa poitrine.

 

-         Donc, il n’y a plus à espérer quoi que ce soit, Diassyon ! Mets-toi bien ça dans la tête, et faites-en tous autant ! Psody fait partie du passé ! Un jour viendra où l’une de nos pondeuses mettra bas un autre Skaven Blanc. Mais en attendant, je suis le seul Prophète Gris de Brissuc, et le seul à qui parle le Rat Cornu ! Il faut oublier Psody, et pour vous y aider, je vous annonce que chaque Skaven qui prononcera son nom en ma présence subira immédiatement la malédiction de notre dieu !

 

Pas un seul Skaven n’osa remuer un poil. Le Prophète Gris revint au pied de la scène.

 

-         Maintenant, voilà ce que nous allons faire. La nuit prochaine, je pars avec les douze meilleurs assassins du Clan Eshin à Altdorf, la capitale des choses-hommes. J’ai quelque chose à aller chercher pour assurer notre victoire. Un régiment de Guerriers des Clans m’attendra. Pendant ce temps, sous l’autorité du Diacre Soum, vous partirez tous vers le terrier de Treecil. Là, Vodaj du Clan Skryre vous conduira au château que les choses-hommes appellent « Gottliebschloss ». Je vous rejoindrai avec mon escorte pour la bataille. Tous ensemble, nous réussirons là où Jourg du Clan Moulder a échoué !

 

Au milieu de la foule, quelques Moulder, dont le Maître Mutateur Skilit, grommelèrent à l’évocation de cette honte. Le Prophète Gris grimpa sur l’estrade par l’escalier latéral, et harangua derechef l’assistance.

 

-         Vous avez bien compris ! À part les esclaves qui font tourner les moteurs de la colonie, les pondeuses et les ranuques, tout le monde participera à la bataille ! On ne laissera aucune chance aux choses-hommes ! Nous nous rendrons maîtres de Gottliebschloss. Mais il y a autre chose.

 

Des murmures s’élevèrent au-dessus des Skavens. Le Prophète Gris continua :

 

-         J’ai appris que notre ennemi, Aescos Karkadourian, avait aussi des vues sur ce château. Mais si nous arrivons avant lui, nous serons en position de force ! Fils du Rat Cornu, nous détruirons-détruirons à la fois les choses-hommes et les choses-bizarres !

 

Il avait dit cela avec enthousiasme, en levant les bras. Cette fois, les Skavens applaudirent.

 

-         La victoire est enfin à notre portée, peuple supérieur ! Demain, Gottliebschloss, mais après-demain, qui sait ? Une ville plus grosse !

-         Hourra ! répondit l’assemblée.

-         Une forteresse des choses-naines !

-         Bravo !

 

Vellux se régalait. Plus ses Skavens l’approuvaient, plus son pouvoir augmentait. Plus son pouvoir augmentait, et plus ses Skavens l’approuvaient. La boucle était ainsi justement bouclée. Il décida d’en remettre une couche :

 

-         Gloire au Rat Cornu !

-         Gloire au Rat Cornu !

-         Gloire au peuple des Skavens !

-         Gloire au peuple des Skavens !

-         Mort aux races inférieures !

-         Mort aux races inférieures !

-         Gloire au Rat Cornu !

-         Gloire au Rat Cornu ! Gloire au Rat Cornu !

 

Le Prophète Gris était au milieu de la scène, les bras en croix, les yeux exaltés, un immense sourire aux lèvres. Débordant de vitalité, il éclata d’un ricanement dément.

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