La voix de l'ombre - Livre IV - Un passé recomposé
Chapitre 22 : Front commun.
Serah profitait des derniers flocons de sa région natale avant de retrouver un climat plus doux et clément. Le voyage durait déjà depuis quelques semaines, et ils atteindraient Talador assez rapidement.
Rejointe par son loup géant, une bête au pelage immaculé qui lui avait fait l'honneur de se lier à elle, Serah se reposait au Séjour du Loup, l'un des avants-postes Loup-de-givre à la Crête de Givrefeu.
Ces dernières semaines avaient été riches, mais aussi coûteuses. De nombreux orcs du clan avaient péri, et les victimes comptaient le redoutable Ga'nar, le frère de Durotan. Alors qu'ils s'étaient retrouvés, et avaient mis fin au règne du chef des Sire-tonnerre, leur frère aîné Fenris, Ga'nar donna sa vie pour protéger le clan au moment où la Horde de Fer avançait sur la Crête. Reconnaissant son cadet comme le seul chef des Loup-de-givre, Ga'nar avait retenu une troupe entière le temps que Drek'Thar ne crée un éboulement pour les arrêter. Mort dans l'honneur, Ga'nar avait ainsi vengé leur père, que Fenris avait tué, et fait de Durotan le chef incontesté du clan.
Les étrangers d'au-delà du portail avaient tissé des liens indéfectibles avec le clan. Thrall, en particulier, s'était montré puissant et digne de confiance. Plusieurs autres héros avaient œuvré à ses côtés, comme le trop charmant Valanor qui cherchait à impressionner l'élue de son cœur à la moindre occasion.
Bien que peu flattée, si ce n'est concernée, Serah n'avait de cesse de le repousser. Beaucoup trop délicat et raffiné à son goût, elle reconnaissait pourtant volontiers ses qualités de sorcier.
- Nous reprenons la route à l'aube ! annonça Durotan. Mangez, et dormez !
Le chef des Loup-de-givre rejoignit sa compagne, sous le regard ému de Thrall, que cette rencontre avait profondément bouleversé. Il avait tant imaginé ses parents, leur voix, leurs gestes, leur complicité. Ce couple de légende qui avait donné sa vie pour la vérité, il le côtoyait enfin, et rendit grâce aux Esprits de les voir si nobles et fiers. Drek'Thar et Orgrim ne s'étaient pas trompés à leur sujet, et finalement, comment en vouloir à Garrosh qui avait indirectement provoqué ces moments indescriptibles.
Garrosh. Il fallait l'arrêter une bonne fois pour toute. Les alliés de la Horde de Fer avaient été chassés de la Crête de Givrefeu. Thrall espérait qu'il en serait de même pour la Vallée d'Ombrelune, où Maraad et les autres membres de l'Alliance avaient établi leur fief.
À présent, il restait à regagner Talador, et arrêter la déferlante Grom'ka menée par Orgrim. Mais surtout, il lui tardait de retrouver Keera. Ignorant encore comment elle s'était retrouvée ici, Thrall avait néanmoins apprit quelques-unes de ses aventures. Mais surtout, Draka et Durotan lui avaient parlé de son enfant, dont le père inconnu devait être un Chanteguerre, et dont ils n'avaient plus aucune nouvelle depuis qu'Orgrim l'avait emmenée. Thrall avait d'abord pensé qu'en retrouvant Orgrim, Keera avait cherché sa compagnie. Or, d'après ce qu'elle avait raconté à Durotan, leurs échanges n'avaient pas été si amicaux.
De peur de rouvrir de profondes blessures, elle avait peut-être cherché à garder ses distances finalement. Ce qui le rassurait et l'inquiétait en même temps.
C'est pourquoi Thrall avait ardemment prié les Ancêtres pour qu'elle soit saine et sauve, et que son petit, s'il vivait toujours, lui donne le bonheur qu'elle avait tant mérité.
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- Vraiment, l'endroit est... pittoresque, je vous assure ! fit Valanor qui étudiait son environnement dans un ébahissement travaillé. Et ces squelettes géants...
- Ne te force pas à apprécier le paysage, elfe ! grogna Serah. L'endroit est laid, personne ne dira le contraire !
La troupe traversait les Restes d'Agurak, unique passage terrestre entre la Crête et Talador. Lors du conflit précédent, les Sire-tonnerre des environs avaient été repoussés, si bien que la zone était sécurisée. Ce qui rendait le voyage paisible et agréable, après toutes ces péripéties.
- Ah, voilà Talador, annonça Durotan. Vous pouvez retirer vos peaux, elfes !
Ce que les elfes de sang qui composaient la troupe firent dans l'instant. Le climat difficile de la Crête les avait rudement éprouvés, ce que les Loup-de-givre n'avaient pas manqué de relever pour se moquer d'eux.
- Nous allons suivre ce chemin, mais nous allons vite tomber sur la garde Grom'ka, les prévint Durotan.
- Leur base principale se trouve à la fin de la route, et garde l'entrée vers Tanaan, expliqua l'un des éclaireurs Loup-de-givre.
- Khadgar a installé sa Tour des mages plus loin, annonça Thrall. Il nous apportera son aide.
- Dans ce cas, avançons ! fit Durotan qui éperonna son loup géant.
Khadgar aussi avait réussi à gagner la confiance des Loup-de-givre. Suite à ses recherches sur la création de portails dimensionnels et temporels, il avait réussi à en ouvrir un au Mur-de-Givre, le fief de la Horde en Draenor. Grâce aux fragments qu'il avait récupéré là où les démonistes avaient été utilisés pour ouvrir le portail vers Azeroth, Khadgar était parvenu à en ouvrir un, bien plus petit, vers Orgrimmar. Ses connaissances lui avaient permis de comprendre comment ce miracle avait été possible. Car, même s'il avait disposé d'objets magiques, l'ouverture de tels portails demandait bien plus qu'un Archimage un peu rodé sur la question.
Il en avait donc déduit, tout comme Chromie semblait le croire, qu'une autre ligne de temps alternative s'était créée dès lors que Garrosh et Karioz étaient venus ici. Et s'il avait pu former des portails depuis Draenor jusqu'Azeroth, c'était que cette ligne temporelle devait être rattachée à la leur, et que certains des fragments trouvés devaient être des débris de la Vision du Temps, formant une sorte de pont entre les deux réalités. Car ces débris qui se trouvaient sur Draenor devaient entrer en résonance avec ceux restés sur Azeroth, formant un pont dimensionnel.
Ce qui signifiait, plus largement, que chaque événement, chaque choix fait ici affecterait potentiellement leur ligne temporelle.
Il restait malgré tout très complexe, et même délicat, de justifier le fait que Thrall portait le marteau-du-destin, ainsi que la majorité de l'armure de guerre noire héritée d'Orgrim Marteau-du-destin. Ce que Durotan et Draka semblaient avoir relevé, sans pour autant questionner directement Thrall.
Tandis que la troupe poursuivait sa route, Valanor ne cachait pas son admiration pour le paysage, et son atmosphère automnale lui rappelait Lune d'Argent. Serah, les yeux plissés, l'observait. Elle ne pouvait lui reprocher d'apprécier le panorama. Car en effet, Talador était belle.
- Cette contrée ressemble à la mienne, énonça Valanor en direction de Serah.
- Ce qui explique ton air béat, se moqua-t-elle.
- Un jour, peut-être, pourrais-je vous la faire découvrir ? sourit-il, tout à ses pensées romantiques.
- Un autre jour, dans ce cas, fit-elle en scrutant l'horizon.
- Là-bas ! Des trolls !
Vol'jin avait en effet pu envoyer des troupes en Draenor grâce à Khadgar. Ses chasseurs des ombres semblaient garder la voie devant le Commandement de Lames-furieuses, et affrontaient les guerriers grom'ka.
- Allons les aider, pour les Loup-de-givre ! s'écria Durotan pour galvaniser sa troupe.
Tous le suivirent et ruèrent les orcs pour aider les trolls. L'arrivée des Loup-de-givre, mais surtout de loups géants, facilita l'entreprise, et le chemin fut vite dégagé.
Les affrontements précédents avaient mené à la destruction partielle d'un pont plus loin, mais la traversée restait possible. Des éclaireurs trolls vinrent alors à leur rencontre, et les guidèrent jusqu'à un surplomb un peu plus loin.
Les bannières de la Horde étaient déjà installées, preuve qu'ils étaient en sécurité.
Une fois à terre, Durotan fit le tour du camp. Quelques prisonniers grom'ka étaient encagés, et la vue offrait une vision claire sur l'arrivée de l'avant-garde Grom'ka sur la Côte Orunaï. Plusieurs bâtiments draeneï fumaient au loin, et Durotan prit une décision.
- Je dois parler à Orgrim ! Il doit entendre raison !
- Non, Durotan, c'est trop dangereux ! l'avertit Draka.
- Draka a raison, Durotan, ajouta Thrall. Je vais rejoindre Khadgar près d'ici, et l'aider à coordonner nos forces avec celles de l'Alliance. Ne prends pas de risques inconsidérés !
- C'est mon frère, insista Durotan. Je ne le crains pas, et je lui fais confiance, il écoutera.
Thrall s'inquiétait de ce revirement qui ne ressemblait pas à Orgrim, ou en tout cas, à celui qu'il avait connu. Il ne comprenait pas cette loyauté envers Main-noire. Et Draka l'avait vu à l’œuvre. Il n'avait pas hésité à abattre des Loup-de-givre, à faire Ga'nar prisonnier, ainsi que Keera et son nourrisson. Et même si Thrall doutait qu'il puisse s'en prendre à un bébé, il connaissait Keera, qui ne reculait devant rien. Elle avait très bien pu provoquer quiconque regardait son enfant d'un peu trop près. Et étant donné son passé, personne ne pouvait l'en blâmer.
En ce qui concernait Durotan et Orgrim, il allait devoir laisser les événements se produire sans intervenir. Il devait faire confiance à son père, ainsi qu'à son vieil ami.
- Fais ce que tu as à faire, Durotan, finit par dire Thrall. Tu es un grand chef, fort et brave. Je sais que tu parviendras à tes fins. Nous nous retrouverons très vite, fit-il en se tournant vers Draka.
- Que l'Esprit du loup te guide, lui souhaita Draka qui le regarda quitter le camp.
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Thrall avait rejoint Khadgar plus loin en Talador, entre les camps en construction de l'Alliance et de la Horde. Le périmètre étant plutôt sûr, ils pouvaient conjuguer leurs renseignements, et planifier la contre-attaque.
- Les Loup-de-givre sont donc arrivés à bon port, c'est un espoir, fit l'Archimage. Vos haut-faits à la Crête de Givrefeu sont parvenus jusqu'ici, Thrall !
- Rien n'aurait été possible sans les Loup-de-givre et leur courage.
- Voilà un clan qui vous rendrait fier pour un peu, sourit Khadgar devant les yeux brillants de l'orc. J'imagine que rencontrer vos parents vous a ému.
- Ils sont braves et honorables, dit fièrement Thrall. C'est un honneur d'appartenir à cette famille.
- Enfin, au moins cette histoire n'aura pas apporté que mort et souffrance. Nous pouvons déjà compter sur l'appui d'alliés de choix qui ont rejoints notre cause. Et pas des moindres, ajouta-t-il dans un sourire malicieux.
- Oui, l'Alliance se regroupe en Talador, acquiesça Thrall.
- Je ne parlais pas de l'Alliance, rectifia Khadgar, l'air toujours espiègle.
Le mage sourit en silence, tout en fixant l'orc. Puis, amusé par les yeux écarquillés de Thrall, car il venait de comprendre, Khadgar ajouta :
- Eh oui, nous avons retrouvé Keera. Ou c'est plutôt elle qui nous a trouvés. Enfin, nous l'avons ralliée à notre cause, bien qu'elle avait déjà préparé le terrain.
- Quelle bonne nouvelle ! soupira longuement l'orc. Et comment va-t-elle ?
- Oh, elle semble aller bien. Et pour l'avoir vue à l’œuvre, je dirais que je suis heureux de la voir de notre côté. C'est que je ne l'avais encore jamais rencontrée.
- Oui, Keera mène des combats plutôt impressionnants, avoua Thrall.
- Et êtes-vous au courant pour son... enfin son...
- Son enfant, oui, confirma Thrall. Et j'espère que cette information n'est pas parvenue jusqu'aux oreilles de Hurlevent !
- Pas à ma connaissance, en tout cas, le rassura Khadgar. Keera semble s'être tenue à bonne distance des membres de l'Alliance jusqu'ici. Et je gage que si Varian était au courant, il serait déjà dans la place, l'arme à la main, et prêt à défier celui qui se serait rendu coupable de ce forfait.
- J'imagine oui. C'est pourquoi il ne doit pas l'apprendre. D'autant que nous ne savons pas ce qu'il s'est passé.
- Bien, ceci étant, mes informateurs m'assurent que les villages avoisinant Shattrath auraient déjà dû être sous contrôle de la garde Grom'ka. Mais il semblerait que leur commandant rechigne à tuer des civils.
- Que... vraiment ? s'étonna Thrall. Alors Orgrim...
- Ne semble pas si désireux de tuer des innocents, finit Khadgar. La conquête de Talador prend donc du retard, c'est pourquoi Main-noire en personne s'est déplacé.
- Je vois, fit l'orc qui regardait au loin. Il compte reprendre les choses en main.
- C'est pourquoi nous devons agir vite, et sécuriser les ports avant qu'il ne débarque avec tous ses vaisseaux de guerre !
- Je croyais que le Tristerail avait été mis hors d'usage, et que le train ne pourrait donc amener aucun canon ni l'artillerie nécessaire à la destruction de Shattrath !
- C'est le cas, et les Quais de Fer ont été nettoyés, ajouta le mage humain. Mais les Rochenoires ont peut-être d'autres cartes à jouer, nous devons rester prudents !
En effet. La Horde de Fer n'avait sans doute pas montré toute l'étendue de ses possibilités. Tout comme Durotan avait peut-être un espoir de raisonner Orgrim, qui se montrait finalement moins cruel qu'ils ne l'avaient cru.
- Que proposez-vous, Khadgar ?
- Si vous pouviez continuer de représenter la Horde ici auprès des Loup-de-Givre, je passerai par vous pour la suite des opérations. Le camp le plus proche, Fierté de Vol'jin, est là juste derrière nous. La Tour des mages se trouve au sommet de ce sentier, à Zangarra, fit Khadgar en montrant du doigt la direction. Utilisez les petits familiers arcaniques à la base pour me contacter.
- Bien, acquiesça l'orc. Nous nous tiendrons prêts pour l'assaut sur le port.
- Je vous remercie, Thrall, dit sincèrement le mage. Votre réputation de gardien de la paix et de la justice vous précède, vous êtes quelqu'un de confiance.
- C'est moi qui vous remercie, Khadgar. Rien de tout cela n'aurait été possible sans vous, admit Thrall de bon cœur.
- Ni sans chacun d'entre vous, sourit le mage.
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Tuurem regroupait la majorité des troupes grom'kar. Tireurs, invocateurs, maîtres-lames, et autres guerriers s'y entraînaient, pendant que leur commandant, Orgrim Marteau-du-destin, inspectait les troupes. Le message qu'il avait reçu plus tôt dans la journée le perturbait. Une rencontre était prévue, à l'abri des regards, et surtout de Main-noire, qui n'allait pas tarder à se montrer. L'auteur du message, malgré leurs différents, lui était cher, et Orgrim ne souhaitait pas qu'il se fasse prendre.
Il attendit donc le coucher du soleil pour se rendre au point de rencontre, plus loin vers l'ouest, en dehors de Tuurem. Expliquant à ses lieutenants qu'il partait faire un tour, il chercha du regard son interlocuteur, qu'il trouva caché contre un arbre.
- Merci d'être là, Orgrim, susurra Draka. Je n'étais pas sûre que tu viendrais.
- Ma parole, je suis poursuivi par les femmes ! grogna-t-il en se massant le crâne. Que me veux-tu Draka ?
- Poursuivi par les femmes ? s'inquiéta l'orque.
- C'est sans importance. Que fais-tu ici ?
- Je sais que tu as parlé à Durotan. Et qu'il n'a pas réussi à faire fléchir ta volonté.
- Tout comme tu n'as aucune chance d'y parvenir ! maugréa Orgrim.
- Par chance, j'ai d'autres arguments que l'amitié, ou même que la fierté, dit Draka. Je vais te parler d'honneur.
- Hin ! L'honneur...
- Je sais combien tu y es attaché, Orgrim. La preuve en est que tu refuses d'assassiner de simples villageois, expliqua-t-elle.
- Et alors, si tu crois que je désobéirai à Main-noire, c'est que tu t'es trompée d'interlocuteur, Draka.
- Dis-moi si je me trompe, Orgrim, mais aurais-tu l'intention de convaincre Main-noire de faire des villageois des prisonniers ? (Orgrim resta silencieux) C'est bien ce que tu comptes faire ?
Marteau-du-destin soupira. Draka, qui le connaissait bien, ne pouvait admettre qu'il ne soit qu'un simple exécutant, et qu'il suive bêtement les ordres de son chef de clan. Elle avait donc imaginé qu'Orgrim trouverait le moyen de persuader Main-noire de ne pas exécuter d'innocents.
Et de toute évidence, elle ne s'était pas trompée.
Ce qu'elle ignorait, en revanche, c'était qu'il avait une autre bonne raison. Car il ignorait où Keera cachait son enfant. Et, de peur qu'il ne soit également massacré s'il s'avérait qu'elle le cachait dans un des villages draeneï, il avait interdit à ses guerriers de tuer les civils. Même si dans les faits, plusieurs dizaines de personnes avaient inévitablement péri lors de mises à sac.
- Tu as besoin que je te rassure, Draka ? Très bien, oui je vais essayer de convaincre Main-noire de tuer le moins de civils possible. Et non, je ne pourrai rien faire s'il décide de ne pas m'écouter. Je ne peux rien garantir de plus.
- Comme nous rejoindre ?
- Draka, tu sais bien que c'est impossible. Rien que pour cette conversation, je me compromets. Sans parler de toi, ajouta-t-il.
- Si tu crois que je crains tes guerriers, c'est que tu as la mémoire courte, Orgrim !
- Tu es forte Draka, aucun doute là-dessus. Mais ces guerriers-là, ce sont les meilleurs de chaque clan ! Et tu ne pourras rien contre eux.
- Tu cherches à me faire peur Orgrim ? demanda Draka.
- Je te mets en garde ! Vous ne pouvez pas faire face !
- Nous ne sommes pas seuls, Orgrim. Nos alliés arrivent, et ils sont forts !
- Mais trop peu nombreux, Draka ! Renoncez pendant qu'il est encore temps ! Rejoignez-nous, et vivez !
Orgrim tenait encore à ses amis, Draka ne pouvait en douter. Elle souhaitait tout de même éclaircir un dernier point :
- Orgrim, pourquoi as-tu emmené Keera loin de la Crête de Givrefeu ? Elle ne s'était jamais clairement opposée à la Horde de Fer, tu n'avais donc pas de réelle raison de la prendre.
Orgrim ne répondit pas, et soupira longuement. D'ordinaire, il parlait facilement, même s'il se montrait plutôt discret sur certains sujets, qu'il n'évoquait qu'avec Durotan.
- Pourquoi, Orgrim ?
- Tu n'as pas à savoir ce genre de chose.
- Pourquoi ?
- Draka … (il soupira à nouveau) Je … Ne cherche pas à comprendre.
- Tu les as éloignés de nous parce que tu savais que le clan était en danger. Tu voulais les protéger ?
Pour toute réponse, Orgrim grogna. Et tandis qu'il détournait le regard, il se tourna à nouveau vers le visage assuré de son amie qui comprit. Elle insista tout de même :
- Pourquoi ?
Grommelant de nouveau, Orgrim regarda au loin. Très mal à l'aise, il se renfrogna. Draka savait qu'elle n'en tirerait rien de plus quand il se fermait ainsi. Ne souhaitant pas prendre plus de risque en restant ici, elle finit par dire :
- Je suis heureuse de savoir que malgré tous ces événements, malgré cette guerre, tu as enfin ouvert ton cœur, sourit-elle.
Orgrim tourna la tête un peu plus à l'opposé pour éviter son regard, et grogna une nouvelle fois.
- Si tu n'as rien d'autre à ajouter, nous allons en rester là, fit-il en s'éloignant de son amie.
Elle le regarda alors repartir dans un long grognement, en priant les Ancêtres pour qu'il parvienne à persuader son chef bourru et sans pitié de considérer la vie plutôt que de chercher à la prendre.
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Les jours suivants, Tuurem avait été reprise à la garde Grom'ka suite à des attaques combinées de l'Alliance et de la Horde, tandis que Main-noire regroupait le reste des forces à Shattrath.
Réunis en périphérie de la ville, Khadgar, Thrall, Maraad, Durotan, Aggra et Yrel, la protégée de Velen, se concertaient sur la suite des événements.
- Deux autres troupes alliées suivent les fuyards et sécurisent Tuurem, assura Khadgar qui menait le débat. À présent, nous sommes prêts à contrer la Horde de Fer à Shattrath.
- Main-noire a mené deux vaisseaux immenses jusqu'ici ! pesta Durotan. Et les grom'ka y sont...
Durotan s'interrompit, tandis qu'ils se tournèrent vers le sud. Des cris provenaient de plus loin, en direction d'un petit village draeneï.
- Le Précipice Auchenaï, fit Maraad. Il est attaqué !
- Des fuyards grom'ka ! Aucun doute ! s'écria Durotan.
- Je m'en charge, proposa Thrall.
- Je vous suis, ajouta Maraad. Il s'agit des miens !
- Allez, et rejoignez-nous au plus vite ! acquiesça Khadgar qui les regarda s'éloigner.
Tous deux montèrent à dos de monture et chevauchèrent vers le village attaqué. Des orcs de la garde Grom'ka avaient effectivement réussi à échapper à l'assaut sur Tuurem, et semblaient se venger sur un village proche.
Quelques défenseurs de Shattrath tentaient de les garder à distance, mais les orcs étaient bien plus nombreux.
- Lok'tar ! rugit Thrall qui chargea un groupe à lui seul.
Maraad créa une barrière de protection à l'aide de la Lumière pour protéger les villageois, et remarqua que les défenseurs furent rapidement débordés.
- Il en vient de partout ! s'écria Maraad. Par l'est, Thrall !
Le chaman pivota et jeta un coup d’œil vers l'est. Une autre troupe se formait et arrivait sur eux. Ils avaient dû recevoir l'ordre de se regrouper au sud de Tuurem pour les prendre en tenaille. Mais Thrall s'occupait déjà de ceux qui émergeaient par le nord.
Il invoqua alors la foudre qui répondit timidement à son appel, et vint s'abattre sur quelques orcs ennemis. Mais plus loin, il aperçut plusieurs corps coupés en deux voler vers eux. La troupe venant de l'est était en train d'être décimée par une lame immense qui tournoyait, décapitant, coupant, et s'abattant sans pitié. La zone fut vite nettoyée, mais une autre troupe apparut derrière, que deux orcs tailladèrent joyeusement de leurs lames acérées.
- Des renforts ! Ils sont des nôtres ! clama Maraad qui poursuivait le combat, tandis que Thrall tentait d'apercevoir l'allié minuscule qui brandissait une lame trop grande pour ses petits bras.
- Keera ! s'exclama Thrall, dont le sourire élargi témoignait du bonheur de retrouver son amie.
Keera l'entendit, lui rendit son sourire, et termina d'achever les fuyards. Elle fut rejointe par ses deux acolytes qui l'encadrèrent, tandis que Thrall les observa.
- Serions-nous en retard ? demanda Keera qui rengaina son épée.
- Par les Ancêtres ! laissa échapper Thrall qui se dépêcha de l'étreindre.
- Thrall, fit affectueusement Keera qui enlaça son ami.
Après une longue, et non moins émouvante étreinte, tous deux se dévisagèrent un moment.
- Mon amie, tu as l'art de disparaître pour réapparaître au meilleur moment !
- Évidemment, c'est tout un art, sourit la princesse qui ne lâchait pas les mains de l'orc.
- Ethrok ! le salua Thrall tandis que le chef des Crocs-vengeurs s'avançait vers eux. Je ne m'attendais pas à te voir ici !
- Na'an a enfin eu besoin de mes services ! répondit Ethrok non sans ironie. Et je suis honoré de te revoir, Thrall.
- Et qui est votre ami ? demanda le chaman qui scrutait l'orc qui les accompagnait.
- Je te présente Neshi, fit Keera. Nous nous sommes rencontrés à mon arrivée ici. Nous avons combattu ensemble dans l'Arène des Épreuves, à Nagrand. C'est lui qui m'a apporté mon épée. Il a toute ma confiance.
- Un périple que j'ai hâte de t'entendre me narrer, ajouta Thrall, impatient d'entendre ses aventures.
- Tout est sécurisé, annonça Maraad qui se permit de les interrompre. Princesse Keera, je présume ?
- Je te présente le redresseur de torts Maraad, fit Thrall en direction du draeneï.
- C'est un honneur, votre Altesse ! s'inclina poliment Maraad.
- Appelez-moi Keera, je vous en prie. Et l'honneur est pour moi, fit-elle en posant sa main sur son cœur.
À la fois surpris et rassuré de rencontrer enfin Keera, Maraad ajouta :
- Notre roi sera si heureux de vous savoir en vie ! Lorsqu'il apprendra que...
- Maraad, je ne voudrais pas perturber les manœuvres déjà engagées de l'Alliance en forçant Varian à venir jusqu'ici pour me retrouver, le coupa la princesse.
- Mais, enfin... Vous vous doutez combien il s'inquiète, et qu'il serait si heureux...
- Pardonnez-moi, Maraad, mais si vous tenez tant à le prévenir, je ne puis vous en empêcher. Cependant, si vous pouviez lui dire de ne pas se hâter, et que je le rejoindrai quand ce sera le moment, je vous en serai très reconnaissante.
- Je... J'imagine qu'il est nécessaire qu'il sache que vous êtes en vie, en effet, reprit le redresseur de torts. Pour le reste, je ne saurais en décider, fit-il quelque peu dérouté.
- Je vous remercie, Maraad, fit Keera qui partit rejoindre les Crocs-vengeurs.
Bien que Maraad peinait à comprendre où Keera voulait en venir, elle devait avoir ses raisons pour ne pas rejoindre le roi de Hurlevent. Quant à Thrall, il se sentit désolé pour son amie, qui reportait indéniablement leurs retrouvailles à cause de l'enfant qu'elle avait mis au monde, et qui n'était pas le sien.
- Bien, nous devrions rejoindre Khadgar, et terminer d'organiser l'assaut sur Shattrath, proposa Maraad.
- Vous avez raison, allons-y ! ajouta Thrall qui regarda Keera caresser son loup géant, et examina son épée gigantesque, dernier vestige de son héritage.