Fureur Abyssale
Chapitre 11 : The truth is out there, but I'll keep you safe
2012 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 22/12/2025 21:58
Département du FBI
Dossier : X-File 684-SNA
Agent Spécial : Fox Mulder
Date : 25 avril 1996
Objet: Rapport final sur les meurtres de Greyharbor, Maine.
L’enquête menée à Greyharbor à la suite d’une série de disparitions et de morts par noyade initialement attribuées à des circonstances naturelles et accidentelles par l'Agent Scully, révèle finalement un faisceau d’éléments reliant les crimes à une légende locale ancienne connue sous le nom de Kennebecrawler.
Cette entité mythologique est documentée depuis plusieurs générations dans le folklore côtier de la région, et des références précises ont été retrouvées dans les archives du musée municipal de Greyharbor, notamment à travers des artefacts dont une représentation de la créature tentaculaire surgissant des flots, et le tableau du Hrafntönn directement associé à des sacrifices humains et à des marques gravées dans la chair des cadavres.
Ces symboles, au nombre de vingt-deux, ont été retrouvés sur l’ensemble des victimes liées à l’affaire, y compris ceux découverts postérieurement à l’effondrement de la grotte nord.
L’implication directe des frères Neil et David Collins est avérée et indiscutable. Les éléments recueillis démontrent leur participation active aux enlèvements et aux homicides, ainsi que leur présence sur les lieux où les victimes ont été noyées dans un bassin souterrain relié à l’océan et où j'ai-moi même faillit perdre la vie.
Pour graver les symboles dans la chair, les jumeaux utilisaient les "dents" du Kennebecrawler, artefacts singuliers et tout à fait cohérents pour marquer leurs victimes selon la volonté du monstre marin. Aucune de ces armes n'a pu être récupérées après l'éboulement de la grotte nord, nous privant ainsi d'une analyse scientifique concrète sur la provenance animale ou minérale de ces objets.
Plusieurs éléments suggèrent également que les actions des frères Collins ne relèvent pas uniquement d’une entreprise criminelle rationnelle ou concertée.
David Collins souffrait d’une tumeur cérébrale avancée, diagnostiquée depuis plusieurs années. Les symptômes observés (crises dissociatives, comportements compulsifs, états de transe ou épilepsie prolongés) pourraient avoir altéré sa perception de la réalité. Il est donc plausible que cette pathologie ai également rendu le sujet particulièrement réceptif à une influence externe, qu’elle soit de nature télépathique, psychique ou assimilable à une forme de possession exercée par l'entitée légendaire.
Un autre élément majeur de cette affaire demeure l’effondrement de la grotte nord, jouxtant l'embouchure du fleuve Kennebec dont la mystérieuse créature tire son nom.
L’événement s’est accompagné de secousses violentes, de fissurations rocheuses et de remontées d’eau de mer sous pression, évoquant un tremblement de terre localisé. Or, aucune activité sismique n’a été enregistrée dans l’état du Maine au moment des faits. Cette anomalie remet en question l’hypothèse d’un phénomène naturel et suggère l’intervention d’une force externe non identifiée, mais certainement due a la présence du Kennebecrawler sous la cavité rocheuse à ce moment là.
Ces faits renforcent l’hypothèse selon laquelle David Collins agissait sous son influence directe et qu’il obéissait à ses injonctions lors de notre présence dans la grotte.
En conclusion, bien que les frères Collins soient responsables sur le plan pénal des crimes commis, les circonstances de l’affaire, la récurrence des sacrifices et des symboles rituels, l’absence d’explication scientifique à l’effondrement de la grotte et la cohérence frappante avec la légende locale prouvent que les meurtres de Greyharbor ne peuvent être dissociés du Kennebecrawler, dont ils prouvent l'existence.
Il est donc recommandé de ne pas exclure l’hypothèse selon laquelle certaines zones maritimes demeurent le théâtre de phénomènes non répertoriés, et que l’océan pourrait abriter des formes de vie encore inconnues de la science moderne.
Fin du rapport
Fox Mulder
Agent spécial du FBI
Walter Skinner s'adossa contre le dossier de son fauteuil, tenant toujours en main le feuillet d'expertise de son Agent. Cette deuxième lecture, à haute et intelligible voix, lui parut encore pire que lorsqu'il avait pris connaissance du document la première fois.
Il balança le dossier sur son bureau et enleva ses fines lunettes grises pour se masser les paupières avec son pouce et son index.
Ce rapport était sans nul doute une mauvaise blague, il devait sûrement rêver et cette farce cesserait sous peu.
Le Directeur Adjoint inspira profondément et rouvrit les yeux. Le rapport était malheureusement toujours là, à l'image de son auteur qui le regardait calmement assis de l'autre côté du bureau de bois ciré.
-Agent Mulder, puis-je vous demander ce qui vous a pris d'écrire une chose pareille?
-J'ai écrit ce dont j'ai été le témoin direct, Monsieur Skinner.
-Donc vous affirmez avoir vu ce... monstre marin, de vos propres yeux?
-Pas directement Monsieur. Mais je l'ai aperçu alors que j'étais dans un état de semi-conscience dans la grotte des frères Collins. La commotion cérébrale dont j'ai été victime pourrait expliquer l'ouverture soudaine de mon esprit, exacerbant ma réceptivité à l'image de David Collins et sa tumeur cérébrale.
-Agent Mulder... vous êtes en train de me dire que vous avez eu une hallucination dans un état comateux alors que vous étiez blessé et entre les mains des meurtriers... et vous étayez votre rapport avec cette "preuve", cette pensée insensée et fantaisiste? Savez-vous ce que peut vous coûter un tel acte Agent Mulder?
-Je ne le sais que trop bien. Mais je ne changerai pas un seul mot de mes conclusions, Monsieur. Ce sont les faits et par là même la simple vérité.
Walter Skinner se saisit à nouveau du rapport de Mulder, le tenant du bout des doigts comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement. Il soupira, à bout de nerf devant l'insubordination évidente de son Agent, mais il ne pouvait nier l'évidence non plus. Les ordres étaient arrivés dès lors que les trois derniers corps avaient été découverts, demandant expressément la destruction de toute preuve. Mulder n'avait pas tort en un sens, mais le bon sens lui, dictait de se taire et de classer l'affaire comme la hiérarchie le demandait.
Aussi le grand dégarni tourna la tête pour croiser le regard clair et sensé de Dana Scully, assise à côté de son coéquipier.
-Agent Scully, comme à votre habitude votre rapport respecte en tout point les exigences et la demande expresse du Bureau. Votre analyse scientifique est fine et pointue...
-Aussi fine et pointue que les dents du Kennebecrawler, qui étaient directement utilisées par les jumeaux Collins pour lacérer et marquer leurs victimes au cours des rituels sacrificiels?, l'interrompit Mulder sur un ton ironique.
Le visage de ce dernier était calme comme l'eau qui dort, mais Walter Skinner savait que cet entêté bouillonnait à l'intérieur, à l'image des flots mouvementés du Maine. Mais peu importait la colère ou l'incompréhension du grand brun, s'en était trop pour le Directeur Adjoint.
-Sortez immédiatement de ce bureau, Agent Mulder. Vous prendrez deux semaines de convalescence à votre domicile, avec effet immédiat. Et que je ne vous revois plus avant la fin de cette échéance...
Fox Mulder fixa encore quelques secondes son supérieur, ses prunelles vertes et insondables plongées dans les siennes. Skinner crut tout d'abord qu'il allait dire quelque chose, se rebeller ou pire encore... mais le jeune homme finit par se lever en silence, lissant sa cravatte jaune à pois de sa main droite alors que la gauche était toujours maintenue en écharpe serrée sous sa veste de costume noire.
Puis sans un regard en arrière, Mulder quitta la pièce non sans faire claquer ostensiblement la porte du bureau.
Walter Skinner se détendit légèrement, soulagé du départ de son Agent. Il était difficilement contrôlable quand il s'agissait de faire éclater une vérité, et cette manie de refuser de rentrer dans le moule risquerait bien de lui faire perdre son poste un jour... ou bien pire encore.
-Agent Scully, puis-je vous demander ce que vous pensez de l'état de santé mental de l'Agent Mulder?, demanda soudainement Skinner à sa subordonnée.
-Avant toute chose, Monsieur le Directeur Adjoint, j'aimerais souligné le fait que l'Agent Mulder a été gravement blessé au cours de cette mission. Le traumatisme subit par ses nombreuses blessures suivies de sa quasi noyade ont eu eu un effet traumatisant sur lui, et chercher des causes fantaisistes ou paranormales ne sont que le reflet d'un mécanisme de défense que...
-Agent Scully, si tel était le cas, cela signifierait que l'Agent Mulder est perpétuellement soumis à un traumatisme constant. Inutile de le couvrir de manière excessive: son rapport ne quittera jamais mon bureau.
-Il en sera furieux, Monsieur.
-Mais il restera en vie, Agent Scully. Vous pouvez disposer.
Le directeur Adjoint vit le regard de la jeune femme se voiler légèrement, comme si ces dernières paroles la mettaient mal à l'aise. Et contre toute attente, la petite rouquine ne bougea pas de sa chaise malgré le congédiement évident qu'il venait de lui exprimer.
Skinner pinça les lèvres et serra légèrement ses poings: si même l'Agent Scully commençait à braver ses demandes les plus simples et directes...
Le grand homme se força cependant à reprendre le contrôle sur lui-même, écrasé entre le poids de sa hiérarchie et la fidélité évidente mais souvent masquée qu'il éprouvait pour ses Agents.
-Y-a-t-il autre chose?, finit par demander Walter Skinner devant l'immobilité de la jeune femme.
-En effet, Monsieur. Dans son rapport, l'Agent Mulder explique qu'aucune "dent" de granit n'a pu être récupérée après l'effondrement de la caverne. Hors cette affirmation est fausse: j'ai moi-même ramassé une de ces armes à l'entrée de la grotte où l'Agent Mulder était séquestré. Je l'ai envoyée pour analyse à Quantico depuis notre agence locale de Portland, et ce dès le lendemain des faits. Je souhaitais approfondir notre expertise sur cette affaire, et obtenir des précisions sur la provenance et la nature de ces armes... inhabituelles.
Walter Skinner sentit son rythme cardiaque s'accélérer tandis qu'une chaleur désagréable se répandit dans sa poitrine. Scully le fixait toujours droit dans les yeux, guettant sa réaction. Il savait exactement où son Agent voulait en venir, mais il demanda tout de même:
-Et quel a été le résultat des examens effectués sur ce... cet artefact?
-Il n'y a eu aucun résultat, puisque Quantico n'a jamais reçu mon échantillon. La pièce de granit s'est volatilisée pendant son acheminement, anéantissant tout espoir pour en apprendre davantage sur son origine, quelle qu'elle ai pu être.
Le directeur Adjoint baissa les yeux, ne supportant plus de regarder la jeune femme en face. Il resta un moment silencieux, fixant le rapport farfelu de Mulder qui trainait toujours sur son bureau, son coeur cognant dans sa poitrine.
Enfin, il releva la tête en s'humectant les lèvres et demanda:
-Est-ce que l'Agent Mulder est au courant?
-Non, Monsieur le Directeur. L'Agent Mulder ignore tout de ce que je viens de vous révéler. Car voyez-vous, je tiens moi aussi à ce que tout le monde reste en vie...
Après un dernier regard transperçant et un poil accusateur, la jolie rousse se leva et se dirigea à son tour vers la porte. Elle la claqua un peu plus fort que d'habitude, à l'image de son collègue quelques instants auparavant, laissant le Directeur Adjoint seul face à ses réflexions et à ses responsabilités.