Un Noël à New York

Chapitre 5 : Le plus doux des cadeaux

Chapitre final

2676 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 31/12/2025 18:38

Les yeux de Dana tentaient de faire la mise au point sur son environnement immédiat, mais en vain. Des lumières vives, du blanc pur au rouge profond en passant par toutes les nuances d'orangés et de jaunes apparaissaient et disparaissaient à tour de rôle devant elle.

Son corps était enveloppé dans une chaleur agréable qui se diffusait dans tout son être, et ce jusqu'au plus profond de son âme.

Elle se sentait parfaitement bien, reposée et détendue, et rien ne semblait pouvoir entacher cet état de béatitude profond. Elle flottait, ou peut être volait-elle dans ce lieu inédit, elle était incapable de se prononcer scientiquement.



-Salut, Starbuck, lança alors une voix toute proche.



Dana sursauta, surprise. Elle aurait voulu se tourner vers la source de cette inflexion et faire face à la personne qui avait prononcé ces mots, mais elle était incapable de bouger volontairement et encore moins de parler. Elle dérivait dans un espace hors du temps, dans cet univers flou et inconnu où son propre corps refusait de lui obéir.


Mais Dana n'avait finalement pas besoin de voir son interlocuteur. Elle savait de qui il s'agissait. Elle aurait reconnu cette voix entre mille, sans compter qu'une seule personne l'appelait ainsi.



Papa.



Les mots n'arrivèrent pas à franchir ses lèvres figées, et ils se formèrent alors juste dans son esprit.



-Salut Starbuck. Que de chemin parcouru depuis tout ce temps... je suis si fier de toi, si tu savais.



Papa, est-ce que... je suis morte?



-Morte? Non Starbuck, tu es bien vivante. Mais évite quand même de suivre les lumières blanches. Je ne sais pas où elles te mèneraient.



Pourquoi es-tu venu, papa, après tout ce temps?



-Mais je suis toujours là, Starbuck. C'est toi qui est venue jusqu'à moi aujourd'hui.



Les lumières continuaient de tourbilloner avec lenteur, formant une aura douce et apaisante comme une bulle protectrice autour de la jeune femme. Mais Dana avait la sensation que la voix de son père, contenue dans la lumière blanche, s'éloignait d'elle au fur et à mesure que la conversation avançait, alors que les lueurs orangées et rouges devenaient plus fortes et plus vives.



Comment puis-je faire pour te retrouver?, cria (ou pensa)-t-elle de toutes ses forces, soudain apeurée à l'idée de ne jamais plus entendre le timbre rassurant et tant aimé.



-Tu n'as pas besoin de me chercher. Je ne suis jamais parti, et je serai toujours avec toi, murmura William Scully avant d'être définitivement absorbé par les lumières pures tandis qu'une lourde odeur d’ozone assaillait les narines de Dana.



Les paupières de Scully s'ouvrirent.


Des néons et ampoules rouges et orangées dansaient devant elle, formant un kaléidoscope de couleurs chaudes.


La jeune femme plissa les yeux et se força à regarder autour d'elle. Le monde tanguait comme si elle était à moitié ivre et elle dut clore ses paupières un moment pour apaiser la sensation de vertige.

Elle était allongée dans ce qui ressemblait au vaste habitacle arrière d'un véhicule aux caractéristiques reconnaissables: une ambulance dans le meilleur des cas, ou peut être un corbillard en étant moins optimiste.



-Salut Scully, fanfaronna la voix de Mulder juste à côté d'elle 



La petite rouquine avait retrouvé le plein usage de son corps lorsque sa conscience avait refait surface, et elle put tourner la tête vers son partenaire sans difficulté. L'environnement chavira cependant sous ses yeux et Dana dut s'accrocher à la banquette sur laquelle elle était étendue, priant pour que la désagréable sensation de roulis s'arrête.



-Mulder... est-ce que je suis morte?, demanda-t-elle pour la seconde fois de la soirée.



-Pas à ma connaissance, mais tu as développé des capacités surnaturelles pour vaincre le froid, c'est indéniable, répondit le grand brun avec un large sourire.



-Héé, bienvenue dans le monde des vivants, la belle endormie. Peut être qu'un bon chocolat chaud vous ferait du bien? Avec des marshmallows?



-Venkman... évite la guimauve, tu sais comment ça finit en général... murmura Stantz d'une voix inquiète. On commençait à se faire du soucis pour vous, Madame l'Agent du FBI.



Avec d'infinies précautions, Scully se redressa et regarda autour d'elle. Elle était bien à l'arrière d'une voiture, complètement réaménagée en laboratoire ambulant, ou en obscur véhicule d'intervention, ou encore en fourgon pour un aller simple vers l'asile. Le choix était ouvert et il était difficile pour Dana de trancher.


Les imposants pack à protons métalliques des chasseurs de fantômes étaient alignés à côté de la banquette, solidement sanglés à la carlingue noircie. Des caisses pleines de matériel improbable étaient éparpillées ça et là et un épais câble électrique parcourait le sol de l'habitacle, de l'arrière jusqu'au tableau de bord vintage, et sur lequel plusieurs étiquettes avaient été scotchées et rescotchées au fil du temps. Scully pencha légèrement la tête et déchiffra l'écriture brouillonne "Ne Pas Toucher", "Instable", "Ne Pas Toucher, SÉRIEUSEMENT".

Des gyrophares clignotaient partout autour d'elle, et éclairaient par intermittence le logo du fantôme blanc barré de rouge sur les divers équipements.

Bien que la voiture fût à l'arrêt, le moteur ronronnait doucement et son agréable chauffage se propageait autour d'eux.



-Où sommes-nous exactement?, hasarda la petite rouquine tout en se doutant de la réponse.



-Vous avez l'honneur de vous trouvez dans l'Ecto-1, claironna Stantz visiblement ravi de voir que Dana s'intéressait à leur véhicule. Plus qu'une voiture, c'est un concept...



-Elle fait partie de l'équipe, renchérit Venkman. Elle a vu plus de morts que tous les parkings de New York réunis, mais elle nous a toujours ramené à la maison entiers et en vie... ce qui n'est pas peu dire...



Les yeux azurs de la jeune femme continuaient à parcourir la carlingue, mi-intrigués mi-affolés devant la technologie destructrice que contenait le voiture.



-Ne vous inquiétez pas, déclara Spengler comme pour répondre à ses craintes silencieuses, l'Ecto-1 n'est pas dangereuse entre nos mains...



-Sauf si vous êtes un fantôme, un trottoir ou un lampadaire, compléta Venkman. Vous avez fait une jolie sieste, ma belle. Mais c'est le minimum syndical pour se remettre d'une possession de type 4, reprit le scientifique d'un ton plus sérieux.



-Une... quoi?



-Scully, la maison était bel et bien hantée par l'esprit de sa dernière propriétaire, commença Fox. Elle t'a choisie comme réceptacle afin exprimer sa dernière volonté avant de s'en aller à jamais... elle voulait juste voir la neige tomber une dernière fois, n'est-ce pas merveilleux?



-Oh c'est vraiment très fin, Mulder. Vraiment. D'abord cette histoire d'amants maudits l'année dernière, maintenant l'esprit de Noël qui voulait voir tomber les flocons avant de partir en paix...



-Mais enfin, tu ne te souviens de rien?, demanda le grand brun avec étonnement.



-J'étais à bout de nerf avec vos conversations à dormir dehors sous cinquante centimètres de neige. Je me suis isolée un instant, et j'ai... j'ai...



-Oui?, l'encouragea son partenaire.



-J'ai du m'endormir, voila tout. Ou faire un malaise à cause du froid, de l'hypoglycémie et de la fatigue. J'ai rêvé de mon père, et je me suis réveillée ici, point final.



-Scully, murmura Mulder, tu as débarqué à nouveau dans la chambre, là-haut, tu étais métamorphosée. Tu as dit des choses... et... le plafond, enfin le parquet, s'est effondré. Puis tu as brisé toutes les vitres de la maison d'un seul geste...



Comme pour justifier ses propos, l'Agent du FBI désigna par la vitre arrière la grande demeure devant laquelle l'Ecto-1 était toujours stationnée.

Scully ne put nier que toutes les fenêtres étaient parties en éclat et qu'une partie du premier étage semblait s'être écroulé sur le rez-de-chaussée.



-Mulder... cinq adolescents faisaient "joujou" avec des lanceurs nucléaires miniatures. Peux tu me dire ce qu'il y a de paranormal au fait que la maison ne tienne plus debout?



-Scully... j'ai quatre témoins qui ont vu et et entendu la même chose que moi, renchérit Mulder en jetant un regard vers les chasseurs de fantômes.



La petite rouquine leva les yeux au ciel, à la fois amusée et exaspérée par les théories farfelues de son coéquipier:



-Bien Mulder. La maison s'est effondrée sous l'effet d'un esprit cherchant la paix après avoir pris possession de mon corps. Tu es content? Peut-on rentrer à Washington à présent? Je suis épuisée.



-Oh vous partez déjà?, gémit Stantz visiblement déçu. C'est dommage, Egon et moi voulions vous montrer comment nous prélèvons des échantillons... il y a du slime plein la salle de bain! D'ailleurs tenez, voici votre manteau!



-Je pense que cela suffira pour ce soir, murmura Mulder en regardant sa partenaire avec une tendresse non feinte.



-Nous aurions quand même voulu étudier l'imperméabilité de votre collègue aux flux à protons... murmura Spengler en effectuant un mouvement de tête vers la jeune femme. C'est une chose que je n'avais jamais vue et que je n'arrive pas à expliquer...



-...c'est comme si son corps était fait d'une autre matière organique que la nôtre... émit Stantz.



-... ou comme si elle n'était pas tout à fait humaine... renchérit Venkman.



-... ou terrestre... conclua Egon Spengler.



Scully baissa les yeux, soudain gênée. Mulder resta un instant silencieux, les paroles des chasseurs de fantômes résonnant dans son esprit. L'écho sombre et menaçant du syndicat apparut en même temps que les durs souvenirs qu'ils avaient vécus ensemble depuis toutes ces années. L'enlèvement. Le coma. L'implant. Le cancer. Les mensonges.



-J'ignore pourquoi Scully a réagit ainsi avec vos appareils..., dit enfin Mulder. Peut être que l'entité qui la possédait était trop pure et que cela lui a permis de contourner votre technologie, tout simplement.



-Mais comment saviez-vous que le fantôme n'attaquerait pas? D'habitude les gens fuient, ou refusent de croire, murmura Zeddemore plein d'admiration.



-L'expérience... je présume. Je vous l'ai dit, j'ai vu beaucoup de choses dans ma carrière, un poltergeist fan de bowling, l'esprit d'un patron qui voulait protéger sa secrétaire à tout prix, un golem revenu à la vie à la demande de sa fiancée...



-Sérieux...??, s'étonna Stantz avec des yeux ronds.



Mulder sourit et sortit a son tour une de ses cartes de visites de la poche intérieure de son costume sombre.



-N'hésitez pas à m'appeler si quelque chose d'intéressant se profile de votre côté... murmura l'Agent.



-On dirait qu'on fait le même métier, mais pas dans la même juridiction, plaisanta Ray en attrapant le petit morceau de papier que lui tendait Mulder.



-Je dois l’admettre, l’Agent, vous êtes plutôt bon, admit Venkman. Et si jamais vous repassez par New York, venez donc faire un tour à la caserne. Ça vous changera des sous-sols du FBI...



Mulder hocha la tête et les cinq hommes suivirent Scully à l'extérieur de l'Ecto-1.

L'air était glacial même si le vent s'était calmé. La neige avait cessé de tomber mais un manteau blanc épais recouvrait déjà le sol, étouffant les bruits et couvrant le paysage d'une blancheur étincelante surnaturelle.

Les deux fédéraux se tournèrent une dernière fois vers l'équipe de S.O.S fantômes.



-Faites attention à vous, les Agents, les salua Venkman. Vous trouverez un motel sympa sur votre route, a environ cinquante miles d'ici. "l'Entre Deux". Bouffe passable mais chaude à toute heure.



-Repas chaud... C'est la seule parole sensée que vous ayez prononcée de toute la soirée, Docteur... murmura Scully en serrant la main des quatres chasseurs en combi.



-Eh bien, au revoir, déclara simplement Mulder en échangeant une dernière poignée amicale avec cette drôle d'équipe, avant de suivre Scully à l'intérieur de la Taurus elle aussi recouverte de neige.



Un coup d'essuie-glace dégagea le pare-brise de la petite berline sombre qui démarra alors et s'engagea dans la rue silencieuse.



Les quatres silhouettes new-yorkaises fixait la Ford qui disparaissait lentement devant eux.

Ray se tourna alors vers Peter et le regarda droit dans les yeux:



-Venkman, "l'Entre Deux"? Tu n'es pas sérieux?



-Bien sûr que si. J'adore leurs pizzas...



-Mais tu ne leur a pas précisé que l'endroit était... hanté?



Peter Venkman haussa un sourcil, l'air faussement étonné :



-Oh... J'aurais dû?



-Bon, leur chance de survie reste tout à fait acceptable, intervint Spengler qui vérifiait sur l'écran que les mesures de son précieux détecteur P.K.E étaient revenues à la normale.



-Exactement, répondit Venkman avec un large sourire. Et puis c'est Noël. C'est normal qu'on partage nos bonnes adresses...





                                  ***





La route défilait au ralenti tant Mulder conduisait prudemment dans un silence total. Il n'avait pas une grande distance à parcourir jusqu'au motel indiqué par Venkman, mais la neige était tombée drue et il valait mieux être prudent pour éviter une sortie de la chaussée.


La ville s'éloigna bientôt, faisant place à des bordures de champs et de forêts parés de blancs étincelant qui miroitaient sous la lueur argentée de la lune, maintenant que le ciel était dégagé.


Le chauffage de la Taurus tournait à plein régime, et Scully avait même pu retirer son manteau pour être plus à l'aise.


La jeune femme laissait courir ses yeux sur le magnifique paysage immaculé, et ses pensées dérivèrent vers son père. Son songe l'avait troublé, cela lui avait paru si réel.

Un peu comme lorsque elle avait cru dialogué avec lui à travers un condamné à mort en Caroline du Nord, bien des années auparavant.


Mais non. Ce n'était qu'un rêve. Elle secoua sa tête comme pour se débarrasser de ces idées absurdes, et son regard se tourna vers l'habitacle sombre de la berline.

Le profil de son coéquipier se découpait dans l'ombre, rassurant et familier.



-Il est minuit, Mulder, murmura la jeune femme. Joyeux Noël.



-Joyeux Noël, Scully.



-Mulder,? demanda soudain la petite rouquine.



-Mmmh..?



-Merci de ne rien leur avoir révélé au sujet de... enfin... tu sais. Les expériences. Tout ça.



-C'est le rôle des partenaires de se protéger l'un l'autre, Scully. Et puis nous avons le droit d'avoir nos petits secrets...



-Peut être... murmura la jeune femme, songeuse. Mais merci, vraiment.



-Tu es sûre que tu ne te souviens vraiment de rien après ton incursion dans la salle de bain? La tempête de neige à l'intérieur de la maison? L'esprit qui parlait à travers toi...?



-Mulder...



-D'accord d'accord... mais tu as repris brièvement connaissance dans le salon. Et tu as prononcé des mots avant de t'évanouir, et c'était bien toi cette fois...



-Je ne m'en souviens pas, répondit la jeune femme un peu trop rapidement.



Le silence enveloppa à nouveau les deux Agents fédéraux, et Scully se félicita d'être au beau milieu nuit et dans l'obscurité de la Taurus tant elle avait rougit. Elle se souvenait bien de ces derniers mots prononcés, mais elle avait elle aussi le droit d'avoir ces petits secrets.


Mulder quant à lui souriait en continuant de fixer la route blanche qui s'étendait devant lui, gagné par la certitude que certaines vérités n'avaient nul besoin d'être prouvées. 

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