Tuesday

Chapitre 1 : Manassas

2031 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 22/01/2026 23:40


Les yeux de Dana Scully était déjà ouverts lorsque son radio-réveil sonna à 6h45.


La jeune femme appuya sur le petit appareil pour stopper l'alarme et elle se leva immédiatement, comme si elle était montée sur des ressorts. Traîner dans son lit ne faisait pas partie de ses habitudes, d'autant qu'elle se sentait reposée et prête à9 affronter une nouvelle journée de travail au sein des affaires non classées.

Une pâle lueur filtrait déjà par les fenêtres aux volets ouverts, éclairant la pièce d'une lumière douce. La jolie rouquine profita quelques secondes du calme apaisant que l'aube naissant apportait avec lui, appréciant pleinement la quiétude de cet instant suspendu.


Ses pieds s'enfoncèrent ensuite dans la moquette beige et moelleuse alors qu'elle traversait son appartement. Il n'était pas grand mais ses pièces étaient bien agencées et décorées avec soin. Chaque espace était étudié pour être à la fois pratique et agréable, et Dana s'y sentait vraiment bien.


La jeune femme se dirigea d'abord vers la salle de bain où elle prit une douche chaude qui laissa de la buée et une agréable odeur de rose dans la petite pièce carrelée.


La jolie rouquine enfila ensuite un impeccable tailleur bleu marine et se rendit dans la cuisine où elle se prépara un café accompagné de deux toasts grillés sans gluten.

Le breuvage sombre et fumant, à la parfaite température, lui procura une sensation de plaisir intense et acheva de la réveiller complètement.


Dana allait terminer la dégustation de son petit déjeuner quand son cellulaire sonna. Il était 07h13, et elle savait déjà qui était au bout du fil avant même qu'elle ne décroche. 



-Scully? C'est moi.



La voix de son partenaire depuis maintenant sept ans était énergique et enjouée, ce qui laissait présager que lui-même devait être debout depuis un moment et qu'il avait attendu une heure "raisonnable" pour l'appeler. Mais le léger tremblement que Scully décela dans le timbre de Mulder n'augurait rien de bon.

Oh non.

Quelque chose avait attiré l'attention de son collègue, et Dana aurait parié sa paye du mois qu'il s'agissait de...



-Une soucoupe volante, Scully! On a des dizaines de témoins. Elle s'est écrasée à Manassas, c'est à tout juste une heure de route d'ici...



La petite rousse leva les yeux au ciel, ne sachant pas si elle devait rire ou pester. Elle se contenta finalement de hocher la tête devant la touchante prévisibilité de son collègue, le reste de son toast grillé suspendu entre ses doigts.



-Mulder...



-Scully, cette fois ça y est, nous sommes tout proches de la vérité. Cette occasion ne se représentera peut être plus jamais...



-Bien Mulder, allons jeter un œil si tu veux. Mais je te préviens que si c'est un canular, on rentre directement à Washington. Je pense qu'un tas d'affaires autrement plus urgentes nous attendent en piles sur le bazar sans fin que tu appelles "ton bureau"... A quelle heure passes-tu me prendre?



-Mais... je suis déjà devant chez toi.



Dana hasarda un coup d'œil par la fenêtre, et elle aperçut la Taurus bordeau de son collègue en contrebas, stationnée sur le trottoir juste devant son immeuble. Mulder regardait en direction de sa fenêtre et il lui adressa un petit signe de la main, un sourire accroché aux lèvres.


La jolie rousse soupira et leva à nouveau les yeux au ciel en mettant fin à la communication. Elle avala précipitamment la dernière bouchée de son toast et elle se résolut à rejoindre son incorrigible collègue.


Les petits déjeuners tronqués étaient devenus monnaie courante dans sa vie d'Agent du FBI aux affaires non classées, et terminer entièrement son café avant de partir pour le Bureau tenait désormais de l'exploit à l'échelle nationale. Mulder semblait prendre un malin plaisir à l'arracher à ses petites habitudes matinales pour l'entraîner toujours plus avant dans des enquêtes impossibles, mystiques ou paranormales. Ou était-ce les trois à la fois?

Aussi cette nouvelle irruption aux aurores pour partir à la recherche de la "vérité" ne la surprit pas outre mesure, bien que cela l'agaçait prodigieusement.


Dana attrapa son long trench beige et accrocha son arme de service à sa hanche droite. La jeune femme ne put s'empêcher de grincer des dents à l'idée de laisser les miettes de toasts et la tasse où refroidissait le fond de son café sur la table de la cuisine, mais elle se fit une raison. Mieux valait un peu de désordre dans son univers bien rangé plutôt que de retarder Mulder dans ses lubies. Plus vite ils partiraient, plus vite se rendraient-ils compte de la supercherie, qu'il n'y avait ni soucoupe ni extraterrestres à Manassas, et plus vite ils seraient de retour à Washington.


Portée par l'espoir fou d'un aller-retour rapide dans la bourgade qui avait attirée l'attention de son coéquipier, Scully dévala quatre à quatre les escaliers de son immeuble.



-Quelle énergie, Scully, commencerais-tu à prendre goût à la chasse aux aliens?, lança Mulder par la fenêtre de sa voiture lorsqu'il aperçut sa collègue venir vers lui à pas vifs.



-Je prends surtout goût aux jours qui se déroulent sans encombre et sans paranormal, rétorqua Scully en s'installant sur le siège passager. Mais aujourd'hui n'en fait apparemment pas parti.



-Non Scully. Ce mardi rentrera sûrement dans l'histoire, et je ferais tout pour que la vérité éclate enfin au grand jour...



Pour ce qui lui semblait être la énième fois de la journée, la petite rousse leva les yeux au ciel tandis que son partenaire démarrait la Taurus en trombe en direction de Manassas.





                                   ***





-Bonjour, je suis l'Agent Mulder du Bureau de Washington, et voici ma partenaire Dana Scully, annonça Mulder à l'hôtesse d'accueil de l'hôpital provincial de Manassas. Nous avons reçu des informations selon lesquelles des témoins d'un crash de... d'un objet volant auraient été admis ici.



La charmante blonde derrière son guichet regarda attentivement la carte officielle que lui tendait le Fédéral, puis elle lui répondit avec un sourire éclatant et énigmatique:



-Deuxième étage, service de psychiatrie. Et bon courage...



Mulder et Scully échangèrent un regard perplexe puis remercièrent la jeune femme d'un hochement de tête avant de suivre ses indications.

Les couloirs de l'établissement de santé étaient vieillots mais bien entretenus, et le personnel en blouse blanche allait et venait entre les chambres des patients dans une agitation tranquille. Rien ne laissait présager une quelconque activité suspecte ou autre catastrophe en cours, et cela renforça la tranquillité de Scully: aucune soucoupe volante ne se mettrait en travers de leur route aujourd'hui, elle en était convaincue.


Les deux Agents franchirent le seuil du service de psychiatrie et demandèrent à parler au médecin responsable. Ce dernier, un quinquagénaire aux traits tirés qui présentait une bedaine impressionnante, étudia avec attention les plaques des deux nouveaux arrivants tout en grattant son crâne chauve d'un air perplexe.



-Ah oui, les patients de la nuit dernière... neuf victimes en tout. Hommes et femmes résidant à Manassas, entre dix-neuf et soixante quinze ans. Ils n'ont aucun lien entre eux, hormis le fait qu'ils étaient tous chez Franky hier soir, vers vingt-trois heures.



-Chez Franky?, questionna Scully.



-Un petit bar tranquille à la sortie nord de la ville, en lisière de forêt. Ça fait un bail que Frank tient cet établissement: il était déjà vieux quand j'étais môme, et je crois qu'il sera toujours derrière son comptoir quand on sera six pieds sous terre.



-Docteur Lewis, pourquoi les clients du bar, les témoins, ont été hospitalisés? De quoi souffrent-ils exactement?, questionna fébrilement Mulder.



-Nous n'en avons aucune idée. D'après les rares témoignages, il y aurait eu une fuite de gaz provenant d'un ballon-sonde défectueux alors que celui-ci survolait le bar. Cela aurait crée une vive lueur dans le ciel nocturne, et les émanations toxiques auraient produit des... troubles de la mémoire chez les clients de Frank qui se trouvaient là à ce moment.



-Pourrions-nous voir vos patients?, demanda Scully.



-Oui, oui bien sûr. Je suis un peu perplexe que leurs cas intéressent le FBI, mais enfin bon... suivez-moi.



Le ventripotant Docteur les conduisit dans une vaste salle d'activité où une dizaine de personnes en chemise d'hôpital étaient assises à table, occupées à divers travaux manuels, entre les soignants en blouse blanche qui les encadraient.

Mulder s'approcha d'un homme d'âge mur qui était en train d'empiler des cubes de couleur sous le regard bienveillant d'une infirmière. Le grand brun s'assit à côté du patient et lui demanda avec douceur:



-Bonjour, comment vous appelez-vous?



Le malade leva lentement la tête vers l'Agent et le fixa de ses prunelles bleues immenses. Mulder remarqua que son regard était vague et éteint au milieu de son visage inexpressif, comme si son esprit était ailleurs.



-Je m'appelle Tommy. Je fais du basket dans l'équipe des cadets du lycée, finit-il par lui répondre d'une voix monocorde et extraordinairement lente.



L'homme aux yeux bleus sourit soudain, comme si cette simple évocation lui provoquait le plus grand des plaisirs, puis il se remit à empiler ses cubes de plus belle en chantonnant l'air d'une comptine enfantine.



-Savez-vous de qui il s'agit ?, demanda alors Mulder à l'infirmière qui veillait sur lui.



-Oui, il s'appelle Tom Hendle, quarante-huit ans, répondit la soignante d'un ton professionnel. Il est chef d'entreprise et père de famille, et n'a aucun antécédent répertorié dans son dossier médical. Tout comme les autres patients qui ont été victimes de l'incident d'hier soir d'ailleurs.



-Savez-vous quelque chose à propos de cet... événement?, hasarda Mulder.



L'infirmière se pencha légèrement en avant et prit un air soudain mystérieux tout en regardant autour d'elle pour s'assurer que personne d'autre ne l'écoutait:



-Je ne sais rien de plus que ce que le Docteur Lewis nous a dit. Un ballon-sonde ce serait écrasé près du bar de Frank, et les pauvres clients assis là auraient été intoxiqués par les gaz. Ça leur aurait provoqué une perte de mémoire. Mais je n'y crois pas un instant, si vous me permettez monsieur l'Agent.



-Que soupçonnez-vous?, interrogea Mulder sans grande conviction.



-À vrai dire, je n'en sais rien. Mais plusieurs victimes m'ont parlé de quelque chose de perturbant juste avant de tomber dans cet état léthargique. Ils disaient qu'un œil rouge les avait fixés intensément. Et qu'il ne fallait surtout pas le regarder. Vous avez déjà vu des ballons-sondes avec un œil rouge, monsieur l'Agent? Il y a quelque chose d'autre la-dessous, j'en suis persuadée.



-Est-ce que le gérant du bar, Frank, se trouve parmis vos patients? Pourrais-je le voir?



-Non, monsieur l'Agent. Frank n'a apparemment pas été affecté par l'intoxication. Le bar n'a pas été fermé, il doit toujours y être.



-Bien. Je vous remercie pour votre aide.



Mulder se leva et alla rejoindre Scully à l'autre bout de la salle.



-Mulder, ces personnes souffrent d'une amnésie post-traumatique, déclara la petite rouquine qui avait déjà ausculté deux patients de son côté. Je te rejoins sur le fait qu'il s'est passé quelque chose d'étrange ici et que l'explication du ballon-sonde n'est que peu plausible.



-J'aime quand tu me parles comme ça, Scully, enchaîna Mulder d'une voix enjouée Et si nous allions faire un petit tour chez Franky's maintenant? Je suis sûr que ce brave homme aura un tas de choses intéressantes à nous dire...



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