Tuesday
Mulder fonçait d'un pas rapide à travers le bois et Scully devait pratiquement courir sur le sentier cahoteux pour rester à sa hauteur. La petite rouquine aurait préféré prendre la voiture pour se rendre chez Franky, le fameux restaurant qui semblait désormais au coeur de l'intrigue, mais son partenaire avait insisté pour qu'ils y aillent à pieds. Fox souhaitait suivre la trace du sergent Hoover lui-même et rechercher d'hypothétiques indices que le flic aurait pu laisser derrière lui dans sa fuite.
Dana s'était bien gardée de demander à son coéquipier quel genre de preuves il s'attendait à découvrir mais elle s'était abstenue: toute discussion sensée était exclue maintenant que ce dernier était lancé dans une chasse à l'extraterrestre, persuadé une fois encore de se rapprocher de sa propre "vérité".
La jeune femme pestait intérieurement, ses bottines noires s'enfonçant dans la terre humide du sentier. L'air était frais sous le couvert des arbres et elle regretta encore plus le confort pourtant spartiate de la Taurus de son collègue.
Mulder quant à lui continuait d'avancer d'un pas vigoureux tout en sifflotant "Promised Land" d'Elvis, apparemment ravi de crapahuter dans la boue en pleine nature à la recherche d'une énième chimère.
Un craquement ignoble parvint soudain de sous le talon de Scully, révulsant l'estomac de la jeune femme. Elle baissa alors les yeux au sol et vit non sans dégoût l'énorme cafard qu'elle venait d'écraser. Le rampant était d'une taille spectaculaire et laissait désormais échapper un flot de jus verdâtre de son corps broyé, qui tacha instantanément le cuir noir de sa chaussure.
Au même instant, un bruit similaire retentit sous la semelle de Mulder alors que lui-même s'était retourné vers elle pour chercher l'origine de ce bruit peu ragoûtant.
La petite rouquine constata non sans une profonde satisfaction que Fox avait lui aussi écrasé un insecte, maculant ainsi ses derbys impeccables du même liquide visqueux et immonde.
-Oh non, Scully, regarde ça!, s'écria le grand brun en faisant un bon de côté. C'est... c'est... dégoûtant !
-Je te rappelle, Mulder, que c'est toi qui a insisté sur la nécessité extrême de traverser cette forêt à pieds... si nous avions pris la voiture...
-Scully, je déteste les cafards...
Dana leva les yeux vers son collègue et elle ne put s'empêcher de sourire. Ce dernier était blême et tentait vainement d'essuyer sa chaussure dans l'herbe qui bordait le sentier, tout en lançant des regards inquiets autour de lui. Ce n'était pas la vilaine tâche laissée sur le cuir qui perturbait son partenaire, mais bel et bien la présence potentielle d'autres nuisibles autour d'eux. Fox avait toujours montré une aversion profonde pour les insectes et les rampants en tout genre, et aujourd'hui ne faisait pas exception.
-Allez viens Mulder, déclara la jeune, il faut avancer si nous voulons atteindre le restaurant. Je tiens à être rentrée pour Washington avant la fin d'après-midi.
La jeune femme se remit en marche mais son collègue ne la suivit pas. Mulder était toujours planté sur le bas-côté du chemin, les sourcils légèrement froncés, ses yeux verts fixés sur les restes des deux blattes écrabouillées.
-Mulder, qu'est-ce que tu fabriques?, reprit Dana en levant les yeux au ciel.
-Attends... attends, Scully, il y a quelque chose d'anormal ici... ces bestioles...
-Tu trouves anormal de croiser des insectes en pleine forêt ?
-Non, mais regarde leur taille, regarde-les...
-Mulder, j'espère tu ne vas pas me dire que nous venons d'écraser une espèce de blatte extraterrestre sous pretexte que ces deux spécimens sont plus gros que la moyenne?
-Scully, j'ai étudié ces bestioles il y a quelques années avec Bambi... avec le Docteur Berenbaum... et aucunes d'elles n'a jamais atteint...
-Oh oui, c'est vrai, ironisa Dana en campant à nouveau les mains sur ses hanches tout en se rapprochant de son partenaire. J'oubliais que tu as mené de brillantes recherches sur les cropophages avec ta charmante entomologiste... Rappelle-moi donc combien de temps tu as planché sur le sujet? Une soirée? Peut être moins? La notion de temps m'échappe légèrement...
-Serait-ce de la jalousie que je sens poindre dans ta voix, Scully?...
Mais Mulder n'eut pas le loisir de terminer sa phrase. Un cri effroyable et inhumain retentit dans le sous bois, faisant sursauter les deux Agents Fédéraux. Ces derniers se retournèrent vivement et dégainèrent leurs armes d'un seul geste, prêts à faire feu.
Mais aucune leçon apprise à Quantico n'aurait pu les préparer à ce terrifiant face à face.
L'immense silhouette qui émergea d'entre les arbres était tout sauf humaine, et sans doute tout sauf terrestre.
Le bestiole devait mesurer plus de trois mètres de long et agitait vers eux ses multiples pattes griffues dans une attitude menaçante. Tout son corps était recouvert d'une épaisse carapace brune et luisante, la faisant ressembler à un cafard géant. Son corps souple et invertébré se dressa subitement vers le ciel et son hideuse tête les surplomba alors, les fixant de ses deux yeux jaunes malveillants. La créature poussa un nouveau grognement terrifiant, découvrant les dents longues et acérées qui garnissaient sa large bouche.
Il n'en fallut pas plus à Mulder et Scully, une fois la sidération passée, pour ouvrir leur feu sur le monstre qui se rapprochait d'eux inexorablement.
Mais leurs balles rebondirent sur la carapace épaisse de la bestiole comme si cette dernière portait une armure. Loin de la blesser ou de la ralentir, la vaine attaque des deux Agents semblait aggraver sa furie et la bête se précipita sur eux avec une vitesse surprenante. Elle les chargea avec une vivacité quasi surnaturelle et les deux partenaires commencèrent à reculer, conscients de l'inefficacité de leurs armes et de la précarité de leur situation.
-N'écrasez... plus jamais... de bestioles...!!!, gronda soudain la blatte géante.
-Scully... ce monstre parle... on a dû l'énerver en tuant ses petits protégés...
-Mulder, on va certainement servir de repas à un cafard géant... on peut reparler de tes théories plus tard?, s'écria la petite rousse d'une voix paniquée.
Les deux fédéraux étaient désormais à court de balles et d'idées, acculés par la créature qui continuait d'avancer vers eux. Les Agents trébuchèrent alors en même temps sur une branche morte tombée au sol, et ils chutèrent lourdement sur leurs postérieurs. Étalés côte à côte dans l'humus humide de la forêt, Mulder et Scully virent avec une impuissance teintée d'horreur la mort se précipiter sur eux.
La bête poussa un ultime hurlement de victoire et bondit sur ses proies, la gueule grande ouverte, prête à déchiqueter leur chair.
Dans un dernier réflexe défensif, Mulder se plaça devant Dana et recouvrit son corps avec le sien, espérant protéger sa collègue et lui offrir quelques secondes pour lui permettre de fuir.
Fox ferma ensuite les yeux, s'attendant à tout instant à sentir les crocs s'enfoncer dans son corps dans d'atroces souffrances.
Mais un vombrissement grave retentit soudain entre les arbres, et ce fut le déluge. Un flot visqueux se répandit sur les deux coéquipiers au sol, les recouvrant entièrement. Fox hasarda alors un coup d'œil vers le monstre mais ce dernier avait disparu, laissant juste un tas d'immondices gluantes sur le sol du sous bois.
-T'as vu ça, Kay? Je viens d'atomiser cette horreur avec ce tout p'tit flingue!
-Ce n'est pas qu'un tout petit flingue, Junior, c'est le criquet infernal...
-Heyyy! Ne m'appelle pas comme ça, Kay! Est-ce que moi je t'appelle "vieux papy qui tire une tête de six pieds de long toute la journée"? NON! Alors aie un peu de respect pour ton formidable coéquipier et appelle moi par mon nom.
-Très bien Jay, ô formidable coéquipier...
Lentement, Mulder se releva et aida Scully à se remettre sur pieds. Les deux Agents Fédéraux faisaient peine à voir, dégoulinants de la tête aux pieds de jus de cafard et de feuilles mortes. Fox regarda alors les nouveaux venus qui dénotaient étrangement avec la situation et le lieux.
Les deux hommes étaient tout de noir vêtus, leurs costumes austères sur-mesure leur donnant l'air d'employés de pompes funèbres. Le plus grand, un jeune homme au teint sombre et aux oreilles décollées, les regardait avec un air amusé tandis que son collègue plus âgé, au visage buriné et cheveux poivre et sel, les fixait d'un oeil taciturne. Leur apparence impeccable, comme tirés à quatre épingles, tranchait avec l'environnement sauvage des bois, les faisant presque passé pour...
-Êtes-vous des extraterrestres?, demanda immédiatement Mulder.
Les deux inconnus échangèrent un regard et le plus jeune éclata de rire.
-Ils n'ont décidément pas conscience d'avoir le sens de l'humour, au FBI!, s'exclama ce dernier en se tapant les cuisses. Apparemment, t'as la tête d'un céphalopoïde, Kay.
-Comment savez-vous que nous sommes du FBI?, parvint à murmurer Scully d'une voix tremblante, encore choquée par l'affrontement avec la bestiole.
-Oh, à force, on vous reconnait..., déclara le jeune en continuant de pouffer.
-Jay, assez plaisanté, s'écria son collègue plus âgé d'une voix ferme. Ces deux personnes sont sous le choc, et il n'y a qu'un seul moyen pour remédier à ça.
Le dénommé Jay poussa un soupir et sortit une paire de lunettes noires de la poche intérieure de sa veste, visiblement résigné à ce qui allait suivre.
-Non Jay, je ne parlais pas de ça, reprit son partenaire avec son éternel sérieux. Tu sais bien qu'il n'y a rien de mieux qu'une petite pâtisserie pour réfléchir, et pour avoir à nouveau les idées claires. Alors en avant.
***
Le Franky exposait sa longue silhouette entièrement vitrée le long de la route menant à la sortie de Manassas. La forêt qu'ils venaient de traverser s'étalait à perte de vue à l'arrière de l'établissement comme si celui-ci marquait la frontière entre la ville et la nature sauvage au-delà. Une immense soucoupe métallique et clignotante trônait de travers sur son toit plat comme un étrange chapeau qui aurait été posé là par hasard.
Scully n'aurait su dire si elle était soulagée ou exaspérée d'atteindre le restaurant, d'autant que celui-ci ressemblait en tout point aux attrapes-touristes dans lesquels Mulder se faisait toujours berner. Mais la jeune femme devait bien admettre que la rencontre avec le "monstre" l'avait laissée pantelante et sans force, et retrouver un brin de civilisation avait quelque chose de réconfortant. Elle s'imaginait déjà blottie sur une banquette confortable à boire un café fumant pour recouvrer ses esprits et trouver une explication rationnelle à ce qui venait de se dérouler dans les bois.
Les deux hommes en noir, qui s'étaient brièvement présentés comme étant des Agents de la Division Six du gouvernement, leur avaient finalement sauvé la vie et les avaient guidés jusqu'ici. Ces derniers semblaient bien connaître les lieux et ils entrèrent dans l'établissement comme s'ils étaient des clients réguliers, faisant doucement tinter la porte d'entrée sur leur passage.
Mulder et Scully les suivirent à l'intérieur, passant le seuil rassurant (et presque familier) de chez Franky.
Les narines de Scully furent immédiatement assaillies par une forte odeur de saucisses-frites, et elle se rendit soudain compte à quel point elle était affamée.
Elle entendit l'estomac de Mulder protester à son tour à côté d'elle dans une symphonie de grognements profonds.
L'intérieur du restaurant était étonnamment sombre compte tenue de la surface vitrée qui donnait sur la route, sans doute à cause de ses murs bleu foncé recouverts de posters: des extraterrestres aux formes et couleurs diverses y côtoyaient des vaisseaux tout droit sortis de films de science-fiction. Des dizaines de banquettes en cuir carmin étaient alignées en rang sur un carrelage à damier noir et blanc, dans une typique représentation d'un Diner américain.
Scully s'attendait presque à y trouver des jeux d'arcade sur le thème des grands films à la mode, et elle fut presque surprise d'avoir vu juste: au fond de la salle, plusieurs flippers que la jeune femme identifia comme étant à l'effigie d'Aliens et de Star Wars trônaient à côté de la maquette d'un Jedi blond grandeur nature. Quelqu'un avait posé une tiare criarde en métal doré sur la tête en carton du héros galactique, comme s'il l'avait couronné roi de l'univers.
Au centre de la salle se trouvait un large comptoir en formica assorti aux murs, derrière lequel se trouvait un vieil homme à l'air aussi usé que le torchon dont il se servait pour essuyer ses verres.
Le tenancier était mince, ses longs cheveux gris et filasses encadrant son visage au teint cireux. Les dénommés Jay et Kay avaient déjà pris place sur les chaises hautes et échangeaient quelques mots avec le vieux barman.
Mulder et Scully s'assirent à leur tour au comptoir et saluèrent le vieil homme d'un hochement de tête.
-Aah, vous avez fait une mauvaise rencontre dans la forêt?, leur demanda le vieux en reposant lentement le verre qu'il était en train d'essuyer. Vous n'avez pas l'air en forme et vous êtes plutôt... humides...
-Oui, ils étaient sur le chemin de la bestiole, confirma Jay d'un air détaché. Heureusement qu'on est arrivé à temps pour la supprimer. Au moins maintenant elle ne fera plus de victime...
-Vous voulez dire... que cette chose à tuer des gens?, s'exclama Mulder.
-Un officier de la police locale, un certain Sergent Hoover. Edgar Hoover. La bestiole l'a trucidé et a enfilé sa peau pour passer inaperçu parmis nous. Mais il y a des signes qui ne trompent pas, expliqua Kay avec son sérieux habituel tout en étudiant la carte des desserts du restaurant.
-Des signes, quels signes?, demanda Mulder avec intérêt.
-Peau flasque, comportement étrange, gestes hachurés, appétence particulière pour l'eau sucrée..., récita brillament Jay.
Mulder ne put s'empêcher de jeter un regard en coin à Scully, qui n'en croyait apparemment pas ses oreilles. Si elle pensait que Mulder était le champion du paranormal, elle venait tout juste de trouver ses maîtres. Aussi la jeune femme resta muette devant les yeux amusés de son coéquipier, supportant difficilement l'attitude de "je te l'avais bien dit, Scully..." qu'il affichait fièrement.
-Et donc, qu'est-ce qu'on fait maintenant?, interrogea Mulder d'un air surexcité en reportant son attention sur les deux hommes en noir.
-Qu'est-ce qu'on fait?, murmura Kay d'un air absent, totalement absorbé par la lecture du menu du Franky. On commande à manger, mon grand. Rien de mieux pour retrouver ses esprits qu'une bonne pâtisserie...
L'agent aux cheveux poivre et sel avait toujours les yeux rivés sur la carte, hésitant apparemment entre les diverses spécialités de la maison.
-AAAh Kay, ça suffit!, s'exclama soudain son jeune coéquipier. Tu regardes la carte pendant dix minutes après avoir demandé deux fois quel est le gâteau du jour, pour finalement toujours commander la même chose: une part de tarte aux pommes avec un immonde morceau de gruyère. Alors voilà Bernard, mon ami Kay ici présent prendra ce que je viens de dire. Et moi je vais prendre le gâteau du jour.
-Très bien les gars, répondit le vieux tenancier. Et pour vous, les deux tourtereaux du FBI, je vous propose la spécialité de la maison. Ce sera offert en dédommagement pour ce que vous venez de vivre...
Et sans attendre de réponse, le prénommé Bernard franchit la double porte battante située derrière le bar et il disparut en cuisine.
-Donc... Agent Kay, Agent Jay... votre boulot consiste à..., commença Mulder.
-Réguler l'activité extraterrestre sur Terre. Permettre la bonne adaptation de chaque espèce sur notre planète. Protéger les citoyens contre les menaces inter-galactiques incessantes..., énuméra Jay.
-Nous ne sommes donc pas seuls?, murmura Mulder, les yeux brillants d'émotion.
-Non, et nous ne l'avons jamais été, confirma Kay de son éternel air grave.
Bernard revint dans la salle et servit les desserts aux deux hommes en noir, puis il déposa une double portion de saucisses-frites devant Mulder et Scully. Dana dévora la moitié de son assiette en quelques minutes à peine tant elle avait faim, alors que Ray Stevens entamait "I saw Elvis in a U.F.O" via les hauts-parleurs du restaurant.
-Tiens, vous saviez qu'Elvis n'est pas mort?, demanda soudain Kay en se tournant vers les deux Agents du FBI, la bouche pleine de tarte aux pommes.
-J'en étais sûr... jubila le grand brun en se tournant une nouvelle fois vers sa partenaire. Tu entends ça, Scully? Elvis Presley est en vie!
-Il est retourné dans son microcosme, renchérit Kay. La célébrité était trop difficile à porter. Mais il revient de temps en temps ici pour savourer un bon burger-frites bien terrien...
-Ça suffit!, s'exclama soudain Dana en perdant son sang froid.
Les quatre hommes sursautèrent et se tournèrent vers la petite rouquine. Cette dernière avait tapé le poing sur le bar en formica et les fusillait tous du regard. Ses yeux bleu glacier lançaient des éclairs alors que le rouge commençait à lui monter aux joues, signe d'une frustration extrême chez elle.
-Je ne sais pas quelle substance vous consommez, poursuivit la jeune femme d'une voix tremblante, mais je pense que vous avez tous grand besoin d'aide... Il n'y a pas de microcosme, ni d'extraterrestres, ni d'agence pour l'intégration des espèces inter-galactique... tout ceci est complètement absurde, tout comme le fait d'affirmer qu'un chien puisse parler!
Mulder fronça légèrement les sourcils, comme s'il avait brusquement du mal à suivre les idées de sa partenaire. En revanche, les deux hommes en noir échangèrent un regard entendu comme si les paroles de Scully avait une signification particulière pour eux.
-Pourquoi mentionnez-vous un chien qui parle?, demanda alors Kay avec une douceur inhabituelle.
-Je... je ne sais pas. J'ai dit ça... juste comme ça, je..., bredouilla Scully, soudain confuse.
La double porte battante qui séparait le bar de la cuisine s'ouvrit soudain, comme poussée par une force invisible ou une toute petite personne. Puis sans crier gare, un petit chien beige sauta agilement sur le comptoir et fixa les deux Agents de ses yeux noirs et futés. Dana remarqua qu'il portait un petit tablier blanc qui le rendait à la fois mignon et ridicule. La jolie rouquine, attendrie une seconde par le souvenir de son adorable Queequeg tragiquement disparu, fut soudain traversée par une étrange sensation de déjà-vu. Elle venait de faire allusion à un chien qui parle, et voilà que celui-ci apparaissait subitement devant elle.
<Mais non, ce chien ne parle pas, reprends toi, tu es ridicule...>
L'animal, sans doute un carlin au vue de sa face écrasée et de sa petite taille, vint se placer entre les assiettes des deux hommes en noirs et s'exclama d'une voix enjouée:
-Hey, salut les gars, quelle bestiole vous amène par ici?
-Salut Frank, répondirent Kay et Jay d'une seule voix.
-Oh mon dieu, murmura Scully en portant instinctivement sa main vers la petite croix doré qui ornait son cou.
-Votre chien parle?, s'écria Mulder en se tournant vers Bernard tout en s'étouffant à moitié avec son dernier bout de saucisse.
-Hé ho, on se calme mon grand, le coupa Frank. Je ne suis le chien de personne, je n'ai ni dieu ni maître.
Le vieux barman aux cheveux filasses regardait la scène avec délice, fortement amusé par l'air abasourdi et perdu des deux fédéraux.
Les deux hommes en noir échangèrent un dernier regard entendu et sortirent une paire de lunettes noires de la poche intérieure de leur costume.
-Il faudra charger un peu plus la dose cette fois, Jay, murmura Kay en adressant un léger signe de tête aux responsables du restaurant. Je crois que certaines choses sont restées enregistrées malgré la première neuralysation...
-On va vous cherchez de nouvelles parts de tarte... annoncèrent soudain Frank et Bernard qui se précipitèrent en cuisine en faisant claquer la double porte battante sur leur passage.
-Kay, dites moi la vérité, supplia soudain Mulder. Dites moi que tout ceci est réel, je veux croire que tout ceci est réel...
-C'est bien réel, Agent Mulder, affirma l'homme aux cheveux poivre et sel. Mais vous oublierez ce qu'il vient de se passer et vous retournerez à votre quête quotidienne pour la vérité. Vous ne garderez aucun souvenir de tout ceci.
-Mais..., commença Mulder alors que les deux hommes en noir enfilaient leurs lunettes d'un geste fluide et parfaitement synchrone.
-La vérité n'est pas ailleurs, Agent Mulder, poursuivit Jay en dirigeant un petit cylindre métallique en direction des deux Fédéraux. Elle est juste ici!
Le petit engin argenté émis une lueur rouge qui accrocha le regard de Mulder et Scully, se reflétant dans leurs yeux fatigués. Un éclair écarlate aveuglant en jaillit soudain, éclairant brièvement toute la pièce et emportant avec lui la mémoire des deux Fédéraux.
<Un œil rouge qu'il ne faut surtout pas regarder...>, fut la dernière pensée de Mulder alors qu'un tourbillon de couleurs et de sons l'emporta, Scully toujours à ses côtés.