On revient toujours
Chapitre 3 : Ce que les enfants comprennent
626 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 16/02/2026 13:32
À l’autre bout de la ville, la matinée s’était installée avec sa routine familière.
La caserne 126 vibrait d’une énergie tranquille, presque chaleureuse. On entendait le cliquetis des ustensiles, le ronronnement du lave-vaisselle, les éclats de voix qui montaient du garage.
Et, comme souvent quand Paul prenait le contrôle de la cuisine, l’air était chargé d’épices et de fromage fondu.
Seul à la grande table en bois, TK faisait défiler l’écran de son téléphone sans vraiment regarder ce qui s’y affichait. Son pouce glissait mécaniquement. Son esprit, lui, était resté à la maison.
— TK ? fit Nancy en s’asseyant à côté de lui.
Il grogna vaguement en guise de réponse, sans lever la tête.
Nancy pencha légèrement la sienne pour essayer d’accrocher son regard.
— T’as pas trop l’air dans ton assiette.
Il expira lentement, posa enfin son téléphone sur la table. Ses épaules s’affaissèrent un peu.
— Jonah a fait un cauchemar.
Tommy, attirée par le ton plus grave, s’approcha et prit place en face d’eux.
— Et vous avez fini la nuit à trois dans le lit ? tenta-t-elle, un demi-sourire aux lèvres.
D’habitude, TK aurait souri. Ou roulé des yeux.
Pas cette fois.
— Non… c’est pas ça.
Il passa une main dans ses cheveux.
— Il pense qu’un jour… on ne reviendra pas le chercher à l’école. Parce qu’on fait des métiers dangereux.
Le silence tomba un peu plus lourd autour de la table.
Nancy adoucit immédiatement son expression.
— Ouch…
— Il avait l’air tellement convaincu, continua TK, la voix plus basse. Comme s’il venait de comprendre un truc énorme. Comme si… on lui avait menti toute sa vie.
Il détestait ça.
Détestait voir la peur dans les yeux de son fils à cause de lui.
À cause de ce qu’il avait choisi d’être.
Nancy posa doucement sa main sur son avant-bras.
— Les enfants comprennent plus qu’on pense… surtout quand leurs parents font des métiers comme les nôtres.
TK hocha la tête, mais son regard restait fixe.
— Je déteste qu’il ait peur à cause de ça. Je veux qu’il se sente en sécurité. Pas qu’il attende chaque sirène en se demandant si c’est nous… Parfois je me demande si je n’aurais pas dû rester à la maison au lieu de reprendre mon poste une fois qu’on à eu sa garde complète.
Tommy inspira profondément.
— Tu sais… quand Charles est mort… Ivy ne disait rien. Elle faisait comme si tout allait bien. Mais elle me surveillait.
Sa voix se fit plus douce.
— Un soir, je me suis réveillée et elle était assise à côté de mon lit. Elle avait pris mon stéthoscope. Elle écoutait mon cœur pendant que je dormais.
Nancy laissa échapper un petit souffle surpris.
Tommy esquissa un sourire fragile.
— Elle m’a dit qu’elle voulait vérifier qu’il battait encore. Qu’elle avait peur qu’il m’arrive la même chose qu’à son père.
Le regard de TK se troubla.
Il laissa échapper un souffle mi-amusé, mi-brisé.
— Dis-moi que ça lui a passé.
— Ça lui a passé, confirma Tommy. Pas du jour au lendemain. Mais ça a passé.
Elle soutint son regard.
— Jonah est encore petit. Il découvre que le monde peut être dangereux. C’est effrayant… mais c’est aussi normal.
TK resta silencieux un moment, puis hocha la tête.
Au loin, quelqu’un éclata de rire près des camions. Paul lança une remarque sur le fromage qui collait au fond du plat.
La vie continuait.
Toujours.