Entre Objections et Tentations

Chapitre 11 : Une intimité réconfortante

3695 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 07/02/2026 20:44

5 octobre, 17h45

Cabinet d'avocats Wright & Co.


Phoenix et Miles étaient assis côte à côte sur le canapé deux places du cabinet. La pièce baignait ce soir-là dans la lumière des néons blancs du plafond et des derniers rayons du soleil couchant, qui filtraient à travers les rideaux à moitié baissés en projetant des teintes orangées sur les meubles. Les ombres s’allongeaient sur les murs annonçant la fin de cette longue et fatiguante journée de travail. Devant les avocats, le dossier de l’affaire reposait sur la table basse. Ils fixaient avec concentration chaque élément, cherchant à reconstituer ce qui s’était réellement passé dans le sanctuaire la nuit du meurtre.


— Si Maya s’entraînait dans un autre sanctuaire, cela signifie forcément que quelqu’un a commis le meurtre à sa place, déclara Phoenix, la voix basse.

— Évidemment. Nous savons depuis le début que Maya est innocente, répondit Miles en croisant les bras. La véritable question est de comprendre comment le meurtrier a réussi à monter son plan.


Index appuyé contre son menton, Phoenix fronça les sourcils. Son regard parcourait les documents, revenait sur certaines phrases, certaines incohérences. La théorie du complot restait la plus plausible mais comment la prouver devant un tribunal ? Il leur manquait encore des éléments cruciaux. Les indices pointaient vers une personne précise, sans jamais devenir suffisamment solides pour innocenter définitivement Maya. Et puis, il y avait ce détail qui refusait de s’effacer, c'est-à-dire les empreintes sur l’arme du crime.


— Elle a manipulé l’arme lorsqu’elle la nettoyait, murmura l’avocat en bleu. Et quelqu’un a profité de ce moment pour la piéger.

— C’est probablement ce qui s’est produit, acquiesça Edgeworth.

— Selon ce que nous savons, Hana Fey serait la seule à être au courant que Maya avait touché à l’arme.

— Il serait donc tentant d’en conclure qu’elle est responsable mais pouvons-nous en être absolument certains ?

— … Non, souffla Phoenix après un silence. Pas complètement et je refuse d’accuser quelqu’un à tort. Nous n’avons pas le droit à l’erreur.

— Je suis entièrement d’accord avec toi, Wright.

— Mais si ce n’est pas elle…


La phrase resta suspendue dans l’air. Phoenix se tut, les dents serrées. Son visage se crispa et ses épaules se raidirent sous le poids du stress. Un sentiment de désespoir lui serra la poitrine. S’il écartait Hana Fey, il ne restait plus aucune piste viable. Franziska, elle, ne lâcherait rien. Phoenix savait qu’elle explorerait chaque possibilité pour obtenir un verdict favorable en sa cause. Il ne pouvait pas se permettre de perdre. Pas cette fois. La vie de Maya était en jeu.


Miles l’observait en silence. Phoenix semblait ailleurs, enfermé dans ses pensées, au point d’en oublier sa présence. Il était rare de le voir ainsi. Habituellement, Wright débordait d’énergie et d’optimisme, mais depuis le début de cette affaire, cette lumière s’était ternie. Edgeworth hésita. Il n’avait jamais été doué pour réconforter qui que ce soit. Que ferait Phoenix Wright, dans une telle situation ? C'était une question qu'il se posait. Et si c'était Maya, ou une autre personne chère à son cœur, qui était effondrée sur ce même canapé... que ferait-il ?


Poussé par un instinct qu’il ne s’expliquait pas vraiment, Miles leva lentement le bras et posa sa main sur l’épaule de son ami. Phoenix ne réagit pas immédiatement, mais son corps se raidit légèrement sous ce contact inattendu. Les doigts de Miles s’enfonçaient doucement dans le tissu du costume bleu, et une chaleur inhabituelle se dégageait de l’épaule qu’il touchait. Il ne dit rien. L'expression de Miles, habituellement sévère et maîtrisée, s’adoucit. Ils restèrent ainsi quelques instants, dans un silence lourd mais apaisant. Il n’y avait aucune gêne, seulement cette compréhension mutuelle qu’ils partageaient depuis longtemps.


Après un moment, Phoenix leva lentement la main et la posa sur celle de Miles, sans quitter des yeux les papiers éparpillés sur la table. Le geste était hésitant, presque timide. Miles remarqua que sa main était légèrement moite, mais n’y prêta aucune attention. Il répondit au geste en caressant doucement l’épaule de Phoenix de son pouce, comme on le ferait pour apaiser quelqu’un.


— Nous trouverons la vérité ensemble, dit-il d’une voix calme.


À ces mots, Phoenix assuma pleinement son geste et serra la main de son ami. Ses doigts se camouflèrent dans le creux de la paume de la main de Miles. Il serra légèrement sa main dans la sienne, comme pour s’y accrocher. Ce n’était qu’à cet instant qu’il réalisa qu’Edgeworth aussi avait la paume humide. Était-il nerveux ? Inconfortable ? Phoenix n’en savait rien et cela n’avait finalement que peu d’importance car il y avait une vie en jeu. Maya risquait d'être reconnue coupable et ça, ils ne pouvaient pas laisser ce scénario se produire. Ils devaient trouver ensemble la vérité derrière cette affaire. Trouver le vrai coupable qui tentait de piéger sa chère amie.


Phoenix tourna la tête et croisa le regard gris de son ami. Un faible sourire se dessina sur son visage pour lui montrer qu'il allait mieux.


— Le seul moment où un avocat peut pleurer, c'est quand tout est fini.


Edgeworth le questionna du regard. Phoenix avait prononcé cette phrase avec une certaine émotion qui l'intriguait. Le brun tourna de nouveau sa tête en échappant un petit rire.


— C'est Mia qui me disait toujours ça.

— Mia...


Phoenix ne répondit pas tout de suite. Son sourire se perdit dans le vide, puis il se tourna à nouveau vers Edgeworth.


— Merci, Edgeworth.


Miles hocha simplement la tête. Ils retirèrent leurs mains presque simultanément. Ce bref moment intime et silencieux témoignait de la confiance profonde qui les liait. Phoenix n’avait jamais vu ce côté-là de Miles auparavant. Et cela signifiait plus qu’il ne l’aurait admis. Ils avaient vécu de nombreuses choses ensemble et s'en étaient toujours sortis. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Phoenix se sentait privilégié d'avoir cette relation avec lui. Peu de gens le connaissaient de cette façon. Miles avait peu d'amis car il était difficile à cerner. Il était souvent froid et direct. Une attitude qui déplaisait souvent. Phoenix l'acceptait comme il était. Il était important pour lui et c'était un sentiment partagé.


Secouant cette atmosphère chargée, Phoenix retrouva peu à peu son entrain habituel. Il se redressa, inspira profondément, s’étira les bras et la nuque avant de se lever.


— As-tu faim ? lui demanda-t-il.


Surpris, Miles le regarda et mit un moment avant de lui répondre.


— Oh… oui. Effectivement, il serait temps de manger, répondit-il après un coup d’œil à sa montre.


Phoenix lui tendit la main et Edgeworth porta de nouveau son regard dans le sien. Phoenix arborait un sourire radieux.


— Pour te remercier de m'aider dans cette affaire, c'est moi qui invite.


Miles cligna des yeux à quelques reprises. Ce changement drastique d'attitude était soudaine.


— Ce n’est pas nécessaire, Wright. Je suis parfaitement autonome financièrement.

— Allez ! insista-t-il. On se voit rarement et ça me fait vraiment plaisir.


Le procureur croisa ses bras contre sa poitrine et soupira de manière agacée. Il connaissait Phoenix et savait comment il pouvait être têtu. Il n'y avait rien à faire, il ne pouvait qu'accepter son invitation à dîner.


— Très bien, j’accepte. Mais si tu me le permets, j’aimerais te proposer un restaurant.


Phoenix acquiesça aussitôt, ravi.


5 octobre, 19h15

Restaurant Providence


Les deux hommes franchirent les grandes portes vitrées du restaurant Providence. Aussitôt, une odeur saline et raffinée de fruits de mer les enveloppa. L’endroit respirait l’élégance où chaque détail semblait pensé pour apaiser et impressionner les clients. À peine avaient-ils fait quelques pas à l’intérieur qu’un réceptionniste vêtu d’un complet noir et blanc s’avança vers eux avec un sourire professionnel aux lèvres. Pour une fois, Phoenix eut l’étrange impression que leurs vêtements n’étaient pas déplacés. Ils n’étaient ni trop sobres, ni trop extravagants, juste à leur place. Derrière l’homme, la grande salle baignait dans une lumière dorée, tamisée par de larges suspensions de verre qui diffusaient une clarté douce et chaleureuse. Les murs alternaient entre pierres claires et panneaux bleutés, rappelant les profondeurs marines. Aux coins de la salle, des filets de pêche retenaient des coquillages, des étoiles de mer et d’autres décorations océaniques, ajoutant une touche presque poétique au décor. Phoenix ne put s’empêcher d'observer les environs avec des yeux brillants. Il était sincèrement émerveillé. Comparé aux restaurants rapides qu’il fréquentait habituellement avec Maya et Pearl, l’endroit semblait appartenir à un autre monde. Miles, sans le savoir, venait de lui offrir bien plus qu’un repas mais aussi une fenêtre sur un univers qu’il n’explorait que rarement. Un univers propre à lui où la luxure prenait place.


— Bonsoir, messieurs, les accueillit le réceptionniste.

— Bonsoir, répondit Miles d’un ton calme. Nous n’avons pas de réservation mais si cela pose problème, nous comprendrons parfaitement.

— Oh, ne vous inquiétez pas ! Nous avons de la place ce soir. Pour deux ? demanda-t-il en prenant deux menus.

— Exactement.

— Parfait, veuillez me suivre.


L’homme prit les devants. Phoenix balaya la salle du regard, fasciné. Des clients discutaient à voix basse, des verres tintaient discrètement et une succession d’odeurs raffinées caressait leurs narines à mesure qu’ils avançaient. Le réceptionniste les installa à une table pour deux, adossée à un mur de pierres claires. Une nappe bleu marine recouvrait la table ronde, parfaitement dressée. Après les remerciements d’usage, l’homme leur proposa de prendre leurs manteaux et vestons pour le vestiaire. Miles retira d’abord son manteau noir, puis son veston rouge, révélant sa chemise aux poignets légèrement bouffants, son jabot et son gilet noir. L’ensemble épousait parfaitement sa silhouette, soulignant ses épaules larges et sa carrure athlétique. Phoenix détourna brièvement les yeux avant de retirer à son tour son veston bleu et de le tendre au réceptionniste. Sous celui-ci, il ne portait que sa chemise blanche et sa cravate rose, plus simple, mais non moins soignée. Ils prirent place face à face, et lorsque le réceptionniste s’éloigna, un calme agréable s’installa.


— Ah… souffla Phoenix en s’enfonçant légèrement dans sa chaise. Ça va vraiment me faire du bien de relaxer un peu.


Il attrapa le menu devant lui, tandis que Miles prenait déjà celui des boissons alcoolisées.


— Prends ce que tu veux, Wright.

— Comment ça ? demanda Phoenix en relevant les yeux, intrigué.

— Tu t’occupes constamment des Fey, et je sais qu’un endroit comme celui-ci peut sérieusement entamer ton budget. Je vais m’occuper de l’addition.


Surpris, l'avocat de la défense cligna des yeux à maintes reprises. Il resta un instant sans voix. C'était son idée de l'inviter à manger, après tout.


— E-Edgeworth… c’est moi qui t’invite, tu oublies ?

— Hmph, Miles ferma son menu et le posa contre la table. J’aurais accepté volontiers que tu paies si nous avions choisi un endroit plus… raisonnable pour ton portefeuille.


Phoenix s'affaissa sur sa chaise. (Quel culot !)


— Objection ! lança-t-il en pointant un doigt accusateur vers lui. C’est toi qui as proposé ce restaurant !

— Et j’en assume pleinement les conséquences.

— Je ne comprends vraiment pas…


Miles haussa les épaules de manière amusée avec un sourire narquois se dessinant sur ses lèvres alors qu’il observait Phoenix se décomposer lentement devant lui.


— Écoute, Wright. Je n’ai pas les papilles gustatives d’un enfant de huit ans comme toi. J’ai proposé cet endroit en sachant parfaitement que c’était hors de ton budget. Je prends donc la facture en charge. Après tout, je ne m’attends pas à ce que Maya finance tes services d’avocat.

— N-Non… effectivement.

— Et puis, comme tu le disais tout à l’heure, on se voit si peu. J’apprécie aussi l’occasion de passer du temps avec toi.


Phoenix resta muet. Cette franchise venant de Miles était rare. Habituellement si réservé, presque distant, il se montrait ce soir étonnamment ouvert. Phoenix se contenta d’accepter, ouvrant son menu pour dissimuler le sourire discret qui s’était glissé sur son visage.


— … Merci.

— Il n’y a pas de quoi. Souhaites-tu boire du vin ?


Miles reprit le menu des boissons. Phoenix réfléchit un instant. Il n’était pas un grand amateur d’alcool, mais ce soir avait quelque chose de particulier. Ils se voyaient dans un contexte amical et non professionnel. C'était une occasion pour eux d'échanger plus personnellement.


— D’accord. Tu as une suggestion ?

— Un vin blanc se marierait mieux avec les plats proposés ici.

— Je te croyais plutôt amateur de vin rouge.

— C’est vrai. Mais je sais aussi comment rehausser les saveurs avec le vin approprié.

— Pardon, M. Edgeworth ! Je ne suis qu’un simple plébéien ! dit-il en levant les mains.


Miles rit légèrement à sa blague. Il était vraiment plus détendu qu'à l'habitude. C'était rare et cela faisait du bien à voir pour Phoenix.


Un serveur d’une trentaine d’années s’approcha alors. Sa chemise blanche et son gilet noir lui donnaient une allure élégante. Ses cheveux bruns soigneusement coiffés complétaient bien le tout.


— Bonsoir, messieurs. Je m'appelle Oscar et je serai à votre service pour ce soir. Aimerions-nous débuter avec une boisson quelconque ?

— Bonsoir, nous prendrons votre Sauvignon Blanc, répondit Miles.

— Très bien, je vous apporte cela immédiatement.


Le serveur partit, suite à cette phrase. Lorsqu’ils se retrouvèrent seuls, Phoenix observa de nouveau la salle. C’était vraiment magnifique. Totalement hors de prix pour lui. Il pensa à Maya et Pearl qui auraient été émerveillées à l'idée de manger à cet endroit. Peut-être qu’après cette affaire il pourrait leur offrir cette sortie. Si son portefeuille lui permettait... Miles, de son côté, s’adossa à sa chaise et inspira profondément. Le stress quittait lentement son corps. Ses épaules s’abaissèrent et son expression faciale se détendit. Il observa Phoenix, qui semblait absorbé par le décor, puisque son regard balayait les quatre coins de la salle.


— Ça fait du bien de prendre une pause comme ça, pas vrai, Wright ?

— Oh, totalement. Ces derniers jours ont été éprouvants.

— C'est ce que j'ai constaté.


Phoenix croisa son regard. Le visage de Miles s’était adouci, empreint d’une sincère empathie. Phoenix détourna les yeux, légèrement gêné par cette attention silencieuse.


— Je voulais t’offrir un moment de repos, ajouta Miles.

— C’est vraiment apprécié.


Le serveur revint avec la bouteille de vin blanc et deux coupes à vin.


— Voilà pour vous, messieurs. Notre Sauvignon Blanc.


Il déposa les verres contre la table et fit sauter le bouchon de la bouteille dans un léger pop. Il empoigna le premier verre pour y couler le vin pâle doucement. Il fit de même avec la deuxième coupe à vin. Les avocats le remiercièrent et il partit. Miles fit tourner le liquide dans son verre légèrement avant de le sentir. Il leva ensuite sa coupe en regardant Phoenix dans les yeux.


— À nos retrouvailles, Wright.


Phoenix écarquilla les yeux. Ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs mois mais c'était comme si Miles n'était jamais parti. C'était ça leur amitié. Ils étaient loin de corps mais restaient proches en pensée. Le brun leva à son tour son verre.


— Je suis heureux de te revoir, Edgeworth.


Les verres s’entrechoquèrent dans un tintement clair et ils en dégustèrent le liquide en même temps. Phoenix grimaça légèrement au goût tandis que Miles semblait apprécié la saveur. Il remarqua l'expression faciale de Phoenix et ne put s'empêcher de tourna sa tête de gauche à droite.


— Amateur... rit-il. Tu t'y habitueras, Wright.

— Peut-être...


Phoenix reposa doucement son verre contre la table. Le cristal tinta faiblement avant que le silence ne s’installe. Il croisa les bras, hésitant un instant, puis releva les yeux vers Miles.


— Dis… Franziska loge chez toi lorsqu’elle vient ici ?

— Franziska ? répéta Miles en portant le verre à ses lèvres pour une seconde gorgée. Non. L'Interpol couvre les frais d'hôtel. Elle préfère généralement y rester aussi. Elle passe me voir à chaque visite, mais elle ne reste jamais chez moi.


Phoenix hocha lentement la tête, son regard se perdant un instant dans les reflets dorés du vin.


— Je me demande comment elle est vraiment… enfin, quand elle n’est pas dans son rôle de procureure.


Un sourire discret étira les lèvres de Miles. Il semblait replongé dans ses souvenirs.


— Elle est exactement la même, que ce soit au tribunal ou en privé, répondit-il. Authentique et sans détour.

— À-À bon ? Phoenix avala sa salive, une image peu rassurante de coups de fouet lui traversant l’esprit.

— Nous nous ressemblons beaucoup, poursuivit Miles avec un léger amusement. Même si nous ne partageons pas le même sang, nous avons toujours eu une relation solide.

— … Même après l’affaire avec Manfred von Karma ?


Le nom résonna comme une note dissonante. Le sourire de Miles s’effaça aussitôt. Il inspira lentement. Son mentor. L’homme qui avait assassiné son père. Une blessure ancienne mais encore sensible malgré les années. Franziska, elle aussi, avait dû porter ce poids. C’était son père, après tout.


— Ce que Von Karma a fait est impardonnable, dit-il enfin. Franziska a été profondément déçue. Elle a assisté à mon procès et à celui de son propre père l'un après l'autre. Elle l’a vu être déclaré coupable.

— Même s’il était un monstre... ça a dû être terriblement difficile pour elle, murmura Phoenix.

— Oui. Elle a mis du temps à s’en remettre, admit Miles. Mais il devait répondre de ses actes. C’est ce qu’il nous a toujours appris. Tous les criminels doivent être condamnés. Quelle ironie...


Il marqua une pause.


— Si tu n’avais pas été là…


Sa voix s’éteignit. Miles fixa un point invisible sur la table, comme s’il y cherchait ses mots. D’un geste presque machinal, il coinça la base de son verre entre son index et son majeur et la fit tourner lentement en traçant des cercles contre la nappe. Phoenix sentit la conversation devenir plus lourde et plus intime. Il prit conscience que c'était un sujet que son ami ne voulait sûrement pas aborder.


— On n’est pas obligés d’en parler, tu sais, dit-il doucement.

— … Ce n’est pas ça. C’est juste que je me suis énormément inquiété pour Franziska.


Phoenix se figea intérieurement. (Il s'était inquiété ? Edgeworth... Il y a vraiment un côté humain que peu de gens ont l'opportunité de voir en toi.)


— Elle est ma seule famille, reprit Miles après un instant. Et je suis… presque tout ce qu'elle a aussi.

— Vraiment ? Je me souviens que Von Karma avait mentionné une petite-fille, lors de ton procès.

— Oui. Il avait deux enfants. La sœur aînée de Franziska n’a jamais été très présente. Nous avons peu de lien avec elle et la nièce de Franziska.

— Donc, même sans lien de sang, Franziska et toi êtes plus proches.

— Exactement. Lorsque j’ai été adopté, j’avais neuf ans. Elle n’en avait que deux. Elle a toujours su la vérité, et pourtant… elle m’a toujours considéré comme son frère.

— Petit frère, corrigea Phoenix en riant doucement.

— Petit frère, répéta Miles en faisant des guillemets avec ses doigts. Puisque je suis arrivé après elle dans la famille Von Karma, elle a toujours insisté là-dessus.


Ils échangèrent un rire bref, presque complice, comme une respiration bienvenue au milieu de souvenirs plus lourds.


— Ce n’est pas quelque chose qu’elle montre facilement, reprit Miles, mais Franziska est une personne très sensible. Elle l’a toujours été.

— Ah bon ?

— Elle savait pour mon père. Elle faisait tout pour me voir sourire que ce soit des dessins maladroits, des soirées Steel Samurai ou encore des brownies ratés…


Un sourire attendri se dessina sur ses lèvres.


— Elle possède une grande douceur, quand elle ose la laisser paraître.

— Je suis sincèrement surpris, Edgeworth. Je ne l’imaginais pas ainsi.


Il haussa simplement les épaules.


— Elle est toujours comme ça aujourd’hui. Douce et attentive aux autres. Peu de gens ont l'opportunité de voir cette facette d'elle.


Le serveur s’approcha de nouveau, brisant le moment avec tact.


— Alors, le vin vous plaît-il ?

— Il est excellent, merci, répondit Miles.

— Oui, très bon, confirma Phoenix avec un rire légèrement nerveux.

— Parfait. Êtes-vous prêts à commander ?


Les deux hommes échangèrent un regard, puis saisirent leurs menus presque en même temps. Gênés, ils avouèrent n’avoir encore rien regardé. Ils avaient été bien trop occupés à parler.

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