Entre Objections et Tentations

Chapitre 12 : Leur lien invisible

3961 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 13/02/2026 08:57

6 octobre, 10h00

Cabinet d'avocats Wright & Co.


La lumière pâle de ce matin d’automne filtrait à travers les stores poussiéreux du cabinet. Depuis l'arrestation de Maya, Phoenix avait négligé l'endroit. L'avocat n'avait pas l'énergie ni la tête pour ce genre de détail. Seulement la plante Charley ne souffrait pas de cette insouciance.


Pour lui, le plus important était de sauver Maya d'un verdict injuste. Sur son bureau, une tasse de café à moitié bue dont une odeur froide flottait encore dans l’air, témoin d’une nuit écourtée.


Phoenix enfila son veston bleu, lissa distraitement les plis de ses manches, puis passa son manteau brun sur ses épaules. Sur son bureau, un tas de feuilles s’étalait en désordre. Il s'agissait des témoignages, des photos et des rapports. Il les rassembla d’un mouvement rapide et les glissa dans son agenda déjà trop rempli. Aujourd'hui, Phoenix retournait au village. Il devait trouver de nouveaux indices.


Soudainement, trois coups nets frappèrent la porte. Phoenix releva la tête. Même à travers la vitre floutée, il reconnut la silhouette droite et la posture impeccable de la personne de l'autre côté. Il s'avança vers la porte d'un pas rapide et l'ouvrit aussitôt.


— Salut, Edgeworth !


Miles Edgeworth entra dans la pièce, après avoir salué son ami. Il était vêtu de son manteau noir soigné et avait à sa main sa mallette parfaitement alignée le long de sa jambe.


— Wright, je pense te rejoindre plus tard au village.

— A-Ah bon ? Comment ça ?


Miles ouvrit sa mallette. Les feuilles qu’il en sortit semblaient classées au millimètre près. Il parcourait déjà les lignes avant même de parler.


— Je comptais rendre visite à Maya. Certains éléments ne concordent pas. Elle pourrait nous aider à éclaircir quelques zones d’ombre.


Phoenix sentit une pointe de déception, courte mais bien réelle. Il l’étouffa aussitôt, après en avoir pris conscience. Ce n’était pas le moment d’être égoïste et visiter Maya était une bonne idée.


— Tu as raison. Elle pourra faire avancer l’enquête.

— J’attends aussi des nouvelles du détective Gumshoe concernant l’analyse de l’étoffe, ajouta Miles en relevant enfin les yeux. Pars à la gare. Je te rejoindrai en après-midi.


Phoenix acquiesça et se dirigea vers la porte du cabinet. Miles rangea rapidement ses feuilles et le suivit de près. Phoenix éteignit les lumières de la pièce et ils marchèrent ensemble jusqu'à l'extérieur du bâtiment dans un silence confortable. Les deux hommes étaient pensifs. Le froid matinal piqua leurs joues et un léger vent fit voler leurs cheveux. Devant la voiture rouge de Miles, les deux avocats s'apprêtèrent à se saluer mais le procureur fit une offre au brun.


— Je te conduis à la gare, Wright ?


La proposition le surprit. Il accepta avec un sourire discret aux lèvres. Il était étrangement soulagé de ne pas faire le trajet seul dans ce froid.


La voiture s’élança sur la route. Une pièce de musique classique jouait à la radio. Des violons délicats créaient une ambiance sereine entre eux. Aucun n’osait commencer la conversation. Ils profitaient de ce moment de paix. Du moins, ils tentaient. Phoenix regardait le paysage défiler par la fenêtre. Les arbres perdaient lentement leurs feuilles. L'automne les arrachait les unes après les autres. Le paysage orangé rappelait que l'hiver était sur le point d'arriver. L'avocat de la défense avait la gorge nouée. La veille, au restaurant, il s’était senti léger. Presque heureux. Et cette légèreté, ce matin, avait disparue. Il s'était réveillé avec une boule au ventre. Un mal qui refusait de quitter son corps, depuis le début de cette affaire. Il s'inquiétait énormément pour Maya. Il avait de la peine pour elle. Miles remarqua son attitude plutôt morose et tenta de l'aider à relaxer.


— Tu es pensif, Wright. Est-ce le procès de demain qui te met dans cet état ?


Phoenix sortit de ses pensées et se retourna vers le conducteur.


— Hm ? N-Non, pas vraiment... Je suis simplement inquiet.


Le procureur hocha la tête sans quitter la route des yeux. Les deux mains sur le volant, il conduisait parfaitement et de façon fluide. Comme à son habitude, il était maîtrisé.


— Je comprends le sentiment. Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire dans le moment présent pour aider ?


Phoenix inspira profondément. Il était fatigué et en avait marre de ce stress.


— Honnêtement… revivre un moment comme hier me ferait du bien. Mais… avoir du plaisir alors que Maya est derrière les barreaux… ça me rend coupable.

— Tu te sens coupable pour Maya ?

— Oui...


Il soupira de nouveau. Miles baissa le son de la radio pour mieux écouter son ami qui remarqua son geste qui considérait comme étant attentionné.


— Wright, ne le vois pas comme ça, dit Miles plus doucement. Je suis certain que Maya ne voudrait pas te voir t’enfoncer de la sorte.


Phoenix ferma les yeux une seconde.


— ... Tu as raison.

— Tu ne peux pas être dans cet état dépressif en permanence. Tu dois être en forme pour le procès.

— ... Je sais bien.

— Si tu veux, on peut travailler ensemble ce soir et analyser les nouveaux éléments que nous trouverons. Nous serons mieux préparés pour le procès, si nous procédons de cette façon.


Phoenix laissa échapper un léger rire. Curieux, Edgeworth arqua un sourcil toujous en gardant son regard sur la route.


— J'ai mentionné quelque chose de drôle ?

— Non, non ! s'exclama l'avocat. C'est juste... je suis content que tu sois là. Seul, je ne sais pas ce que je ferais.


Les mots avaient franchi ses lèvres avant qu’il ne puisse les retenir. Miles esquissa un sourire presque imperceptible.


— Te voir dans cet état n’est pas agréable non plus. S’il faut passer des nuits entières à travailler pour rendre sa liberté à Maya, je le ferai. Elle est chère à ton cœur, après tout.

— À mon cœur ? répéta Phoenix, clignant des yeux. Edgeworth, je ne pensais jamais te voir si sentimental pour moi.

— Hmph... grogna-t-il, agaçé. Ai-je mal compris quelque chose ?


Il était sérieux et Phoenix se ressaisit dans l'immédiat. Il fixa devant lui la route avec un air paisible sur le visage.


— Tu me fais penser à Pearls à parler comme ça, dit-il avec un sourire. Mais je crois que tu t'imagines des choses quant à ma relation avec Maya.

— Que veux-tu dire ? il leva un sourcil.

— Nous ne sommes pas ce que tu penses. Elle est comme une sœur pour moi.

— Wright, s'empressa-t-il de dire sèchement, je crois que c'est toi qui as mal compris mon intention. Je ne sous-entendais pas une quelconque relation entre elle et toi. Depuis le temps qu'on se connait, tu devrais savoir que ce n'est pas mon genre de m'immiscer dans la vie privée des gens.


Phoenix était maintenant embarrassé d'avoir mal compris son intention.


— Désolé… j’ai mal interprété. Je voulais juste être sûr.


Il rit nerveusement en détournant son regard de nouveau vers la fenêtre pour cacher ses joues qui avaient légèrement rougies. Miles était du genre introverti et ne cherchait jamais à savoir le moindre ragot sur quelqu'un. Il vivait sa vie et les autres vivaient la leur. Une qualité que Phoenix appréciait. Avec lui, n'importe quel secret était précieusement préservé loin des oreilles curieuses.


D'un coup, la voiture s'arrêta. Ils étaient finalement arrivés à la gare. Le temps avait passé si vite. Phoenix mit sa main sur la portière pour l'ouvrir et se tourna vers Miles pour le remercier du détour.


— Merci, Edgeworth. Appelle-moi, s'il y a quoique ce soit.

— Bien sûr, Wright.


Ils se regardèrent un instant. Phoenix adoucit ses traits de visage un court moment juste avant de sortir et de fermer la porte. Miles sentit une certaine chaleur sur le sien. L'expression faciale de l'avocat en bleu était différente qu'à l'habitude. Il n'arrivait pas à mettre le doigt sur cette différence qui lui était troublante. Il tenta de penser à autre chose et se mit en route pour rencontrer Maya au centre de détention.


6 octobre, 10h37

Centre de détention

Parloir


Le procureur pénétra dans la pièce toujours aussi peu chaleureuse. Il salua d'un mouvement de tête le policier qui s'y trouvait. Le centre de détention était encore aussi froid. Les murs gris semblaient absorber les sons et avaler les espoirs des détenus gardés ici. Une lumière blanche crue rendait les visages plus pâles qu’ils ne l’étaient réellement. N'importe qui aurait envie de quitter les lieux dans l'immédiat. Venir ici lui rappelait toujours la fois où il se trouvait de l'autre côté de la vitre. Un souvenir qui lui laissait un goût amer dans la bouche. Un souvenir qui lui rappelait son mentor Manfred von Karma. L'homme qui avait assassiné son père et qui avait tenté de lui faire croire qu'il était coupable de sa mort. C'était maintenant du passé mais le procureur ne pouvait s'empêcher de ruminer par moments. Miles prit place face à la vitre épaisse et attendit, les bras croisés, l'arrivé de la détenue qu'il était venu visiter. Après quelques minutes, Maya entra rayonnante, malgré les circonstances.


— Nick !


En voyant l'homme en rouge devant elle, son élan s’interrompit net. Elle croyait voir Phoenix et non Miles.


— M. Edgeworth ?


Elle était surprise mais pas déçue. Elle connaissait l'homme depuis quelques années déjà et avait appris à l'apprécier. Au début, elle ne l'aimait peu car elle le trouvait snob et méchant mais, depuis l'affaire où il était suspecté de meurtre, Miles avait démontré un développement incroyable de sa personne. Depuis, elle pouvait le compter parmi ses amis.


La jeune femme s'installa sur la chaise et sourit de nouveau devant sa visite inattendue.


— Bonjour, Maya.

— M. Edgeworth ! Alors, comment avance l'enquête ?

— J'oserais dire plutôt bien, il décroisa ses bras pour sortir des feuilles de sa malette. Je sais que tu t'attendais à voir Wright mais il est parti au village poursuivre l'investigation.


Elle hocha la tête, enthousiaste malgré les menottes invisibles que représentait cet endroit.


— Ce n'est pas un problème du tout, M. Edgeworth. Je suis même contente de vous voir !


Excitée, elle porta ses mains ensemble en lui montrant son plus beau sourire. Miles, curieux, la regarda un instant et lui posa une question en penchant légèrement sa tête sur le côté.


— Oh ? Je suis ravi de l'entendre. Avais-tu quelque chose à me dire spécifiquement ?


Elle se calma un instant pour le regarder dans les yeux.


— C'est bientôt l'anniversaire de Nick !

— Son anniversaire ?

— Oui ! Et... je ne sais pas si je vais être encore coincée ici quand ce sera le grand jour...


Ses épaules s'affaissèrent. Maya était déçue à l'idée de manquer l'anniversaire de son ami. Le procureur observa son expression. Derrière son énergie habituelle, il y avait une peur bien réelle. Miles était venu la visiter pour discuter de l'enquête mais il voyait bien sa grande déception. Il tenta de lui remonter le moral en discutant un peu plus du sujet.


— Dis-moi, il est né quel jour ?

— Le onze octobre ! elle se redressa. Il aura vingt-sept ans, comme vous !

— C'est bientôt, en effet.


Miles croisa les bras en tapant son index contre son avant-bras, une habitude qu'il avait lorsqu'il réfléchissait.


— Si jamais le procès se rallonge de nouveau jusque là, aimerais-tu que je lui offre quelque chose de ta part ?

— V-Vous feriez ça ? demanda-t-elle, surprise.

— B-Bien sûr. Est-ce si étonnant ?


Il avait légèrement détourné le regard en prononçant ces mots, comme si cette proposition relevait d’un simple devoir logique. Pourtant, le léger accroc dans sa voix trahissait autre chose, c'est-à-dire une attention sincère qu’il n’avait pas l’habitude d’exprimer. Les yeux de Maya brillèrent aussitôt, captant la lumière des néons au-dessus d’elle.


— Je ne crois pas, non... elle lui fit un sourire narquois. C'est juste que je ne m'attendais pas à cette offre. Et, honnêtement, je n'ai pas vraiment réfléchi à ce qu'aimerait recevoir Nick comme cadeau.


Son regard se perdit vers le plafond, comme si l’idée pouvait s’y matérialiser. Le silence qui suivit ne fut troublé que par le froissement discret des papiers que Miles tenait entre ses mains.


— Je vais voir ce que je peux faire, déclara-t-il finalement, d’un ton plus posé.

— Vraiment ?! Merci beaucoup !


Son enthousiasme réchauffa l’air austère du parloir. Miles la regarda un instant, un sourire subtile aux lèvres. Maya et Phoenix se ressemblaient légèrement dans leur attitude. Ils avaient beaucoup d'énergie les deux. D'un coup, le sourire de la médium se fit plus fragile, comme si elle venait de réaliser quelque chose de négatif.


— Je sais que Nick se sent seul... elle le regarda tristement. Il ne nomme pas souvent ses inquiétudes mais je le connais et je sais qu'il n'est pas bien...


Miles releva les yeux vers elle, attentif. Il reposa lentement les feuilles devant lui, comme si l’enquête pouvait attendre quelques secondes de plus.


— Nick n’est pas du genre à demander de l’aide, poursuivit-elle. Il agit toujours comme s’il devait tout porter sur ses épaules. Alors, quand j’ai appris que vous alliez l’aider dans l’enquête… j’étais tellement heureuse.


Les yeux de Maya dérivèrent sur le côté. Un timide sourire se dressa sur son visage, alors que ses doigts se nouaient entre eux.


— Vous êtes important pour lui. Vous n'avez pas idée à quel point... murmura-t-elle.


Les mots flottèrent entre eux. Ils résonnèrent dans la tête du procureur qui resta immobile. Il savait que Phoenix tenait à lui. Il le percevait dans sa confiance et dans sa manière d’être plus détendu en sa présence. Mais l’entendre formulé par quelqu’un d’autre avait un poids différent. C’était une confirmation extérieure, presque tangible, que leur lien dépassait les simples rivalités d’autrefois. Ils avaient développé une relation sincère et importante. Le sentiment était mutuel aux deux hommes.


— Comme vous le savez, continua Maya, ce qui a poussé Nick à étudier en droit… c’était de vous retrouver.


Miles sentit son souffle se suspendre, comme s'il n'arrivait plus à remplir ses poumons d'oxygène.


— Il disait qu’il voulait vous sauver.

— O-Oui… nous en avons déjà discuté, répondit-il, un peu trop vite.


Maya remarqua ses joues prendre une teinte rosée. Elle écarquilla les yeux. Jamais elle ne l'avait vu embarrassé ainsi.


— M. Edgeworth ?

— Hmph ?

— J-Je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise, précisa-t-elle. Désolée. Parlons plutôt de la raison de votre visite.


Il se racla la gorge en redressant ses épaules, comme pour retrouver son aplomb habituel.


— N-Non. Je ne suis pas inconfortable. J’affectionne particulièrement mon amitié avec Wright et j’apprécie que tu me le confirmes.


Cette confession, simple mais honnête, laissa Maya sans voix une seconde. L’air sembla se charger d’une tension nouvelle. Elle n'était pas désagréable mais inhabituelle. Miles n’était pas homme à parler d’émotions.


— Il n’y a pas de quoi, M. Edgeworth, répondit-elle finalement avec douceur. Alors, de quoi vouliez-vous me parler ?


Reconnaissant, presque soulagé, Miles revint à un terrain qu’il maîtrisait : l'enquête et ses faits. Il souleva une feuille.


— Que faisais-tu la nuit du meurtre, Maya ?

— Eh bien... elle porta une main à son menton. Je n'arrivais pas à dormir. J'avais envie de m'entraîner un peu plus. J'ai quitté le manoir pour rejoindre un sanctuaire.

— Vers quelle heure es-tu allée dans ce sanctuaire ?

— Il devait être environ une heure du matin. Je ne suis pas certaine... J’ai pris une lampe à l’huile avec moi. Il faisait complètement noir, sauf quand la foudre éclairait le chemin pendant une seconde.


Ses yeux semblaient revivre la scène. Elle faisait de son mieux pour se remémorer les événements.


— Je n’ai vu personne. Je me suis entraînée… peut-être deux heures.

— Quelqu’un est-il entré pendant ce temps ?


Elle secoua sa tête de gauche à droite.


— Pas à ce que je sache, répondit-elle. En même temps, j'étais tellement concentrée que peut-être je n'ai pas entendu quelqu'un rentrer.

— Et ton collier, l'avais-tu à ce moment ?

— Mon collier...


Elle leva les yeux vers le plafond, fouillant sa mémoire. Les secondes s’étirèrent. Puis, elle s'exclama :


— Ah !


Miles se redressa aussitôt sur sa chaise. Elle l'avait pris par surprise.


— Je ne l'avais pas ! dit-elle.

— Tu l'avais rangé ?

— Je l'ai laissé sur ma table de nuit, comme toujours.

— Qui a accès au manoir ?

— Beaucoup de gens… Le manoir sert aussi d’école pour les futurs médiums. Les élèves vont et viennent. Même des touristes peuvent entrer dans certaines zones.

— Donc, des élèves et des touristes peuvent y entrer et y sortir comme ils le veulent ?


Elle hocha la tête. Miles croisa ses bras. C'était difficile de pointer du doigt un coupable dans cette histoire. Il y avait trop d’entrées et trop d’opportunités. L’affaire s’épaississait.


6 octobre, 12h35

Village Kurain


Le vent balayait les allées du village, soulevant des feuilles humides qui se collaient aux pierres. L’odeur persistante de pluie et de bois mouillé imprégnait l’air. Phoenix se tenait devant la porte du dortoir des gardiennes de nuit. Il cogna à celle-ci du revers de la main et attendit un court moment. Une femme lui ouvrit la porte. Il reconnut l'individu devant lui. C'était Hana Fey, toujours vêtue de son accoutrement noir.


— M. Wright ? Que nous vaut votre visite ?

— Bonjour, Mme Fey. Vous êtes justement la personne que je souhaitais voir.


Sceptique, son regard se fit plus distant.


— Désolé, M. l'Avocat mais je dois me reposer avant cette nuit.


Elle tenta de refermer la porte, mais Phoenix posa doucement la main contre le bois.


— Il faut que je vous parle.


Il ne sourait plus. Son regard était ferme et chargé d'une détermination rare. Elle le regarda un moment, puis s'avança pour sortir dehors. La gardienne ferma la porte derrière elle et l'invita à marcher. L'avocat la suivit de près. Ils commencèrent à avancer le long du sentier bordé de lanternes éteintes. Hana enfouit ses mains dans ses manches.


— Je vous écoute, M. Wright.

— Où étiez-vous la nuit du meurtre ? demanda-t-il directement.

— N'avons-nous pas déjà eu cette conversation ? Je patrouillais.

— Où exactement ?

— Près des portes du village jusqu'au dortoir.

— Qui patrouillait la zone du sanctuaire ?

— C'est une rotation, vous savez. Nous sommes plusieurs à être passées par là.


Phoenix inspira.


— Nous savons que l'incinérateur a été utilisé.


Elle ralentit le pas légèrement.


— ... Ridicule. En plein orage ?

— Il semblerait que quelqu'un ait tenté de brûler des preuves.


Il s’efforçait de garder un ton neutre, mais son cœur battait plus vite. Il soupçonnait Hana. Il en était presque certain. Pourtant, il ne pouvait pas se permettre d’accuser sans preuve.


— Mme Fey, la clé de la salle d’exposition est accessible aux gardiennes de nuit, n’est-ce pas ?

— C'est exact.


Le silence tendu qui s’était installé entre Hana et Phoenix fut brusquement brisé par une sonnerie aiguë. L'avocat sursauta légèrement. Il porta la main à la poche de son pantalon et y sortit son téléphone. Il jeta un coup d’œil à l’écran où le nom de Miles s’y affichait.


— Excusez-moi… dit-il à Hana, un peu embarrassé.


La gardienne inclina légèrement la tête, ses mains toujours enfouies dans ses manches sombres.


— Prenez votre temps.


Phoenix s’éloigna de quelques pas, jusqu’à un petit pont de bois qui surplombait un ruisseau étroit. L’eau coulait doucement, contrastant avec la tension qui lui comprimait la poitrine. Il inspira, puis accepta l’appel.


— Edgeworth ?


La voix du procureur, posée et nette, traversa l’écouteur.


— Wright, je ne viendrai pas au village, finalement.


Phoenix fronça les sourcils, légèrement déçu d'entendre cette nouvelle.


— A-Ah non ?


Un court silence, puis :


— Je suis au commissariat pour discuter avec le détective Gumshoe. Nous analysons certains éléments.


Phoenix se redressa instinctivement.


— E-Et Maya ? Elle va bien ?!


L’inquiétude perça sans qu’il puisse la retenir. Il serra le téléphone un peu plus fort, comme si la réponse dépendait de cette pression.


— Ne t’en fais pas pour elle, répondit Miles d’un ton plus adouci. Maya va très bien. Elle nous fait entièrement confiance.


Les épaules de Phoenix s’affaissèrent aussitôt. L’air sembla revenir dans ses poumons d’un coup.


— Heureux de l’entendre… murmura-t-il. Merci de lui avoir rendu visite, Edgeworth.


Il y avait dans sa voix une sincérité simple et presque vulnérable.


— Il n’y a pas de quoi, répondit Miles. Je tiens quand même à ce qu’on se voie ce soir pour préparer le dossier.


Phoenix releva les yeux vers les toits du village, puis les montagnes qui l’entouraient.


— Évidemment. Tu veux venir à mon cabinet ?

— Je propose à ta résidence ou la mienne. Je ne souhaite pas travailler le ventre vide toute la nuit.


La remarque, prononcée avec sérieux, arracha à Phoenix un léger sourire. Mais derrière ce sourire, une sensation étrange s’installa dans son ventre. Ils se connaissaient depuis des années. Ils avaient affronté des procès, des mensonges et des drames mais, pourtant, jamais ils n’avaient franchi la porte du domicile de l’autre. Leurs mondes privés étaient restés à distance, comme protégés par une frontière tacite. L’idée que cette frontière disparaisse ce soir le troubla plus qu’il ne l’aurait cru.


— Tu peux venir chez moi, finit-il par dire. Je cuisinerai des nouilles instantanées. La grande gastronomie !


Il rit, tentant de masquer la nervosité qui se glissait dans son ton. Un soupir dramatique se fit entendre à l’autre bout du fil.


— Wright… Viens chez moi. Je tiens à ne pas développer de calculs rénaux par ta faute.


Phoenix éclata de rire, le son résonnant doucement au-dessus du ruisseau.


— Très bien, M. Le-Procureur-Exigeant.

— Nous travaillerons efficacement, il marqua une pause. Et correctement nourris.

— J’ai hâte de voir ça, répondit Phoenix avec un sourire.


En raccrochant, il resta un instant immobile, le téléphone encore dans la main. Le vent soulevait légèrement ses cheveux sombres et le village semblait plus silencieux que quelques secondes auparavant. Il était curieux. Vraiment curieux. À quoi ressemblait la résidence de Miles Edgeworth ? Était-elle aussi impeccable que son bureau ? Aussi ordonnée que ses dossiers ? Son cœur battit un peu plus vite à cette pensée. Il avait hâte de travailler avec lui. Et, étrangement… il était aussi nerveux qu’avant un verdict.

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