L'Éclipse des Égarés - Tome 1 : L'Aube
De nos jours
La shérif adjointe Grayson était penchée sur son bureau, un verre à la main. Une petite lampe éclairait faiblement la paperasse qui s’offrait à elle. Le doux grondement de l’orage la berçait, l’obligeant à redoubler d’efforts pour se concentrer.
On toqua à la porte.
- Entrez, maugréa-t-elle de sa voix âpre.
Qui pouvait bien venir la déranger à une heure si tardive ?
L’officier Turner pénétra dans la pièce faiblement éclairée, la poitrine gonflée et la tête haute. Sa peau sombre se mélangeait à son uniforme bleu marine. Grayson roula des yeux. Espérons, songea-t-elle, qu’il ait quelque chose d’important pour se pavaner comme paon.
- Qui a-t-il ?
- Madame, je ne vous dérangerais pas si ce n’était pas urgent. Mais j’ai du nouveau sur l’affaire.
- Montrez-moi.
Le jeune pacifieur posa un dossier sur le bureau.
- Il y a cinq jours, alors que je les surveillais sous couverture, y’a eu du mouvement. J’ai pas trop suivi ce qui se passait, mais j’ai renforcé la surveillance un peu partout. Et hier, par hasard, j’ai réussi à avoir ça.
- Vous ? Vous étiez seul ? demanda Grayson, sceptique.
- Euh…non, mais je veux dire c’est moi qui ai eu l’idée.
- Hmm. Bien sûr.
Il ouvrit le dossier et en sortit une multitude de clichés photographiques. On y voyait une boutique, un homme dans la trentaine, avec de grands favoris. Il portait de grosses caisses marquées de symboles bien connus de l’enquête. Sur d’autres, il échangeait des poignées de main avec des hommes au profil douteux.
- Vous voyez ? Ça y est, on les tient ! On a enfin les preuves qu’on cherchait !
- Calmez-vous, ça ne prouve rien du tout. On est sûr de rien.
Sous le choc, Grayson observa méticuleusement chaque cliché. On y voyait tout : les caisses avérées être de contrebande ; le groupe d’hommes qu’elle faisait suivre depuis un moment. Tout cela menait à penser que cette boutique était un lieu de transition de la marchandise. Depuis tout ce temps, elle n’avait eu que des bribes de leur organisation. Aucune source fiable, aucune preuve sûre. Maintenant, si elle parvenait à obtenir plus d’informations, voire qu’elle organisait une descente surprise dans cette boutique, elle parviendrait sûrement à les prendre la main dans le sac. Alors c’en serait fini. Justice serait faite.
- Mais bien sûr que si ! Regardez ! Tout le prouve ! Ils méritent qu’on les chope !
Pour autant, Grayson sentait un petit pincement dans sa poitrine. Ces derniers temps, ses investigations n’avaient fait qu’exacerber les tensions. Elle n’était pas naïve. Elle sentait bien que tout cela n’amènerait que des ennuis supplémentaires. Or, son rôle était de maintenir la paix, au profit des deux cités jumelles.
Que donc faire ?
Face à l’absence de réponse de sa supérieure, l’officier reprit :
- Alors, on fait quoi ? On les arrête ?
- Je ne sais pas… Il faut que j’en parle au shérif. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.
- Quoi ?! Mais ces pouilleux trafiquent juste sous notre nez et on laisse faire sans rien dire ? On doit agir, leur rappeler qui commande.
- Si y’en a un qui a besoin qu’on lui rappelle qui commande, c’est bien vous, officier, gronda Grayson. Souvenez-vous à qui vous vous adressez. Si je vous demande d’attendre, vous attendez. Continuez à surveiller et à relever leurs allers et venues. Nous allons nous en occuper, mais attendons le bon moment. Est-ce bien clair ?
- Oui, Madame, prononça Turner à contre-cœur.
- Bien. Vous pouvez disposer.
Avant qu’il ne disparaisse derrière la porte de la pièce exiguë, Grayson l’interpella une dernière fois :
- Je veux davantage d’informations. Quand vous reprendrez votre service, retournez observer cette boutique. La boutique de…, tenta-t-elle de lire sur les photos, chose impossible sans ses lunettes.
- La Boutique de Benzo, Madame.