Marcheuse de rêve

Chapitre 9 : Les mots

3339 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 14/12/2025 22:44

Illustrations liées à l’histoire, à découvrir sur le Forum (Attention Spoilers !) : 

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Cher journal : Cela fait bien trois semaines que je suis sur Pandora. Et tout se passe plus ou moins bien. J’ai réussi à communiquer, enfin. Les Na’vis me trouvent un peu bizarre, c’est un point commun avec les gens de la Terre.


Engager la conversation

 

He me réveillais pour le 4ème jour sur Pandora.

 

En fait il faisait déjà jour et Fleur avait quitté sa couche. Mais elle était là dehors à m’attendre et se dirigea vers moi lorsqu’elle vit que j’avais repris mes esprits.

 

Elle me donna des choses à manger et puis on alla faire notre toilette dans l’étang. Qu’est ce qu’ils passaient comme temps à se toiletter et à se coiffer mutuellement ! Mais c’était agréable aussi.

 

Je suppose qu’ils devaient communiquer mais si je voyais leurs auras vibrer et chanter, je ne comprenais toujours rien. Pourtant ils avaient chacun une bouche et une langue. Peut être que je devrais essayer d’engager la conversation.

 

« Doigt » dis je en montrant un des mes doigts à Fleur.

 

« Doigt… Doigt… Bon Main… Main…Bras… Bras… »

 

Fleur se demanda un moment ce que je faisais. Puis elle comprit.

 

Elle montra mon doigt et dit « Oi ».

 

- Doigt

 

- Oi

 

- D… oigt.

 

- D.. Oi.

 

- Doigt

 

- Doigt.

 

Ca y était, elle avait dit un mot ! Elle pouvait parler !

 

Ensuite j’essayai de faire un jeu. Elle montrait un truc, je lui disais le mot. Je disais un mot, elle me montrait le truc. Fleur était très enthousiaste et faisait de gros efforts pour assimiler mon langage. Je donnais des noms Na’vis du film aux choses de Pandora comme les Ikrans – du moins les quelques mots de Na’vi que je connaissais. Mais le reste c’était de la langue terrestre.

 

Vins un moment le temps de se nommer.

 

Mon prénom humain étant naze, j’ai pensé à la Neytiri des films. Alors je me nommais désormais ainsi. A chaque monde son nom.

 

Nommer les gens est un concept que Fleur eu du mal à comprendre. Elle ne semblait pas avoir de nom. Surtout que Fleur était aussi le nom des fleurs, enfin les plantes. Mais elle a réussi à comprendre et à accepter ce nom.

 

Je me souvenais qu’il fallait 1500 mots pour pouvoir converser correctement. En une matinée Fleur en avait déjà assimilé une centaine. En quelques jours ce serait bon.

 

Et peut être pour les autres membres du clan aussi car je sentais qu’on était écouté même si ils ne le montraient pas.

 

 

Les jours suivants, je poursuivi avec constance l’apprentissage du langage à Fleur.

 

En même temps je me baladais avec elle autour du village. Elle me montrait tout un tas de choses que moi aussi j’apprenais et essayais de nommer. Toutefois les plantes et les animaux étaient tellement nombreux que je saturais.

 

Fleur était une gentille fille, toujours prévenante, attentive et disponible. Elle m’avait aussi appris à faire plein de chose comme la cuisine, tailler des couteaux dans des coquillages, tresser des paniers et aussi faire des nattes.

 

J’aurais bien voulu entrer en contact avec les autres membres du clan mais ils se montraient toujours aussi distants. Même les enfants. Apparemment ils me considéraient avec une certaine méfiance. Mais je comprenais bien qu’ils puissent me trouver bizarre.


Gérer la double vie

 

Je m’étais habitué à ma nouvelle routine. Le jour à Anaonbourg, la nuit dans mes rêves sur Pandora.

 

Franchement je préférerai Pandora mais il fallait bien subir les journées sur Terre ou j’agissais comme un robot. Avaler mes repas mécaniquement en parlant un minimum avec Tante Marthe qui de toute façon n’était pas très loquace. Aller et l’école sous la grisaille et avec les odeurs de gaz d’échappements. Suivre des cours à mourir d’ennui mais en faire juste assez pour ne pas avoir de problèmes. Je ne parlais à personne, je ne cherchais pas à nouer de relations. Mon esprit était trop absorbé par mon rêve.

 

On me considérerait comme venant d’une famille bizarre. Donc les autres n’étaient pas plus surpris que ça de mon comportement.

 

Mais au fond de moi je savais bien que ce n’était pas normal. Même si depuis mon aventure au château, il n’y avait pas eu d’autres événements bizarres, je glissais sur la pente de Morgane… Et si le rêve sur Pandora tournait au cauchemar ? Et si ce n’était pas un rêve mais une autre réalité ? Un monde parallèle ou j’avais une deuxième existence ? Dans ce cas je ne devais pas prendre mon existence sur Pandora à la légère ?!

 

Trop de questions… Je ne préférai pas creuser plus loin.


Le temps des questions

 

Lorsque j’ai jugé que Fleur avait assez progressée dans la maîtrise de la langue, je suis passé au temps des questions.

 

- Fleur.

 

- Oui, Neytiri.

 

- J’ai oublié une bonne partie de mes souvenirs…

 

J’ai feins l’amnésie pour ne pas trop en révéler sur moi. Ce n’était pas tout à fait un mensonge car j’aurais été bien incapable de justifier ma présence ici. Je poursuivais :

 

- Comment tu fais pour communiquer avec les autres gens ?

 

- Chose bizarre pour nous. Toi vois pas.

 

- Comment je devrais voir ?

 

- Toi nommer choses, gens, animaux, arbres… Nous pas comme ça. Nous ouvrir pensées autres.

 

- Je ne comprends pas bien ? Comment ça se ressent ?

 

- Moi penser à chose pour autres et autres voir dedans têtes.

 

- Tu veux dire que tu penses à… cette écuelle par exemple en ouvrant ton esprit. Et les autres voient cette écuelle. C’est ça ?

 

- Oui. Toi pas voir comme si Kuru coupé. Mais Kuru toi vivant. Impossible de voir en toi. Impossible connaître quoi tu penses.

 

J’avais appris à Fleur le mot « Kuru » des films pour désigner la natte avec les filaments. Ainsi ils communiquaient bien par la pensée via ce Kuru. C’était bien commode mais effectivement il valait mieux éviter les mauvaises pensées ! Et s’ils étaient habitués à voir les intentions des autres, ne pas voir les miennes était déstabilisant voire inquiétant.

 

- Dis-moi encore Fleur, tu peux voir dans les animaux, les arbres ?

 

- Voir choses simples dans animaux. Voir… euh… vagues… non… respiration… tous arbres et animaux. Chanson de lumière du monde.

 

- Je ne comprends pas bien.

 

- Tous animaux, Na’vis, arbres, poissons unis dans un chant de lumière. Comme feuilles suivent vent.

 

- Hmmm… Et pourquoi doit-on faire le lien avec le Kuru si on peut voir les animaux ?

 

- Lien est pour voir dedans. Au fond. Et pour donner caresses.

 

- Et pourquoi le lien que j’ai fait le Toruk l’a... tué ?

 

- Ton lien trop de colères. Lien caresse, pas colère. Colère tué Toruk. Toi avoir tête qui tue. Rare.

 

Ainsi ce n’était pas aussi facile que dans les films. On fait le lien et pouf, c’est magique, la bestiole est à toi. Les choses étaient un peu plus compliquées en ...vrai... ? ... !

 

- Il faut que je maîtrise le lien. Apprends-moi !

 

- Oui. Faut faire petit à petit.


La Plante du Bonheur

 

Cette fois on s’est éloigné assez loin du village. Fleur me disais de la suivre pas à pas. Apparemment il y avait des endroits à éviter et les chemins les plus directs n’étaient pas les plus sûrs. Il a fallu franchir plusieurs falaises mais je me débrouillais très bien en escalade. Les pieds préhensiles sont aussi très pratiques pour ça.

 

Fleur s’arrêta dans un endroit qui n’avait rien d’extraordinaire, une grosse branche horizontale qui surplombait le sol.

 

- Tu vois ?

 

 

- Je vois quoi répondis-je ?

 

- Plante qui chante.

 

Effectivement je voyais, poussant sur la branche, une plante qui ressemblait à une fleur quasiment sphérique aux pétales épais d’un rose tachée de blanc. La fleur était entourée de grosses tiges tubulaires de la même teinte. Elle était si grosse que j’aurais pu entrer dedans. Autour d’elle il y avait une aura. Et jusqu’ici je n’avais jamais vu de plantes avec une aura.

 

- Je vois sa lumière. J’entends son chant. Comme pour les Na’vis, comme pour les animaux. Mais je ne comprends pas.

 

- Assis à coté et fait lien. Pense rien. Vois seulement.

 

Une fois assise en tailleur auprès de la fleur, j’approchai l’extrémité de mon Kuru d’une des tiges. Le chant devient plus fort et mes filaments furent comme aimanter par la tige. Et ils s’enroulèrent autour.

 

Je fermai les yeux en faisant le vide dans mes pensées.

 

Au départ il n’y avait qu’un chant semblable à un bruit de machine mais en plus mélodieux. Puis je vis de la lumière, des formes bizarres. Et puis des sensations, comme des frissons ou des caresses. Des odeurs aussi.

 

Mais la voix de Fleur se fit entendre :

 

« Maintenant pense chose que tu aimes le plus fort. »

 

Qu’est ce que j’aimais le plus fort ? Mes parents qui étaient morts ?!

 

Et je pensais à papa et maman tels qu’ils étaient lorsque je les avais vus la dernière fois. Mais curieusement ils m’apparurent sous la forme de Na’vis. Je reconnaissais malgré tout leurs traits.

 

Je me vis alors avec eux dans la forêt de Pandora. Je reconnaissais pourtant la situation, j’avais vécu cette sortie en famille, mais dans mon souvenir ça se passait sur Terre.

 

J’étais troublée et pourtant je ressentis un torrent de sensation de plénitude et de bonheur de pouvoir les revoir.

 

Puis tout s’évanouie progressivement dans un tourbillon de caresses.

 

 

Lorsque j’ouvris les yeux, tout s’était éteint mais j’étais bien. La fleur s’était refermée et j’étais recouverte d’une fine poussière blanche. Mon kuru se détacha de la tige et la fleur avait perdu son aura.

 

 

- Moi vu en toi me dit Fleur. Parents à toi. Eux morts.

 

- Oui… Humm…

 

- Toi peux faire lien.

 

- C’était quoi cette plante ?

 

- Plante du bonheur. Donne bonheur et le renvoi autour. J’ai vu. En échange tu dois distribuer pollen.

 

 

On est alors retourné vers le village. Je ne savais pas trop quoi penser de cette expérience. C’était si bizarre. Pourquoi mes parents étaient-ils apparus sous la forme de Na’vis ? J’avais peut être eu une existence parallèle dans ce monde avant que nos âmes fusionnent ? Mais pourquoi j’avais perdu la mémoire de ce qui c’était passé ici et pas sur Terre ? Trop de questions encore. Mais les réponses viendraient sûrement un jour !


1er râteau

 

Sur le chemin du retour Fleur poursuivi mon initiation sur le lien. Pour se lier avec des animaux nobles comme les Ikrans, il fallait une longue préparation. Il était nécessaire d’apprendre et de comprendre leur chant. Seulement ensuite, on pouvait faire le lien. Ce n’était donc pas aussi « simple » que dans les films.

 

D’ailleurs Fleur m’a appris qu’elle avait échouée à dompter les Ikrans. Elle avait été donc condamnée à rester au statut d’enfant toute sa vie. Aucun compagnon ne voudrait d’elle. Fleur en était très triste mais avait pris sur elle de faire toutes les tâches ingrates pour servir le clan malgré tout. Je devais faire parti de ces tâches ingrates.

 

Alors j’ai eu une idée pour améliorer ma maîtrise du lien :

 

- Fleur. Penses tu que je pourrais faire le lien avec toi directement pour m’améliorer ?

 

- Non ! Pas possible.

 

Voyant mon embarras, elle essaya de se justifier.

 

- Neytiri. Lien possible père, mère, enfants. Lien possible Tsahik. Lien possible frère esprit. Lien pas possible sans ça. Lien fait entrer dans esprit. Grande confiance seulement possible.

 

- Tu ne me fais pas confiance Fleur ?

 

- Pas confiance non… Moi savoir toi triste… Moi triste te voir triste…

 

- Je comprends ton point du vue… Je suis bizarre… Merci au moins de dire ce que tu penses.

 

- Essayer cacher pensées impossible. Celui cache pensée devient malade.


Mythologie Na’vi

 

Les jours ont passés et j’ai appris plein de nouvelles choses et Fleur a améliorée sa maîtrise de ma langue. Par contre je ne pouvais toujours pas voir en eux ni eux en moi.

 

Elle m’avait fait prendre des plantes plus ou moins hallucinogènes censé m’ouvrir l’esprit. Ce fut un échec total. Mon corps était atteint par ces drogues mais pas mon esprit qui restait clair en toutes circonstances. C’était assez déconcertant comme si mon esprit était séparé de mon corps…

 

 

La vie des Na’vis était rythmée par le « Chant du Monde ». C’est lui qui disait quand ils pouvaient avoir des enfants. Non pas de faire l’amour mais quand cet amour serait fertile. Ainsi il y avait des vagues de naissances qui succédaient à de longues périodes stériles.

 

J’ai demandé à Fleur si le « Chant du Monde » était « Eywa ». Elle m’a répondu que ça correspondait à la description de la Déesse des Na’vis. Elle m’a aussi dit qu’il y avait les fameux « arbres des voix », lieu ou on entrait directement en contact avec la Déesse. Mais je n’étais pas autorisée à aller les voir.

 

Leur croyance était basée sur une trinité. Le Monde du Milieu, des arbres, des animaux et des Na’vis, le monde d’Eywa en somme. Le Monde du Dessous, celui de la mer avec toutes ses créatures mystérieuses des grands fonds qui n’obéissaient pas à Eywa. Le Monde de Dessus, celui du « Grand Œil » et des étoiles, ce « Grand Œil » étant Polyphème, la planète mère géante omniprésente de jour et surtout de nuit.

 

En fait la planète géante bougeait dans le ciel et la moitié de l’année elle disparaissait à l’est pour réapparaître une demi-année plus tard à l’ouest. Une année durait environ 247 jours pandoriens.

 

Le monde d’Eywa vivait sous la menace constante d’être avalé par le Monde du Dessous. Et parfois des pans entiers du continent sombraient dans les flots, engloutissant toutes les créatures qui vivaient dessus.

 

 

Les Na’vis d’ici avaient un récit de la création. Leurs ancêtres étaient des poissons qui venaient du Monde du Dessous, des Abysses. Mais des démons avaient tellement souillés le Monde du Dessous que les Na’vis avaient été obligés de fuir sur le Monde du Milieu. On pouvait voir cet héritage chez les nouveau-nés. Ils avaient encore certaines caractéristiques aquatiques et notamment une queue bien plus massive qui s’amincissait rapidement en quelques mois.

 

Les Na’vis avaient une grande peur que les démons du Monde du Dessous surgissent un jour des flots et viennent ravager leur monde. D’ailleurs on pouvait voir, assez rarement toutefois, remonter des objets bizarres à la surface de la mer. Je me rappelais que lorsque j’étais arrivée ici, je suis moi aussi sorti de la mer. Et si j’étais sans le savoir une créature du Monde du Dessous envoyée ici… en espionne par exemple !

 

Je me disais aussi s’il y avait la RDA ou quelques choses d’humains ici. Je ne l’ai pas demandé directement mais en tous cas Fleur n’avait jamais entendu parler de démons venant du Monde du Dessus.

 

Il y avait bien eu un événement étrange il y a quelques années avec de faux Na’vis démoniaques. On les reconnaissait facilement, ils avaient cinq doigts. Quand elle m’a dit ça, instinctivement, j’ai regardé ma main. Elle avait bien quatre doigts, ouf ! Car apparemment ça c’était mal passé avec eux et ils avaient fuis vers les îles boréales, loin d’ici et loin d’Eywa.

 

 

Lorsque j’ai demandé son âge à Fleur, elle me répondit qu’elle avait 67 années, pandoriennes bien entendu. Ca faisait combien en années terrestres ??? Je lui ai demandé de préciser en me donnant une référence, par exemple l’age ou on devient adulte ici. Et bien c’était 24 ans. Donc Fleur était déjà âgée, équivalent à un humain de 50-60 ans, mais ça se voyait guère à part peut être le nombre de discrètes cicatrices sur son corps.

 

La doyenne du clan avait 278 ans ce qui devait faire dans les 220 ans ! Mais c’est un age tellement impensable pour un humain que la comparaison n’était plus très significative. Elle avait l’air jeune et vigoureuse. Mais elle portait aussi pas mal de cicatrices et son attitude était particulièrement hautaine. Son collier indiquait qu’elle avait eu 14 enfants avec 3 compagnons successifs, un record. Il indiquait aussi qu’elle avait participé à près de 300 chasses héroïques et qu’elle avait tué 3 Na’vis. Le clan lui portait un grand respect.

 

Fleur m’expliqua que l’âge ne dégradait pas les corps. Les membres sectionnés pouvaient même repousser. Les Na’vis mourraient pourtant d’accident ou de prédation et parfois d’un « homicide ». Un certain nombre se suicidait quand ils avaient eu un comportement honteux et aussi lors de la perte de leur compagne ou compagnon. Car les couples étaient stables et fusionnels.

 

J’ai fini par demander quel était l’avis du clan à mon sujet. Sans surprise, j’étais une énigme pour eux. Un être sans passé, les détails de ma peau indiquait l’age d’un jeune enfant. Mais j’avais montré une impressionnante vaillance contre le Toruk de l’îlot. Et si je faisais mes preuves je pourrais devenir l’une des leurs. Restait quand même le problème de mon incapacité à voir mais il y avait une Grande Tsahik, loin d’ici, qui pourrait me soigner.

 

Fleur ajouta :

 

« Tu n’en a pas l’air consciente mais tu as aussi un grand atout. Tous les males célibataires ou veufs te regardent tu sais. Car tu sembles fertile alors que toutes nos femelles attendent parfois longtemps la permission d’Eywa. »

 

Cette dernière remarque me laissa sans voix tant mon esprit fut traversé par une succession d’émotions…

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