Marcheuse de rêve
Illustrations liées à l’histoire, à découvrir sur le Forum (Attention Spoilers !) :
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Cher journal : Je ne dirais pas aux agents pourquoi j’ai bien rigolé aujourd’hui. Mais c’était vraiment trop drôle et ça pourrait être utile en plus !
L’ermite
Et je me réveillai à Anaonbourg. On était fin août et c’était encore les vacances d’été. Les arbres avaient leur feuilles, les jours étaient longs et les températures agréables. Le Soleil perçait un peu plus les nuages, mais pas tous les jours, comme si cette foutue grisaille était coincée entre les falaises.
Pendant les vacances, quel était mon programme ? Et bien ne rien faire et éviter le plus les gens. Je restais le plus longtemps possible dans ma chambre. Tante Marthe me demandait de faire les courses de temps à autre. Justement…
- Mégane, y a plus de beurre ! Va en chercher avant que l’épicerie ferme !
- Oui ma tante.
- Tu devrais arrêter de grignoter et faire un peu d’exercice. Tu as encore grossie. Tu trouveras pas de mari correct si tu ressembles à une bouboule.
- Mmmm…
Toujours aussi sympa ma tante… Il fallait faire avec. Mais c’est vrai que Xurtu me trouverait sûrement bien moche. D’ailleurs je n’avais pas osé lui montrer mon apparence humaine…
Apparition
Je marchais dans la rue d’un pas pressé. Je baissais la tête espérant ne croiser aucune connaissance. Quasimodo était en vacances, enfin surtout occupé à vendre ses trucs sur les plages. Me retrouver dans son business ne plaisait pas vraiment et j’avais préféré resté ici malgré son invitation à le suivre.
Soudain j’éprouvais une drôle de sensation. Une présence… familière… dans mon corps… Dans ma tête…
« Tu me sens ? Je le perçois… Je vois ton monde… Je sens ses odeurs… J’entends ses bruits… Comme dans un rêve… »
« C’est toi Xurtu ? On a réussi alors ! »
« Je vais sortir… »
Sortir ? D’ou ?
Et Xurtu apparu à mes cotés. C’était stupéfiant et incongru de voir ce colosse bleu peu vêtu sur le trottoir étroit de cette ville grise. L’illusion était presque parfaite mais sa silhouette était un peu fantomatique. J’étais un peu gênée.
- Excuse-moi, je suis si mal apprêtée… Mais tu crois que les autres vont te voir ?
- Ca dépend.
- Comme ça, ça dépend ?
- Dans un rêve, ils pourraient me voir. Si ce n’est pas un rêve non. Toi seule pourras me voir car je serai uniquement dans ta tête. D’ailleurs je vois que je ne peux pas bouger les objets ici. Peu de chances qu’on me voit.
- Alors ce n’est pas un rêve ?
- Pas forcément. Ca peut être un rêve profond.
- Profond…
Mais des voix se firent entendre :
« Eh, regarde la folle ! C’est la copine de Quasimodo qui parle à un ami imaginaire ! Encore défoncée Bouboule ! »
C’étaient trois gars de l’école qui traînaient dans la rue. Et bientôt ils m’entourèrent.
« Alors Bouboule, ton copain a pas voulu t’emmener avec lui à la mer ? Il a eu peur qu’on voit tes bourrelets ! Tu vas faire les courses, hein ? Tu aurais pas des pièces pour nous ! »
Comme je ne répondais pas, un des gars me bouscula sans ménagement et me fit tomber. Je sentais la colère de Xurtu monter, son image était là, énorme, derrière ces sales gosses, mais impuissante.
« Réagit un peu ma femme ! Un tel manque de respect est impardonnable ! Mais ne pas répondre est encore pire ! »
Alors je me relevais en leur signifiant que j’allais leur donner mon argent. Mais au lieu de lui donner les quelques pièces, je donnais un coup de poing dans le ventre du plus méchant. Il fut surpris mais j’avais si peu de force que c’est à peine s’il recula.
« Eh ! Mais elle m’a tapé cette grosse ! Attends tu vas voir ! »
J’allais m’en prendre dix fois plus, c’était certain !
Je vis alors la main de Xurtu se poser sur la tête du garçon. Et soudain ce dernier fut pris d’une vive douleur qui le fit tomber au sol. Ses camarades se précipitèrent à son secours et j’en profitais pour m’éclipser.
Hors de portée, je vis le gars se relever comme encore un peu sonné. Xurtu était encore à mes cotés.
- Mais qu’est ce que tu lui as fait ?
- Une petite attaque électrique. A ma grande surprise ça a fonctionné !
- Tu peux interagir ici alors ?
- Oui et non c’est très bizarre. Enfin c’est bien, tu as réagit. Mais ton corps est faible ici. Tu devrais le renforcer.
- Je me sens si lourde et faible ici… J’aurais préféré que tu ne me voies pas comme ça.
- C’est ce qui arrive quand on ne fait rien. L’inaction ne fait que t’affaiblir encore un peu plus.
- Sans doute…
Le spectre farceur
Mais je n’ai pas oublié ma mission et j’ai été acheté le beurre. J’étais un peu en retard et j’ai du insister pour entrer. L’épicière était agacée même si elle n’était jamais aimable de toute façon.
« Tu penses qu’on est à ta disposition ! Nous aussi il faut qu’on mange ! Ta tante devrait savoir nos horaires, en plus elle a tout son temps. Elle a pas besoin de travailler avec la pension que lui a laissé son mari. Lui c’était un bosseur ! »
Xurtu qui était toujours derrière moi, trouvais la femme insupportable. Il franchit le comptoir et mis son index sur le postérieur de l’épicière. Et il lui envoya un petit choc électrique qui la fit sursauter brutalement.
Je ne pu m’empêcher de pouffer ce qui ne lui plu guère.
- Mais qu’est ce c’était ! Et tu trouves ça drôle ! C’est une farce ou quoi ?
- Non madame… J’ai… J’ai éternué.
Belle ou riche
En revenant vers la maison j’ai décidé de rallonger la balade avec Xurtu. Il y avait un lac bordé par une usine en ruine d’un coté et par une route passante de l’autre. On avait ménagé une promenade plantée de quelques arbres le long de ce lac, du coté de l’usine. Un des rares endroits un peu sympathiques de la ville.
C’était bizarre de me sentir si petite, je lui arrivais sous le nombril. Il aurait pu réduire la taille de son image mais je préférai le voir comme ça. Ses épaules avaient l’air encore plus énorme ! Malheureusement ce n’était qu’une image et je ne pouvais pas le toucher. C’était bien dommage…
Alors je me suis assise sur un banc, face au lac.
- Heureusement que tu ne vis pas ici. Si tu devais punir tous ceux qui m’ont manqué de respect, on aurait la moitié de la ville contre nous !
- Il y a plein de gens ici. Comment tu peux faire pour avoir leur respect ?
- Il faudrait que je sois belle ou riche.
- Belle ? Les gens ici ont quel critère de beauté ? Et riche, c’est quoi ?
- Quand tu es riche tu peux prendre pleins de trucs aux autres en échange de… chiffres. Et tu peux avoir une belle maison, de beaux vêtements, une belle voiture. Une voiture c’est une sorte d’Ikran mécanique qui roule. Mais pour être riche, c’est difficile quand on a pas de parents déjà riches. Car tout le monde veut être riche.
- Tu devrais fabriquer les trucs de riches ?!
- C’est trop compliqué, ils sont faits par des milliers de gens. Quant à être belle… On l’est ou pas. Et je ne le suis pas…
Et puis je n’ai plus le goût de vivre ici…
Je n’ai plus répit…
Je ne dors plus…
Je ne rêve plus…
Je ne sais pas combien de temps je pourrais tenir…
Et voilà je me mis à sangloter. A pleurer sur mon sort… J’avais honte de me montrer si faible.
Alors je sentis une caresse sur mes épaules. Mais pas une caresse habituelle, c’était comme un vague de petits picotements très agréables.
« Tu le sens, n’est ce pas ? »
C’était Xurtu qui passait sa main sur moi en faisant de petites étincelles. Ce n’était pas sa main que je sentais mais l’électricité.
« Je ferai tout mon possible pour te rendre ton existence la plus agréable possible, ma femme. »
J’aurais voulu l’enlacer mais c’était impossible ici. Alors il a continué à me caresser. Ce massage était si agréable…
Mais à un moment il s’arrêta. Son image faiblissait.
« Le lien va se rompre, je le sens… C’est déjà un miracle qu’il ait fonctionné si longtemps… A demain ma femme… »
Et l’image de Xurtu disparue comme un nuage de fumée. J’étais de nouveau seule à Anaonbourg. Encore la moitié de la journée à attendre pour le retrouver sur Pandora. Mais c’était formidable ! Il me comprenait et m’acceptait telle que j’étais !
Toutefois je gardais cet évènement pour moi. Pas question de le rapporter aux agents. Ce sera notre secret sur Terre comme sur Pandora.