Marcheuse de rêve
Illustrations liées à l’histoire, à découvrir sur le Forum (Attention Spoilers !) :
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Cher journal : vaut-il mieux vivre dans un mensonge agréable que dans une vérité dérangeante ?
La machine à tuer
Lorsque j’ai repris conscience, j’étais toujours dans le vide. J’étais incapable d’évaluer le temps qui était passé mais je retrouvais maintenant l’ouie, la vue, le toucher, l’odorat. J’étais encore dans cette chambre métallique ou Xurtu m’avait déposée.
Puis je pu bouger mes membres. Et bientôt je me suis relevée. J’avais la vision troublée et ma démarche n’était pas parfaite, ma tête tournait un peu.
J’ai constaté que la porte de la chambre avait une poignée à l’intérieur. J’appuyais dessus et la porte s’ouvrit. Elle n’était pas verrouillée ! Je me retrouvais dans une galerie creusée dans la roche et faiblement éclairée. La salle était remplie de vieux trucs plus ou moins rouillés.
Je continuais à travers un tunnel assez étroit tout en éteignant mon aura pour ne pas me faire repérer. Je ne savais pas vraiment quoi faire. Si je parvenais à sortir d’ici, qu’est ce que je pouvais tenter ? Appeler mon Ikran et fuir ? Seule ? Pour aller ou ? J’étais maintenant condamner à la solitude, pire qu’un monstre, on me considérait maintenant comme un robot tueur.
Mais peut être que Xurtu était encore avec moi et avait déverrouillé discrètement la porte. Alors il m’attendait au bout du tunnel et avait organisé notre fuite. Si seulement !
J’ai aboutit dans une autre salle troglodyte. Il y avait des caisses en métal. Ca m’a paru utile d’en ouvrir une.
Bingo, il y avait des armes. Des fusils d’assauts SCAR-H à calibre 7,62 x 51 mm. Une cartouche suffisamment puissante pour pénétrer un crane de Na’vi et le tuer sur le coup ! Leur crosse avait été modifiée pour l’adapter à notre physionomie et le chargeur agrandie à 30 cartouches. Je pris deux fusils et deux ceintures d’une dizaine de chargeurs après avoir vérifié que tout cela était fonctionnel. Sans oublier le silencieux. J’avais 600 balles en tout. Je pouvais liquider tout le clan. Mais…
Mais…
Comment j’en savais autant ? Je n’avais aucun souvenir d’avoir jamais eue ces armes entre mes mains avant ? Et pourtant je savais m’en servir. Et bien en plus !
Si Szell avait raison ? Si j’étais programmée pour tuer ? Si j’étais une machine à tuer ! Ce n’est pas ce que je voulais ! Mais ça m’avait permis de m’en sortir plus d’une fois… Moi je voulais juste vivre. C’est Xurtu qui m’a fait venir sur cette île et fait découvrir le clan de Szell. Ce n’était par mon choix.
Mais je devais agir. Sortir d’ici, récupérer Ange et Xurtu et quitter cette île. Alors je repris mon chemin vers la sortie.
Le Choix
J’ai continué discrètement dans le tunnel et je suis arrivé dans une maison. Cachée, j’observais les occupants. Il y avait un couple et trois enfants assez jeunes. Le male… c’était Szell ! Il apprenait à ses enfants à sculpter des bouts de bois.
Parfait. J’épaulais le SCAR, la première balle était déjà insérée. J’avais mis le mode coup par coup. Une balle pas cible en pleine tête en commençant par Szell. J’anticipais déjà le recul de l’arme à gros calibre qui est mieux supporté chez un Na’vi plus fort qu’un humain.
…
Mais enfin… Qu’est ce que j’étais en train de faire ? Est ce que j’avais l’obligation de le faire ? Est ce que je pouvais choisir de ne pas le faire ?
Le silencieux du fusil n’était que relatif. Même si j’arrivais à tuer tous les occupants de la maison, l’alerte serait donnée et j’allais m’engager dans un massacre. Je voyais tous ces enfants insouciants, toutes ces mères et ces pères qui les aimaient. J’allais répandre leur sang et leurs tripes sur le sol et dans les eaux.
Ca aurait du me choquer. J’aurais dû ressentir du dégout. Mais je n’avais ni haine ni pitié, rien qu’une froide détermination. Et si c’était vraiment moi le monstre ? Pourquoi alors vaudrais-je mieux qu’eux ?! Je ne veux pas vivre comme ça !
Et ça me fit pleurer… Une émotion qui me rassura…
« Tu vois que tu as encore le choix. Sinon on ne t’aurait pas laissé entrer ici. »
C’était une voie féminine. Celle de la compagne de Szell, une Na’vi à quatre doigt à l’allure à la fois imposante et emphatique.
- Comment ça « on » ?
- Les anciens habitants de ce monde, ceux qu’on appelle les Atlantes, ont dotés Atlantis d’une protection. Une sorte de brume obscure qui rend la lune invisible aux yeux des terriens dont ils savaient qu’un jour ils allaient venir. Ainsi la lumière du Soleil et des autres astres peuvent pénétrer cet écran mais aucune lumière ou onde radio ne peut en sortir. Un peu comme un trou noir.
Par contre, Atlantis a beau être invisible, son influence gravitationnelle et magnétique perdure. Donc on peut quand même la repérer et certains humains connaissent son existence.
Mais cette brume semble sélectionner ceux qui essayent de la franchir. Ca fait 37 années terrestres, depuis 2010, qu’on est ici. Les terriens auraient largement eu le temps d’envoyer une masse de drones.
- Mais ou sont ces anciens Atlantes ?
-. Leurs cités au fond des eaux sont muettes. Nous ne savons pas ce qu’ils sont devenus. Ceux que tu appelles les Na’vis sont leurs héritiers transformés pour vivre à la surface. Mais ils ont oubliés leur passé.
Viens avec moi. Tu peux m’appeler Eve.
Eve me tendit la main. Je lâchais le fusil et je la suivais dans un tunnel baigné d’une douce lumière blanche.
1944
A ma grande surprise je me retrouvais devant d’austères baraquements entourés de barbelés. Alentours des gens à l’allure émaciée en costume de bagnards. Et autour des gardes armés dans les miradors.
C’était troublant, j’avais l’impression d’être devant un film mais je ne voyais aucune limite à l’écran et je pouvais ressentir les odeurs, l’air, le vent… De même je sentais Eve à mes cotés mais je ne la voyais pas.
« Je suis née ici » fit la voix d’Eve.
On pénétra dans une bâtisse en brique à l’allure de caserne.
« Dr Szell, un colis pour vous ! » Cette fois c’était une voix dans la vision.
Et je vis un homme dans la trentaine qui portait une blouse blanche. Szell ouvrit le colis et lu ces mots :
« L’échantillon N°574 doit être injecté à un sujet ayant un jumeau pour comparaison. Suivre et étudier l’évolution. En cas de décès du sujet, nous renvoyez le cerveau pour analyse.
L’échantillon N°575 doit être placé à l’air libre. Suivre et accompagner son évolution. Il doit rester dissimulé aux autres membres du personnel. »
« Encore une injection qui va produire une tumeur bien immonde. Je ne vois vraiment pas ce qu’ils cherchent à obtenir. Voyons le second échantillon. Ohhh ! »
Dans la caisse je pouvais voir un nouveau né Na’vi. Mais il était tout terne et immobile. Il avait l’air mort.
Eve pris de nouveau la parole :
« Ce que les humains ne savaient pas, c’est que même froid et immobile comme un cadavre, nous pouvons revenir à la vie. »
1949
Puis la scène s’effaça pour aller dans un autre endroit. C’était une cabine de bateau, un paquebot assez ancien apparemment. Il y avait deux couchages superposés, une armoire, une commode, une petite table avec une chaise, le tous éclairés par un hublot.
Un homme, habillé avec un costume civil élégant, était assis sur le lit du bas. En face se tenait débout une enfant aux cheveux noirs mais dont le visage était couvert par un masque blanc qui faisait penser au carnaval de Venise.
J’ai fini par reconnaître l’homme, c’était Szell. Mais qui était la fille ? Ils engagèrent la conversation.
- Oncle Christian, pourquoi je dois garder le masque, même ici ? C’est long !
- Eve, mon Joyau, il y a encore trois jours de navigation et on arrivera à Buenos Aires. Personne ne doit savoir que tu existes. Personne d’autre que moi. Sinon de méchants hommes viendront te capturer pour t’enfermer et te faire du mal.
- C’est pour ça qu’on a quitté l’Allemagne ?
- Oui on me cherche. Ils ont du apprendre pour les expériences.
- Des gens disent que tu as fait du mal à plein de gens… C’est vrai ?
- Pendant la guerre, beaucoup de gens ont fait du mal. C’est ça la guerre et celle ci était terrible. Moi j’ai toujours suivi les ordres. Ni plus, ni moins. Mais oui j’ai fait souffrir des gens. C’est pour ça que je ne veux pas qu’on te fasse du mal. On t’a confié à moi, spécialement à moi, c’est qu’il y a une raison. Tu es si unique.
- N’y a-t-il donc personne comme moi ?
- Il doit y en avoir, ou il y en a eu. Mais ils se cachent. Peut être qu’on saura la vérité un jour.
1960
Encore une fois la scène s’effaça. Je ne comprenais pas vraiment comment je pouvais percevoir ces images. Je voyais bien qu’Eve me montrait son passé avec Szell. Elle arrivait à projeter son esprit en moi comme si j’avais fait le lien avec elle. Mais je n’en avais pas le souvenir.
Une nouvelle scène apparue. C’était une forêt, ou plutôt une forêt marécageuse. Il y avait un bras de rivière dégagé de végétation. Une barque à moteur avançait dessus. Un homme seul occupait l’embarcation. C’était Szell, un peu plus vieux cette fois.
La barque pénétra dans un petit bras de rivière qui amenait à une cabane sur pilotis implantée sur la rive. Szell descendit et s’assis sur un siège en regardant le Soleil couchant rougir.
Juste avant le crépuscule, l’eau de la rivière se mit à onduler. Quelque chose nageait sous la surface. Et soudain la tête d’une Na’vi surgit de l’eau. Puis elle sorti lentement pour marcher vers la cabane. Elle était nue et portait juste une ceinture avec quelques accessoires dont un grand couteau. Je pouvais la reconnaître, c’était Eve. Elle était adulte maintenant et surpassait de son énorme taille Szell. Elle s’est assise à coté de lui. Je notais une grande complicité entre eux.
- Alors ma sirène du Rio de la Plata, ta semaine a été instructive ?
- Très, tonton Christian. J’ai rencontré des dauphins et j’ai pu échanger quelques mots avec eux. J’ai aussi fini la Théorie de la Relativité.
- Tu es plus intelligente que je ne le serais jamais. Plus intelligente que n’importe quel humain sans doute.
- Un jour tonton, je te donnerais ce pouvoir.
- Comment cela ?
- J’ai vu. J’ai vu ma mère…
- Mais ou ça ? Ici ?
- Non dans ma tête. Elle avait caché dans mon esprit tous ses secrets et ils sont réapparus tout d’un coup. Et c’était… bouleversant.
- Je ne suis pas si surpris que cela ma belle azur. Tu n’es pas sur ce monde pour rien.
- Ma mère avait voulue restée de chair et demeurée sur Terre pour guider les humains alors qu’ils approchaient d’une période décisive de leur histoire. Mais elle s’était retrouvée avec des gens stupides qui la séquestraient pour lui arracher ses secrets. Ils voulaient surtout des armes dévastatrices, elle ne leur à pas donné. Leur défaite était proche et elle savait qu’elle serait probablement éliminée. Alors elle m’a engendrée et confiée tous ses secrets.
- Et d’ou vient ta mère ?
- D’ici !
Eve désignait un point dans le ciel que je ne reconnaissais pas. Mais Szell avait l’air d’en savoir plus que moi.
- C’est Jupiter ça, non ?
- Oui tonton. Le monde de ma mère se trouve autour de cette planète. C’est un monde merveilleux. Mais pour le protéger des humains, on l’a rendu invisible. Je sais comment construire un engin pour y aller. On va y aller avant que les humains ne la découvrent. Ainsi on préparera leur arrivée. Il est inutile de rester ici.
- Tu veux construire un vaisseau spatial !? Mais ça doit être compliqué !
- Ca va prendre du temps mais on devrait pouvoir y arriver avec la technologie des humains. Par contre ça va coûter cher.
- Tu pêches bien mais il va falloir attraper beaucoup de poissons alors !
- Je sais comment fabriquer des substances chimiques. On va fabriquer de la drogue à bas prix. Tu monteras des sociétés écrans au Brésil pour blanchir l’argent récoltée un peu partout en Amérique du Sud. Ca devrait prendre 30 ans d’après mes calculs pour réunir les moyens nécessaires.
- Et bien ma petite chérie ! Te voilà devenue une vraie femme d’affaire ! Mais dans 30 ans je ne serai sans doute plus là.
- Le moment venu, je te donnerai un nouveau corps, comme le mien. Tu pourras vivre sans craindre le temps qui passe. Et tu deviendras mon mari. Le veux-tu ?
- Tu es une véritable fée ! Rien ne me fera plus plaisir ! On ira ensemble découvrir ton monde !
2009
Je changeais encore de paysage. Cette fois c’était la rive sablonneuse d’un grand lac entouré d’une forêt. Je pense qu’on devait être sur Terre bien qu’il n’y ait aucune trace d’activité humaine excepté un curieux bateau, sorte de cargo ou de gros yacht, ce n’était pas clair, pourvu de trois mats cylindriques très massifs. Son pont était couvert par un toit métallique en pente.
Près de la rive, la surface de l’eau s’agita autour de deux bosses qui venaient de surgir des profondeurs. Deux Na’vis sortirent de l’eau. L’un était Eve, qui était visiblement enceinte, et l’autre était Szell, mais le Szell Avatar ou Na’vi que je connaissais.
Ils étaient très peu vêtus et s’assirent cote à cote sur la grève, regardant au loin le bateau. Ce fut Eve qui s’exprima en premier :
- Je vais bientôt avoir mon 17e enfant. Après sa naissance, on pourra partir. Si tout va bien.
- Le film Avatar sort bientôt. On verra alors s’il se passe quelques choses.
- Il ne se passera rien Christian. Il est en production depuis longtemps déjà. Si la CIA, le FBI ou autres avaient voulu bloquer le film, ils l’auraient déjà fait. Et les forces qui protègent Atlantis se seraient aussi manifestées.
- Si Atlantis existe encore Eve…
- On reviendra ici alors.
- On a camouflé notre engin spatial en bateau. Mais son départ ne passera pas inaperçu, même au cœur du Pantanal. On finira par découvrir notre couverture. Se cacher sur Terre deviendra de plus en plus difficile.
- Christian, on est les gardiens d’un héritage qui nous dépasse. Notre sort importe peu.
- Amour, j’ai déjà connu tant de merveilles, je te suivrais. Qu’il en soit ainsi.
Et le couple s’enlaça, rayonnant d’une affection réciproque que je pouvais ressentir au plus profond de moi. J’enviais leur symbiose.
Eve repris son monologue qui résonnait dans ma tête :
« Atlantis existe encore. Ses habitants ont perdus la mémoire de leurs ancêtres aquatiques, vivants sans le savoir dans des corps imités des humains. Ils ont été intégrés à la Nature de manière à ne pas proliférer, les naissances étant régulés par l’esprit de cette Nature. Alors quand nous sommes arrivés, nous avons été vus comme des troubles faits. Nous avons du nous réfugier ici. On a du se faire une place au prix du sang. Tout comme toi. On ne va pas essayer de conquérir ce monde, on va attendre les humains dont tu es la première ambassadrice. Il y en aura d’autres.
Tu as un grand pouvoir, tu es fertile en raison de ta biologie hybride insensible aux phéromones stérilisantes des plantes. Et tu es une bonne combattante. Mais tu peux représenter malgré tout un risque pour nous. Tu vas repartir avec ton compagnon et ton enfant sur ton île. Tu écriras ta propre histoire désormais.
Tu es dans ma tête il est temps d’en sortir. »
Retour à la maison
Et tous s’évanouie…
Je me retrouvais dans la chambre de métal… Que je n’avais pas quitté en fait. Je m’étais aventurée dans le rêve d’Eve ou elle m’avait testée.
J’étais toujours paralysée et je m’aperçu qu’Eve était allongée à mes cotés. Je sentis les filaments de mon Kuru se délier. Eve se releva et sorti sans dire un mot de la chambre.
Un moment passa puis Xurtu entra dans la chambre.
« Amour, il est temps de rentrer. »
Ces simples paroles suffirent à faire tomber toutes mes angoisses. J’avais eu si peur de le perdre.
« Oui mon grand chasseur, rentrons. »
Il me prit dans ses bras et me sorti de la caverne. On s’est retrouvé sur le plateau de l’île Croissant. J’étais si heureuse de revoir la lumière du jour.
On est passé devant une grande structure à moitié rouillée qui était posé là, au milieu des arbres. Avec ses trois gros mats, j’ai reconnu l’engin spatial qui avait amené Eve, Szell et son clan ici. Visiblement il n’était plus en état de marche.
Et on est arrivé sur le bord de la falaise du plateau. Là il y avait nos deux Ikrans et Ange gardés par deux membres du clan. Xurtu m’avertis :
« Ca va prendre un moment avant que tu retrouves tes mouvements. Je vais t’attacher sur ton Ikran, il me suivra. Des chasseurs d’ici vont nous escorter. »
Je suis retrouvée attachée sur le dos de ma monture et on s’est envolé. Retour à la maison. Bercée par le battement des ailes, j’ai finie par m’endormir.