Aventures : La Fanfiction - Saison 2

Chapitre 22 : Hérésie, vous avez dit hérésie ?

2452 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 25/01/2026 13:30

Épisode 22 : Hérésie, vous avez dit hérésie ?

Par Myfanwi


Suite à la réflexion de Théo, qui, au final s'avéra ne pas être de Théo, les aventuriers se retrouvèrent quelque peu démunis.


— Je ne suis pas Théo, je l'ai dévoré comme je l'ai dévoré le Chevalier Vlad ! 


Viktor fit un pas en avant, inconscient du danger et cherchant ce qu'il pouvait bien pouvoir dire. Son sang d'inquisiteur bouillonnait dans ses veines alors que la plus grosse hérésie qu'il n'avait encore jamais vue avait pris la forme de ce foutu gamin qu'il s'était juré de protéger. Désespéré, il finit par prendre une voix douce et apaisante, pour tenter une médiation.


— Théo ? C'est Viktor, je sais que tu m'entends ! 


« Théo » leva un sourcil circonspect, n'y prêtant pas attention, alors que les autres aventuriers repoussaient le vieil homme derrière eux, de peur qu'il réussisse à se tuer. Après une rapide concertation à voix basse, Grunlek s'avança à son tour. Il planta ses deux pieds dans le sol, se faisant le plus assuré possible. Montrer qu'ils s'inquiétaient ne pourrait faire qu'aggraver les choses.


— Toi qui possèdes notre ami, quel est ton nom ? demanda le nain d'une voix forte.


— Un nom ? répondit son interlocuteur. Je n'ai pas encore de nom. Je n'y ai pas encore réfléchi pour tout dire. Ce serait intéressant d'en avoir un… Je ne suis que… La Mort. Je ne suis que l'ordre des choses. Je suis venu d'un monde où j'existais et j'ai appris à connaître le vôtre, si intéressant… et si médiocre. 


Il insista fortement sur la dernière phrase, en se retournant vers les érudits derrière lui, terrifiés. Un lourd silence s'était abattu sur le groupe, consterné. Grunlek ne se démonta cependant pas, gardant son sang froid.


— Que désires-tu ? 


La créature ne répondit pas immédiatement. Il se mit à dévisager ses mains, comme s'ils les voyaient pour la première fois. Doucement, il tourna ses paumes vers le ciel, devant ses yeux. Un sourire malsain éclaira son visage, faisant frissonner Grunlek inconsciemment.


— Ce que je veux ? reprit la créature. Ce que je veux, c'est être votre égal. Je veux pouvoir marcher sur votre monde sans que l'on me juge, sans que l'on estime que mon être, ou les leurs, dit-il en pointant les morts-vivants, soient considérés comme des aberrations. Je veux être leur égal, conclut-il en pointant les érudits. Je veux qu'on prie la Mort comme on devrait le faire. Dans l'ordre des choses.


— Si vous voulez être prié et respecté, intervint Shinddha, il faudrait d'abord que vous respectiez nos morts. Et quand je parle de mort, et il a plutôt intérêt à ne pas l'être, je parle de Théo, le corps que vous possédez actuellement. C'est notre ami. Et d'ailleurs, pourquoi vous avez mis tout ce temps pour vous manifester et exprimer vos désirs de… puissance ?


— Il fallait que je vous comprenne, que je comprenne votre monde. Mais je dois avouer que votre ami, ou tout du moins ses pulsions, ses inspirations le poussent à l'échec et au danger. 


Balthazar et Grunlek approuvèrent cette dernière phrase d'un hochement vigoureux de tête. Le mage, qui était resté assez silencieux, s'avança à son tour.


— Vous avez clairement l'avantage. Vous nous dominez clairement avec une armée qui surpasse largement notre puissance.


— Hérésie ! Hérésie ! hurla un érudit en pointant Théo, paniqué.


— Silence, je parle ! cria autoritairement le mage. Merde ! Ils vont commencer à me respecter les bleus ! Je sais que je l'ouvre souvent, mais là c'est important ! 


Les prêtres furent surpris par ce haussement de voix. Après tout, ils pensaient les aventuriers de leur côté, et les voir s'adresser à ce monstre était une trahison inimaginable. En relevant la tête, Balthazar s'aperçut que la plupart d'entre eux étaient en train d'invoquer des pouvoirs, pour la majorité d'entre eux individuels. Ils se préparaient clairement à détaler et à les abandonner à leur sort. Seule Arcana, la main sur sa lance, croisa le regard du mage, lui faisant comprendre qu'elle était prête à se battre pour eux. Balthazar sentit la colère l'envahir.


— Lâches ! Vous croyez que ça échappe à ma vision ?! Vous avez des sortilèges actifs sur vous, prêts à fuir comme des chiens devant ce que vous appelez une hérésie alors qu'il n'essaye que de parlementer ! On va communiquer avec cet être, alors restez assis et…


— Nous aurions pu… Nous aurions pu combattre cette chose si vous n'aviez pas…


— SILENCE ! Restez assis comme les chiens que vous êtes et écoutez pendant que nous sauvons vos petits culs de prêtres débiles ! 


Grunlek, Shin et Viktor sursautèrent devant cet excès de colère inhabituelle chez leur ami. Le demi-élémentaire posa une main discrète sur son épaule, pour lui signifier de se calmer avant que quelque chose de dramatique ne se produise. Il avait beau être de leur côté, si le démon sortait, plus aucune négociation ne serait possible. Balthazar le remercia du regard et poussa un soupir, se calmant. Cependant, la prêtresse de l'église de l'air n'avait pas dit son dernier mot, et reprit de plus belle.


— Mais c'est de votre faute, demi-diable ! Si vous n'aviez pas mis hors-jeu l'Église des Murmures, elle serait là ! À nous aider ! À nous défendre ! Contre cette abomination !


— Mettre hors-jeu l'Église des Murmures ? chuchota Bob à ses compagnons. Mais on a juste chié devant et… Oh ! Oui, on a buté sa… D'accord. 


Légèrement gêné, le mage se gratta nerveusement l'arrière de la tête, avec un sourire hypocrite. Viktor aperçut le corps de la prêtresse un peu plus loin. Plusieurs personnes étaient penchées dessus, lui prodiguant des sorts de soin, signe qu'elle n'était peut-être pas tout à fait décédée. La créature avait suivi la discussion avec un intérêt certain, tout sourire. Elle finit par se tourner vers les prêtres. Balthazar reprit la parole, pour récupérer son attention.


— Bien. Je disais donc que vous avez l'avantage, vous souhaitez invoquer le respect et l'égalité, alors que vous pourriez très bien l'imposer. Pourquoi ? Pourquoi vous vous efforcez de négocier avec nous ?


— Parce que je reste persuadé, au regard de mes observations, que nous sommes l'avenir. Contrairement à vous ! cria la Mort en pointant les prêtres. Vous qui accusez quiconque d'hérésie et d'abomination ! Vous êtes aveugles ! Vous ne voyez pas que les aventuriers, tout comme moi, sommes dans l'ordre des choses. Je ne demande qu'à élever les consciences, qu'à être respecté au même titre que la vie.


— Dites, quand vous parlez des aventuriers, interrompit Viktor. Vous parlez de ces trois-là, mais pas de moi, pas vrai ?


— Je compte sur votre intelligence pour comprendre votre intérêt. Et, dans le doute, je vais vous l'énoncer : votre intérêt, c'est que nous pouvons envisager une alliance, pour des objectifs communs, dans un avenir très proche. 


Viktor resta dubitatif, réfléchissant. Grunlek en profita pour reprendre la parole.


— Si on considère cette alliance, si on accepte que vous deveniez l'égal des autres, seriez-vous capable de vivre en harmonie avec les autres Églises ? Avec les gens qui peuplent le Cratère ?


— La question n'est pas de savoir si je suis capable de vivre en harmonie avec vous. La véritable question, c'est : les Églises sont-elles capables de m'accepter ?


— Et il en est hors de question ! cria un prêtre derrière eux. Plutôt mourir en combattant cette chose que de vivre avec ! 


Balthazar se crispa, hésitant à envoyer une boule de feu dans ce tas de crétins. Cependant, pour le mage, le réel problème soulevé par cette communion était celui des morts, marchant partout dans le Cratère. L'impact de ce phénomène pourrait même dépasser les frontières de la région. Viktor reprit la parole, plus bas.


— On ne peut pas s'allier avec cette hérésie, enfin ! Ce n'est pas parce qu'il est plus fort que nous qu'on doit travailler avec lui ! On ne base pas une alliance sur une menace.


— Il ne faut pas perdre notre objectif malgré tout, le coupa Shin. On doit l'utiliser. Pour aller vers la guilde des intendants, ça pourrait être un allié précieux ! Et c'est la priorité, on n'est pas là pour se battre !


— Et puis tu es bien gentil, reprit Bob, mais l'hérésie qui t'a sauvé le cul avec un cheval sorti des enfers te salue…


— Oui, mais toi, tu n'invoques pas des morts ! Il y a une différence de niveau.


— Ah, parce qu'il y a plusieurs niveaux d'hérésies maintenant ?! Moi, je suis une hérésie, mais je peux attendre…


— Ce qui est intéressant, coupa Grunlek, c'est qu'on était en position de confrontation avec des personnes que l'on considérait comme des alliés, depuis le début. Lui arrive, il a clairement l'ascendant et il décide de parlementer ? Rien que pour ce geste, il reste intéressant à étudier.


— Cependant, peut-être qu'il ne nous dit pas tout, reprit Bob, plus sérieusement. Et c'est dérangeant. 


Viktor leva les yeux au ciel et cacha son visage derrière ses mains, désespéré.


— C'est normal ! C'est le diable ! cria Viktor, outré que ses alliés songent réellement à parler avec cette hérésie.


— Non, le diable, c'est mon papa, fais pas chier.


— C'est la même chose !


— Non, la Mort n'a jamais fait de mal à personne, argumenta Grunlek.


— Mais oui, t'as raison ! Allions-nous avec la Mort ! lâcha le mentor de Théo sur un ton ironique. C'est une hérésie ! C'est hérétique !


— Mais vous vous en servez dans votre Église, tenta Balthazar. Tous les jours !


— Oui, mais non ! Ils sont morts ! Une fois qu'ils sont morts, ils sont morts ! Ils ne se relèvent pas ! Un mort qui est mort et qui le reste, c'est propre, un mort qui se relève, c'est dégueulasse ! 


La Mort toussa légèrement, pour attirer l'attention des aventuriers sur elle. La créature souriait, appréciant ce petit débat.


— Très cher inquisiteur, trancha la Mort, là où vous voyez quelque part une revanche sur la vie, moi, je vois un retour à l'ordre des choses. Je suis au même titre que vous, chers aventuriers, une partie de l'ordre des choses.


— Mais non ! protesta une nouvelle fois Viktor. On parle de morts qui marchent ! 


Balthazar profita d'un combat de « Si ! Non ! » entre la Mort et Viktor pour se rapprocher de Grunlek. Il se mit à chuchoter.


— Tu peux lui demander quel est son objectif ultime pendant que je regarde de plus près ce qu'est le machin qui brille à ses pieds parce que c'est pas que ça me dérange, mais ça m'intrigue. 


Grunlek hocha la tête. Le mage s'approcha discrètement, pour étudier la structure. C'était un sceau d'influence, posé sur la terre. La Mort aurait beau partir ailleurs, il ne bougerait pas d'ici. Tant que ce sceau serait actif, les morts continueraient de ressusciter dans cette zone, peu importe sa taille. C'était plutôt une bonne nouvelle, le sort pouvait être défait par un érudit assez puissant. Ou même par Théo, s'il réussissait à revenir à lui par un miracle quelconque.


— Avant de faire le moindre pacte, la moindre discussion, grogna Viktor, prouvez-nous que Théo est toujours vivant. Son esprit doit bien toujours être là, quelque part.


— Pourquoi je devrais vous le prouver ? Écoutez, si vous me donnez votre parole, je vous donne la mienne, c'est aussi simple que ça.


— J'imagine que vous devez avoir besoin d'un corps, vous ne pouvez pas exister en tant qu'entité flottante ?


— En effet. Et justement, j'ai senti la présence d'un être qui aurait dû mourir depuis longtemps. 


Cette mention de Bragg surprit les aventuriers. L'intendant était certes toujours en vie par un miracle quelconque, mais c'était une carcasse tenant à peine sur ses jambes. Tous songèrent un instant qu'il était quand même pitoyable que la seule personne qu'ils avaient réussi à sauver était le premier à les avoir trahis. Ils tenaient là une certaine opportunité de carrière. Balthazar reprit la parole.


— Admettons que l'on vous donne Bragg. Vous nous rendriez Théo en état ? Sans séquelles ?


— Pas plus qu'il n'en a déjà.


— Et pour les morts-vivants ? reprit Grunlek. Vous avez conscience qu'on ne peut pas vivre avec eux ? Sur la même terre ?


— Je serai à l'image du monde. Et vous m'accepterez. Si le monde décide de prier la mort, je ne l'en empêcherai pas. Je ne vais pas investir votre monde plus qu'il ne m'accepte. Je n'avais pas moi-même prévu de venir dans votre monde, pour être sincère. C'est au moment où le chevalier Vlad et votre Théo ont manipulé des forces énergétiques interdites, quand ils ont plongé dans ce puits, que j'ai saisi et compris qu'il y avait une opportunité. Ensuite vos intendants, vos politiciens, ont utilisé le Codex et m'ont ramené. 


Les aventuriers, songeurs, se dirent alors que Bragg leur avait peut-être caché d'autres informations. Viktor partit de suite pour le rejoindre, laissant les autres seuls. Shin allait le suivre quand son regard fut attiré par les érudits, en train de communiquer à voix basse. Il plissa les yeux, méfiant. Il continua d'avancer, sur ses gardes, se préparant à avertir ses compagnons d'une possible attaque. En passant, son regard buta sur le cadavre de la prêtresse des Murmures.


Cadavre pas si mort, puisqu'elle bougeait toujours sa main, les yeux plissés. Shin en était sûr, elle rassemblait ses dernières forces pour commettre un acte désespéré. Il ne pouvait pas laisser passer ça. Dans un geste non réfléchi, il banda son arc et tira une flèche qui s'encastra dans la tête de la prêtresse des Murmures. Les médecins l'entourant eurent un mouvement de recul, choqués. Les gardes se retournèrent vers Shin, qui pointa un homme au hasard, derrière lui. Un des gardes se releva, et lui lança un regard haineux.


— Et vous voulez qu'on accepte ainsi la Mort ? Vous allez voir à quel point on va l'accepter. 


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