Aventures : La Fanfiction - Saison 2
Épisode 23 : Messes basses
Par Juliabakura
Après l'attaque décisive de Shin, en plein milieu du front de Sœur Maëda, ce qui lui avait valu la mort, les érudits qui étaient à ses côtés bondirent vers le demi-élémentaire. Shin prit de la hauteur, mais quelque chose sembla l'arrêter dans sa course. Grunlek et Shinddha remarquèrent immédiatement que l'érudit était en position défensive, car il n'avait pas très bien pris cette attaque de Shin. Il serrait les poings, les yeux rivés sur le demi-élémentaire. À voix basse, il prononça quelques mots alors que les morts-vivants aux alentours rôdaient en silence.
— Êtes-vous sûr de vous attaquer aux bonnes cibles ? Maître archer ?
— En tout cas, celle-là, j'en suis sûr, affirma Shin, insolent.
— Nous ne sommes pas obligés de nous apprécier pour comprendre ce qui est en train de se jouer, demi-élémentaire.
— Effectivement, dans ce cas, nous ne nous apprécions pas du tout. Mais effectivement, je me complais dans un objectif plus grand, répliqua Shinddha, toujours sur la méfiance, après le coup donné sur leur grande prêtresse, Maëda, devant lui.
Balthazar avait envie de mourir de rire, en se faisant la réflexion que le discours entre les deux êtres était un peu hors norme. Surtout qu'il venait de bien saucer leur patronne. Ou du moins, une collègue dans cette attaque, car ce dernier ne faisait pas partie de l'église des Murmures. Icy, qui était parti dans son coin faire ses petites affaires, fut rappelé par son maître. La petite invocation arriva à ses côtés avant de s'acharner sur le cadavre de sœur Maëda, dédaigneuse.
Viktor entendit du mouvement derrière lui, tandis que B.O.B était resté auprès de « Théo ». Même s'il avait du mal avec cette manière de l'appeler. Il préféra le renommer « la Mort ». Il essayait d'analyser la connexion que pouvait avoir cette dernière avec les squelettes et morts-vivants dans les environs. Ces derniers avaient forcément besoin du cercle pour être présents sur le cratère ou non, ils étaient donc vulnérables en cas de perte de signal. La Mort adressait un regard assez neutre envers B.O.B, ce qui l'intrigua davantage, malgré l'échange entre l'érudit et Shin non loin de lui. « Il » essayait de s'intéresser. L'entité fit quelques pas par curiosité afin de savoir ce qu'il se disait par là-bas. B.O.B était resté justement pour l'intercepter, puis il protesta :
— Hé !
— Oui ? répliqua la Mort, de manière terriblement innocente.
— Plus sérieusement, maintenant que nos amis sont partis, maintenant que nous ne sommes entourés que par les morts, VOS morts : quel est votre objectif réel ? Nous savons d'où vous venez. Nous savons tous les deux de quel monde vous venez.
— Je vous l'ai dit maître mage, répondit « Théo ». Je suis l'ordre naturel des choses. Et je vois, ma présence sur le long terme. Vous ne serez même pas concerné par tout ce qui pourrait se produire. Et je ne sais même pas si je changerai d'avis sur l'avenir de ce monde.
— Ce n'est pas ce que VOUS allez faire qui m'intéresse. Ce que vous allez faire, vous l'avez exprimé. Restez ici, gérer la mort, prendre votre aise tout ça…
— Exactement.
— C'est ce qui va arriver à ce monde et ce à quoi vous vous préparez qui m'interroge.
L'entité pencha légèrement la tête sur le côté, curieuse.
— Entendez bien, maître mage : quand, dans l'avenir, des personnes d'ambition viendront, plutôt des créatures millénaires, eh bien, à ce moment-là, j'aimerais conserver mon autorité, mon indépendance et mon pouvoir. C'est pour cela que je veux m'installer dans ce monde. Et puis aussi parce qu'il est relativement délicieux. Vous devez comprendre ceci.
Brusquement, Viktor se rappela des aventures contées par les aventuriers. Leur histoire concernait l'élémentaire de l'eau que le reste du groupe avait rencontré. L'un d'eux avait pris possession de Shin. Il avait évoqué que les élémentaires allaient revenir. Était-ce une sorte d'avant-garde ? « La Mort » savait-elle qu'ils allaient venir ? Venait-elle s'installer pour cette raison ? Un peu comme si une vague de tourisme allait débarquer et qu'elle était venue la veille pour l'éviter. Sauf que cette vague n'était pas gentille et douce comme une vague de touristes. Mais plutôt semblable au Ragnarok dans la mythologie nordique. C'était sans nul doute pour cette raison que B.O.B cherchait à avoir le plus d'informations possible, afin de savoir ce qui allait arriver chez eux et, si possible, l'empêcher.
Pendant ce temps-là, Shin et l'érudit continuaient de discuter :
— Archer. En effet, nous ne sommes pas obligés de nous apprécier. Mais une page de l'histoire est en train de s'écrire en ce moment même.
— Et une page n'était pas en train de s'écrire avec les codex, quand nous étions venus en tant qu'alliés et que vous nous avez rejetés ? répliqua sèchement Grunlek pour protéger son ami.
— Il n'y a pas très longtemps de cela en plus, enchérit Shin.
— Sœur Maëda, nous a fait comprendre, à juste titre, que cette hérésie allait, ou avait le potentiel de, tous nous anéantir. Et VOUS-MÊME ! Vous étiez ses alliés.
L'équipe comprit à ses mots que c'était Sœur Maëda qui avait orchestré le nécessaire pour les piéger. Il y avait deux grands problèmes actuellement : les élémentaires qui revenaient s'installer dans leur monde avant la grande invasion, soi-disant « neutre », selon B.O.B, ou peut-être pour préparer le terrain pour les aider. Aucun d'entre eux ne pouvait le déterminer. Et de l'autre côté, il y avait leurs alliés-pas-si-alliés-que-ça des Églises.
Sur ces réflexions, le groupe continue leur avancée vers la tente de Bragg, Viktor en tête, attendant le reste du groupe pour expliquer son possible plan à ses camarades. La menace des morts était toujours bien présente dans les environs. Il se demandait aussi, si son imagination ne lui jouait pas des tours quand il remarqua qu'à chaque minute qui passait, une silhouette supplémentaire se détachait dans l'horizon. Les ténèbres débarquaient en masse sur ses terres natales et il était impuissant. De temps en temps, un mort-vivant sortait de sous terre. Combien étaient-ils désormais, dispersés dans la région ? L'énergie insufflée dans la terre continuait son œuvre, inarrêtable.
Viktor se rendit compte que le mage n'était pas à leurs côtés. Le magistrat aurait eu envie qu'il utilise son pouvoir mental, même si cela faisait appel à son démon intérieur. Mais il ignorait comment le lui dire d'aussi loin. Il ne pouvait pas hurler non plus cette information, même si l'envie le démangeait.
Shin demanda à l'érudit de reculer :
— Écoutez, nous avons le même but, mais j'aimerais que cette créature me croie comme votre allié. J'aimerai qu'on nous élaborions une stratégie. Et pour ce faire, j'aimerais que l'on reste éloignés les uns des autres.
« La Mort », justement, s'intéressa et s'interrogea à leur échange. Elle pencha la tête, cherchant à comprendre l'objet de cet échange verbal, son attention précédemment accaparée par Balthazar.
Shin s'avança finalement vers Viktor, laissant l'érudit derrière lui. Grunlek lui emboita le pas. L'érudit opina du chef, cependant, on pouvait lire dans ses yeux un mélange de défiance et de résignation. Le pyromage fit le tour du cercle magique afin d'aller vers les différents prêtres et érudits. Avant d'entendre au loin Viktor hurlant :
— Balthazar ! Est-ce que vous pouvez venir, j'aurai besoin de vos connaissances !
— Oui, je le peux. Après, est-ce que je le veux...
Il croisa son regard insistant.
— OK, j'arrive.
Il se rendit auprès de ses alliés en prenant beaucoup de précautions pour ne pas marcher dans le cercle d'invocation. Icy continuait de surveiller les érudits, tandis que la mort s'engagea vers B.O.B, un sourire indescriptible sur le visage :
— Prenez tout votre temps. De toute façon, la patience fait partie de mes prérogatives.
« Théo » se mit en tailleur et posa ses mains paumes contre terre. Cette position le rendit un peu plus sympathique aux yeux du demi-diable.
— Balthazar ? Vous pouvez activer votre connexion mentale magique ? demanda Viktor avant de croiser le regard froid du mage.
— Oui, bien sûr. Je pourrais activer mon sort de connexion mentale magique. Qui pourrait être un sort que les autres pouvaient ignorer que je possédais et révélant ainsi un atout principal du groupe À DES ENNEMIS POTENTIELS.
— TAISEZ-VOUS ! hurla Shin pour les interrompre, en se massant les tempes, afin de couvrir leur discussion.
— Très bien. Pouvez-vous le faire ? continua Viktor sans être choqué.
— C'est pas comme si on avait dit que tu avais un démon à l'intérieur, murmura Grunlek.
— Oui, oui. Mais ça fait toujours étrange quand c'est l'inquisiteur de la lumière qui demande d'activer mon pouvoir hérétique pour faire une hérésie au sein de son propre cerveau, soupira Balthazar.
— Oui, mais tu sais très bien qu'il voit l'hérésie là où ça l'arrange.
— Je vous emmerde, répliqua Viktor, qui avait tout entendu de leur discussion.
Poliment et gentiment, Balthazar lui répondit à voix haute :
— Ce ne sera pas nécessaire. Nous pouvons nous retirer dans la tente. Elle ne nous écoutera pas.
— Alors, allons-y. Allons dans la tente, car j'ai plusieurs plans à vous proposer.
Avant cela, le magister se tourna vers l'un des érudits et cria :
— BILLY ! Venez ici !
L'homme s'approcha sans aucun rechignement. Viktor, Grunlek, Shin, B.O.B et Jean Michel Billy entrèrent dans la tente. Le premier arrivé, l'inquisiteur, eut le sang glacé par la vision qui se présenta devant lui. Il vit un garde, des victuailles, à sa droite sur une table avec pas mal de matériel, principalement des parchemins, des livres, des ouvrages. Au centre, un brasero incandescent brûlait d'une flamme terne. Et derrière celui-ci, allongé au milieu des coussins, se trouvait Bragg. Ce n'était pas de retrouver l'intendant qui choquait le magister, mais plutôt les machines auxquels il était branché, sûrement de technologie naine. Des gemmes qu'il n'arrivait pas à reconnaitre courraient le long des outils, sans doute interdites ou expérimentales. Les tuyaux qui émanaient de la machine courraient sur le sol et rentraient sous les plis des vêtements de Bragg avec un petit bruit de succion.
À côté des machines se trouvait un Nain dont les dernières phalanges semblaient en métal. Viktor constata également que ce métal recouvrait ses pommettes et l'arrière de son crâne. Il était en train de trafiquer la machine en chantonnant, pas le moins du monde perturbé par l'apocalypse se déroulant à l'extérieur. Voyant cela, Grunlek s'intéressa plus en particulier à cette technologie, tandis que B.O.B s'étonnait de voir un autre nain dans cette partie du Cratère. C'était la première fois qu'il en voyait un autre que Grunlek.
— Il y a plus de mages que de nains, répliqua l'ingénieur, répondant à sa question silencieuse.
Grunlek sembla reconnaître les machines. Elles n'étaient pas spécialement avancées, mais assez élaborées tout de même, voire assez visionnaires. Le nain semblait faire partir d'une classe de scientifiques qui expérimentait des choses et qui avait une fascination pour les gemmes. La raison pour laquelle ce nain se trouvait dans ces lieux était un mystère total. Grunlek examina le nain pour chercher une origine autre que celle d'un simple scientifique mercenaire. Pendant que l'ingénieur était en train d'analyser le nain. Le magister demanda :
— On a toujours la gemme explosive de Shin ?
Shin montra la gemme, pour toute réponse.
— Dans tous les cas, on ne peut pas s'allier avec la « Mort » machin, mes couilles d'élémentaire de mort. Ce n'est pas possible, s'indigna Viktor.
— Mais réfléchissons ! Quels sont nos objectifs ? Nos vrais objectifs ? réclama Shin.
— Nos vrais objectifs sont de récupérer les parchemins codex des intendants, acquiesça Viktor, qui était d'accord avec le reste de l'équipe.
— Qui permet d'invoquer des créatures, comme Jean Louis, qui est à l'extérieur, continua Shin.
— C'est ça. Mais pourquoi ? C'est trop gentil. Il les veut pour lui. Donc, il va peut être nous aider à les récupérer et après il va nous abattre une fois qu'on aura le dos tourné, enchérit le magister.
— Pour l'instant il veut juste un nouveau corps, corrigea Shinddha.
— Il veut juste la paix, ajouta Balthazar.
— Bah alors… Pourquoi il vient pas le chercher ? La tente est à dix mètres. Pourquoi il ne va pas le chercher tout seul ? argumenta l'homme de lumière.
— Ça, je ne sais pas, se questionna le demi-élémentaire.
— Peut-être parce qu'il a besoin de l'accord du nouveau corps. Et qu'il aurait besoin pour ce faire, qu'on le convainque, hypothétisa Balthazar.
— Il a eu l'accord de Théo ? grogna Shin.
— Non. Non, Théo, il est revenu avec, réagit le demi-diable.
Le mage poussa un soupir las.
— Après, il nous a juste proposé Bragg parce que l'on veut récupérer Théo ! répliqua Grunlek. Si on ne lui avait pas demandé de récupérer Théo, il n'aurait peut-être rien demandé.
— C'est une certitude qu'il veut juste déclarer une indépendance et que, pour cela, il a besoin de la paix. Parce que, pour le moment, il n'est pas assez fort pour repousser à lui tout seul, une invasion ou une attaque complète de toutes les églises. C'est pour ça qu'il négocie. C'est parce qu'il a peur de quelque chose, ajusta B.O.B.
— Et pourquoi on cherche absolument à être allié avec des personnes qui nous rejettent ? Alors que quand quelqu'un veut nous accepter et s'allier avec nous, on cherche à en faire notre ennemi ? questionna Grunlek.
Viktor manqua de s'étouffer devant l'absurdité de cette requête.
— Mais parce que l'on ne va pas s'allier avec le pire dictateur du monde parce qu'il t'offre un croissant enfin !! rétorqua Viktor.
— Et en quoi le pire dictateur du monde, c'est la Mort ? s'étonna Grunlek.
— Je m'insurge, répliqua B.O.B.
— Bah oui, en tant que demi-élémentaire, j'irai naturellement plus faire une alliance avec lui, qu'avec ceux qui vont m'en foutre dans le bide ! ajouta Shinddha.
— Ce n'est pas le Mal ! C'est la Mort, expliqua le nain.
— Mais, c'est hérétique ! pinailla Viktor.
Shinddha et Balthazar se mirent à rire devant cet argumentaire de grande qualité.
— Et B.O.B ? C'est pas un demi-diable ? sourit Shinddha.
— Salut ! rit B.O.B en levant la main. Merci.
— Oui, mais lui, je verrai ça plus tard, enchaîna Viktor peu effrayé.
— Tu vois, ça, par terre, qui sont brisés en mille morceaux… Ce sont mes sentiments, ajouta B.O.B, faussement vexé.
— Eh bien, lui aussi, tu verras ça plus tard, contesta Grunlek. Ça peut être un allié potentiel.
— Mais il est dangereux. Il peut invoquer des zombies à volonté ! s'énerva Viktor. Il peut raser le monde !
— Non ! objecta B.O.B. Il y a une limite énergétique et de contrôle. Il a l'arrogance de s'appeler la MORT. Mais il n'est pas la MORT en général. Sinon, il n'aurait pas besoin d'un putain de seau runique au sol, pour contrôler les vingt-neuf zombies qu'il y a autour. Et pas plus. Il a aussi besoin de temps et de cadavres. S'il a été invoqué ici, il est bannissable aussi ici. C'est pour ça qu'il est prêt à s'allier avec nous pour qu'on aille récupérer les Codex. Le truc, c'est que dans les Codex, il y a peut-être le moyen, de trouver le moyen de le révoquer. C'est ça qui est important et qui est intéressant. Alors que si on se bat contre lui maintenant, que se passe-t-il ? On meurt potentiellement et on fait grossir ses rangs. Ou alors on utilise UN MIRACLE DIGNE DES PALADINS DE LA LUMIÈRE ! On gagne. Et dans ce cas là, on se retrouve seuls, face à Mirages et avec le même problème que précédemment, encore plus faibles qu'avant et encore moins en mesure de récupérer les Codex.
Un long silence suivit sa tirade. Les aventuriers semblaient réfléchir.
— Par ailleurs, si on se bat contre lui actuellement, on détruit également le corps de Théo, argumenta Shin. Comment on fait pour le faire revenir ?
— Et même si on vainc la Mort… Vous croyez que les églises vont gentiment dire : vous nous avez débarrassés de la Mort. C'est pas grave que… commença Grunlek.
— … Que vous nous ayez débarrassés de Maëda ? ajoutèrent en chœur Shin, Bob et Grunlek.
— Vous allez me laisser parler espèce d'enculés ! objecta Viktor de nouveau, sur les nerfs. Les églises, elles nous chient dessus parce qu'elles croient qu'on est nul à chier. Alors, si on arrive à battre une menace qu'elle-même n'arriverait pas à battre, elles ne reconnaitront que notre puissance.
Le magister s'aperçut à leur tête que son argument n'avait pas vraiment fait mouche.
— C'est qu'une spéculation. Tu n'en es même pas sûr, murmura Shin.
— Bah oui, mais pas plus que la Mort qui serait sympa !
— Elles vont pas reconnaître notre puissance ! Elles vont reconnaître notre dangerosité ! rectifia B.O.B. Et s'allier pour tous nous buter. Là où avant, elle nous chassait de manière individuelle. Là, maintenant, elles vont toutes se dire : « Bon, ces quatre mecs, il faut vraiment qu'on les fasse crever ». Et elles vont vraiment balancer tout ce qu'elles ont dans notre gueule. Et je tiens à te rappeler, à ta bonne mémoire, Viktor, ce qui est arrivé à Théo quand il a du se battre contre les avatars et les derniers maîtres de l'air. Il s'est fait atomiser. K.O ! KAPUT ! SCHNELLL ! RIEN ! NADA ! QUE POUIC !
— Et la Mort au moins, elle nous aime bien. Elle tient en haute estime les aventuriers aussi, ajouta Shinddha. Là je vais jouer là-dessus.
Viktor se passa une main sur le visage, fatigué par cette querelle inutile.
— Non, mais arrêtez !! contesta Viktor. Arrêtez de lécher les pompes d'un truc qui va nous tuer. C'est incroyable !
— Non ! Il va pas nous tuer ! Il va attendre qu'on meure. Ce n'est pas pareil, objecta B.O.B. On aura le temps d'agir d'ici là.
— Moi, je dis qu'on se sert de Bragg, s'entêta Viktor en l'ignorant copieusement. Il a forcément peur de quelque chose. Il aurait besoin de quelque chose. Sinon, le corps de Bragg, il aurait fait 50 mètres et il aurait très bien pu le prendre tout seul. Donc, il a peur de quelque chose. Il faut qu'on trouve pourquoi. Il faut qu'on trouve sa faiblesse. Parce que là, il y a un mec qui dit : « J'ai tous les pouvoirs, mais est-ce que vous pourriez m'apporter ce vase qui est là-bas, parce que je ne peux pas y aller tout seul ? Bah oui, allons-y, parce que je pense que vous êtes sympa. »
— Dans quelle situation, on a quelque chose à y gagner ? proposa Grunlek. Pour moi, la seule situation dans laquelle on a quelque chose à y gagner, c'est en s'alliant avec la mort, ce qu'approuva immédiatement vigoureusement Shin et B.O.B de la tête.
— Ça peut être une alliance temporaire, proposa le demi-élémentaire, conscient de l'effort titanesque qu'ils demandaient au Magister.
Toute cette discussion avait duré un bon moment, à voix basse dans la tente, sous les yeux d'un érudit, d'un nain Ingénieur et d'un Bragg mourant.
— Je suis sûr qu'en s'unissant avec les autres églises, on peut réussir à le battre, s'entêta Viktor.
— Et après, les églises vont nous défoncer, rectifia Grunlek.
— Tu n'en sais rien ! objecta le paladin. Pas plus que tu ne dis que la Mort sera sympa.
— Mais dans quel univers, on tue un grand ponte de l'église et ils nous disent : « Oh ! C'est cool. C'est pas grave. C'est pas grave. », surjoua Grunlek.
— Moi, j'suis cramé ! ajouta Shinddha. Mais toi, Viktor, tu as peut être encore une carte à jouer. Car tu es censé représenter l'Église de la Lumière.
— Jusqu'au moment où Théo a balancé un éclair sur Maëda et… rappela Grunlek.
— Cependant, Viktor, je suis tout ouïe pour t'entendre encore une fois argumenter pour tenter de me rejoindre, pourquoi, MOI, je devrais rejoindre le camp de n'importe quelle église ? questionna le demi-diable.
— Je finis d'expliquer mon plan, recommença Viktor. On a une gemme explosive. Il a besoin du corps de Bragg. Il s'attend à ce qu'on lui obéisse, parce qu'on a toutes les raisons de lui obéir, parce qu'on a peur de se faire défoncer par les églises après.
— C'est exactement le cas, acquiesça B.O.B. A 100 % exact, on y arrive enfin.
Le visage de Viktor se métamorphosa, un sourire carnassier apparut sur son visage.
— On charge le corps de Bragg avec une gemme. Une fois qu'il a pris son âme, puisqu'il a besoin d'un support, dans le corps de Bragg, on fait exploser le corps de Bragg. Sans corps, il ne pourra pas vivre, argumenta Viktor.
— Et à quel moment, on sauve Théo là-dedans ? questionna B.O.B.
— Bah, il va devoir transférer son âme dans le corps de…
— Oui, et le corps de Théo se trouvera où par rapport au corps de Bragg quand on devra faire péter son corps rapidement avant qu'il ne s'installe définitivement dedans ? continua le demi-diable.
— Je peux mettre un bouclier sur Théo avec un sort ?
— Capable de supporter la déflagration d'une gemme de pouvoir mal-exploitée ? La dernière fois qu'on avait des gemmes de pouvoirs explosives, c'était des billes et cela a nucléarisé une clairière. Ouais tu n'étais pas là, mais ça a nucléarisé une zone entière en n'en jetant que dix. Là t'as un machin qui a la taille de mon poing ! C'est le pâté de maisons qui part ! s'agaça B.O.B. C'est vrai que ton plan est propre. Mais il faut enlever toute idée de volonté de sauvetage de Théo et toute autopréservation qui va avec.
Cette idée ne plut pas beaucoup à Grunlek et Shinddha. Abandonner Théo ? Après tout le mal qu'ils avaient eu pour le récupérer ?
— Ou alors on rentre dans le tas ! enchaina Viktor.
— Comment ? L'église ? Les intendants ? La Mort ? lista Grunlek visiblement dépassé par cette idée.
— Non ! Les églises, elles vont très bien comprendre qu'elles n'ont pas le choix… Si elles s'enfuient, elles vont toutes crever les unes après les autres. On sort, on fait un beau discours, on réunit tout le monde et on tape la mort ! résuma Viktor. Moi, je reviens sur mon premier plan. On laisse la Mort prendre le corps de Bragg. Et puis…
Un long silence plana faisant sourire l'ensemble du groupe.
— Et puis après, vous partez avec Théo et je me fais péter et puis voilà !