Starventures
Épisode 8 : L'humiliation
Par Juliabakura
Devant cette situation absolument inexplicable, 808 appliqua à la lettre son protocole déterminé par le guide de la diplomatie, en cherchant le chef des Ewoks, du moins parmi la culture qu'il connaissait de ce peuple. Tyzen n'avait pas vu Gaar se faire emporter ni repérer de nouvelles traces d'Apple. 808 était le seul à voir une jambe de Gaar dans les fourrés ainsi que son bras démantelé par-dessus les feuillages.
— 808, qu'est-ce que tu préconises pour la suite ? Est-ce que tu vois nos compagnons ?
— Oui, j'ai nos compagnons en visuel. Le guide de la diplomatie préconise de prendre un otage. Si possible, un haut gradé ou un membre de la noblesse de la race adjacente adverse.
— Est-ce que tu penses y arriver vu la distance ? Est-ce que tu as repéré la cible en question ?
808 rangea son blaster dans sa cuisse. Il tendit son bras droit afin d'activer son grappin pour attraper ce qu'il pensait être leur chef. Le bras s'élança dans les airs. Cependant, tout aurait pu bien se passer s'il ne s'était pas coincé dans quelque chose. Il sentit une pression. Sa tête pivota en direction de son maître Tyzen pour dire :
— Bloup.
Puis il fut projeté en avant et tiré, tel un personnage de cartoon. Il était en train d'être trainé dans les herbes vers la tribu des Ewoks, par plusieurs individus. Allongé sur le côté, il bloubloupait visiblement mécontent d'être attrapé de la sorte par une race inférieure. Tyzen pensa qu'il était dans un mauvais film. Chacun de ses membres d'équipage disparaissait l'un après l'autre. Il se retrouvait à présent seul. Le Zabrak rengaina ses armes et leva les bras en signe de reddition.
— Laissez-nous en vie. Pitié, s'il vous plait. Nous ne sommes que quatre pauvres êtres qui se sont perdus sur cette planète et nous n'avons même pas bon goût, soupira Tyzen.
Après une « lutte sans merci », nos quatre compagnons se retrouvèrent enfin ensemble… attachés les mains dans le dos dans une cabane dans les arbres, comme des amateurs.
— Bien joué, bougonna Apple à nouveau attachée.
— Bloup… soupira 808, attaché avec le grappin de son bras.
Quant à Gaar, il était ligoté des pieds à la tête au bord de la surface de leur lieu de détention. À proximité de la sortie, il y avait deux gardes Ewoks : l'un massif, avec une aura incroyable qui écrasait nos mercenaires de toute sa présence, observant la honte sur leur visage, l'autre leur tournait le dos. Seul 808 ne semblait pas nerveux, principalement parce qu'il n'avait pas de programme lui permettant d'émettre cet état d'âme.
— Oh… Ils nous ont confisqué notre matériel… râla Gaar dans sa langue. Ainsi que ton bras 808.
— 808, est-ce que tu peux chanter une chanson ? demanda Tyzen, désespéré.
Le droïde était déjà en train de préparer une première opération de sauvetage, grâce à son matériel d'ingénieur qui sortait d'un ancien modèle : R2D2. Il cherchait un outil pour couper son propre câble, car sans ordre, le travail du robot, selon le code L79 642 543 de l'empire fédération intergalactique, était d'exterminer la menace pesant sur les organismes qu'il était censé protéger.
— 808, non. N'active pas ce code. Peut-être que si tu chantes une chanson à la place, ils seront admiratifs devant toi et que cela fonctionnera, râla Tyzen.
— Avant de chanter, je vais… commença 808 avant d'être interrompu par Gaar.
— Ce gars, il sait tout faire, cuisiner, couper, chanter, lancer des grappins. Franchement. Tu es suisse.
— Mes programmes ignorent ce qu'est la Suisse, Maître Gaar.
— Je sais pas, tu ne peux pas sortir une chanson enregistrée ? ajouta finalement Apple avant d'entonner une vieille chanson sans doute habituelle chez les Twi'leks.
808 n'écouta pas ses compagnons et continua d'utiliser son cutter laser pour découper le câble. Gaar et Apple se trouvaient dans un axe qui leur permettait de voir, entre les branchages morts, suspendus en hauteur, des escaliers permettant un accès à l'étage supérieur, duquel pendait mollement le bras de 808. Ce dernier était orné de fleurs et de décorations. Ils purent même entendre les Ewoks vénérer ledit bras pour ce bon futur repas que la boîte métallique tombée du ciel leur avait apporté.
Les deux Ewoks près de la porte étaient eux en train de se disputer, concernant le sort qu'ils leur réservaient. Tyzen, voyant 808 faire des étincelles avec son cutter laser, savait qu'il fallait détourner l'attention de leurs geôliers. Il se prépara à chanter une chanson Zabrak, même si certains pensaient que ces derniers étaient essentiellement des Siths, ce qui pouvait être considéré comme du racisme. Les Ewoks ne la comprenaient pas, mais ils étaient tout de même curieux du son étrange sortant de la gorge du prisonnier. Cependant, le traducteur que Tyzen possédait ne fonctionnait plus et seul 808 comprit ce qu'il venait de dire. Les Ewoks abandonnèrent leur focus de Tyzen, pour continuer à se disputer.
L'un était en train de proposer de les ramener vers le Marchandeur, tandis que l'autre proposait de les cuire. Le droïde continua sa manœuvre, ne désirant pas les arrêter dans leur dispute pour ne pas se faire remarquer. Il proposa alors discrètement un plan.
— Je peux peut-être proposer ma jambe, puisqu'ils sont en vénération devant mon bras. Ainsi, je pourrais enclencher mon processus de désarmement de ma jambe, pour qu'ils puissent la récupérer. Cela permettra de défaire très légèrement mes fils. Nous pourrons nous échapper plus facilement, même si je n'aurais plus qu'une seule jambe. Le mieux serait qu'ils se saisissent de ma jambe gauche, qui est chargée avec quatre charges d'explosive de haute destruction thermique, activable à distance par programmation interne.
— On purifie la zone, sourit le Wookie. Ça me plaît ça !
— Et du coup, commenta Tyzen, tu finis avec un bras et une jambe.
— Je finis avec un bras et une jambe, répéta 808. Mais à la seconde où ils se mettent à vénérer la jambe…
— Oui ? s'inquiéta Tyzen.
— Le protocole 7678 s'active…
— Oui, tu exploses et tu finis notre aventure avec un bras et une jambe, soupira Apple, peu convaincue.
— Mais le rayon est grand comment ? Si ça explose et qu'on est dans les parages… rappela Gaar.
Un léger moment de silence plana avant que 808 ne réponde :
— Estimation de la survie des êtres biologiques… Bip bip bloup. Zéro pour cent de chance de survie.
Tyzen se retint de rire de dépit face à la réponse de son droïde.
— Mais les Ewoks seront morts, Maître Tyzen, lâcha 808, fier de lui.
— Oui, c'est vrai, c'est vrai. On aura tout gagné, ajouta le maître de l'androïde.
— Si vous avez d'autres idées, je suis à votre écoute.
Apple jeta un coup d'œil autour d'elle.
— Où sont nos affaires ? s'inquiéta-t-elle. 808, demande leur où sont nos affaires !
— Je peux tenter de repérer les comlinks, proposa le droïde avant de lancer son processus.
— Par contre, il va falloir se synchroniser 808. Car quand tu seras libéré, ils vont te repérer, insista Gaar. Je pensais faire une énorme ruade. Je me concentre et envoie toute ma force physique pour me libérer. Et ensuite je fonce sur la passerelle.
808 essaya une nouvelle fois de se délier. Il avait arrêté un moment pour essayer de remonter la piste des canaux des comlink. Et quelque chose se passa, en effet : son comlink interne se déconnecta suite à une erreur de calcul et il n'arriva pas à remonter le signal. Après un petit bloup de déception, le robot reprit la destruction de son câble.
— Bon Gaar, si tu fonces, je vais essayer de me jeter en arrière, proposa Apple.
— Mais c'est très, très haut ! l'informa Tyzen. T'as les mains attachées, tu veux sauter dans le vide de très, très haut ?
— Mais.. Il y a beaucoup de fourrés et de feuillages. Ça va ralentir ma chute.
— Cela est probable dans le cas où vous êtes un Ewok de douze kilogrammes, dame Apple, intervint le robot.
— À moins que tu ne préfères te retrouver attachée dans un arbre une jambe à moitié cassée ! rit Tyzen. Mais tu peux tester.
— OK. Je vais faire ma ruade. Je vais tenter de choper le bras de 808, de le brandir devant les Ewoks et de menacer de le briser, les informa Gaar.
Plus enchevêtré que son ami robotique, Gaar se concentra. Quand soudain, le Wookie se libéra et poussa un hurlement qui le surprit autant lui-même que les Ewoks. Dans une charge monstrueuse, il éjecta dans le vide l'Ewok qui était près du précipice et qui tomba en poussant un petit cri. Il continua sa chevauchée fantastique vers le lieu de son plan. Malgré la structure de ponts faite pour des créatures légères, notre ami Wookie n'eut aucun souci pour marcher sur les cordages. Derrière lui, ses amis l'encourageaient, appréciant le spectacle.
Il arriva à la surface la plus haute et récupéra le bras alors que les Ewoks s'écartaient devant la masse de poils musculeux qui traversait la zone. Le tendant au-dessus de sa tête, il le leva et le baissa en signe de victoire, tout en le pliant légèrement afin de leur faire comprendre qu'il allait le casser. Le droïde n'exprima aucune opposition, si ce n'est un bloup de dédain. De toute manière, il n'avait aucun moyen de le contrôler à distance. Les Ewoks commencèrent à paniquer devant le sort tragique se présentant à l'encontre de leur nouveau dieu.
Seul un Ewok était resté auprès des autres prisonniers, le même qui avait proposé de manger les survivants. Il regardait autour de lui. Son camarade venant d'être jeté dans le vide, il hésitait à aller vers le Wookie. Il était de dos face aux autres aventuriers. 808 continuait à couper ses liens, Apple tenta de se libérer. Malheureusement, à part quelques petits gémissements, l'intéressée ne put rien faire de plus folichon.
Tyzen avait en tête alors de propulser l'Ewok qui lui tournait le dos dans le vide à son tour. Le Zabrak se mit à rouler vers sa cible. Il se cogna contre les mollets de la créature, à cause du manque de puissance, qui se retourna vers lui avec son arme à la main en lui hurlant dessus.
Et soudain, le grappin de 808 céda et il dit d'une voix sombre et meurtrière :
— Exterminer !