Starventures
Épisode 14 : La carte au trésor
Par Draco Nocte
Sur son promontoire se tenait le nouvel allié du groupe. Celui-ci bondit avec élégance pour arriver à leur niveau, et les regarda en se frottant les mains.
— Je vous remercie ! Pour m'avoir débarrassé de ces gros tas derrière. Je vous en dois une. Dites-moi, dites-moi… mais pourquoi êtes-vous ici exactement ?
— En fait on est en train de chercher un petit truc, euh… qui est tombé, euh…
Apple, qui avait répondu spontanément, n'avait pas encore choisi ses mots. Tyzen vint alors à sa rescousse.
— Un truc qui n'a pas de valeur du tout, qui ne vous intéressera jamais et qui a juste une valeur sentimentale pour nous… mais c'est pas si important que ça. Il faut absolument qu'on le retrouve, voilà.
— Un petit quelque chose qui n'est pas très important, renchérit la Twi'lek.
808 vint s'insérer dans la conversation, comme il avait si souvent l'habitude de le faire.
— Nous sommes en possession d'une carte de cette zone malgré le fait que nous ne la connaissons pas. Nous recherchons un artéfact, ou similaire ou assimilé pour un employeur, et nous savons qu'il se trouve dans cette zone à peu près précise. Pouvez-vous nous guider prestement s'il vous plaît vers la zone que nous indiquerons avec la carte en notre possession ?
Leur interlocuteur se frotta les mains à nouveau, de petits papillons se dessinèrent au fond de ses yeux.
— Ah… vous recherchez quelque chose. Vous savez, quelque part, on recherche tous quelque chose ici dans les environs.
Il jeta un œil par-dessus l'épaule de Gaarkkata (ou du moins essaya).
— Mais c'est Mordayn ! reprit-il, c'est le marchandeur ! Comment allez-vous ? J'espère que… qu'est-ce que vous faîtes ici ? Évidemment toujours sur les bons coups, on dirait, très cher marchandeur.
— Formidable ! s'exclama le droïde, vous vous connaissiez précédemment ! Une bonne synergie de groupe est essentielle à l'accomplissement de notre objectif.
Tandis qu'il prononçait ces mots, le reste de la bande, lui, avait remarqué la mine déconfite dudit marchandeur qui marmonnait et ronchonnait alors à voix basse.
— Je veux pas faire affaire avec lui. J'ai pas confiance, souffla-t-il. Il faut faire quelque chose.
Ayant entendu cela, le Wookie eut dans l'idée de confronter les deux personnages. Aussi le poussa-t-il devant lui. Profitant de l'agitation provoquée par cette rencontre fortuite, le Zabrak s'adressa discrètement au droïde.
— 808, écoute bien toutes les informations que tu vas entendre, et on va essayer de les regrouper pour voir si tu peux analyser la zone, ce qui s'est passé ici, ce qui est arrivé dans ces ruines et mettre ça en relation avec l'objet qu'on recherche pour essayer de trouver l'endroit le plus probable. Donc, écoute bien, essaye de tout mettre en relation et d'obtenir un maximum d'informations.
— Reçu, reçu, répondit machinalement le robot.
Aux alentours, un autre droïde, plus petit, balayait et analysait son environnement, pendant que les importuns d'un peu plus tôt s'en retournaient d'où ils venaient face aux menaces exprimées à leur égard. La conversation battait toujours son plein dans le groupe.
— Non, mais écoutez, je vais tout mettre au clair avec ça. Il m'a vendu un matériel censé être parfaitement fonctionnel et cet arnaqueur n'a fait que me refiler un matériel qui était complètement… complètement non seulement obsolète, mais aussi inefficace, abîmé, il a essayé de le rafistoler… mais c'est plus pour mettre de la poudre aux yeux ! Ne lui faites pas confiance.
Mordayn fulminait face à Al et son sourire carnassier.
— En tout cas c'est un problème que vous avez entre vous deux, mais nous, on n'est pas là pour lui acheter quelque chose, trancha Tyzen. Il nous propose de nous donner des informations, et on a besoin d'informations. Donc, autant voir. En plus, Al, apparemment, vous semblez bien connaître l'endroit.
L'attention de tout le monde (exceptées celles de 808 et Gaar en réalité) était portée sur le présumé arnaqueur.
— C'est à vous, le machin… le drone là ? lui demanda Apple.
— Non, non, non. C'est pas à moi ce droïde-là. Nan, il traîne toujours dans les environs. On sait pas vraiment à qui il appartient, mais de ce que j'ai pu voir et de ce que j'ai compris, il extrait des petits morceaux de plante de la flore locale et les prend sans doute pour les analyser… je ne sais pas trop. Vous savez, il y a de la vie ici, on ne sait pas trop pour quelle raison, et, euh… chacun a à faire avec ses propres objectifs. Vous avez bien vu les deux tas qui étaient venus…
808 leva subitement la tête de la carte qu'il était en train de dessiner au sol, ayant fait l'hypothèse dans ses processeurs neuronaux qu'il pouvait communiquer avec le drone dont il était question. La Twi'lek, quant à elle, trouvait quelque chose de gênant dans le discours d’Al, sans arriver pour autant à déterminer quoi. 808 arriva au niveau de son homologue volant. Il tenta alors d'établir un lien avec celui-ci, et ne reçut en guise de réponse que les politesses conventionnelles d'usage.
— Bonjour, retenta 808, j'ai dessiné une carte rudimentaire sur le sol organique un peu plus loin. Pouvez-vous nous indiquer le chemin afin que nous puissions débarrasser l'endroit pour que vous continuiez votre travail en paix ?
Le drone ne discuta pas plus et se dirigea vers l'esquisse, sous l'œil quelque peu vexé d’Al, qui aurait plutôt voulu qu'on lui demande son aide. C'est alors que, profitant d'un moment d'inattention de Gaarkkata, le Trandoshan, qui avait bien dit vouloir partir le plus vite possible de l'endroit, monta promptement à bord du speeder. Le Wookie, bien décidé à ne pas le laisser partir, pointa son arbalète sur le véhicule, non sans un léger tremblement d'hésitation, et tira sur sa cible qui s'écroula instantanément, un trou dans la poitrine. Le marchandeur s'était alors retourné de stupeur, et constata la scène, d'abord choqué, puis complètement indifférent. Il en alla de même pour le reste des personnes présentes, qui s'étaient toutes tournées vers Gaar. « Pas de permis » sont les seuls mots qu'eut le Wookie à répondre. De son côté, Al avait une petite goutte qui perlait le long de sa tempe. Il se pencha hâtivement au-dessus du dessin de 808 et reprit la parole :
— Euh, écoutez, euh… il n'y a pas de problème, je vais vous aider, vous êtes des gens vraiment bien, y'a pas de problème.
Tous ses mécanismes de réflexion s'étaient mis en marche d'un coup. Le drone l'avait néanmoins quelque peu devancé en projetant un hologramme superposé à la carte. Il y était montré plusieurs points, qui correspondraient d'après le croisement de leurs sources à des débris d'un immense vaisseau qui se seraient éparpillés lors du crash. Apple réussit à déterminer que, d'après la structure, le monticule en face d'eux se trouvait ne pas être naturel. Il s'agissait bel et bien de ce qu'ils cherchaient : le vaisseau.
Elle se dirigea donc vers la butte pour tâter le terrain avec un bâton, jusqu'au moment où elle entendit un bruit métallique. Elle entreprit alors de dégager ce qui était sans nul doute une trappe menant à l'intérieur du vaisseau. Du côté d'Al et Mordayn régnait cependant une atmosphère tendue ; l'un avait eu un sourire malicieux en voyant la Twi'lek s'éloigner, et l'autre lui fronçait les sourcils à en faire peur.
— Félicitations, dame Apple ! lança de loin 808, votre acuité n'a d'égal que votre asymétrie.
Le droïde se dirigea alors dans sa direction.
— Bon bah voilà, je pense que… qu'on en reste là, dit Al calmement en commençant à partir.
— Attendez un peu, ne partez pas comme ça, clama Tyzen en braquant son blaster dans le dos de l'homme qui s'arrêta net.
Le marchandeur, intimidé par la présence du Wookie, partit chercher des cordes dans le landspeeder proche. Gaar alla alors aider le Zabrak à immobiliser Al.
— Eh bien, ce qui devait arriver arriva. Je suis désolé, Al, fit Mordayn à son arnaqueur en revenant, on a qu'à dire que c'est une question de malchance… ou de karma.
Le Wookie eut l'idée de ramener sa victime en la tenant par le col jusqu'à la trappe, dans le but d'écarter tout piège pouvant venir de se part. Le marchandeur émit cependant quelques réserves quant à ce plan, soulignant le manque d'information que possède le groupe à propos des capacités d’Al.
Durant la scène, 808 avait progressé avec Apple. Celui-ci avait réussi à déterminer que le vaisseau était encore alimenté ; mieux encore, il pouvait clairement ressentir les ondes énergétiques émises par la coque, montrant que quelque chose était en fonctionnement à l'intérieur. Grâce à cela, Apple allait pouvoir déverrouiller l'entrée assez rapidement.
— Je vous invite à la plus grande extrême prudence, avertit 808, les systèmes de ce vaisseau ancien sont encore actifs. Peut-être qu'un quelconque système de défense détectera votre présence comme une intrusion et ouvrirait le feu, malgré les lois et les protocoles numéro 428.722 instaurés en mille…
Le droïde était de nouveau parti dans un monologue. Apple, consciente du possible danger, se demanda s'il fallait qu'elle active son brouilleur électromagnétique, mais se rappela qu'il fallait aussi s'occuper du cas d’Al. Elle prépara finalement une seringue avec une bonne dose de paralysant pour endormir l'homme apporté par Gaarkkata, mais la rangea finalement à l'arrivée du reste du groupe. Tous ensemble, ils ouvrirent la trappe.
Al, toujours suspendu au bout d'un puissant bras poilu, était partagé entre sa situation d'otage et la découverte de ce nouvel endroit. Pourtant, en voyant Apple préparer à nouveau sa piqure, il perdit rapidement son sang-froid.
— Non ! Vous allez pas faire ça, vous allez pas faire ça ! Écoutez, si ça se trouve, on va découvrir quelque chose, et je… je connais de très très bons receleurs, euh… marchandeurs… faîtes-moi confiance ! Ne faites pas confiance à cet hooomme !
Il pointa du doigt Mordayn, au moment même où Apple lui injecta le paralysant dans la fesse droite, ce qui le fit s'endormir brusquement. Tyzen pensait intérieurement que faire subir le même sort au marchandeur pourrait être judicieux. C'est du moins ce qu'il avait pensé avant de remarquer que le chien mécanique s'était mis en mode défensif. Comprenant le plan de son propriétaire, 808 tenta une approche en langue robotique.
— Bonjour, maître canin. Ton compagnon-bras et toi-même pouvez vous rassurer, mes maîtres ont l'intention d'utiliser une solution non léthale afin d'assurer la survie de nos maîtres respectifs et tout conflit ultérieur. Selon la loi numéro 4778 de la protection de ton maître et afin d'éviter sa terminologie biologique instantanée, je t'invite à se laisser se dérouler les événements qui se termineront dans la survie de tous nos maîtres et dans l'évitement de l'escalade du conflit.
Face à ce discours habilement mené, le robot ne put répondre qu'un simple « Non ». Ce dernier suivait à la lettre ce pourquoi il était programmé, c'est-à-dire surveiller la zone, et ne pouvait faire autrement. Gaar déposa Al sur le sol à côté de la trappe et, brouilleur en main, la Twi'lek ouvrit la porte. Dans le passage, des sortes de pouvaient se faire sentir, un mélange de renfermé et de quelques matières organiques. Des odeurs mélangées en somme. Apple s'engouffra dans l'ouverture, suivie de près par Tyzen. Tandis que Gaarkkata gardait le marchandeur en joue pour le faire avancer, c'est 808 qui ferma la marche, afin de s'éloigner le plus possible du brouilleur.
À mesure qu'ils avançaient, ils purent mieux contempler la structure faite d'une combinaison d'éléments mécaniques, métalliques, électroniques et terreux. L'endroit leur semblait avoir été enseveli et était apparemment bien celui qu'ils cherchaient. Toujours devant, Apple avançait à pas feutrés, son brouilleur au maximum (au grand dam du droïde à l'arrière). Le reste des mercenaires marchait derrière elle tout en se tenant à une certaine distance, attendant un signal signifiant que la voix était libre. Le Zabrak surveillait régulièrement l'état de son droïde, qu'il ne voulait pas hors service.
Un peu plus avant, Apple arrivait dans une salle. Elle vit des sièges appuyés contre une paroi, paroi se révélant être une plateforme. De l'autre côté, une plateforme similaire. Des casiers, des batteries obsolètes, des débris… L'endroit semblait saccagé, peut-être avait-il même été déjà visité. Les sentiments de la Twi'lek se confrontaient quant à l'état du lieu. Malgré tout, la voie lui semblait libre… pour le moment.